L'entretien que David avait réussi à décrocher pour Gérard se déroulait à son ex-entreprise, Global Security. La confrontation aurait lieu dans ses locaux demain après-midi. Son poulain devait démontrer ses capacités pour un poste de directeur des achats mais la partie était loin d'être gagnée. La première application de la théorie de David dans le monde concret se réaliserait à cette occasion. Pour résumer son idée il pensait que l'ordre social était artificiel et que l'appartenance à une classe sociale n'est qu'un cloisonnement mental. En résumé, il souhaitait savoir si la médiocrité de la classe moyenne pouvait trouver de vraies excuses ou bien s'il avait raison de haïr ces bougres qui calquent leur vie sur les prospectus reçus dans la boite au lettre. Pourtant, s'il n'avait jamais douté jusqu'à maintenant de l'intérêt de son expérience, une certaine lassitude s'était emparée de lui quand il repensait au sujet de sa thèse. Il s'agissait peut-être d'une autre révolution des moulins à vent : Pourquoi alors ? Il poursuivait cette voie parce qu'il l'avait décidé, mais l'abandon de ces foutaises le tentait également : En fait, il était incapable de décider l'illusion la plus prometteuse. Il souffrait aussi de sa clochardisation récente, le froid l'affaiblissait, il avait un peu faim également. Ces quelques nécessité simples désespéraient un peu le projet de son livre et il peinait à contenir son désordre intérieur dans sa difficile survie. Finalement, il ne s'agissait que de discipline et d'abnégation à une parole donnée pour que plan se déroulait comme prévu.
Il avait donc balisé ce qu'il avait pu du parcours de Gérard, préparant photocopies et CVs, écrivant la bio de Gérard, lui faisant passer des entretiens de simulation. C'était la totale. Il lui avait même préparé son look, avec une pochette bleue sur la veste. Une autre hésitation le hantait à la veille de cette compétition. Gérard était-il capable de la prouesse qu'il lui demandait ? Car cette première entrevue était un coup de poker et il eut mieux vallu envoyer un acteur. Bah ! Pour la seconde partie en revanche, il fallait plus de niaque et de sens de l'arnaque. Alors, Inch'Halah, il n'existe pas meilleures école que celle de la rue. Par ailleurs, Gérard était d'accord. Il n'y a que dans le métro où il faille inventer des salades tellement énormes qu'elle passent plus sous les pont, tout ça pour avoir deux ou trois petites pièces et se payer sa vinasse du soir : plus c'est gros plus ça passe. Il n'y aucune raison pour que la RH ne gobe pas l'histoire, surtout avec une pochette bleue. Elle aime bien les "poivre et sel" cinquantenaires.
Il n'y avait rien de particulièrement difficile à accomplir. Il lui servait le boniment ordinaire des futurs gagnants. "L'essentiel était de ne jamais oublier d'où l'on vient et de ne pas perdre de vue son objectif". "blah, blah !"
C'était réglé comme du papier à musique. Gérard n'avait qu'à se rendre à l'heure dite, à l'endroit prévu, dégueuler son laiüs et voilà, c'était plié.
Sur son banc de métro, comme il attendait David pour faire sa dernière répétition. Il s'imaginait. Directeur !
Au début, il avait trouvé ça drôle, il s'imaginait jouer avec un boulier dans un bureau tout en haut d'une tour, des oeuvres d'art accrochées au mur le contemplait, et une jolie sécrétaire s'informait régulièrement, demandant si : "Tout va bien ?". Mais à mesure que la date approchait, un trac étrange s'installait en lui. En vérité, il n'était pas sûr de lui, il n'en avait même pas parlé à Fred. Il craignait que son pote soit jaloux ou que plus simplement il le prenne pour un fou. Cétait un peu schizophrène, à croire que la folie est contagieuse. Ca soufflait le chaud et le froid en haut. C'était la même excitation que quand il jouait des grilles de Loto ! Tout pendant que les numéros n'étaient pas tiré, tout pouvait encore se produire. Alors il rêvait en pensant à comment il craquerait son pognon une fois qu'il aurait touché le gros lot. Dès qu'il ouvrait les yeux, dans son décor clodo, il se pinçait et essayait de se convaincre qu'il avait plus l'âge de ces conneries. C'était plus fort que lui. Une voix qui lui dictait de jouer le jeu jusqu'au bout puisqu'il n'avait rien à perdre : il fallait tenter. Y a des trains qui ne passent pas deux fois.
Il regardait une fois de plus le curriculum vitae que David lui avait confectionné pour l'occasion. Il y avait marqué en gros "Gérard Shnaps", c'était le titre. Le moins qu'on puisse dire c'est que ce Shnaps avait l'air épatant. Sur le coin, il y avait une photo de lui dans son fameux costard d'emprunt, il regardait songeur cette image de lui. Il se trouvait maintenant un petit air collet monté. C'est la doublure de soie qui constipe. Il rit en reconsidérant la chose. L'arnaque du siècle qui était en train de se préparer. Lui qui au sommet de sa carrière avait été employé municipal, relisait encore ce qu'il avait fait dans son ancienne vie et c'était vraiment très impressionant. Tout était décrit sur une sorte de scénario que David lui avait demandé d'apprendre pendant le week-end.
Il tentait de s'imprégner de son rôle. La vie décrite sur le papier paraissait assez romanesque et Gérard s'efforçait d'intérioriser et de visualiser ce nouveau passé. Exit l'employé de la municipalité, le divorcé et le clodo alcoolique. C'était marqué là : c'était un as. On avait mis le paquet pour son histoire, elle suivait la trajectoire modèle d'un jeune cadre dynamique. Jugez :
Gérard était né en Belgique - Ce qui n'était pas totalement faux puisque sa mère venait de là bas, mais la vraissemblance s'arrêtait ici - il avait fait des études d'architectes à Paris, il avait exercé qce métier quelques temps dans la capitale. Puis lassé de l'architecture en quelques année, il était parti suivre un Master of Business and Art aux Etats-Unis (il fallait dire M Bi Hey), pour apprendre la langue de Shakespeare et doter d'un background managérial qui boosterait sa carrière. Il essayait de se l'imaginer, pas facile, c'était à Boston mais il ne savait pas à quoi ressemblait cette ville bien il se doute un peu : surement un bled avec des grosses tours à l'Américaine, mais rien de précis. Il ne savait pas non plus ce qu'on était censé apprendre en "management", il avait passé deux ans à apprendre à diriger des bonhommes, ça lui paraissait beaucoup. Beaucoup d'information restaient floues et ne disposait pas du temps nécessaire pour s'informer de ce genre de chose, il passait donc sur ces détails et se documenterait plus tard. Il continuait : il était ensuite revenu à Paris pour s'occupper du département stratégie et marketing d'une société pharmaceutique : Phitolutz. Il avait été responsable d'une augmentation du chiffre d'affaire de un millions d'euros. Bof ! un millions d'euro... il ne se rendait pas compte. Et le meilleur était à venir. Il avait poursuivit sa carrière en Inde dans une usine pétrochimique près de Delhi. Ici, il était devenu le boss, les ouvriers étant indiens et donc incultes, Gérard dut abandonner l'anglais pour se consacrer à l'hindi et parler la langue des indigènes. Gérard avait la lourde responsabilité d'inculquer le respect de la sécurité à ces masses ignardes. Finalement au bout de dix ans, il avait sauvé pas mal de vies puisque le site faisant une centaine d'accidents de travail invalidant chaque année à sa prise de fonction, n'en provoquait plus que 8 à son départ. C'était beau, c'était bien !
Sauf qu'il n'avait pas la moindre idée de ce à quoi ressemblait l'Inde. Et pire, il n'avait même jamais croisé un type qu'avait été en Inde. Il s'imaginait que c'était un grand pays grouillant de monde et il voyait bien le genre de population, un peu bazané, les filles se mettent un point rouge sur le front et portaient le sari, mais à part ça l'étendue de son savoir était assez maigre. On lui avait raconté que là bas on mettait les morts à dériver sur le fleuve pour s'en débarrasser. C'était un pays de fadas ou tu pouvais acheter le rein d'un type encore vivant pour te le rechanger. Il se jurait que dès qu'il aurait du pognon il se mettrai à voyager.
Sa biographie n'aurait pas été totalement impossible s'il avait su parler anglais, un chose était certaine, il ne pouvait pas apprendre l'anglais en un week-end. Visiblement, ça ne chagrinnait pas David, cette histoire abracadabrante ne lui semblait pas trop énorme, il fallait bien le croire, pas d'autre choix : c'était ce fou qui l'introduirai dans le beau monde.
Pour faire la générale, David avait une tenue un peu relachée, du genre de celle qu'on se met pour dormir dehors. Apparement, il avait choisit maintenant de vivre commme un vagabond, Gérard haussait des épaules lorsqu'il apparu d'un tunnel de la Gaieté-Monparnasse : Etrange type ! David avait assez triste mine mais c'était assez normal. Les premiers jours qu'on dort dehors on a pas vraiment une belle gueule.
- Salut la compagnie, demain, c'est ton grand jour ! T'as relu ton ton texte ? T'es au poil ? On peut y aller cool, pas de bile à se faire, juste bosser et apprendre son texte l'acteur. C'est un gros poste, applique toi.
- Oui, m'ssieu. T'tfois, un petit bémol, modification légère, faut réécrire ma bio. Je te signale que je ne parle pas Anglais.
- Qu'est ce qu'y a ? Tu chie dans ton froc ? Oh c'est pas vrai ! Un peu d'imagination. T'a qu'a dire que t'as oublié à cause du hindi. Je connais personne qui parle hindi. Personne qui soit en mesure de le vérifier. Alors stresse pas !
- Ca voudrais dire que j'ai tout oublié de mon Anglais ? Ca me parait difficile.
- Beaucoup oui. Mais t'es chiant regarde toi on dirait un mec qui sort de l'école qui va passer son premier entretien !
- C'est un peu ça en fait.
- Non, justement, ça n'a rien à voir. Strictement rien à voir. Toi tu sors pas de l'école ! Tu sors de cinq ans de chomage, de l'alcolisme. Toi tu dors dans la rue. Merde ! C'est pas la même chose !
- Oui, mais sauf que le mec qui me passera demain, il a de fortes chances de s'en rendre compte et de me botter le cul pour me foutre dehors.
- T'es pas vrai Gérard ! T'es le genre de mec qui comprends jamais rien la première fois. Je te réexplique. D'abord, ces mecs ont vécu toutes leur vies dans les bureaux, tu vas les rencontrer, il faut bien que tu te rende compte que ces types ne seraient pas capable de supporter une seule journée de ce que tu vis sans déprimer, un peu de fierté, il faut te rendre compte de ta valeur. Ils ont une trouille bleue d'un mec qui fait deux mètres parce qu'il saurait pas quoi faire si on les agressait. Et, pour te donner un aperçu : Ce qu'il appelle un Skud, c'est quand il s'envoient un mail méchant. Tu vois bien c'est quoi leur guerre !
Non, pour qu'ils te foutent dehors méchamment, il faudrait qu'il aient des rognons, mais je confirme : il n'en ont pas. Deuxio, je te signale que tu ne peux pas tomber beaucoup plus bas. En gros, faut-y aller et penser après. Ca pourrait empirer ta situation uniquement si tu fous un couteau sous leur gorge demain, vas-y désarmé et tu risque rien. Ecoute ! jouons franc jeu. Si tu veux te dégonfler, tu le fais maintenant et je vais trouver un autre mec pour le faire.
- Non, non c'est bon ! J'y vais
23 décembre 2006
17 décembre 2006
Hors soi
Le premier soir, David avait trouvé un abri pour indigents près de la butte Montmartre. Il avait vu qu'à cet endroit on pouvait et prendre une soupe chaude et passer la nuit . Comme au bon vieux temps, il y avait un radiateur éléctrique autour duquel on pouvait se rassembler pour se réchauffer. Mais en attendant l'heure d'ouverture du refuge, il devait errer quelques temps au hasard dans les rues de Pigalle. Il avait sur lui son sac de sport qui contenait quelques affaires rechange et un peu d'argent, c'était son seul bagage. Aujourd'hui était son premier jour de vagabond, aussi il ne savait pas bien comment s'y prendre, il se dirigeait vaguement, suivant le fil incertain de ses pensées. Trop de choses se bousculaient dans sa tête pour pouvoir se racrocher ne serait-ce qu'à de très primitives certitudes. Des images défilaient dans sa tête, sa vie était un film, mais l'histoire était saccadée, il lui manquait comme une transition pour faire le lien entre deux époques. Déjà trois heures s'étaient écoulées depuis qu'il avait refermé la porte de son appartement en laissant sa femme. Il n'avait clos aucun compte, il avait laissé sa voiture, son argent, son téléphone portable et la majeure partie de ses costumes. Maintenant, il était trop tard pour faire marche arrière. Mais il lui fallait faire une pause, s'asseoir un moment et rassembler ses esprit devant une bière. N'importe quel troquet faisait l'affaire, le bar qu'il rencontra en premier était un PMU crasseux tout à fait ordinaire rempli de tristes types ramassés autour d'une télé où défilait les résultats des courses de chevaux. C'était des gueules cassées, des habitués du quartier, émmigrés dans leur majorité, leur corps ne valaient plus rien. Ici, il n'y avait que des carcasses abruties, des âmes absentes d'absinthe au comptoir. La plupart croquait un mégots jaunis en même temps qu'ils éclusaient leur mousse pour combiner tous les plaisirs. La femme du patron servait leur casse-croûte liquide à ces hommes-rats échappés de leur trous. Cela ne dérangeait pas David, il avait suffisement de matière à penser. Il se tint au comptoir, silencieux, comme d'autre, fasciné par le percolateur. Il avait besoin d'un support car tout vacillait, quelque chose en plus de la barre du zinc pour se fixer les idées. Il sortit de son sac un cahier et prépara son crayon, prêt à écrire ses premiers mots d'aventurier vagabond,mais son esprit refusait de se conformer à l'exercice et il restait désepérement brumeux, incapable d'articuler la moindre phrases, il y avait des vapeurs volatiles dans l'air. De dépit, il rangea son cahier et tut sa fausse inspiration. Il écouta ces hommes de Pigalle déblatérer sur leurs problèmes de canasson comme des prophètes de la nuit.
Puis il fit quelques boucles aux alentours, passant devant une prostituée, il s'interrogea sur sa libido et renonca sans remord. Au lieu dit SAMU Social, on le reçu cordialement, les gens qui l'accueillait avaient des manteaux où était inscrit : "Médecins pour Tous", sorte de missionaires modernes apparement. On lui demandait d'apporter les preuves de sa précarité, ceci le gêna considérablement, il n'avait bien sur aucun papier qui puisse le prouver. Il comprit qu'il devait passer quelques nuits dehors avant qu'il ne soit accepté ici, il fallait être identifié de ces services d'aide sociale. Autrement dit le baptême du feu serait pour ce soir : Dormir dehors. On ne rase pas gratis ici. Plus vexé que décu, il rebroussa chemin mais il n'avait pas de lit, pas de plan B. Il fallait se replacer dans la perspective. Il avait perdu la source d'inspiration de son premier soir dehors. En effet, il pensait trouver dans cet endroit d'autres spécimens intéressants pour prendre des notes et s'occuper studieusement, il épérait d'autres vies plus hésitantes peut-être que celle de Gérard. Il devait faire son deuil et ses expériences se poursuivraient dans le rue.
David envisageait sa nouvelle carrière de deux manières totalement étrangères l'une à l'autre, d'un coté il était mu par une curiosité de papillonneur et sillonait le monde à la recherche d'âmes déchirées, si abimées qu'elle en devenait belles comme de la dentelle, bonnes à être épinglée dans une collection des souffrances humaines.
De l'autre coté, il se fascinait pathologiquement par sa propre déchéance. Il ne pouvait l'expliquer. Bien qu'il eut toujours appartenu au camp des intellectuels il n'était pas capable de trouver de cohérence à sa quête, il se trouvait pris au piège, émerveillé par sa créativité pathétique, il était pris dans un tourbillon. Il faisait le bilan pour aboutir finalement à un conclusion dramatique : Rien de si réel ne s'était jamais produit depuis son adolescence. Tous ses instincts avaient été dissimulés et se révaillaient aujourd'hui avec une vigueur inconnue, comme renaissance. Ainsi, la vile crevaison du pneu de voiture avait un sens, ce n'était pas comme les bonnes blagues qu'on commettait en bande dans sa jeunesse. Cette fois l'acte était commis seul et la subversion du geste était fondamentale. Apparement tout cela n'avait aucun sens mais toutes ses actions s'enchainaient tenues par une logique implacable. David était entrainé par ce que l'on appelle philosophiquement une logique transcendentale, c'est à dire indépassable et évidente à la fois. Il ne savait pas pourquoi le monde lui semblait si moribond, mais il ne pouvait en douter. Un mystère l'entrainait toujours plus loin vers l'avant, il dansait une valse étourdie au bras de la mort. Oui, il s'était lié d'une véritable passion pour sa propre déchéance.
La contrariété que lui opposait le centre d'hébergement posait un problème plus sérieux qu'il ne paraissait de prime abord, en effet suivant son habitude, comme lorsqu'il partait en camping, il n'avait pas particulièrement ajusté l'épaisseur de ses vétements au climat qui l'attendait. Sa tenue adéquate pour se promener en décembre, était tout à fait inappropriée pour dormir dans la rue. Et pour les heures à venir, il avait un objectif très clair : se procurer des couvertures. En se posant le problème, il se rendit compte qu'il paniquait tout à fait. C'était un clochard absolument débutant. Pour faire comme ses pairs, il devait chercher dans les poubelles, malheureusement, l'hiver n'est pas la saison ou l'on se débarasse ordinairement des couvertures. Il eut tôt fait d'abandonner la piste des poubelles en se rassurant un peu car il n'essuyerait pas aujourd'hui la honte d'ouvrir une poubelles. La piste des cartons était nettement plus prometteuse. Comme il errait dans les rues secondaires, il commencait à avoir froid quand il aperçu une moquette géante. A priori, c'était comme un comme une couverture mais en nettement plus rèche. Il s'installa près d'un garage, il espérait qu'on ne le verrai pas. Rapidement, il se rendit compte qu'il était exposé à de nombreux vents et il ne parvenait pas à se réchauffer. Il construisit comme un sorte de maison avec les cartons qu'il avait réccupéré, et puis il s'enroulait dans la moquette. Le froid venait de tous les cotés, il ne savait pas comment s'y prendre pour lutter, il était piégé. La plus incontournable des glaces venait du sol. Il se dit qu'il valait mieux acheter une toile de tente à Décathlon pour mieux s'équiper et puis un sac de couchage. Puis il se repris, se rendant compte du ridicule de la situation. La première nuit, il eu donc très froid, et il dormit peu. Le lendemain matin, il avait les os cassé et des douleurs incroyables particulièrement dans le dos. Quand le soleil s'est finalement levé, il s'en est allé sur un banc dans le parc du Luxembourg s'achetant un croissant sur le chemin et termina sa nuit. C'était un jour de la semaine ordinaire, il faisait soleil, il se réchauffait un peu sous ses rayons et petit à petit sortit de son abrutissement. Il avait envie d'un café noir, même une machine à café, c'aurait été parfait. Aux alentours de midi, il se dit que c'était absurde. Il pouvait encore retourner chez lui. Il sorti à nouveau son cahier, sa main toujours froide ne parvenait pas à former les lettres, mais l'inspiration lui venait enfin :
"
Mes jours sont devenus sombres, mes nourritures sont devenues noires mais je suis incapable de m'arrêter. Je regarde mes mains comme la première fois, j'ai froid, mais lorsque je plie les doigts, j'ai l'impression que rien ne me resisterait. Je suis fasciné par ma propre décadence, je suis une machine déglinguée qui tourne merveilleusement alors qu'elle dévale la pente. Ma barbe est devenue trop longue maintenant, elle me gratte car elle est sale. C'est un drôle de mélange, je suis comme rompu et neuf à la fois. Je n'ai plus d'attaches, je ne pleure personne, mais en même temps j'ai cessé de me revendiquer humain, maintenant plus rien ne me relie à cette race.
Ma vie semblait déjà écrite, je l'ai raturée parce qu'elle m'ennuyait, c'est tout. C'est une acte symbolique pour affirmer qu'un autre monde est possible. Peut-être la plupart d'entre vous me considère comme fou, mais je vous trouve vous aussi bien absurde. Hier, je me séparais de ma femme pour aller dormir sous les ponts. Je ne lui ai rien annoncé de dramatique, je lui ai simplement dit l'essentiel, les effets, non pas les causes et j'ai évité d'expliquer. Nathalie ne comprendrait pas : Nos sorties, nos voyages, pour elle c'est une raison de vivre. Comment lui aurais-je avoué que notre vie ne m'interressait pas. Comment lui dire que la paix qu'elle m'offrait n'était une soue pour avachir une vie de porc industriel.
Je me surprennais à ne l'aimer plus du tout, ni même à comprendre le sens de l'amour. J'allais même jusqu'à ne même plus comprendre son corps, ni ses mains, ni ses pieds, ni la finesse de son visage. Elle était devenue tout simplement aussi difforme qu'un assemblage de membre. Ses maquillages qu'elle usait si habilement de temps à autre ne me faisait pas plus d'effet qu'une couche de peinture. En fait, je crois que je suis même devenu incapable de nostalgie. Je ne m'intéresse plus qu'au futur. Pas un instant je ne songe pouvoir regagner le béguin initial qui m'a fait tenu dans l'adoration de ses hanches, je m'en fous. Le passé est le passé, inutile, c'est une abîme qu'on ne retrouve jamais et je laisse filer.
Partout ou je vais, ma différence commence à devenir visible, trop arrogant, je suis, je demeure, ma liberté est effrayante pour eux. La ville est une infection grouillante, elle est malade et je vois à quel point j'étais aveugle, je vois des murs de glaces entre chacun. Je ne sais pas comment j'ai fait pour tenir aussi longtemps dans le droit chemin, comme dise les gens...
"
Puis il fit quelques boucles aux alentours, passant devant une prostituée, il s'interrogea sur sa libido et renonca sans remord. Au lieu dit SAMU Social, on le reçu cordialement, les gens qui l'accueillait avaient des manteaux où était inscrit : "Médecins pour Tous", sorte de missionaires modernes apparement. On lui demandait d'apporter les preuves de sa précarité, ceci le gêna considérablement, il n'avait bien sur aucun papier qui puisse le prouver. Il comprit qu'il devait passer quelques nuits dehors avant qu'il ne soit accepté ici, il fallait être identifié de ces services d'aide sociale. Autrement dit le baptême du feu serait pour ce soir : Dormir dehors. On ne rase pas gratis ici. Plus vexé que décu, il rebroussa chemin mais il n'avait pas de lit, pas de plan B. Il fallait se replacer dans la perspective. Il avait perdu la source d'inspiration de son premier soir dehors. En effet, il pensait trouver dans cet endroit d'autres spécimens intéressants pour prendre des notes et s'occuper studieusement, il épérait d'autres vies plus hésitantes peut-être que celle de Gérard. Il devait faire son deuil et ses expériences se poursuivraient dans le rue.
David envisageait sa nouvelle carrière de deux manières totalement étrangères l'une à l'autre, d'un coté il était mu par une curiosité de papillonneur et sillonait le monde à la recherche d'âmes déchirées, si abimées qu'elle en devenait belles comme de la dentelle, bonnes à être épinglée dans une collection des souffrances humaines.
De l'autre coté, il se fascinait pathologiquement par sa propre déchéance. Il ne pouvait l'expliquer. Bien qu'il eut toujours appartenu au camp des intellectuels il n'était pas capable de trouver de cohérence à sa quête, il se trouvait pris au piège, émerveillé par sa créativité pathétique, il était pris dans un tourbillon. Il faisait le bilan pour aboutir finalement à un conclusion dramatique : Rien de si réel ne s'était jamais produit depuis son adolescence. Tous ses instincts avaient été dissimulés et se révaillaient aujourd'hui avec une vigueur inconnue, comme renaissance. Ainsi, la vile crevaison du pneu de voiture avait un sens, ce n'était pas comme les bonnes blagues qu'on commettait en bande dans sa jeunesse. Cette fois l'acte était commis seul et la subversion du geste était fondamentale. Apparement tout cela n'avait aucun sens mais toutes ses actions s'enchainaient tenues par une logique implacable. David était entrainé par ce que l'on appelle philosophiquement une logique transcendentale, c'est à dire indépassable et évidente à la fois. Il ne savait pas pourquoi le monde lui semblait si moribond, mais il ne pouvait en douter. Un mystère l'entrainait toujours plus loin vers l'avant, il dansait une valse étourdie au bras de la mort. Oui, il s'était lié d'une véritable passion pour sa propre déchéance.
La contrariété que lui opposait le centre d'hébergement posait un problème plus sérieux qu'il ne paraissait de prime abord, en effet suivant son habitude, comme lorsqu'il partait en camping, il n'avait pas particulièrement ajusté l'épaisseur de ses vétements au climat qui l'attendait. Sa tenue adéquate pour se promener en décembre, était tout à fait inappropriée pour dormir dans la rue. Et pour les heures à venir, il avait un objectif très clair : se procurer des couvertures. En se posant le problème, il se rendit compte qu'il paniquait tout à fait. C'était un clochard absolument débutant. Pour faire comme ses pairs, il devait chercher dans les poubelles, malheureusement, l'hiver n'est pas la saison ou l'on se débarasse ordinairement des couvertures. Il eut tôt fait d'abandonner la piste des poubelles en se rassurant un peu car il n'essuyerait pas aujourd'hui la honte d'ouvrir une poubelles. La piste des cartons était nettement plus prometteuse. Comme il errait dans les rues secondaires, il commencait à avoir froid quand il aperçu une moquette géante. A priori, c'était comme un comme une couverture mais en nettement plus rèche. Il s'installa près d'un garage, il espérait qu'on ne le verrai pas. Rapidement, il se rendit compte qu'il était exposé à de nombreux vents et il ne parvenait pas à se réchauffer. Il construisit comme un sorte de maison avec les cartons qu'il avait réccupéré, et puis il s'enroulait dans la moquette. Le froid venait de tous les cotés, il ne savait pas comment s'y prendre pour lutter, il était piégé. La plus incontournable des glaces venait du sol. Il se dit qu'il valait mieux acheter une toile de tente à Décathlon pour mieux s'équiper et puis un sac de couchage. Puis il se repris, se rendant compte du ridicule de la situation. La première nuit, il eu donc très froid, et il dormit peu. Le lendemain matin, il avait les os cassé et des douleurs incroyables particulièrement dans le dos. Quand le soleil s'est finalement levé, il s'en est allé sur un banc dans le parc du Luxembourg s'achetant un croissant sur le chemin et termina sa nuit. C'était un jour de la semaine ordinaire, il faisait soleil, il se réchauffait un peu sous ses rayons et petit à petit sortit de son abrutissement. Il avait envie d'un café noir, même une machine à café, c'aurait été parfait. Aux alentours de midi, il se dit que c'était absurde. Il pouvait encore retourner chez lui. Il sorti à nouveau son cahier, sa main toujours froide ne parvenait pas à former les lettres, mais l'inspiration lui venait enfin :
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Mes jours sont devenus sombres, mes nourritures sont devenues noires mais je suis incapable de m'arrêter. Je regarde mes mains comme la première fois, j'ai froid, mais lorsque je plie les doigts, j'ai l'impression que rien ne me resisterait. Je suis fasciné par ma propre décadence, je suis une machine déglinguée qui tourne merveilleusement alors qu'elle dévale la pente. Ma barbe est devenue trop longue maintenant, elle me gratte car elle est sale. C'est un drôle de mélange, je suis comme rompu et neuf à la fois. Je n'ai plus d'attaches, je ne pleure personne, mais en même temps j'ai cessé de me revendiquer humain, maintenant plus rien ne me relie à cette race.
Ma vie semblait déjà écrite, je l'ai raturée parce qu'elle m'ennuyait, c'est tout. C'est une acte symbolique pour affirmer qu'un autre monde est possible. Peut-être la plupart d'entre vous me considère comme fou, mais je vous trouve vous aussi bien absurde. Hier, je me séparais de ma femme pour aller dormir sous les ponts. Je ne lui ai rien annoncé de dramatique, je lui ai simplement dit l'essentiel, les effets, non pas les causes et j'ai évité d'expliquer. Nathalie ne comprendrait pas : Nos sorties, nos voyages, pour elle c'est une raison de vivre. Comment lui aurais-je avoué que notre vie ne m'interressait pas. Comment lui dire que la paix qu'elle m'offrait n'était une soue pour avachir une vie de porc industriel.
Je me surprennais à ne l'aimer plus du tout, ni même à comprendre le sens de l'amour. J'allais même jusqu'à ne même plus comprendre son corps, ni ses mains, ni ses pieds, ni la finesse de son visage. Elle était devenue tout simplement aussi difforme qu'un assemblage de membre. Ses maquillages qu'elle usait si habilement de temps à autre ne me faisait pas plus d'effet qu'une couche de peinture. En fait, je crois que je suis même devenu incapable de nostalgie. Je ne m'intéresse plus qu'au futur. Pas un instant je ne songe pouvoir regagner le béguin initial qui m'a fait tenu dans l'adoration de ses hanches, je m'en fous. Le passé est le passé, inutile, c'est une abîme qu'on ne retrouve jamais et je laisse filer.
Partout ou je vais, ma différence commence à devenir visible, trop arrogant, je suis, je demeure, ma liberté est effrayante pour eux. La ville est une infection grouillante, elle est malade et je vois à quel point j'étais aveugle, je vois des murs de glaces entre chacun. Je ne sais pas comment j'ai fait pour tenir aussi longtemps dans le droit chemin, comme dise les gens...
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10 décembre 2006
Le Clebs
Son odeur avait déserté mon lit depuis deux jours. Je ne m'étais pas alarmée outre mesure car ce genre de choses arrive souvent dans les couples, comme pour marquer une respiration. Il n'en demeure pas moins que depuis le début de la semaine on s'évitait. Il arrivait tard le soir et semblait perdu dans ses idées, il restait tout à fait muet, moi je jouais son jeu de dupe. Il prétendait qu'il devait travailler avant d'aller dormir et pour ne pas me déranger il se ramassait près de la bibliothèque dans un fauteuil de bureau, il prenait quelques volumes et se plongeait dans la lecture d'auteurs inspirés ou peut-être fous comme lui. Pensait-il vraiment que je pouvais dormir ? Je n'en suis pas certaine, pourtant il s'appliquait à faire le moins de bruit possible dans son étude. Il commencait à lire et moi je n'entendais que le bruit des pages qu'il tournait ; je les guettais. Sa méditation se prolongeait anormalement. Apparement il continuait jusqu'à ce ses yeux ne veuillent plus rien voir, à moins que ce soit son cerveau qui ne puisse plus rien comprendre. Il demeurait bloqué dans son fauteuil avec cette étrange fièvre qui le couvait. Tandis que je refroidissais dans la chambre, lui restait dans son coin à délirer de fatigue, une obcession malsaine le poursuivait certainement. Enfin, quand ses idées avaient courues cent fois le marathon dans sa tête, il tombait à la renverse, et le sommeil finalement triomphait de David pour dépecher ses soins à un corps martyr. Pauvre corps : il me semble qu'il vivait sous la terreur d'un coup de sang permanent. Il fallait colmater toutes ses veines débiles dans le court laps de temps qui allait jusqu'à l'aube. La lampe restait allumée toute la nuit, un livre en équilibre sur son nez lui faisait abat-jour. Ainsi, je devais me rendre à l'évidence : mes rondeurs ne valaient plus rien, c'est démontré, mes hanches ont été disqualifiées par un fauteuil de bureau. C'est une triste défaite, d'autant plus que je ne suis pas si mal roulée mais j'imagine que le temps et l'usure sont toujours les plus fort. Notre couple a franchi une étape sans que je ne m'en rende compte. Et j'ai eu beau me préparer, je savais que le soufflé de mon mariage était né pour retomber, mais j'avoue que j'ai du mal à avaler et je suis vexée d'avoir perdu jusqu'au pouvoir de mon sexe. Alors je pleure toute seule dans mon lit sans savoir pourquoi. J'ai le sentiment que tout ceci est profondément injuste et j'essaye de m'en foutre. On dit : c'est la vie, mais je sanglotte plus encore ...
Hier, il est arrivé comme un chien errant, mal rasé et trempé, il a débarqué comme un vagabond qui n'évite plus les gouttes. D'abord, il s'est ébroué sur le canapé, on pouvait suivre ses pas depuis le paillasson dans toute la maison. Il s'était apparamement promené tout l'après midi sous les nuages et sous la pluie. Un peu plus tôt qu'à son habitude il était revenu du travail, il a laché son sac de sport au hasard dans l'appartement, il m'a donné un baiser d'enfant puis s'est étiré en rugissant. Il m'a dit quelques mots que je n'ai pas compris et je n'ai pas répondu bien sur. Ensuite, il m'a déclaré qu'il devait faire ses valises car des affaires importantes l'attendaient. Il ne m'a rien dit de plus. Je jure que c'est vrai. Je suis restée là, un peu idiote car c'est pas mon genre de chercher à comprendre l'incompréhensible. Et c'est comme ça qu'il est parti. C'est tellement humiliant que je n'ose même pas en parler à ma mère.
Je suis sûre maintenant qu'il est complètement fou, je ne peux même pas le traiter de chien, c'est un clebs au poil défait qui bave plus qu'il ne parle. Je n'ai même pas eu le temps de prononcer une seule parole lorsqu'il s'est lancé dans son monologue invraissemblable. J'ai compris qu'il ne s'adressait pas vraiment à moi mais plutôt à un être supérieur car ma perplexité n' pas suffi pas à l'arrêter. En terme médical, j'appelerai mon David schizophrène. Et bien que je ne sache pas exactement de quoi tout cela relève, j'ai quelques certitudes, dans le genre dérisoires : Premièrement, il n'est pas parti avec une autre femme : en ce moment il pue beaucoup trop pour être capable de cet exploit et puis ce n'est pas son genre. Deuxièmement, Biba se trompe, ce n'est pas une crise de la trentaine, c'est beaucoup plus grave, j'ai l'impression d'être devenue transparente. Je crois qu'on devrait ajouter un poil d'autisme à son cocktail de folies. Pas de psycho-miracle qui vaille, ces explications fourre-tout ne valent rien. Il a une lumière inquiètante dans les yeux comme l'envie ahurie d'aller se fracasser contre un mur, ce que l'on appelle la fureur de vivre. Mais ma pompe à sang ne s'arrête pas, et je l'aime encore, j'ai beau me rapeller que les James Dean n'ont d'avenir qu'au fond des fossés, mes restes d'adolescente sont plus vifs que je ne me l'imaginais. Il ne dit plus rien, il est comme un mur, quand je lui ai posé des questions sur ce qu'il allait faire, il ne m'a carrément pas répondu, rien. Pas un mot. Comme si je ne les méritais pas. Sa folie est un peu contagieuse, je suis moi aussi assez proche de remettre en cause les presques dix dernières années de ma vie, quelque part je trouve que c'est amusant, cette bombe humaine pourrait bien remettre un peu de sel dans ma vie. Petite fille, j'était ordinaire, je rêvais d'être comme les autres, c'est à dire une princesse qui refermerait un jour le livre de sa vie comblée d'une belle histoire avec une fin heureuse. Il semble cependant que la princesse ne rêve plus d'avoir beaucoup d'enfants maintenant qu'elle a enfilé sa pantoufle de vair. Je me sens plus proche de ces madonnes visiteuses de prison, il devient fascinant, il a pris ces yeux flamboyant qui disent mille bohèmes, il cette beauté guevaresque qui aime autant la mort que la vie. Ses yeux sont comme des mèches de poudrières qu'on allume en chantant : Voici le temps qu'il vous reste à danser.
Hier, il est arrivé comme un chien errant, mal rasé et trempé, il a débarqué comme un vagabond qui n'évite plus les gouttes. D'abord, il s'est ébroué sur le canapé, on pouvait suivre ses pas depuis le paillasson dans toute la maison. Il s'était apparamement promené tout l'après midi sous les nuages et sous la pluie. Un peu plus tôt qu'à son habitude il était revenu du travail, il a laché son sac de sport au hasard dans l'appartement, il m'a donné un baiser d'enfant puis s'est étiré en rugissant. Il m'a dit quelques mots que je n'ai pas compris et je n'ai pas répondu bien sur. Ensuite, il m'a déclaré qu'il devait faire ses valises car des affaires importantes l'attendaient. Il ne m'a rien dit de plus. Je jure que c'est vrai. Je suis restée là, un peu idiote car c'est pas mon genre de chercher à comprendre l'incompréhensible. Et c'est comme ça qu'il est parti. C'est tellement humiliant que je n'ose même pas en parler à ma mère.
Je suis sûre maintenant qu'il est complètement fou, je ne peux même pas le traiter de chien, c'est un clebs au poil défait qui bave plus qu'il ne parle. Je n'ai même pas eu le temps de prononcer une seule parole lorsqu'il s'est lancé dans son monologue invraissemblable. J'ai compris qu'il ne s'adressait pas vraiment à moi mais plutôt à un être supérieur car ma perplexité n' pas suffi pas à l'arrêter. En terme médical, j'appelerai mon David schizophrène. Et bien que je ne sache pas exactement de quoi tout cela relève, j'ai quelques certitudes, dans le genre dérisoires : Premièrement, il n'est pas parti avec une autre femme : en ce moment il pue beaucoup trop pour être capable de cet exploit et puis ce n'est pas son genre. Deuxièmement, Biba se trompe, ce n'est pas une crise de la trentaine, c'est beaucoup plus grave, j'ai l'impression d'être devenue transparente. Je crois qu'on devrait ajouter un poil d'autisme à son cocktail de folies. Pas de psycho-miracle qui vaille, ces explications fourre-tout ne valent rien. Il a une lumière inquiètante dans les yeux comme l'envie ahurie d'aller se fracasser contre un mur, ce que l'on appelle la fureur de vivre. Mais ma pompe à sang ne s'arrête pas, et je l'aime encore, j'ai beau me rapeller que les James Dean n'ont d'avenir qu'au fond des fossés, mes restes d'adolescente sont plus vifs que je ne me l'imaginais. Il ne dit plus rien, il est comme un mur, quand je lui ai posé des questions sur ce qu'il allait faire, il ne m'a carrément pas répondu, rien. Pas un mot. Comme si je ne les méritais pas. Sa folie est un peu contagieuse, je suis moi aussi assez proche de remettre en cause les presques dix dernières années de ma vie, quelque part je trouve que c'est amusant, cette bombe humaine pourrait bien remettre un peu de sel dans ma vie. Petite fille, j'était ordinaire, je rêvais d'être comme les autres, c'est à dire une princesse qui refermerait un jour le livre de sa vie comblée d'une belle histoire avec une fin heureuse. Il semble cependant que la princesse ne rêve plus d'avoir beaucoup d'enfants maintenant qu'elle a enfilé sa pantoufle de vair. Je me sens plus proche de ces madonnes visiteuses de prison, il devient fascinant, il a pris ces yeux flamboyant qui disent mille bohèmes, il cette beauté guevaresque qui aime autant la mort que la vie. Ses yeux sont comme des mèches de poudrières qu'on allume en chantant : Voici le temps qu'il vous reste à danser.
05 décembre 2006
01 décembre 2006
Les nuits
Gégé dans son beau costume avait l'air tout à fait piteux. Sous un pont, il demeurait informe et quoiqu'il ai pu se piquer d'un certain air aristocrate toute à l'heure lors de la parade, il était temps pour lui de revenir à la réalité. Même s'il se tenait droit comme un enarque, il avait les épaules qui tombaient par une sorte de prédisposition, lui n'avait pas ce privilège de savoir à quoi le destinait le vaste monde. C'était chaque fois un coup de roulette, en l'occurence, il s'agissait d'une rencontre. David se félicitait, le sourire au lèvres, il était encore jeune mais pourtant lorsque qu'il voyait Gérard à sa merci il prenait conscience de sa puissance. Même si l'expérience de sa vie passait pour ridicule en regard de celle de Gérard, il avait pour la première fois une réelle responsabilité, non pas comme un conspirateur assis à son bureau qui organise des guerres inter-service pour son loisir mais comme un révolutionnaire en marche, un libérateur. Certes pour le moment il se contentait de crever des pneus et c'était peu, cependant déjà, il n'était plus cet empreinté qui marchait droit quand il avait la cravate serrée autour du cou. David était sorti de l'école sans ambitions originales, assez vaseux dans sa tête, il avait cette envie pubère de sauter un maximum de filles et de briller un peu dans la société en élaborant son crane art la parole. Mais maintenant, il peinait à se se rappeller comment il était quand la guerilla n'avait pas encore commencée. Nul doute que tout avait changé, la loi naturelle fait que les destins doivent basculer un jour ou un autre. Et si certains de ses amis avaient enfoui leur vie dans un magma de chair, de femmes et puis d'enfants quand ils avaient senti un jour ce besoin d'allourdir le monde d'un moufflet rose, lui suivait une direction toute différente. La famille est effectivement un moyen de remplir le silence et de ne plus entendre le tic-tac fatal des jours qui s'égrennent mais qui seraient ceux là si le tintamarre disparaissait ? Il y avait aussi ceux qui s'étaient retrouvés aventuriers, partis aux quatres coin du monde, expérimentant sexualités exotiques, drogues et autres "aventures". Et puis il y en avait d'autres qui éventraient leur vie au travail pour passer le temps. C'était classique, tous, ils refusaient d'admettre l'insignifiance de leur trajectoire. Lui était assez privilégié en quelque sorte, il avancait pour servir un Dieu, une morale et des idéaux. Autant vivre pour mourrir car on atteindra son but à coup sur.
- Rends moi mon costard Gérard ! Et il parti d'un rire dément, pourtant véritablement joyeux. Devenu délinquant pour un coup de canif, il était hilare quand il se remémorait la blague du pneu crevé. Il songait à la mine déconfite du gras serviteur du capitalisme lorsqu'il découvrirait son ostensible puissance éffondrée dans le caniveau. Il se l'imaginait mettre les mains dans le camboui et gueuler comme un veau à la recherche la roue de secours de son 4X4. Il riait. Le gros porc allait se plaindre chez les flics, colporterait des calamités à propos des jeunes des banlieux sans douter de leur responsabilité, et puis finalement il s'endormirai dans la peur chaque fois qu'il laisserait son fameux béhème dormir à nouveau dehors.
- Ah mon ami ! Comment as tu trouvé les Champs Elysés ?
Gérard rit aussi par contagion, car il ne pouvait comprendre
- C'est Elyséen précisement. Mais je t'avise tout de suite, j'ai adoré et donc je garde ton costard.
- Je doute mon vieux. Te faudrais une penderie. Demain, quand tu te levera, ton Hugo Boss sera bouffé par les rats... à moins que tu te sois fait un coin buanderie sous le pont de l'Alma.
- Justement, je voulais t'en toucher deux mots. Est-ce que tu accepterais de jouer mon "mécène" pour l'hotel par hasard ? C'est pour ma future carrière !
- Non ! Me confonds pas, je ne suis pas riche. Comprends-moi et j'm'excuse mais je ne sponsorise que les gagnants. Et pour l'instant, je me pose encore des tas de questions sur ton cas. C'est pour ça que je te laisse mijoter un brin et réfléchir un peu. Et si la semaine prochaine tu veux vivre la vie trépidante des bureaux, alors je t'en donnerai les moyens. Mais ça c'est la semaine prochaine. En attendant, vis ton bonheur. Je te laisse un petit livre pour étudier, c'est mon vademecum. C'est écrit par un Américain. Tu sais : ceux qui vivent comme des cow-boys ! Mais ils ont raison, dans ce monde de sioux, c'est adéquat. En fait, je te fait un résumé dès maintenant : Ca t'apprendra comment marcher sur le dos des hommes pour avancer plus vite, et même si tu marche suffisement vite comment ne pas sentir l'odeur de ceux que tu écrases, comme les punaises. Enfin je m'avance, tu n'es peut-être pas prêt. Mais tu sais : les hommes sont comme les cafards, ils débordent des poubelles, il n'y en a que trop, ils peuplent les moindres recoins, et tout ce que tu foule, que tu détruit, te bile pas, c'est la pousse d'une armée de gonzes. C'est brutal. Je sais. Mais regarde Paris. Paname. T'adore, je sais ! Mais dis moi que ça ne pue pas et là tu n'osera pas avouer, tu restera la dans ton coin, mais tu ne crachera pas dessus parce que c'est là tu y es né ! Question de mauvaise foi. Dis moi que je mens. Ose !
Mon frère écoute moi, je ne te veux que du bien mais je reprendrai mon costume dès ce soir. Et la semaine prochaine, je te le laisserai à condition que tu me raconte exactement quelle furent tes sensations lors de ta parade sur les champs Elysées. C'est notre pacte. Tu réalise l'expérience et moi j'écris le livre.
- J'en dis rien, vraiment, t'es frappé. Je lirai quand même ton bouquin parce que j'ai du temps à perdre et rien de mieux à faire, mais paye moi au moins des mouffles qui me couvre le bout des doigts, il pèle maintenant, tu sais, et pour lire tranquille c'est mieux. Et puis comme je te vois lancé, permets-moi de te donner un conseil ! Relaxe ! Tu m'as l'air d'une boule de haine. Un peu paradoxal, ça devrait être moi l'enragé. Surmenage certainement, je connais pas les problèmes des employés de bureau... pas encore. Mais j'accepte tes conseils parce que je ne suis pas en position de force et que je suis un peu trop con pour me faire confiance. Pourtant, nul doute que quand j'aurais mon pognon je te paierai une chambre dans une maison de repos. Ca travaille là haut évidement ! Mais joue la `piano' sur ton imagination, tu crois surement que j'ai une vie romantique comme dans un Dickens. Pourtant la misère c'est pas la bohème que tu crois, tu sais pas ce que c'est de parler aux poubelles quand elles te sont plus sympatiques que ceux de ton espèce. Nan tu peux pas savoir ! Toi tu préfère être l'ange de la nuit, le rebel. Mais c'est facile.
- Tout est une question de moyen, je te l'accorde ! Mais rends moi quand même mon costume et je donne mes gants. Je reconnais t'as l'air spectaculaire dans les brouillard du pont de l'Alma, mais.... je travaille. Pas de doute. T'as raison enfoiré.
Il rirent encore avant de procéder au troc d'une paire de gants d'agneau contre un costume Hugo Boss. Et puis chacun repartit dans sa nuit.
- Rends moi mon costard Gérard ! Et il parti d'un rire dément, pourtant véritablement joyeux. Devenu délinquant pour un coup de canif, il était hilare quand il se remémorait la blague du pneu crevé. Il songait à la mine déconfite du gras serviteur du capitalisme lorsqu'il découvrirait son ostensible puissance éffondrée dans le caniveau. Il se l'imaginait mettre les mains dans le camboui et gueuler comme un veau à la recherche la roue de secours de son 4X4. Il riait. Le gros porc allait se plaindre chez les flics, colporterait des calamités à propos des jeunes des banlieux sans douter de leur responsabilité, et puis finalement il s'endormirai dans la peur chaque fois qu'il laisserait son fameux béhème dormir à nouveau dehors.
- Ah mon ami ! Comment as tu trouvé les Champs Elysés ?
Gérard rit aussi par contagion, car il ne pouvait comprendre
- C'est Elyséen précisement. Mais je t'avise tout de suite, j'ai adoré et donc je garde ton costard.
- Je doute mon vieux. Te faudrais une penderie. Demain, quand tu te levera, ton Hugo Boss sera bouffé par les rats... à moins que tu te sois fait un coin buanderie sous le pont de l'Alma.
- Justement, je voulais t'en toucher deux mots. Est-ce que tu accepterais de jouer mon "mécène" pour l'hotel par hasard ? C'est pour ma future carrière !
- Non ! Me confonds pas, je ne suis pas riche. Comprends-moi et j'm'excuse mais je ne sponsorise que les gagnants. Et pour l'instant, je me pose encore des tas de questions sur ton cas. C'est pour ça que je te laisse mijoter un brin et réfléchir un peu. Et si la semaine prochaine tu veux vivre la vie trépidante des bureaux, alors je t'en donnerai les moyens. Mais ça c'est la semaine prochaine. En attendant, vis ton bonheur. Je te laisse un petit livre pour étudier, c'est mon vademecum. C'est écrit par un Américain. Tu sais : ceux qui vivent comme des cow-boys ! Mais ils ont raison, dans ce monde de sioux, c'est adéquat. En fait, je te fait un résumé dès maintenant : Ca t'apprendra comment marcher sur le dos des hommes pour avancer plus vite, et même si tu marche suffisement vite comment ne pas sentir l'odeur de ceux que tu écrases, comme les punaises. Enfin je m'avance, tu n'es peut-être pas prêt. Mais tu sais : les hommes sont comme les cafards, ils débordent des poubelles, il n'y en a que trop, ils peuplent les moindres recoins, et tout ce que tu foule, que tu détruit, te bile pas, c'est la pousse d'une armée de gonzes. C'est brutal. Je sais. Mais regarde Paris. Paname. T'adore, je sais ! Mais dis moi que ça ne pue pas et là tu n'osera pas avouer, tu restera la dans ton coin, mais tu ne crachera pas dessus parce que c'est là tu y es né ! Question de mauvaise foi. Dis moi que je mens. Ose !
Mon frère écoute moi, je ne te veux que du bien mais je reprendrai mon costume dès ce soir. Et la semaine prochaine, je te le laisserai à condition que tu me raconte exactement quelle furent tes sensations lors de ta parade sur les champs Elysées. C'est notre pacte. Tu réalise l'expérience et moi j'écris le livre.
- J'en dis rien, vraiment, t'es frappé. Je lirai quand même ton bouquin parce que j'ai du temps à perdre et rien de mieux à faire, mais paye moi au moins des mouffles qui me couvre le bout des doigts, il pèle maintenant, tu sais, et pour lire tranquille c'est mieux. Et puis comme je te vois lancé, permets-moi de te donner un conseil ! Relaxe ! Tu m'as l'air d'une boule de haine. Un peu paradoxal, ça devrait être moi l'enragé. Surmenage certainement, je connais pas les problèmes des employés de bureau... pas encore. Mais j'accepte tes conseils parce que je ne suis pas en position de force et que je suis un peu trop con pour me faire confiance. Pourtant, nul doute que quand j'aurais mon pognon je te paierai une chambre dans une maison de repos. Ca travaille là haut évidement ! Mais joue la `piano' sur ton imagination, tu crois surement que j'ai une vie romantique comme dans un Dickens. Pourtant la misère c'est pas la bohème que tu crois, tu sais pas ce que c'est de parler aux poubelles quand elles te sont plus sympatiques que ceux de ton espèce. Nan tu peux pas savoir ! Toi tu préfère être l'ange de la nuit, le rebel. Mais c'est facile.
- Tout est une question de moyen, je te l'accorde ! Mais rends moi quand même mon costume et je donne mes gants. Je reconnais t'as l'air spectaculaire dans les brouillard du pont de l'Alma, mais.... je travaille. Pas de doute. T'as raison enfoiré.
Il rirent encore avant de procéder au troc d'une paire de gants d'agneau contre un costume Hugo Boss. Et puis chacun repartit dans sa nuit.
25 novembre 2006
Wet Chaolin
Cette journée, David était saoûl de la pitance routinière du salarié, il avancait tête nue et l'envie d'en découdre sous les trombes venues de l'Ouest. Le ciel était noir comme sous une chappe de caillasse. Il s'enfoncait dans la nuit naissante quand l'orage commencait à gronder. Il partit s'engêler dans les rues de Paris, somnambule. Il avait laissé sa voiture sur le parking et ignorait son retour, il ne savait même pas s'il y en aurait un jour. Il pris seul le métro, parmi les masses puantes, il s'est engouffré dans des charettes en partance pour l'enfer. Des travailleurs aux gueules déformées grognaient comme des boeufs, lui respirait les aisselles de grands types décharnés aux long bras qui se suspendaient au tringles du métro. Libéré, il dévisageait jusqu'à l'outrage des minettes renfrognées réfugiée dans des coins du wagon attendant que leur transport se passe, éreintée de leur journée. Il les toisait comme si l'orgueil de ces petites pouvait se retourner mille fois sans que rien n'y paraisse. La plèbe avait l'oeil vitreux, elle était en patience pour le programme télé de ce soir. Etait-il de ceux là ? Etrange ! Il avait cette sensation étrange d'avoir passé sa journée avec des mammifères difformes qu'il regardait sans comprendre à travers la vitre d'un aquarium comme d'immenses patauds. Il était libre et le voyage se prolongait seul dans les lumières articielles emporté dans par les trames jaunies du métropolitain.
Il sortit à Maubert-Mutualité, station insignifiante mais tellement Parisienne. Il s'agissait du QG pour le professorat de la Sorbonne lorsqu'il se mettait en chasse de filles encore fraiches. Endroit idéal pour sortir de cette terre infernale et rejoindre la mer, David avait le vent dans son dos et se sentait propulsé dehors de la bouche du métro, neuf comme un ressucité, des courants d'air s'infiltrait dans son cou, des gouttes s'emparaient de sa barbe, il était sale, le poil défait, la machoire trop saillante, il avait oublié ces restes de raffinements comme ceux d'une vie passée. Sous la pluie, David partait s'inventait les dragons qu'il allait défier tandis qu'il rajustait son imperméable tel un limier professionel es bas-fonds. Aujourd'hui commençait le voyage extatique, celui qui déferait l'ancien David, le tuerait certainement, et jetterais au enfer la sage dépouille de cet ex-employé aux instincts si dangeureusement lénifiant. Lao Tseu avait affirmé que "Tout voyage de milles lieues commence par un premier pas" en Français on le traduisait par "Seul le premier pas coûte". Cette foutue sagesse populaire avait toujours raison ! Il n'y a que l'abandon, le renoncement du premier pas qui compte. Au moment ou tu ne saura plus qui tu es, au moment ou tu auras oublié tes modèle, alors tu sera libre, renonce donc pour gagner... Toutes les religions qu'elles soient Tibétaines ou d'ailleurs partagent cette même clé de voûte : le salut de la foi est es un abandon. Pour commencer l'ascèse il faut se baigner dans les eaux du ciel, s'imprégner de la glace du monde, marcher dans la nuit, trembler, traverser les limites de ce corps faible.
Le premier pelerinage était un peu bourgeois, il fallait le reconnaitre, il partait du quarier latin et s'en allait vers le quai Branly, lézardait au Marais. Cependant, cette marche sur Paris se faisait par gros temps. Les hommes courraient dans la rues, regagnaient leur trous comme des fantômes effrayés, déguerpissaient comme des rats sous la lessive, de leur coté, les femmes se hâtaient serrant leur jupes, accrochée à leur parapluies à la dérive. Les caniveaux ruisselaient et débordaient sur les trottoirs car de gros 4X4 aux pneus imposants contrariaient l'écoulement des eaux. Le missionaire David du pâtir de ces débordements. Justice !
Les rues de Paris étaient très vides et David sentit l'inspiration - une de celle qu'on ne laisse pas partir - pour rétablir un peu d'ordre, et faire écumer comme un porc que l'on saigne le gras propriétaire de l'engin qui essuyait ses roues dans l'eau croupies de son ami Gérard. En terme de lutte des classe c'était lui qu'il fallait planter. Il sortit un couteau de sa poche, s'accroupit à demi et enfonça dans le pneu du monstre la lame de la vengeance. Il fut surpris de constater la résistance de la roue, il ne parvint pas à transpercer lla chappe du premier coup : corriace ! A nouveau, il planta le couteau avec plus de forces, discret, il ne fallait pas encore revendiquer ce genre de folie et finalement il entendit avec soulagement le sifflement du Good Year éventré, puis ça commencait à buller énormément dans le caniveau rivière. Il n'eut pas le temps de contempler la carcasse qui s'écrasait car il devait partir. Il s'enfuit, faisant semblant de rien, heureux. Le franchissement si ridicule fut-il des ligne de la loi par rébellion, vous fait sentire plus humain. Mais maintenant il était l'heure !
Il fallait réccupérer son fameux costard qu'il avait prété à Gérard et connaitre le résultat de l'expérience. Il lui avait dit à de le ménager, cependant, par ce temps, il ne savait plus quelle version il allait trouver de son costume.
L'ami Gérard, près de l'endroit convenu, attendait près du pont des "Milles Larmes" - l'autre nom du pont de l'Alma - on entendait des cataractes de pluie affliger la terre jusqu'à en détremper son âme. David espérait retrouver un métamorphosé. Un peu envieux, il pensait que Gérard, tous les soirs, était bordé par ces ombres si noires et si pures, des lavis superbes pour l'héroisme. S'il vivait ici, il deviendrait comme les escargot, c'est à dire qu'il baverait ces soirs humides sans parvenir plus à avaler quoi que ce soit, saoul. Il du s'asseoir contre un mur, comtempla stupéfait la nuit qui s'amusait à faire des ronds dans l'eau. Interdit.
Il sortit à Maubert-Mutualité, station insignifiante mais tellement Parisienne. Il s'agissait du QG pour le professorat de la Sorbonne lorsqu'il se mettait en chasse de filles encore fraiches. Endroit idéal pour sortir de cette terre infernale et rejoindre la mer, David avait le vent dans son dos et se sentait propulsé dehors de la bouche du métro, neuf comme un ressucité, des courants d'air s'infiltrait dans son cou, des gouttes s'emparaient de sa barbe, il était sale, le poil défait, la machoire trop saillante, il avait oublié ces restes de raffinements comme ceux d'une vie passée. Sous la pluie, David partait s'inventait les dragons qu'il allait défier tandis qu'il rajustait son imperméable tel un limier professionel es bas-fonds. Aujourd'hui commençait le voyage extatique, celui qui déferait l'ancien David, le tuerait certainement, et jetterais au enfer la sage dépouille de cet ex-employé aux instincts si dangeureusement lénifiant. Lao Tseu avait affirmé que "Tout voyage de milles lieues commence par un premier pas" en Français on le traduisait par "Seul le premier pas coûte". Cette foutue sagesse populaire avait toujours raison ! Il n'y a que l'abandon, le renoncement du premier pas qui compte. Au moment ou tu ne saura plus qui tu es, au moment ou tu auras oublié tes modèle, alors tu sera libre, renonce donc pour gagner... Toutes les religions qu'elles soient Tibétaines ou d'ailleurs partagent cette même clé de voûte : le salut de la foi est es un abandon. Pour commencer l'ascèse il faut se baigner dans les eaux du ciel, s'imprégner de la glace du monde, marcher dans la nuit, trembler, traverser les limites de ce corps faible.
Le premier pelerinage était un peu bourgeois, il fallait le reconnaitre, il partait du quarier latin et s'en allait vers le quai Branly, lézardait au Marais. Cependant, cette marche sur Paris se faisait par gros temps. Les hommes courraient dans la rues, regagnaient leur trous comme des fantômes effrayés, déguerpissaient comme des rats sous la lessive, de leur coté, les femmes se hâtaient serrant leur jupes, accrochée à leur parapluies à la dérive. Les caniveaux ruisselaient et débordaient sur les trottoirs car de gros 4X4 aux pneus imposants contrariaient l'écoulement des eaux. Le missionaire David du pâtir de ces débordements. Justice !
Les rues de Paris étaient très vides et David sentit l'inspiration - une de celle qu'on ne laisse pas partir - pour rétablir un peu d'ordre, et faire écumer comme un porc que l'on saigne le gras propriétaire de l'engin qui essuyait ses roues dans l'eau croupies de son ami Gérard. En terme de lutte des classe c'était lui qu'il fallait planter. Il sortit un couteau de sa poche, s'accroupit à demi et enfonça dans le pneu du monstre la lame de la vengeance. Il fut surpris de constater la résistance de la roue, il ne parvint pas à transpercer lla chappe du premier coup : corriace ! A nouveau, il planta le couteau avec plus de forces, discret, il ne fallait pas encore revendiquer ce genre de folie et finalement il entendit avec soulagement le sifflement du Good Year éventré, puis ça commencait à buller énormément dans le caniveau rivière. Il n'eut pas le temps de contempler la carcasse qui s'écrasait car il devait partir. Il s'enfuit, faisant semblant de rien, heureux. Le franchissement si ridicule fut-il des ligne de la loi par rébellion, vous fait sentire plus humain. Mais maintenant il était l'heure !
Il fallait réccupérer son fameux costard qu'il avait prété à Gérard et connaitre le résultat de l'expérience. Il lui avait dit à de le ménager, cependant, par ce temps, il ne savait plus quelle version il allait trouver de son costume.
L'ami Gérard, près de l'endroit convenu, attendait près du pont des "Milles Larmes" - l'autre nom du pont de l'Alma - on entendait des cataractes de pluie affliger la terre jusqu'à en détremper son âme. David espérait retrouver un métamorphosé. Un peu envieux, il pensait que Gérard, tous les soirs, était bordé par ces ombres si noires et si pures, des lavis superbes pour l'héroisme. S'il vivait ici, il deviendrait comme les escargot, c'est à dire qu'il baverait ces soirs humides sans parvenir plus à avaler quoi que ce soit, saoul. Il du s'asseoir contre un mur, comtempla stupéfait la nuit qui s'amusait à faire des ronds dans l'eau. Interdit.
19 novembre 2006
Contrastes
J'avais pas tout à fait fini d'être chat de gouttière mais je me suis mis à regarder les minettes fraîches et à les croquer du regard comme un vieux matou. Par la fenêtre du café, je voyais des femmes sophistiquées avancer sur des talons aiguilles et je me perdais sur leur croupes qui balançaient. C'est qu'elles sont chic les femmes ici. Rien que de m'imaginer dans l'ombre à observer la nudité de leur épaules, j'ai le frisson. Les Champs Elysées sont pleins de ce genre de créatures, étudiantes libérées ou femmes très actives, elles ont les seins si ronds et les bouches si pulpeuses qu'on se damnerait pour elles, et si seulement j'avais les moyens, je me paierais des beaux jours dans des chambres d'hotel et je m'aggriperais à ces reins pour leur faire sentir tout mon foutre. Mais j'ai la fièvre.
Sous les lustres d'un café, près des cuivres du comptoir, je suis dans un endroit bien chaud et j'oublie vite, trop vite. Je suis comme un insecte près du poèle, la chaleur est magnétique, je bouge pas, je me chauffe, mon corps n'était plus habitué. C'est le premier des luxe d'avoir chaud, mais j'ai pas de vertue pour me contenter de si peu. J'ai envie d'être un peu plus propre, de me raser la barbe et de m'enfuir avec ces maitresses fugaces, défaire leur jupes fuseau, tirer leur longues fermetures éclairs, et ... mais faut pas se laisser aller : tout à l'heure je suis dehors et faut pas déconner, David ne paie pas la chambre d'hôtel. Un café noir ne dure pas une éternité, déjà il est froid. Je me suis levé sans payer mon café, je laisse les sponsors japonais s'en charger, pour ça j'ai des excuses : je suis pauvre. J'irais prendre un autre café ailleurs.
Sur l'avenue, je révassais, je chantonnais la chanson de Joe Dassin, même si Paris n'a plus grand chose à voir avec ce qu'il chantait, ce n'est pas l'important puisque je réve. On dit ce qu'on veut de Paris, y'en a beaucoup qui disent que ce n'est plus qu'une ville de crevards et j'en suis la preuve, mais c'est difficile de hair une ville quand on y a grandi ; je reconnais que c'est pas original. C'était la deuxième fois que je remontais l'avenue, mais je n'allais pas passer ma vie ici, David m'avait fait un cadeau empoisonné, je ne dit pas qu'il m'a pris en traitre et je vais pas pleurer. Il n'y a pas de Cendrillon qui tienne quand on est un homme, mais dans le fond, c'est l'idée : minuit allait sonner. Et sur le trottoir je croisais une de mes connaissances, Pantou, c'était un black qui m'avait raconté ses misères une fois qu'il avait raté le dernier métro. Lui, c'était une autre histoire, il avait des problèmes pour nourrir ses trois mômes et en plus il avait la police l'embêtait, comme il disait, sans-papier, il était menacé de se faire explulser. Comme s'il les collectionnaient, les Africains ont toujours des tonnes de problèmes, mais il rigolent beaucoup trop pour qu'on les prennent au sérieux. Il y avait tellement peu de temps qu'il était en France qu'il ne savait m^me pas que de causer avec les clodos relevait du gâtisme. Il m'a de suite sorti son : "Ah monsieur Gérard ! Comment ça va, je vous avais pas reconnu dans votre beau costume ! Vous avez retrouvé du travail ! Regardez moi aussi !" Il était effectivement en train de balayer la rue et ca avait l'air de lui faire foutrement plaisir encore que je m'avance probablement puique je ne l'ai jamais vu sans sourire. Je lui demandait si la famille "Ca va ?", il adorent ça les Africains. Apparement, oui ça allait. Il m'a dit que depuis qu'on lui avait fait des papiers à la prefecture, il avait trouvé un job. J'ai pensé que c'était dingue qu'il lui faille des papiers pour tenir un balai mais c'est le système qui veux ça, il avait réussi à trafiquer quelques paperasses pour trouver un boulot, il n'avait pas le choix, il a deux femmes le salaud et sur les imprimé de la sécu, il n'y a pas suffisamment de cases pour ranger deux femmes. Il était en admiration devant mes chaussure, j'apprend que j'ai des "Weston" au pieds, il me demande combien elles m'ont couté. La vraiment je suis embété, je lui dit que c'est un cadeau. Et bein tu me donnera le nom de tes amis, hihi ! Moi, je viens du Congo et là bas, si tu as des Weston ça veut dire que tu connais un ministre. Il me dit qu'en France, on a de la chance, c'est moins difficile d'avoir des Westons. Pour pas qu'il soit trop jaloux, je lui sort que que j'aimerais bien être en Afrique pour avoir deux femmes comme lui, en France, c'est plus difficile pour avoir deux femmes, il rigole, il nuance, ah oui mais mon frère, tu te rend pas compte ! Deux femmes c'est beaucoup de travail et puis tu as plus des enfants, et là c'est encore plus de travail ! Mais toi t'es blanc et t'a même un costume qu'on dirait un ministre, tu pourrais surement avoir plus de deux femmes. Je connais même un type, il a huit femmes". Je restais songeur : huit femmes ! Bien sur que ce ne sera pas comme ces chattes incandescante comme celle qui se promènent sur les Champs Elysés mais tout de même : Huit ! Je laissait Pantou et son balai et je poursuivais mon chemein. J'avais le déclic, si je réussissait me faire de la maille comme David me l'avait promis, je me paierai un billet d'avion pour Ouagadougou et je monterai mon clan : le "clan des Glucks". Je me prendrais deux ou trois femmes - c'est déjà bien - et je ferai des gosses à tite larigo pour avoir une vraie descendance. D'un autre coté j'ai mon fils ici, mais comme je ne le vois jamais il comprendra quand il sera grand. Francoise n'a plus voulu que je le revois quand on s'est séparé. Elle disait que j'étais pas un modèle pour le gamin, elle a peut-être raison. J'ai bien tenté de négocier mais je ne suis pas parvenu à aller très loin, en effet c'est assez difficile de négocier devant des portes fermées.
En Afrique, il n'y a pas de porte pour rentrer dans une case, même si mes femmes m'interdise de voir mon fils, je pourrais toujours tricher. C'est drôle comme ça m'inspire l'Afrique. Ca m'est déjà arrivé de m'endormir dans la rue avec des visions de là bas, j'étais vraiment crade et que le ciel était tout gris comme d'habitude mais ça n'empéchait rien. Je me voyais dans des grandes savanes sous un ciel immense, et j'avais enfin chaud, il y avait des troupeaux d'éléphants qui faisaient trembler le sol et je voyais des zébus s'affoler à l'odeur du lion qui approchait. Pourtant quand je me réveillais et je voyais que c'était la nuit noire, il y avait des clodos s'engueulaient auprès de moi, j'avais complètement déliré. Mon idée est que j'avais une prémonition de la mort, comme un retour aux sources, quand je serais mort, j'aurais plus chaud que maintenant.
Sous les lustres d'un café, près des cuivres du comptoir, je suis dans un endroit bien chaud et j'oublie vite, trop vite. Je suis comme un insecte près du poèle, la chaleur est magnétique, je bouge pas, je me chauffe, mon corps n'était plus habitué. C'est le premier des luxe d'avoir chaud, mais j'ai pas de vertue pour me contenter de si peu. J'ai envie d'être un peu plus propre, de me raser la barbe et de m'enfuir avec ces maitresses fugaces, défaire leur jupes fuseau, tirer leur longues fermetures éclairs, et ... mais faut pas se laisser aller : tout à l'heure je suis dehors et faut pas déconner, David ne paie pas la chambre d'hôtel. Un café noir ne dure pas une éternité, déjà il est froid. Je me suis levé sans payer mon café, je laisse les sponsors japonais s'en charger, pour ça j'ai des excuses : je suis pauvre. J'irais prendre un autre café ailleurs.
Sur l'avenue, je révassais, je chantonnais la chanson de Joe Dassin, même si Paris n'a plus grand chose à voir avec ce qu'il chantait, ce n'est pas l'important puisque je réve. On dit ce qu'on veut de Paris, y'en a beaucoup qui disent que ce n'est plus qu'une ville de crevards et j'en suis la preuve, mais c'est difficile de hair une ville quand on y a grandi ; je reconnais que c'est pas original. C'était la deuxième fois que je remontais l'avenue, mais je n'allais pas passer ma vie ici, David m'avait fait un cadeau empoisonné, je ne dit pas qu'il m'a pris en traitre et je vais pas pleurer. Il n'y a pas de Cendrillon qui tienne quand on est un homme, mais dans le fond, c'est l'idée : minuit allait sonner. Et sur le trottoir je croisais une de mes connaissances, Pantou, c'était un black qui m'avait raconté ses misères une fois qu'il avait raté le dernier métro. Lui, c'était une autre histoire, il avait des problèmes pour nourrir ses trois mômes et en plus il avait la police l'embêtait, comme il disait, sans-papier, il était menacé de se faire explulser. Comme s'il les collectionnaient, les Africains ont toujours des tonnes de problèmes, mais il rigolent beaucoup trop pour qu'on les prennent au sérieux. Il y avait tellement peu de temps qu'il était en France qu'il ne savait m^me pas que de causer avec les clodos relevait du gâtisme. Il m'a de suite sorti son : "Ah monsieur Gérard ! Comment ça va, je vous avais pas reconnu dans votre beau costume ! Vous avez retrouvé du travail ! Regardez moi aussi !" Il était effectivement en train de balayer la rue et ca avait l'air de lui faire foutrement plaisir encore que je m'avance probablement puique je ne l'ai jamais vu sans sourire. Je lui demandait si la famille "Ca va ?", il adorent ça les Africains. Apparement, oui ça allait. Il m'a dit que depuis qu'on lui avait fait des papiers à la prefecture, il avait trouvé un job. J'ai pensé que c'était dingue qu'il lui faille des papiers pour tenir un balai mais c'est le système qui veux ça, il avait réussi à trafiquer quelques paperasses pour trouver un boulot, il n'avait pas le choix, il a deux femmes le salaud et sur les imprimé de la sécu, il n'y a pas suffisamment de cases pour ranger deux femmes. Il était en admiration devant mes chaussure, j'apprend que j'ai des "Weston" au pieds, il me demande combien elles m'ont couté. La vraiment je suis embété, je lui dit que c'est un cadeau. Et bein tu me donnera le nom de tes amis, hihi ! Moi, je viens du Congo et là bas, si tu as des Weston ça veut dire que tu connais un ministre. Il me dit qu'en France, on a de la chance, c'est moins difficile d'avoir des Westons. Pour pas qu'il soit trop jaloux, je lui sort que que j'aimerais bien être en Afrique pour avoir deux femmes comme lui, en France, c'est plus difficile pour avoir deux femmes, il rigole, il nuance, ah oui mais mon frère, tu te rend pas compte ! Deux femmes c'est beaucoup de travail et puis tu as plus des enfants, et là c'est encore plus de travail ! Mais toi t'es blanc et t'a même un costume qu'on dirait un ministre, tu pourrais surement avoir plus de deux femmes. Je connais même un type, il a huit femmes". Je restais songeur : huit femmes ! Bien sur que ce ne sera pas comme ces chattes incandescante comme celle qui se promènent sur les Champs Elysés mais tout de même : Huit ! Je laissait Pantou et son balai et je poursuivais mon chemein. J'avais le déclic, si je réussissait me faire de la maille comme David me l'avait promis, je me paierai un billet d'avion pour Ouagadougou et je monterai mon clan : le "clan des Glucks". Je me prendrais deux ou trois femmes - c'est déjà bien - et je ferai des gosses à tite larigo pour avoir une vraie descendance. D'un autre coté j'ai mon fils ici, mais comme je ne le vois jamais il comprendra quand il sera grand. Francoise n'a plus voulu que je le revois quand on s'est séparé. Elle disait que j'étais pas un modèle pour le gamin, elle a peut-être raison. J'ai bien tenté de négocier mais je ne suis pas parvenu à aller très loin, en effet c'est assez difficile de négocier devant des portes fermées.
En Afrique, il n'y a pas de porte pour rentrer dans une case, même si mes femmes m'interdise de voir mon fils, je pourrais toujours tricher. C'est drôle comme ça m'inspire l'Afrique. Ca m'est déjà arrivé de m'endormir dans la rue avec des visions de là bas, j'étais vraiment crade et que le ciel était tout gris comme d'habitude mais ça n'empéchait rien. Je me voyais dans des grandes savanes sous un ciel immense, et j'avais enfin chaud, il y avait des troupeaux d'éléphants qui faisaient trembler le sol et je voyais des zébus s'affoler à l'odeur du lion qui approchait. Pourtant quand je me réveillais et je voyais que c'était la nuit noire, il y avait des clodos s'engueulaient auprès de moi, j'avais complètement déliré. Mon idée est que j'avais une prémonition de la mort, comme un retour aux sources, quand je serais mort, j'aurais plus chaud que maintenant.
12 novembre 2006
Café noir
C'était la première fois que je marchais sur les Champs Elysées depuis longtemps, David m'avait refilé son costard presque tout neuf. Il était d'un beau beige et large d'épaule, c'était un Hugo Boss et vraiment classe. Il me le laissait juste pour la parade, il m'a demandé de lui redonner après, mais je crois que je vais le convaincre pour qu'il me le laisse. Ce costard me changait vachement de mes poux, un peu comme une robe de communion, ça marque certainement un moment important de ma vie. Peut-être que je m'emballe mais faut reconnaitre quand même que ce costume, il tape à l'oeil.
Ces dernières années, on m'avait déconseillé les trottoirs des Champs Elysées, d'après la loi, la mendicité est interdite, en pratique c'est surtout vrai près des vitrines luxueuses. En soit, c'est tout à fait normal pour un exclu qu'a des trous à son manteau et puis c'est le principe. Cependant, les flics sont assez causant quand il vous arrêtent sur la route des Champs Elysée, ils essaient de vous convaincre avec beaucoup de diplomacie d'aller voir ailleurs, comme s'ils avaient mauvaise conscience de vous interdire d'aller taxer des clopes devant chez Hermès. Il ne font que leur boulot. Ils ne cessent d'être aimable que lorsque vous leur gerbez dessus.
Cette fois, il n'y avait pas d'obstacle sur ma route, j'allais parader sur la "vitrine du monde" comme ils disent. Les mains dans les poches, je me sentais un peu drôle. C'était au début de l'hiver 2001, j'avais les idées un peu gazeuses quand j'arpentais l'avenue, j'avais encore le tarrin méchamment rouge et la goutte au nez, mais personne ne semblait deviner que de "La Villageoise" était en cause, on incriminait plutôt "Chateau La Pignole", ou j'en sais rien, mais quelques choses d'approchant avec un "Chateau" dedans. On me prêtait si peu d'attention que ça m'a surpris. Je jure poutant que ma transformation était délicieuse, devenu anonyme, je n'étais ni repoussant, ni glamour, mais on me rendait d'un coup ma fierté en ne me regardant plus avec dégout. David ne mentait pas, c'est complètement instantané. J'étais seul mais ça ne me gâchait pas mon plaisir - faut pas déconner - je me sentais presque le roi de la terre dans ces vêtements confortables et chauds. J'étais si élégant que je marchais très lentement, comme si j'avais peur de commettre un faux mouvement qui déchirerait la doublure, alors je savourais chaque glissement de soie comme ces richards précieux.
J'avais suivi les conseils de David à la lettre, il m'avait appâté comme il fallait avec ses histoires de télé, finalement ce n'est pas l'essentiel, ses nippes me suffisent bien. Je m'étais fait coupé les tifs chez un arabe à pas cher, shampoing + coupe, il m'avait aussi taillé la barbe. Au moment où je suis rentré dans sa boutique, je m'étais pas rendu compte que j'avais oublié de me laver et que je puais mais le mec n'a pas bronché et m'a pris tout de suite. Il disait rien, il faisait que son boulot, il coupait avec son ciseau en silence : Snip, snip ! Moi non plus, je disais rien. Snip, snip ! Il a sûrement dut retenir son souffle pour me faire les pattes et se concentrer un peu plus quand il a vu un oiseau s'envoler de mes oreilles, mais il a tenu jusqu'au bout. Heureusement que les coupe-tifs "pas chers" sont pas trop regardant sur ce genre de détails, le métier de coiffeur doit supposer une bonne résistance aux clients puants. C'était pas ma faute si j'avais encore des réflexes de pauvre. Au final, j'avais laissé pas mal de poils dans sa boutique, je me suis rendu compte que mes cheveux étaient bien plus gris qu'auparavant. Le mec a terminé comme de normal en me présentant la nuque avec son miroir, ça m'a fait marrer. J'ai joué le jeu et j'ai tiré le bifton sans calculer combien de binouzes j'aurais pu me payer, il m'a rendu la monnaie et je me suis tiré. Au dehors, l'effet était impressionant. J'étais devenu invisible, enfin j'étais propre, tou ça c'est juste une question d'image. Au bord de la Seine, les potes me connaissent et y vont francos, ils gueulent : "Eh, Gégé tu viens te siffler un pack avec ton poteau !" Je dis pas que leur intention est mesquine, mais du point de vue de l'image, c'est désastreux. Dans l'absolu, je crois qu'il vaut mieux fermer sa gueule, raser les murs et être comme tout le monde : au moins t'as chaud. Faut choisir : Ou t'es bourgeois ou t'es clodo, tu ne peux pas être les deux à la fois ( David c'est un cas particulier : il veut devenir terroriste) Quant à moi, je préfère être bourgeois, dussé-je abandonner mes frères près des bouches d'égoûts. Comme dit David : ce n'est qu'une question de perspective.
Sur les Champs Elysées, les gens passent et viennent de la terre entière pour prendre des photos jusqu'à en user le déclencheur, il se tirent le portrait devant l'arc de triomphe avec le sourire figé comme si les dalles sur lesquelles il avait les pieds valaient des lingots. Ils mitraillent. Il y en a de toutes les langues, des Amerloques, des Ritals, des Espagnols, et même d'autre qui viennent de plus loin. Les pires, c'est les Japonais. Il parait que chez eux ils n'ont que quinze jours de congé par an et qu'ils craquent toutes leurs noisettes pendant leurs vacances. Remarquez, je ne jette pas la pierre, c'est une question de culture sans doute. Et puis faut leur rendre justice, s'il n'y avait pas les Japonais euphorique, probablement personne ne donnerait aux Slaves qui jouent de l'accordéon dans le métro : ils jouent vraiment trop faux. Bref, je réfléchissait sur ces trottoirs : il ne me restait pas tellement de thunes, je ne savais plus comme c'était cher d'aller chez le coiffeur ! Je comptais mes piécettes, il n'y en avait plus beaucoup, David ne m'avais filé que 30 euros, c'est beaucoup pour un clodo, mais pour un mec normal c'est trois fois rien. Question de principe, je voulais prendre un café sur cette avenue m'eut-il ruiné, la dignité commence par un café noir. Trouver un café qui ne soit pas complétement envahi d'étrangers relève de l'exploit sur les Champs, mais j'avais fini par en trouver un. On m'a servi mon expresso avec un chocolat et un petite sucrette, je remuais en regardant par la vitrine, c'était comme une valse dans ma tête, il y avait un grand vent qu'aurait pu me filer un rhume de cerveau. Je voyais de gens passer, rire, stresser, des guignols venus de pays bizarres. Je pensais à toutes les conneries de David. Pensait-il vraiment comme Fred que j'aurais pu être président ou se foutait-il de ma gueule ? J'avais beau me raisonner, je dérivais à chaque instant. Ce monde est décidemment bizarre. Je m'imaginais en haut de l'affiche, je sais que je suis cons de me laisser aller parce que ça me retombera surement sur la gueule un de ces quatre. Mais bon ! Ca fait du bien de réver.
Ces dernières années, on m'avait déconseillé les trottoirs des Champs Elysées, d'après la loi, la mendicité est interdite, en pratique c'est surtout vrai près des vitrines luxueuses. En soit, c'est tout à fait normal pour un exclu qu'a des trous à son manteau et puis c'est le principe. Cependant, les flics sont assez causant quand il vous arrêtent sur la route des Champs Elysée, ils essaient de vous convaincre avec beaucoup de diplomacie d'aller voir ailleurs, comme s'ils avaient mauvaise conscience de vous interdire d'aller taxer des clopes devant chez Hermès. Il ne font que leur boulot. Ils ne cessent d'être aimable que lorsque vous leur gerbez dessus.
Cette fois, il n'y avait pas d'obstacle sur ma route, j'allais parader sur la "vitrine du monde" comme ils disent. Les mains dans les poches, je me sentais un peu drôle. C'était au début de l'hiver 2001, j'avais les idées un peu gazeuses quand j'arpentais l'avenue, j'avais encore le tarrin méchamment rouge et la goutte au nez, mais personne ne semblait deviner que de "La Villageoise" était en cause, on incriminait plutôt "Chateau La Pignole", ou j'en sais rien, mais quelques choses d'approchant avec un "Chateau" dedans. On me prêtait si peu d'attention que ça m'a surpris. Je jure poutant que ma transformation était délicieuse, devenu anonyme, je n'étais ni repoussant, ni glamour, mais on me rendait d'un coup ma fierté en ne me regardant plus avec dégout. David ne mentait pas, c'est complètement instantané. J'étais seul mais ça ne me gâchait pas mon plaisir - faut pas déconner - je me sentais presque le roi de la terre dans ces vêtements confortables et chauds. J'étais si élégant que je marchais très lentement, comme si j'avais peur de commettre un faux mouvement qui déchirerait la doublure, alors je savourais chaque glissement de soie comme ces richards précieux.
J'avais suivi les conseils de David à la lettre, il m'avait appâté comme il fallait avec ses histoires de télé, finalement ce n'est pas l'essentiel, ses nippes me suffisent bien. Je m'étais fait coupé les tifs chez un arabe à pas cher, shampoing + coupe, il m'avait aussi taillé la barbe. Au moment où je suis rentré dans sa boutique, je m'étais pas rendu compte que j'avais oublié de me laver et que je puais mais le mec n'a pas bronché et m'a pris tout de suite. Il disait rien, il faisait que son boulot, il coupait avec son ciseau en silence : Snip, snip ! Moi non plus, je disais rien. Snip, snip ! Il a sûrement dut retenir son souffle pour me faire les pattes et se concentrer un peu plus quand il a vu un oiseau s'envoler de mes oreilles, mais il a tenu jusqu'au bout. Heureusement que les coupe-tifs "pas chers" sont pas trop regardant sur ce genre de détails, le métier de coiffeur doit supposer une bonne résistance aux clients puants. C'était pas ma faute si j'avais encore des réflexes de pauvre. Au final, j'avais laissé pas mal de poils dans sa boutique, je me suis rendu compte que mes cheveux étaient bien plus gris qu'auparavant. Le mec a terminé comme de normal en me présentant la nuque avec son miroir, ça m'a fait marrer. J'ai joué le jeu et j'ai tiré le bifton sans calculer combien de binouzes j'aurais pu me payer, il m'a rendu la monnaie et je me suis tiré. Au dehors, l'effet était impressionant. J'étais devenu invisible, enfin j'étais propre, tou ça c'est juste une question d'image. Au bord de la Seine, les potes me connaissent et y vont francos, ils gueulent : "Eh, Gégé tu viens te siffler un pack avec ton poteau !" Je dis pas que leur intention est mesquine, mais du point de vue de l'image, c'est désastreux. Dans l'absolu, je crois qu'il vaut mieux fermer sa gueule, raser les murs et être comme tout le monde : au moins t'as chaud. Faut choisir : Ou t'es bourgeois ou t'es clodo, tu ne peux pas être les deux à la fois ( David c'est un cas particulier : il veut devenir terroriste) Quant à moi, je préfère être bourgeois, dussé-je abandonner mes frères près des bouches d'égoûts. Comme dit David : ce n'est qu'une question de perspective.
Sur les Champs Elysées, les gens passent et viennent de la terre entière pour prendre des photos jusqu'à en user le déclencheur, il se tirent le portrait devant l'arc de triomphe avec le sourire figé comme si les dalles sur lesquelles il avait les pieds valaient des lingots. Ils mitraillent. Il y en a de toutes les langues, des Amerloques, des Ritals, des Espagnols, et même d'autre qui viennent de plus loin. Les pires, c'est les Japonais. Il parait que chez eux ils n'ont que quinze jours de congé par an et qu'ils craquent toutes leurs noisettes pendant leurs vacances. Remarquez, je ne jette pas la pierre, c'est une question de culture sans doute. Et puis faut leur rendre justice, s'il n'y avait pas les Japonais euphorique, probablement personne ne donnerait aux Slaves qui jouent de l'accordéon dans le métro : ils jouent vraiment trop faux. Bref, je réfléchissait sur ces trottoirs : il ne me restait pas tellement de thunes, je ne savais plus comme c'était cher d'aller chez le coiffeur ! Je comptais mes piécettes, il n'y en avait plus beaucoup, David ne m'avais filé que 30 euros, c'est beaucoup pour un clodo, mais pour un mec normal c'est trois fois rien. Question de principe, je voulais prendre un café sur cette avenue m'eut-il ruiné, la dignité commence par un café noir. Trouver un café qui ne soit pas complétement envahi d'étrangers relève de l'exploit sur les Champs, mais j'avais fini par en trouver un. On m'a servi mon expresso avec un chocolat et un petite sucrette, je remuais en regardant par la vitrine, c'était comme une valse dans ma tête, il y avait un grand vent qu'aurait pu me filer un rhume de cerveau. Je voyais de gens passer, rire, stresser, des guignols venus de pays bizarres. Je pensais à toutes les conneries de David. Pensait-il vraiment comme Fred que j'aurais pu être président ou se foutait-il de ma gueule ? J'avais beau me raisonner, je dérivais à chaque instant. Ce monde est décidemment bizarre. Je m'imaginais en haut de l'affiche, je sais que je suis cons de me laisser aller parce que ça me retombera surement sur la gueule un de ces quatre. Mais bon ! Ca fait du bien de réver.
07 novembre 2006
La révélation
Logiquement, le principe de justice crée les conditions d'une lutte efficace pour ceux qui ont tout perdu, c'est un raisonnement tout à fait simple qui permet de l'affirmer : il est clair qu'au fond de l'abîme on ne peut que remonter et qu'inversement, les nantis dorment mal et se sentent menacés de tout coté lorsqu'ils ont si peu à gagner et tellement à perdre. Simple et élégante théorie. Professeur Marx eut apprécié. C'est tellement beau la lutte des classes ! Cependant, ce qui vaut pour l'esprit reste le concept abstrait d'une société libérale et moderne, la réalité s'adapte difficilement au manichéisme de l'oppresseur et de l'opprimé. C'est ce pourrait figurer en conclusion du communisme. L'homme ne peut atteindre ses idéaux. Autrement dit : auncun projet de société n'est pas fait pour être atteint un jour. Jamais on ne se lassera d'expliquer que l'embonpoint bourgeois explique l'immobilisme et que la déchéance de pauvres bougres est l'inspiration de toute révolution. Mais l'automystification de ces salariés qui se plaignent de leur pouvoir d'achat en est le démentit flagrant : ils ont tout ce qu'il faut, mais il gémissent encore : l'autre jour, il avait vu dans le journal que le droit au vacances devait être intégré à la charte des droits de l'homme. Bein voyons ! Tout ça ne s'arrêterait jamais. Il faut se rendre à l'évidence : la populasse n'est qu'une légende d'occident, personne n'en fait partie mais chacun la plaint. David s'en rendait compte : Gégé, pour vinasseux qu'il fût, faisait encore partie de ce système, lui aussi avait sa fonction dans la machine : dire des conneries. Il en concluait que s'il ne parvenait pas à le changer alors tout était perdu ! Alors il fallait prendre toute les forces de ce désossé pour tordre le cou à cette réalité lénifiante dont on ne se départait pas. Sauter du train qui dirige l'Histoire vers une humanité vertébrée, disons d'un super-organisme dont nous sommes les petits rouages insignifiants, finalement nous ne valons que par notre masse.
Qu'on oublie alors cette glorieuse illusion de la domination de nos destins. Ce ne sont que des exercices d'écrivains ou de jeune fille en rubans roses. Que les clairons qui trompettent "Je ne crois pas au destin" se taisent ! Gardons la tête froide, nos précieuses errances sont elles aussi fonctionnelles et assurent la préservation de la diversité suivant un principe absolument Darwinien. Voyez ! nous sommes cernés de tout coté : Notre soif décadente d'esprit, de conscience, de liberté, de philosophie, tout cela n'est que le nième échauffement d'un bouillon de culture mille fois resservi servant de base à nos variations génétiques. La dernière convulsion d'une civilisation nous apprend que la liberté n'était qu'une illusion. Tôt ou tard on s'apercevra que la rébellion n'est qu'une réthorique démagogique, que les brûleurs de voitures font eux aussi partie du spectacle. Alors, on ne coupera plus de tête pour les prochaines révolutions, on n'aura plus d'idéaux si grands qu'on pourra mourrir pour eux. Il ne reste plus que bibliothèques pansues pour dégueuler des fleuves de palabres qui se répandent comme les veines d'une grosse migraine : Pulsion de mort, Névrose sexuelle, Schizophrénie mineure et une Altération de la perception, Crise de la trentaine. Vous êtes dans une case : un docteur vous expliquera laquelle.
Le premier signe de la dépression est un sentiment d'impuissance généralisée. A cela il n'est aucun symptôme objectif car l'incapacité de provoquer le changement relève concrétement de la tetraplégie. Or, comme manifestement il existe plus de déprimés que de tétraplégiques, il faut trouver une autre explication plus relative. En faits, il s'agit plutôt d'un trop grand décalage entre une capacité réelle de changer le monde et le désir qu'on en a. Sans doute, c'était le véritable problème de David, il avait beaucoup trop d'ambition, et même quand il cherchait à rater, il exigeait trop. Après ses premières jouissances vautrées au milieu des pochtrons, il se rendait compte que de jouer les joyeux drilles au bord de la Seine ne faisait guère avancer le shmilblick. Et bien qu'il soignat sa dépression naissante chaque matin, il ne parvenait pas à la transformer en une tristesse décente, même pas à se détester vraiment. Sans compter que cela prenait trop de temps ; intoxiqué d'habitudes, de confort et d'argent, le fiasco n'arrivait pas, la bérézina qu'il préparait était une fanfaronnade inextricable : un autre coup de tarte à la crème déprimant. N'allez pas croire qu'il soit facile de dévisser, on a trop de supports, trop de gens qui vous aiment et pensent le bien et le mal pour vous. Et pour s'attacher le vice, il faut n'avoir aucune attaches. La lumière lui vint tout d'un coup qu'il n'avait pas à sombrer pour s'offrir une renaissance : Il y avait Gérard et c'était lui la solution ! L'idée était simple : Gérard est une opportunité magnifique pour une expérience et au lieu de saborder son propre navire, il remettrait à flot un autre qui avait déjà coulé. Mentalement, il résumait la situation, comme en réunion d'état-major.
- David est aux sommets, incapable de perdre son travail : son chef lui offre une promotion, les secrétaires lui font de l'oeil, et même ses subalternes commencent à le trouver sympatique depuis qu'il ne se rase plus tous les jours. Il ne parvient pas même à se fâcher avec sa femme et pire, la dépression qu'il paraissait couver est en fait une farce. En effet, qui pourrait le considérer comme dépressif ou même rebelle. Peut-être sa vie est déjà écrite alors il faut se conformer car il est cerné sans possibilités d'avancer, ni de retrait.
- Gérard, le challenger, quant à lui est le candidat idéal pour toute expérience deséspérée, il est comme le cancereux en phase terminale, il a déjà joué toutes ses cartes et il peut tenter le tout pour le tout, il soumettra volontiers son âme à toute sortes de traitements caustiques et pourra même tester les médicaments les plus expérimentaux. Il est vraiment brisé, il n'aime plus tellement la vie. Pour autant, il lui reste encore un peu de cet espoir théorique qu'un jour viendra une révolution où il chevauchera fièremement dans l'Argmageddon. Il a le cuir dûr et l'amertume des poètes, on peut donc lui supposer de bonnes prédispositions pour la finance.
David se sentait l'âme d'être ce coach qui, comme on dit dans les milieux autorisés, activerait la carrière de Gégé. Ce challenge, n'est en réalité que justice. Et si le triomphe social est insipide quand il est fatal, mais la conversion du clodo en cadre dynamique, là on parle de triomphe ! Comprennons nous bien : ce n'est pas une tiers-mondanité, ni même une quart-mondanité, il s'agit de science. "Street Coach" était le titre de l'essai ou "Comment j'ai transformé Gégé en Gérard Intl." Si cette tentative réussissait, David aurait démontré qu'il avait raison d'être blasé. Il était en effet révolutionnaire de considérer qu'un SDF soit un excellent PDG sur l'unique considération qu'il faut le même nombre de lettres pour écrire ces deux acronymes. Gérard, une fois lancé connaitrait une carrière fulgurante, David n'en doutait pas. Pour Gégé le risque n'a pas de sens, talent rare par les temps qui courrent, et il pourrait rapidement s'acheter une télé non pas Cathodique, mais Elcédique voire Plasmique. Et avec ces arguments, David devinait la simplicité avec laquelle il convaincrait Gégé de jouer le jeu.
Il avait l'expérience en la matière, David avait recruté des candidats pour son entreprise, il y en avait de toute les couleurs : du blanc de poulet au gris comptable, du marron cramoisi au rouge sang. Il avait vu différents individus : des frais émoulus de la matrices, des pieds-tendres élevés à la becquée de parents attentifs, des fils d'ouvriers crevards, des immigrés revanchards, mais jamais encore il n'avait recruté des soulards. Gégé au moins, ressemblait à un authentique mort-de-faim, il n'aurait pas le travers ordinaire des employés carrièristes qui se transformaient en serpillères lorsqu'on arrivait sur les aspects financiers (Comme on dit dans le milieu). Il avait l'espoir que la rue aurait appris à Gérard la valeur de l'argent, c'est à dire rien. David éprouvait de la difficulté à conserver son sérieux lors de ces entrevues. Il fallait prendre un air grave quand on parlait d'argent et c'était le seul moyen de rester digne. A ce moment, on sens sa puissance considérable et si on ne se surveille pas, on peut partir d'un rire démoniaque. Ces agneaux réclament une télé 16/9 comme des bonbons, ils pleurent vraiment. Vous agenouillerez qui vous voudrez avec de l'argent, surtout ceux qui racontent en se rassurant que l'argent ne fait pas le bonheur. Ceux là, au moment ou l'on aborde la "question", font mine d'être plus intelligent qu'il ne le sont, mais leurs yeux brillent, quelque chose dans la plus sanglante veine du pathétique.
Ainsi commençait la première leçon :
- Le costume et l'apparence sont les paramètres déterminants pour l'ascension sociale. Le costard est FON-DA-MEN-TAL. C'est le B-A - BA. Une personne est professionnellement déterminée par son aptitude à porter le Hugo-Boss, je ne te referais pas l'histoire de France pour te le démontrer, mais ce sont des habitudes anciennes : un corps puissant, une taille imposante et une bonne présentation implique quasi sytématiquement une responsabilité pour un homme. Ceci dit, chut... ne le répète pas encore : je t'apprendrai plus tard les finesses qu'il faut mettre à ces choses pour l'ammener dans les salons. En tous les cas, je te vois bien carré et c'est ton premier avantage. L'homme est un animal qui se mesure d'abord à sa taille, à la portée de sa voix, à des épaules quand elle menacent de ratatiner à bras raccourcis. Ce n'est qu'une question d'observation : pourquoi, à ton avis, crois-tu que toutes les vestes possèdent des épaulettes ? Mmmm ? ...c'est évident, tu jauge de la carrure d'un type à ses épaules, un point c'est tout. Ce sont des critères strictement physiques qui son prépondérant. Tu m'excuse si je martèle, mais restons-en aux animaux : Dis-toi qu'ne dois jamais laisser entrevoir la peur. Ce genre de règle très élémentaire s'applique en permanence.
- He, he... tu me fais rire : Je n'ai pas d'objectif mais tu me plais avec ta niaque : Ammène ton costard et j'irai parader sur les Champs Elysée.
- Ok, pas de problème, j'avais déjà prévu ça. J'irais te le chercher tout à l'heure, il est dans la voiture. Evidemment qu'on te regardera différement après un passage chez le coiffeur. T'auras alors un petit air de bourlingueur du plus ble effet, la gueule du type qu'à roulé sa bosse sur les cinq continents, presque pareil que d'écumer du coté de la Seine après tout. Dans les premier temps, pas la peine d'en dire plus, c'est pas qu'il faille cacher son passé mais je te dis seulement, tu profitera plus de ce secret quand tu sera directeur. Tu me suis ? Et si tu me permets le second conseil, où plutôt te faire remarquer un endroit ou tu a un avantage certain : la clarté de sa volonté. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'être intelligent pour savoir ce que l'on veux. Probablement, c'est l'inverse : les meilleurs philosophes ne sont pas en premier lieu des hommes d'affaires. Certes, tu trouveras sur ta route toute sorte de justiciers socials, indigents comme toi, gémiards, au demeurant très intelligent dans la contruction de leur raisonnement, ce sont des sorte de débiles qui ne font que dénoncer le système mais qui sont beaucoup trop débile pour changer quoique ce soit. La nature est faite pour l'injustice, l'en préserver également, c'est une question d'équilibre, à toi de voir, choisit ton camp, on a plus besoin de boeuf que de berger, c'est une autre évidence. La différence se fera par toi : tu as connu la rue et peut-être, tu corrigeras l'injustice à ton heure. Mais attends là cette heure, les justicier sont pas plein d'amis, ils ont autant d'amis que d'ennemis et puis je ne te propose pas de te faire des amis, soyons clairs : je te propose juste d'avoir une télé plus grande que la mienne pour que t'arrête de me raconter tes salades sur le bonheur que je devrais prendre. Toujours nous sommes des animaux, et nous pensons d'abord à la pitance de ce soir, ou même à ton litron de villageoise.
- Mais t'es vraiment barge mon pauvre, allez va rejoindre ta bergère et fait plus chier, tu me prends pour un animal de cirque pour tes expériences, mais comment crois tu que je vais devenir directeur. Directeur. Mais t'es fracassé mon pauvre...
- Mais Fred l'as dit : Tu pourrais être président !
- Fred ne dit que des conneries, ce qui m'épate c'est qu'il réussit parfois à trouver des cons qui le croient !
- Ta gueule, j'te dis, t'as le bagoût, il est correct Fred ! Moi j'ai pas de doute ! Tu peut être directeur : J'ai juste des doutes sur ton ciboulot, mais comme je t'ai dit ce n'est pas l'essentiel. C'est un peu spongieux mais c'est comme il faut !
- Merci pour mon citron, mais figure toi que c'est parce que j'en ai dans le citron malgré que je soit là. J'ai même lu du Platon mon pote. Mais je crois que t'oublieque tu cause à un président : tu veux mon poing dans la gueule ?
- Excellent : Frappe !
Gégé lui envoya, essaya un pain en pleine poire, afin d'écraser le tarrin du parachuté, David qui depuis trop longtemps espérait saisit cette occasion, évita le coup et retourna une bonne mandale au clodo. Il fallut quelque temps à Gérard pour n'être plus sonné, il faut avouer qu'il n'y avait pas été de main morte. Un peu refroidit le Gégé le regardait maintentant avec les yeux de la peur.
- Ma parole, t'aurait pu me tuer ! Oh, j'y suis, c'est ça : tu veux taper dans du clodo ? T'as pourtant pas l'air d'un punk. Ca m'intrigue ?
- Ne te plains pas ! C'est toi qui as essayé de frapper le premier si je ne m'abuse et en tous les cas ça reste une excellente leçon, j'avais envie de cogner ! Quoique tu en dises, c'est toi qui a commencé. La différence c'est que tu ne m'a pas frappé avec l'intention de me mettre KO, tu t'es contenté de me corriger. La tendance naturelle de l'homme est de blesser, pas d'éliminer et en ce sens il est fondamentalement bon. Si tu parvenais au point de qui te permettrait d'oublier jusqu'à ton orgueil, alors tu deviendrais redoutable. Paradoxal n'est-il pas ?
- Ma parole, tu es diable, tu viens pour m'acheter mon âme ! Tu ferais mieux de foutre la camp. Et pour dire la vérité : Tu me fous la trouille, t'es si frappé qu'on en a pas l'idée que tu puisse exister.
- Oh, oh, oh ! Mais il ne faut pas... c'est juste que j'explique qu'il existe deux manières de gagner des points ; soit en surclassant son adversaire, soit en le poussant à la faute. Lorsque je te frappe ce n'est pas par peur, ni pour te corriger mais pour te faire mal. Si je t'ai fait mal, comprends que c'est pour ton bien : "J'ai dans l'idée de faire de toi quelqu'un." J'ai peut-être des visions, commme une intuition, je ne sais pas bien. Mais j'ai vu un tapis rouge pour l'ami Gégé. C'est du racolage, j'avoue, mais ton nom marqué en grand et j'y crois : Crois moi tu as de la chance de m'avoir rencontré, je suis un professionnel. En fait, j'avais pensé te faire rentrer dans ma boite, ce n'est pas fascinant, mais seulement au bout d'un certain temps et puis c'est un bon pied à l'étrier. C'est pas pour me la raconter mais j'ai des relation et je pourrais te faire entrer par la grande porte sans trop d'efforts. Le thème c'est la sécurité, on protège les gens, et notre fond de commerce c'est la peur et les normes. . Je sais que t'as vécu beaucoup de chose probablement pas faciles, mais oublie tout, pour être digne, il faut avant tout savoir oublier.
- Ouais t'as raison, j'y pense souvent : Jésus pour être si miséricordieux devait avoir une mémoire de poisson.
- Arrête ! Tu vas pas me dire que tu crois en Dieu ?
- Mais si mon vieux, j'y crois même fièrement, je sais que c'est un peu décalé. Mais crois moi, que si je ne savais pas que le royaume des cieux appartient aux pauvres, je me serais jetté depuis longtemps sous un train. En fait, je crois même que Jésus était communiste.
- Tu crois pas que tu confond un peu les genres là ?
- Sans doute, mais Jésus te le dirais surement qu'il s'en fout.
- Intéressant, fascinant... Ainsi tu crois ?
- Tant que ça... Oui, ça te défriserait surement si je te disait que je prie parfois pour toi.
- Effectivement...
- T'as raison, tu es le diable, un calculateur un ordinateur. Tu ne crois plus en rien parce que ça t'handicape n'est ce pas. J'ai pas l'habitude de prier pour les boite de conserves.
- Tu me mésestimes.
- C'est une mesestime cordiale. He he...
Qu'on oublie alors cette glorieuse illusion de la domination de nos destins. Ce ne sont que des exercices d'écrivains ou de jeune fille en rubans roses. Que les clairons qui trompettent "Je ne crois pas au destin" se taisent ! Gardons la tête froide, nos précieuses errances sont elles aussi fonctionnelles et assurent la préservation de la diversité suivant un principe absolument Darwinien. Voyez ! nous sommes cernés de tout coté : Notre soif décadente d'esprit, de conscience, de liberté, de philosophie, tout cela n'est que le nième échauffement d'un bouillon de culture mille fois resservi servant de base à nos variations génétiques. La dernière convulsion d'une civilisation nous apprend que la liberté n'était qu'une illusion. Tôt ou tard on s'apercevra que la rébellion n'est qu'une réthorique démagogique, que les brûleurs de voitures font eux aussi partie du spectacle. Alors, on ne coupera plus de tête pour les prochaines révolutions, on n'aura plus d'idéaux si grands qu'on pourra mourrir pour eux. Il ne reste plus que bibliothèques pansues pour dégueuler des fleuves de palabres qui se répandent comme les veines d'une grosse migraine : Pulsion de mort, Névrose sexuelle, Schizophrénie mineure et une Altération de la perception, Crise de la trentaine. Vous êtes dans une case : un docteur vous expliquera laquelle.
Le premier signe de la dépression est un sentiment d'impuissance généralisée. A cela il n'est aucun symptôme objectif car l'incapacité de provoquer le changement relève concrétement de la tetraplégie. Or, comme manifestement il existe plus de déprimés que de tétraplégiques, il faut trouver une autre explication plus relative. En faits, il s'agit plutôt d'un trop grand décalage entre une capacité réelle de changer le monde et le désir qu'on en a. Sans doute, c'était le véritable problème de David, il avait beaucoup trop d'ambition, et même quand il cherchait à rater, il exigeait trop. Après ses premières jouissances vautrées au milieu des pochtrons, il se rendait compte que de jouer les joyeux drilles au bord de la Seine ne faisait guère avancer le shmilblick. Et bien qu'il soignat sa dépression naissante chaque matin, il ne parvenait pas à la transformer en une tristesse décente, même pas à se détester vraiment. Sans compter que cela prenait trop de temps ; intoxiqué d'habitudes, de confort et d'argent, le fiasco n'arrivait pas, la bérézina qu'il préparait était une fanfaronnade inextricable : un autre coup de tarte à la crème déprimant. N'allez pas croire qu'il soit facile de dévisser, on a trop de supports, trop de gens qui vous aiment et pensent le bien et le mal pour vous. Et pour s'attacher le vice, il faut n'avoir aucune attaches. La lumière lui vint tout d'un coup qu'il n'avait pas à sombrer pour s'offrir une renaissance : Il y avait Gérard et c'était lui la solution ! L'idée était simple : Gérard est une opportunité magnifique pour une expérience et au lieu de saborder son propre navire, il remettrait à flot un autre qui avait déjà coulé. Mentalement, il résumait la situation, comme en réunion d'état-major.
- David est aux sommets, incapable de perdre son travail : son chef lui offre une promotion, les secrétaires lui font de l'oeil, et même ses subalternes commencent à le trouver sympatique depuis qu'il ne se rase plus tous les jours. Il ne parvient pas même à se fâcher avec sa femme et pire, la dépression qu'il paraissait couver est en fait une farce. En effet, qui pourrait le considérer comme dépressif ou même rebelle. Peut-être sa vie est déjà écrite alors il faut se conformer car il est cerné sans possibilités d'avancer, ni de retrait.
- Gérard, le challenger, quant à lui est le candidat idéal pour toute expérience deséspérée, il est comme le cancereux en phase terminale, il a déjà joué toutes ses cartes et il peut tenter le tout pour le tout, il soumettra volontiers son âme à toute sortes de traitements caustiques et pourra même tester les médicaments les plus expérimentaux. Il est vraiment brisé, il n'aime plus tellement la vie. Pour autant, il lui reste encore un peu de cet espoir théorique qu'un jour viendra une révolution où il chevauchera fièremement dans l'Argmageddon. Il a le cuir dûr et l'amertume des poètes, on peut donc lui supposer de bonnes prédispositions pour la finance.
David se sentait l'âme d'être ce coach qui, comme on dit dans les milieux autorisés, activerait la carrière de Gégé. Ce challenge, n'est en réalité que justice. Et si le triomphe social est insipide quand il est fatal, mais la conversion du clodo en cadre dynamique, là on parle de triomphe ! Comprennons nous bien : ce n'est pas une tiers-mondanité, ni même une quart-mondanité, il s'agit de science. "Street Coach" était le titre de l'essai ou "Comment j'ai transformé Gégé en Gérard Intl." Si cette tentative réussissait, David aurait démontré qu'il avait raison d'être blasé. Il était en effet révolutionnaire de considérer qu'un SDF soit un excellent PDG sur l'unique considération qu'il faut le même nombre de lettres pour écrire ces deux acronymes. Gérard, une fois lancé connaitrait une carrière fulgurante, David n'en doutait pas. Pour Gégé le risque n'a pas de sens, talent rare par les temps qui courrent, et il pourrait rapidement s'acheter une télé non pas Cathodique, mais Elcédique voire Plasmique. Et avec ces arguments, David devinait la simplicité avec laquelle il convaincrait Gégé de jouer le jeu.
Il avait l'expérience en la matière, David avait recruté des candidats pour son entreprise, il y en avait de toute les couleurs : du blanc de poulet au gris comptable, du marron cramoisi au rouge sang. Il avait vu différents individus : des frais émoulus de la matrices, des pieds-tendres élevés à la becquée de parents attentifs, des fils d'ouvriers crevards, des immigrés revanchards, mais jamais encore il n'avait recruté des soulards. Gégé au moins, ressemblait à un authentique mort-de-faim, il n'aurait pas le travers ordinaire des employés carrièristes qui se transformaient en serpillères lorsqu'on arrivait sur les aspects financiers (Comme on dit dans le milieu). Il avait l'espoir que la rue aurait appris à Gérard la valeur de l'argent, c'est à dire rien. David éprouvait de la difficulté à conserver son sérieux lors de ces entrevues. Il fallait prendre un air grave quand on parlait d'argent et c'était le seul moyen de rester digne. A ce moment, on sens sa puissance considérable et si on ne se surveille pas, on peut partir d'un rire démoniaque. Ces agneaux réclament une télé 16/9 comme des bonbons, ils pleurent vraiment. Vous agenouillerez qui vous voudrez avec de l'argent, surtout ceux qui racontent en se rassurant que l'argent ne fait pas le bonheur. Ceux là, au moment ou l'on aborde la "question", font mine d'être plus intelligent qu'il ne le sont, mais leurs yeux brillent, quelque chose dans la plus sanglante veine du pathétique.
Ainsi commençait la première leçon :
- Le costume et l'apparence sont les paramètres déterminants pour l'ascension sociale. Le costard est FON-DA-MEN-TAL. C'est le B-A - BA. Une personne est professionnellement déterminée par son aptitude à porter le Hugo-Boss, je ne te referais pas l'histoire de France pour te le démontrer, mais ce sont des habitudes anciennes : un corps puissant, une taille imposante et une bonne présentation implique quasi sytématiquement une responsabilité pour un homme. Ceci dit, chut... ne le répète pas encore : je t'apprendrai plus tard les finesses qu'il faut mettre à ces choses pour l'ammener dans les salons. En tous les cas, je te vois bien carré et c'est ton premier avantage. L'homme est un animal qui se mesure d'abord à sa taille, à la portée de sa voix, à des épaules quand elle menacent de ratatiner à bras raccourcis. Ce n'est qu'une question d'observation : pourquoi, à ton avis, crois-tu que toutes les vestes possèdent des épaulettes ? Mmmm ? ...c'est évident, tu jauge de la carrure d'un type à ses épaules, un point c'est tout. Ce sont des critères strictement physiques qui son prépondérant. Tu m'excuse si je martèle, mais restons-en aux animaux : Dis-toi qu'ne dois jamais laisser entrevoir la peur. Ce genre de règle très élémentaire s'applique en permanence.
- He, he... tu me fais rire : Je n'ai pas d'objectif mais tu me plais avec ta niaque : Ammène ton costard et j'irai parader sur les Champs Elysée.
- Ok, pas de problème, j'avais déjà prévu ça. J'irais te le chercher tout à l'heure, il est dans la voiture. Evidemment qu'on te regardera différement après un passage chez le coiffeur. T'auras alors un petit air de bourlingueur du plus ble effet, la gueule du type qu'à roulé sa bosse sur les cinq continents, presque pareil que d'écumer du coté de la Seine après tout. Dans les premier temps, pas la peine d'en dire plus, c'est pas qu'il faille cacher son passé mais je te dis seulement, tu profitera plus de ce secret quand tu sera directeur. Tu me suis ? Et si tu me permets le second conseil, où plutôt te faire remarquer un endroit ou tu a un avantage certain : la clarté de sa volonté. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'être intelligent pour savoir ce que l'on veux. Probablement, c'est l'inverse : les meilleurs philosophes ne sont pas en premier lieu des hommes d'affaires. Certes, tu trouveras sur ta route toute sorte de justiciers socials, indigents comme toi, gémiards, au demeurant très intelligent dans la contruction de leur raisonnement, ce sont des sorte de débiles qui ne font que dénoncer le système mais qui sont beaucoup trop débile pour changer quoique ce soit. La nature est faite pour l'injustice, l'en préserver également, c'est une question d'équilibre, à toi de voir, choisit ton camp, on a plus besoin de boeuf que de berger, c'est une autre évidence. La différence se fera par toi : tu as connu la rue et peut-être, tu corrigeras l'injustice à ton heure. Mais attends là cette heure, les justicier sont pas plein d'amis, ils ont autant d'amis que d'ennemis et puis je ne te propose pas de te faire des amis, soyons clairs : je te propose juste d'avoir une télé plus grande que la mienne pour que t'arrête de me raconter tes salades sur le bonheur que je devrais prendre. Toujours nous sommes des animaux, et nous pensons d'abord à la pitance de ce soir, ou même à ton litron de villageoise.
- Mais t'es vraiment barge mon pauvre, allez va rejoindre ta bergère et fait plus chier, tu me prends pour un animal de cirque pour tes expériences, mais comment crois tu que je vais devenir directeur. Directeur. Mais t'es fracassé mon pauvre...
- Mais Fred l'as dit : Tu pourrais être président !
- Fred ne dit que des conneries, ce qui m'épate c'est qu'il réussit parfois à trouver des cons qui le croient !
- Ta gueule, j'te dis, t'as le bagoût, il est correct Fred ! Moi j'ai pas de doute ! Tu peut être directeur : J'ai juste des doutes sur ton ciboulot, mais comme je t'ai dit ce n'est pas l'essentiel. C'est un peu spongieux mais c'est comme il faut !
- Merci pour mon citron, mais figure toi que c'est parce que j'en ai dans le citron malgré que je soit là. J'ai même lu du Platon mon pote. Mais je crois que t'oublieque tu cause à un président : tu veux mon poing dans la gueule ?
- Excellent : Frappe !
Gégé lui envoya, essaya un pain en pleine poire, afin d'écraser le tarrin du parachuté, David qui depuis trop longtemps espérait saisit cette occasion, évita le coup et retourna une bonne mandale au clodo. Il fallut quelque temps à Gérard pour n'être plus sonné, il faut avouer qu'il n'y avait pas été de main morte. Un peu refroidit le Gégé le regardait maintentant avec les yeux de la peur.
- Ma parole, t'aurait pu me tuer ! Oh, j'y suis, c'est ça : tu veux taper dans du clodo ? T'as pourtant pas l'air d'un punk. Ca m'intrigue ?
- Ne te plains pas ! C'est toi qui as essayé de frapper le premier si je ne m'abuse et en tous les cas ça reste une excellente leçon, j'avais envie de cogner ! Quoique tu en dises, c'est toi qui a commencé. La différence c'est que tu ne m'a pas frappé avec l'intention de me mettre KO, tu t'es contenté de me corriger. La tendance naturelle de l'homme est de blesser, pas d'éliminer et en ce sens il est fondamentalement bon. Si tu parvenais au point de qui te permettrait d'oublier jusqu'à ton orgueil, alors tu deviendrais redoutable. Paradoxal n'est-il pas ?
- Ma parole, tu es diable, tu viens pour m'acheter mon âme ! Tu ferais mieux de foutre la camp. Et pour dire la vérité : Tu me fous la trouille, t'es si frappé qu'on en a pas l'idée que tu puisse exister.
- Oh, oh, oh ! Mais il ne faut pas... c'est juste que j'explique qu'il existe deux manières de gagner des points ; soit en surclassant son adversaire, soit en le poussant à la faute. Lorsque je te frappe ce n'est pas par peur, ni pour te corriger mais pour te faire mal. Si je t'ai fait mal, comprends que c'est pour ton bien : "J'ai dans l'idée de faire de toi quelqu'un." J'ai peut-être des visions, commme une intuition, je ne sais pas bien. Mais j'ai vu un tapis rouge pour l'ami Gégé. C'est du racolage, j'avoue, mais ton nom marqué en grand et j'y crois : Crois moi tu as de la chance de m'avoir rencontré, je suis un professionnel. En fait, j'avais pensé te faire rentrer dans ma boite, ce n'est pas fascinant, mais seulement au bout d'un certain temps et puis c'est un bon pied à l'étrier. C'est pas pour me la raconter mais j'ai des relation et je pourrais te faire entrer par la grande porte sans trop d'efforts. Le thème c'est la sécurité, on protège les gens, et notre fond de commerce c'est la peur et les normes. . Je sais que t'as vécu beaucoup de chose probablement pas faciles, mais oublie tout, pour être digne, il faut avant tout savoir oublier.
- Ouais t'as raison, j'y pense souvent : Jésus pour être si miséricordieux devait avoir une mémoire de poisson.
- Arrête ! Tu vas pas me dire que tu crois en Dieu ?
- Mais si mon vieux, j'y crois même fièrement, je sais que c'est un peu décalé. Mais crois moi, que si je ne savais pas que le royaume des cieux appartient aux pauvres, je me serais jetté depuis longtemps sous un train. En fait, je crois même que Jésus était communiste.
- Tu crois pas que tu confond un peu les genres là ?
- Sans doute, mais Jésus te le dirais surement qu'il s'en fout.
- Intéressant, fascinant... Ainsi tu crois ?
- Tant que ça... Oui, ça te défriserait surement si je te disait que je prie parfois pour toi.
- Effectivement...
- T'as raison, tu es le diable, un calculateur un ordinateur. Tu ne crois plus en rien parce que ça t'handicape n'est ce pas. J'ai pas l'habitude de prier pour les boite de conserves.
- Tu me mésestimes.
- C'est une mesestime cordiale. He he...
30 octobre 2006
22 octobre 2006
Gégé
Ce matin, quand il fit son noeud de cravate, David Ménard ne se sentit pas particulièrement beau et c'était le signe avant coureur d'une très mauvaise journée, cette fois, il n'était pas bien disposé à chercher les poils échappés de son rasoir, alors, il essuyait la mousse avec la serviette. Son amour propre était au plus bas. Il se levait avec une lassitude que même sa rage ne parvenait pas à le réveiller. Il irait comme chaque jour au bureau.
Sans trop de négociations, il était parvenu à passer la nuit sur le canapé en prétextant qu'il voulait lire. Nathalie, ne lui avait pas demandé de se justifier à coup de pourquoi, quel triomphe ! Pourtant, cette dernière victoire lui semblait manquer considérablement de panache, même s'il s'était épargné de pressantes questions et si le champ de sa liberté s'en était considérablement élargi. Ces révolutions contrairement à ce qu'il aimerait.
Jadis, lorsqu'il avait le béguin débutant, il suportait bien le tribunal que sa femme installait dans le lit, répondant inlassablement aux questions qu'elle lui posait. Maintenant, les jeux du procureur lui semblaient particulièrement infantils. Elle le cuisinait pour entendre ses mots et faire prommettre toute sorte de choses qu'il n'aurait pas du, candide et fraiche, on se disputait cette nouvelle étagère qu'elle aimerait luxueuse et qu'il voudrait fonctionnelle. Pour dire les choses clairement, il trouvait que ces guerre d'usure à propos d'amour conjugal était un illustre développement de la misère humaine : une veine vaine. Ah l'amour, l'amour, à n'en plus savoir qu'en faire ! Ces historiettes de chansons populaires devaient bien s'effaçer devant l'immense monde ! Pour des jeux de mots, on s'encombrait d'incessantes turpitudes comme pour meubler le silence menaçant de Dieu. Mais quand on fait la somme de tout ce temps passé à ces futiles discussions, il fallait bien se rendre compte à quel point la vie était devenue si vide. Il semblait clair que la subtantifique moëlle de l'amour promis sur les trois par quatre était retombé dans sa chienlit, et que pas seulement lui, David Ménard, s'en rendrait compte alors plutôt que d'exorciser cet amour disparu mieux valait donc laisser proprement tomber et se consacrer à d'autres objectifs. David, comme tout un chacun avait ce travers de penser se lever un matin et dire : Aujourd'hui ma vie va changer, à la longue on se rend compte que ce n'est pas assez, il ne suffit pas de s'enfermer toute une nuit dans la bibliothèque pour se réveiller libéré tôt ou tard, votre dévouée soupirante se transforme en geôlier d'une vie bien fermée. Alors, ce n'est pas en révant d'être superman qu'on s'échappe, c'est en prennant une lime minuscule qu'on s'attaque à ces barreau.
Le matin il se croisèrent au petit déjeuner, lui fit sa tartine de confiture en silence. Elle, mit son café à chauffer. On se saluait, cordialement et détachés, il était surpris que les choses se passent ainsi, c'était presque un matin ordinaire. D'une certaine manière c'était assez vexant, il y avait longtemps qu'il se dépérissait de n'avoir plus de sommeils solitaires et avait possiblement usé de trop d'attentions inutiles, lorsqu'il eut aimé s'abandonner. C'était comme un choc de constater que sa femme n'était pas aussi fragile qu'il le croyait, non pas celle qu'on eut pu acheter sur catalogue, c'était certes une pleureuse, mais le genre obstinée, presque l'exacte inverse de cette exquise fragilité dans laquelle elle aimait s'afficher. Etrange. Sur le pas de la porte, il eut envie de se retourner s'expliquer, parler un peu, quand il se ravisa, glacé d'effroi ; et si c'était lui qui avait eu besoin de toutes ces balivernes !
Au moins, au bureau, l'ordinateur est d'humeur égale, il vous paralyse le corps et vous accapare le cerveau en vous berçant d'une paix spinale. Laissant de coté les questions existencielles, tout le temps que l'on passe sagement assis à scruter les cases excel procurent le bonheur des planteurs de beteraves : il n'est pas question de développement personnel, ni de tourment inutile. Les rats des villes le retrouvent uniquement quand il retournent dans leur cases le soir. Et par bonheur aujourd'hui, aucune réunion ne perturbait cette paix.
En rentrant, chez lui, un magnétisme incontrôlable attirait sa voiture sur les bords de Seine. Même s'il était clairement immoral d'aller voir Gégé après la concession qu'il avait obtenu cette nuit auprès de sa femme, il ne parvenait pas à réprimer cette pulsion, comme si c'était la preuve de son humanité. Bon an mal an, ce n'était pas une décision, c'était ainsi, par précaution, il voulait juste s'assurer que Gégé se trouvait bien à son endroit habituel. Il ne parvenait pas à l'apercevoir depuis sa voiture alors il dût se garer pour descendre sur les quais. Déjà les lumières de l'été n'était plus si fortes, et la pestilence des pots d'échappement diminuait avec le froid, mais le soleil déjà bas se reflétait sur la Seine et rendait indistincte la cabane de l'oncle Gégé. Quand il l'aperçut finalement toujours vissé à l'endroit où il l'avait laissé, il se sentit incapable de ne pas aller le saluer. L'attachement que peuvent avoir les clodos pour leur trou reste proprement un mystère, comme s'il était profondément humain d'avoir une maison, fût elle de carton. Il restait là fidèle à son cloaque ouvert à tous les vents et toutes les pollution, indéboulonable. Mais aujoud'hui, Gégé n'était pas seul : l'enfant prodige, le fameux Fred, était de retour. David avait déjà entendu parler de Fred, un "joli-coeur" écloppé toujours en négociation avec sa grosse. Pas rancunier le Fred puisque après s'être fait chassé de chez lui, il répondait encore présent quand elle appellait ses services pour lui chauffer le ventre. C'est dingue ! Même à la cours des miracles, les affreux espérent encore, pire, ils copulent et pondent encore. A se demander ce qu'il fallait pour que ces chiennes de vies renoncent définitivement et s'en aillent goûter au Nirvahna.
Gégé et Fred, regardaient abstraitement la Seine, il s'agissait de personnes dignes qui ne se pissaient ni ne se vomissaient dessus. Faut pas trop en demander. David, les surpris, et on fit les présentation avec le Fred qui n'avait apparement rien de joisse.
- Te bile pas, s'il cause pas, il est toujours comme ça quand il revient de voir sa grosse ! ' Gégé plantait le décor. L'autre toujours vasouillard ne bronchait pas, esquissait un sourire. - Les grosses, t'as pas idée ! C'est pas un placement les femmes : j'en aurait pas eu, je serais peut-être pas là à regarder les égoûts se vider. Mais faut croire que c'est comme ça, toujours on se ramèe comme des branleurs en espérant l'estime de celles là, mais on reste ce qu'on est. T'as eu une grosse toi ? David précisait qu'il en avait une. - Alors bienvenue au club des loosers ! Et vous vous êtes séparé depuis quand ?
- On vit toujours ensemble.
- Attends ! Je comprends pas. Tu me dit que tu viens regarder la Seine avec nous alors que t'as ta blonde qui t'attends à la maison ? Mais t'es un peu fada sur les bords, Non ? A moins qu'elle soit vraiment très moche, auquel casje comprends. Mais c'est peut-être ça, tu t'es réveillé un matin et tu t'es rendu compte que t'avais péché un thon... Alors t'as raison, mais c'est pas ça l'essentiel. Laisse moi deviner : Elle te bourre le melon et tu peux plus la supporter... Oui ça dois être ça.
- Tu sais c'est pas la question... Je ne sais pas, je crois que je l'aime plus, mais à la limite, c'est pas ce qui dérange, d'ailleurs ça ne me dérange pas. En fait, oui, je crois que j'avait envie de voir les égoûts, c'est tout.
- T'as raison, ça a une putain de gueule de regarder les égoûts avec ton putain de costard. Ca c'est la classe. Mais des fois je me demande... Qu'est ce que tu viens foutre avec des vieux shnoks comme nous. Y a meilleur moyen de se mettre minable. Tu ferais mieux d'aller vomir dessus avec tes collègues, on en voit plein qui viennent pisser sur nos murs. Il appellent ça des "seven-to-one". Question de génération sans doute ! M'enfin, je crois pas que je raisonnerais comme toi si j'avais un putain de costard et une blonde à tirer dans mon chez moi. J'ferais la fête à popol et je me poserais pas tant de question de question. Qu'est ce que ça t'apporte ? Tu sauvera pas le monde avec tes questions. C'est vous les jeunes, j'ai l'impression que vous attendez quequechose qu'arrivera jamais. Même dans le milieu : les jeunes clodos, laisse moi te dire qu'il ont aucune classe. D'abord, il s'appellent entre eux "SDF". Tu parles ! SDF mon cul, c'est des clodos ! C'est même des merdes, des GMFs, grosses merdes fixées. Laisse moi te dire qu'à vingt ans ils têtent le goulot comme des junkies que même à moi ça me fait peur. Et pourtant, j'te dis pas ! Ces cons viennent parfois nous voir pour nous dire que faut faire une révolution, mais va faire une révolutions avec une armée de branques pareils, à chaque pas ils se gerbent dessus, avec un pétard au bec, tu sais plus s'il y a quelqu'un au bout du fil. Je dis pas que tout les vieux sont des mecs bien, mais je crois que eux ils ont des vraies raisons. C'est pas beau à voir. J'ai parfois honte d'être humain quand je les vois. Non plus, je dis pas que la société n'y est pour rien, ça serait le comble et j'fais pas le philosophe. Mais si j'était pas rouillé, j't'en ferais une vraie de révolution, une de ces révolution. Mais là, on parle de sous-hommes. Tu m'excuse, mais j'te le dis parce que j't'aime bien finalement, je crois que tu fais partie de l'armée de ces sous-hommes. T'es même plus foutu de savoir profiter de ta télé. Ah je me marre !
David écoutait fasciné, finalement, ce jour était arrivé : on lui expliquait que tout était simple. Cependant, c'était un peu paradoxal que Gégé soit celui qui lui explique que l'ennui mortel de sa vie était ce qu'on appelle le bonheur. Gégé aurait-il allumé sa télé et bu sa bière en regardant son match de foot ? Se serait-il conformé sans broncher aux standards actuels ? Difficile à imaginer. D'ailleurs, si Gégé avait sa place dans notre belle société comme un employé ordinaire aurait-il conclut par :
- T'as pas du pinard au fait ?
- Non cette fois je suis venu sans, je ne reste pas tard ce soir. - Finalement Gégé est un théoricien du flan comme un autre.
Fred avait écouté la tribune de Gégé, restait pantois :
- T'as vu comment qu'il cause ! C'est pour ça que je l'aime bien ce mec. Il pourrait être président s'il voulait. Je suis sûr.
- Ouais, c'est sur qu'il a des idées, mais je le crois pas. Repliqua David. Sûr qu'il déprimerait autant s'il fréquentait les fiottes qui hantent mon bureau.
- En somme, tu nous dit qu'on est bien à dormir dehors ?
- Faut voir ! T'as peut-être tors de te cailler les roustons dans l'hiver, mais sur que t'as raison de vivre sans télé et de ne pas fréquenter les bureaux de la Défense.
- Les bureaux ? Mais qui te parle de ça... Moi, je bosse pas dans un bureau. On bosses pas, pourquoi on bosserait ? On a pas de femmes et pas de gosses.
Fred intervint :
- Si ! Moi, j'ai une femme. C'est sûr j'ai pas de gamin, mais dis pas qu'on a pas de femmes, même toi t'en as eu une...
- Ta geule Fred, on s'en fout des femmes...
- Ta gueule toi même... Tu dis n'importe quoi !
- Alors, il a une belle gueule le président !
- Ta gueule aussi.
- Tes super théories ! Tu peux te les foutre au cul !
- Les tiennes aussi !
- Oui ! mais moi j'en ai pas !
- Va chier !
Sur cette étrange conclusion, il restèrent immobile un moment, et contemplèrent la Seine au cas où elle sortirait de son lit.
- Elle a un joli cul la petite là bas !
- Mais puisqu'on a dit qu'on s'en foutait !
- Sûr qu'on s'en fout ! Merde !
Sans trop de négociations, il était parvenu à passer la nuit sur le canapé en prétextant qu'il voulait lire. Nathalie, ne lui avait pas demandé de se justifier à coup de pourquoi, quel triomphe ! Pourtant, cette dernière victoire lui semblait manquer considérablement de panache, même s'il s'était épargné de pressantes questions et si le champ de sa liberté s'en était considérablement élargi. Ces révolutions contrairement à ce qu'il aimerait.
Jadis, lorsqu'il avait le béguin débutant, il suportait bien le tribunal que sa femme installait dans le lit, répondant inlassablement aux questions qu'elle lui posait. Maintenant, les jeux du procureur lui semblaient particulièrement infantils. Elle le cuisinait pour entendre ses mots et faire prommettre toute sorte de choses qu'il n'aurait pas du, candide et fraiche, on se disputait cette nouvelle étagère qu'elle aimerait luxueuse et qu'il voudrait fonctionnelle. Pour dire les choses clairement, il trouvait que ces guerre d'usure à propos d'amour conjugal était un illustre développement de la misère humaine : une veine vaine. Ah l'amour, l'amour, à n'en plus savoir qu'en faire ! Ces historiettes de chansons populaires devaient bien s'effaçer devant l'immense monde ! Pour des jeux de mots, on s'encombrait d'incessantes turpitudes comme pour meubler le silence menaçant de Dieu. Mais quand on fait la somme de tout ce temps passé à ces futiles discussions, il fallait bien se rendre compte à quel point la vie était devenue si vide. Il semblait clair que la subtantifique moëlle de l'amour promis sur les trois par quatre était retombé dans sa chienlit, et que pas seulement lui, David Ménard, s'en rendrait compte alors plutôt que d'exorciser cet amour disparu mieux valait donc laisser proprement tomber et se consacrer à d'autres objectifs. David, comme tout un chacun avait ce travers de penser se lever un matin et dire : Aujourd'hui ma vie va changer, à la longue on se rend compte que ce n'est pas assez, il ne suffit pas de s'enfermer toute une nuit dans la bibliothèque pour se réveiller libéré tôt ou tard, votre dévouée soupirante se transforme en geôlier d'une vie bien fermée. Alors, ce n'est pas en révant d'être superman qu'on s'échappe, c'est en prennant une lime minuscule qu'on s'attaque à ces barreau.
Le matin il se croisèrent au petit déjeuner, lui fit sa tartine de confiture en silence. Elle, mit son café à chauffer. On se saluait, cordialement et détachés, il était surpris que les choses se passent ainsi, c'était presque un matin ordinaire. D'une certaine manière c'était assez vexant, il y avait longtemps qu'il se dépérissait de n'avoir plus de sommeils solitaires et avait possiblement usé de trop d'attentions inutiles, lorsqu'il eut aimé s'abandonner. C'était comme un choc de constater que sa femme n'était pas aussi fragile qu'il le croyait, non pas celle qu'on eut pu acheter sur catalogue, c'était certes une pleureuse, mais le genre obstinée, presque l'exacte inverse de cette exquise fragilité dans laquelle elle aimait s'afficher. Etrange. Sur le pas de la porte, il eut envie de se retourner s'expliquer, parler un peu, quand il se ravisa, glacé d'effroi ; et si c'était lui qui avait eu besoin de toutes ces balivernes !
Au moins, au bureau, l'ordinateur est d'humeur égale, il vous paralyse le corps et vous accapare le cerveau en vous berçant d'une paix spinale. Laissant de coté les questions existencielles, tout le temps que l'on passe sagement assis à scruter les cases excel procurent le bonheur des planteurs de beteraves : il n'est pas question de développement personnel, ni de tourment inutile. Les rats des villes le retrouvent uniquement quand il retournent dans leur cases le soir. Et par bonheur aujourd'hui, aucune réunion ne perturbait cette paix.
En rentrant, chez lui, un magnétisme incontrôlable attirait sa voiture sur les bords de Seine. Même s'il était clairement immoral d'aller voir Gégé après la concession qu'il avait obtenu cette nuit auprès de sa femme, il ne parvenait pas à réprimer cette pulsion, comme si c'était la preuve de son humanité. Bon an mal an, ce n'était pas une décision, c'était ainsi, par précaution, il voulait juste s'assurer que Gégé se trouvait bien à son endroit habituel. Il ne parvenait pas à l'apercevoir depuis sa voiture alors il dût se garer pour descendre sur les quais. Déjà les lumières de l'été n'était plus si fortes, et la pestilence des pots d'échappement diminuait avec le froid, mais le soleil déjà bas se reflétait sur la Seine et rendait indistincte la cabane de l'oncle Gégé. Quand il l'aperçut finalement toujours vissé à l'endroit où il l'avait laissé, il se sentit incapable de ne pas aller le saluer. L'attachement que peuvent avoir les clodos pour leur trou reste proprement un mystère, comme s'il était profondément humain d'avoir une maison, fût elle de carton. Il restait là fidèle à son cloaque ouvert à tous les vents et toutes les pollution, indéboulonable. Mais aujoud'hui, Gégé n'était pas seul : l'enfant prodige, le fameux Fred, était de retour. David avait déjà entendu parler de Fred, un "joli-coeur" écloppé toujours en négociation avec sa grosse. Pas rancunier le Fred puisque après s'être fait chassé de chez lui, il répondait encore présent quand elle appellait ses services pour lui chauffer le ventre. C'est dingue ! Même à la cours des miracles, les affreux espérent encore, pire, ils copulent et pondent encore. A se demander ce qu'il fallait pour que ces chiennes de vies renoncent définitivement et s'en aillent goûter au Nirvahna.
Gégé et Fred, regardaient abstraitement la Seine, il s'agissait de personnes dignes qui ne se pissaient ni ne se vomissaient dessus. Faut pas trop en demander. David, les surpris, et on fit les présentation avec le Fred qui n'avait apparement rien de joisse.
- Te bile pas, s'il cause pas, il est toujours comme ça quand il revient de voir sa grosse ! ' Gégé plantait le décor. L'autre toujours vasouillard ne bronchait pas, esquissait un sourire. - Les grosses, t'as pas idée ! C'est pas un placement les femmes : j'en aurait pas eu, je serais peut-être pas là à regarder les égoûts se vider. Mais faut croire que c'est comme ça, toujours on se ramèe comme des branleurs en espérant l'estime de celles là, mais on reste ce qu'on est. T'as eu une grosse toi ? David précisait qu'il en avait une. - Alors bienvenue au club des loosers ! Et vous vous êtes séparé depuis quand ?
- On vit toujours ensemble.
- Attends ! Je comprends pas. Tu me dit que tu viens regarder la Seine avec nous alors que t'as ta blonde qui t'attends à la maison ? Mais t'es un peu fada sur les bords, Non ? A moins qu'elle soit vraiment très moche, auquel casje comprends. Mais c'est peut-être ça, tu t'es réveillé un matin et tu t'es rendu compte que t'avais péché un thon... Alors t'as raison, mais c'est pas ça l'essentiel. Laisse moi deviner : Elle te bourre le melon et tu peux plus la supporter... Oui ça dois être ça.
- Tu sais c'est pas la question... Je ne sais pas, je crois que je l'aime plus, mais à la limite, c'est pas ce qui dérange, d'ailleurs ça ne me dérange pas. En fait, oui, je crois que j'avait envie de voir les égoûts, c'est tout.
- T'as raison, ça a une putain de gueule de regarder les égoûts avec ton putain de costard. Ca c'est la classe. Mais des fois je me demande... Qu'est ce que tu viens foutre avec des vieux shnoks comme nous. Y a meilleur moyen de se mettre minable. Tu ferais mieux d'aller vomir dessus avec tes collègues, on en voit plein qui viennent pisser sur nos murs. Il appellent ça des "seven-to-one". Question de génération sans doute ! M'enfin, je crois pas que je raisonnerais comme toi si j'avais un putain de costard et une blonde à tirer dans mon chez moi. J'ferais la fête à popol et je me poserais pas tant de question de question. Qu'est ce que ça t'apporte ? Tu sauvera pas le monde avec tes questions. C'est vous les jeunes, j'ai l'impression que vous attendez quequechose qu'arrivera jamais. Même dans le milieu : les jeunes clodos, laisse moi te dire qu'il ont aucune classe. D'abord, il s'appellent entre eux "SDF". Tu parles ! SDF mon cul, c'est des clodos ! C'est même des merdes, des GMFs, grosses merdes fixées. Laisse moi te dire qu'à vingt ans ils têtent le goulot comme des junkies que même à moi ça me fait peur. Et pourtant, j'te dis pas ! Ces cons viennent parfois nous voir pour nous dire que faut faire une révolution, mais va faire une révolutions avec une armée de branques pareils, à chaque pas ils se gerbent dessus, avec un pétard au bec, tu sais plus s'il y a quelqu'un au bout du fil. Je dis pas que tout les vieux sont des mecs bien, mais je crois que eux ils ont des vraies raisons. C'est pas beau à voir. J'ai parfois honte d'être humain quand je les vois. Non plus, je dis pas que la société n'y est pour rien, ça serait le comble et j'fais pas le philosophe. Mais si j'était pas rouillé, j't'en ferais une vraie de révolution, une de ces révolution. Mais là, on parle de sous-hommes. Tu m'excuse, mais j'te le dis parce que j't'aime bien finalement, je crois que tu fais partie de l'armée de ces sous-hommes. T'es même plus foutu de savoir profiter de ta télé. Ah je me marre !
David écoutait fasciné, finalement, ce jour était arrivé : on lui expliquait que tout était simple. Cependant, c'était un peu paradoxal que Gégé soit celui qui lui explique que l'ennui mortel de sa vie était ce qu'on appelle le bonheur. Gégé aurait-il allumé sa télé et bu sa bière en regardant son match de foot ? Se serait-il conformé sans broncher aux standards actuels ? Difficile à imaginer. D'ailleurs, si Gégé avait sa place dans notre belle société comme un employé ordinaire aurait-il conclut par :
- T'as pas du pinard au fait ?
- Non cette fois je suis venu sans, je ne reste pas tard ce soir. - Finalement Gégé est un théoricien du flan comme un autre.
Fred avait écouté la tribune de Gégé, restait pantois :
- T'as vu comment qu'il cause ! C'est pour ça que je l'aime bien ce mec. Il pourrait être président s'il voulait. Je suis sûr.
- Ouais, c'est sur qu'il a des idées, mais je le crois pas. Repliqua David. Sûr qu'il déprimerait autant s'il fréquentait les fiottes qui hantent mon bureau.
- En somme, tu nous dit qu'on est bien à dormir dehors ?
- Faut voir ! T'as peut-être tors de te cailler les roustons dans l'hiver, mais sur que t'as raison de vivre sans télé et de ne pas fréquenter les bureaux de la Défense.
- Les bureaux ? Mais qui te parle de ça... Moi, je bosse pas dans un bureau. On bosses pas, pourquoi on bosserait ? On a pas de femmes et pas de gosses.
Fred intervint :
- Si ! Moi, j'ai une femme. C'est sûr j'ai pas de gamin, mais dis pas qu'on a pas de femmes, même toi t'en as eu une...
- Ta geule Fred, on s'en fout des femmes...
- Ta gueule toi même... Tu dis n'importe quoi !
- Alors, il a une belle gueule le président !
- Ta gueule aussi.
- Tes super théories ! Tu peux te les foutre au cul !
- Les tiennes aussi !
- Oui ! mais moi j'en ai pas !
- Va chier !
Sur cette étrange conclusion, il restèrent immobile un moment, et contemplèrent la Seine au cas où elle sortirait de son lit.
- Elle a un joli cul la petite là bas !
- Mais puisqu'on a dit qu'on s'en foutait !
- Sûr qu'on s'en fout ! Merde !
14 octobre 2006
08 octobre 2006
28 septembre 2006
La doutation (Le doutage)
Il m'est assez difficile de savoir ce qui m'a attiré chez David. Etait-ce son humour, son orgueil de coq ou bien sa méchanceté si pointue qu'elle faisait toujours mouche sur moi ? Je ne le sais pas. On a jamais le masochisme suffisant connaitre ce qui nous fait tomber amoureux mais je suis convaincue que mes faiblesses sont ce qui m'on attaché David le plus solidement. Face à l'amour, j'ai décrété que j'étais désarmée. A ma décharge, j'ai toujours aimé me noyer dans des mièvreries, je m'y adonne comme à une drogue. Comme un bateau ivre, je vis au fil de l'eau, je n'ai pas de grande idées, pas de cap à tenir, j'ai juste à assumer mon destin sans en connaitre le dessein, et je m'y conforme ; c'est mon amour, il vacille dans la tempête, je le chéri lorsqu'il il a froid et je prie pour la flamme lorqu'elle menace de s'éteindre. Je suis mijaurée, c'est ainsi, l'amour est mon aliment essentiel et sans lui je mourrerai d'ennui. Je suis ce genre de demoiselle désespérement classique qui avait des posters d'acteurs célèbres dans sa chambre et qui ne peut plus s'arrêter d'adorer adulte même quand ces idylles se sont concrétisées en de fabuleux péteur au lit. C'est ma nature, si j'étais seule, je serais inutile.
Probablement, mon penchant sentimal explique que je n'ai rien oublié du jour où j'ai connu David. Lui a tout oublié. Je reconnais que c'était un soir parfaitement ordinaire et une drague tout à fait classique, mais tout de même ! Quand je lui en fit le reproche, il me rappela que c'était un homme du futur et non pas du passé. C'était une fête chez un de ses amis baba cool que nous connaissons toujours : Michel. Je me souviens des couleurs surtout, il avait réquisitionné la maison de son père, qui était une jolie maison dans le centre ville. A cette époque, Michel avait encore tous ses cheveux mais il était déjà indolent. L'organisation de la fête avait consisté à couper trois rondelles de saucissons, ouvrir autant de paquets de chips et acheter quelques bouteilles avant de rameuter les copains : au moins on ne s'en faisait pas. Les années n'ont pas tellement changé Michel depuis, et s'il avait une maison probablement qu'il procéderait toujours ainsi, de mon coté je suis maintenant devenue incapable de tant de frugalité. C'est drôle comme le temps passant, les oeufs d'une même couvée finisse par ne plus se paraitre du tout.
A cette époque je buvais beaucoup, non par goût, mais parce que c'était à la mode. Comme j'avais une constitution impropre à distiller l'alcool, cela me permettait de sombrer vite lors des soirées, je les traversait dans une sorte de demi-conscience heureuse, cela me permettait de rire beaucoup et d'assister à ces fêtes presque comme à un spectacle. David était un beau garçon, il respirait l'assurance et semblait savoir à quoi il emploierait sa vie et cela m'a immédiatement séduite, moi je n'ai jamais vraiment eu les idées très claires sur ce à quoi je devais employer ma vie, j'aimais l'art, la littératures et ce genre de passions innocentes et décoratives, mais lui semblait furieux et pressé d'arriver. Il m'a dragué de manière très conventionnelle : gauche et légèrement ivre comme un vrai débutant, il me flattait, me plaignait, un verre dans sa main gauche, il avait déjà ce don inné de la disserte et distribuait ses théories chaque fois que l'occasion se présentait, il défendait la veuve et l'orphelin. Je dois avouer qu'il avait l'air tout à fait brillant au milieu de ses "potes" lorsqu'il se lançait dans ses longues tirades, ça m'épatait. De plus, il m'a semblé posséder une certaine culture et j'y étais sensible : élégant, il était parfait pour ranger dans mon herbier, un brin macho, il avait ce coté cow-boy idéal pour mettre sous mon oreiller. Je ne peux pas prétendre qu'il ai eu "coup de foudre" mais au final ce n'est pas ce qui compte car sa manie de remplir les blancs me rendait heureuse, me comblait - est le mot exact. Ce soir là, il avait envie de moi et il m'a prété son oreille attentive et compréhensive comme jamais depuis. Quand j'ai commencé à lui parler, je me suis retrouvée aspirée et j'avais perdu le contrôle en lui racontant tous mes minuscules doutes, il trouvais toujours une réponse et c'était si bon : je ne savais plus m'arrêter, comme si j'avais enfin trouvé un véritable ami, en fait on a parlé jusqu'à très tard, on ne voulait pas se quitter, on ne voulait pas s'embrasser non plus, ça semblait presque superflux. Lorsqu'il m'a embrassé, je me suis sentie conquérante, une sensation que j'ai rarement.
De fait, je crois qu'il était fier de moi, il m'emmenait un peu partout, me présentant à ses amis qu'il avait nombreux. Ma vie paisible se transformait en un kaléïdoscope, de nouvelles têtes défilaient et j'étais choyée par le flot des palabres de David et c'était délicieux comme dans un rêve. Et je me souviens que ces changements ne me parurent pas très réels. Lors de nos escapades sociales, je me taisais la plupart du temps et n'avais pas de soucis à me faire pour ma présentation, je suivais. Le jour, il me considérait comme une perturbation à ses multiples activités, mais je m'effaçais avec bonheur, ses multiples inventions et tentatives me paraissaient pleine d'intelligence vitale à moi qui avait le don de me satifaire de trop peu. Pour dire la vérité, je ne recevait d'audience que dans le lit, alors il m'écoutait vraiment et me prenait sous son aile protectrice pour faire ce qu'il appelerait maintenant son "coaching". Il poussait même son soucis de moi jusqu'à me conseiller dans le choix de mes vêtements, ce que j'adorais particulièrement. Je retournerait bien maintenant à cette époque bénie où nous étions étudiants, passant nos week end à droite à gauche, traversant la France, rencontrant le monde. Les choses on progressivement changé à partir du moment où nous avons commencé à travailler. Mais, je n'ai pas bien compris comment et surtout pourquoi nous somme parvenu à retourner complètement la situation. La vie est un mystère.
Presque huit ans qu'on se connait, il n'y a plus de points communs entre le David étudiant d'autrefois et celui avec qui je vis maintenant, assurément, ce sont deux êtres différents. Nos rôles se sont inversés et je sais maintenant mieux que lui ce que je souhaite. Selon toute vraissemblance, mon mari est devenu fou et ne m'aime plus du tout, il ne me hait pas non plus d'ailleurs. Ce n'est qu'un homme, une fois qu'il a vu mille fois mon cul : il ne l'aime plus. C'est injuste. Je ne parviens pas à lui en vouloir ni n'envisage de le quitter. Je suis de ces sottes qui préfèrent tenir le coeur d'un infidèle que de s'ennuyer vraiment : mon mari est las et fatigué, stressé, plus bon à rien. Mais je l'aime. Je suis une mijaurée.
Probablement, mon penchant sentimal explique que je n'ai rien oublié du jour où j'ai connu David. Lui a tout oublié. Je reconnais que c'était un soir parfaitement ordinaire et une drague tout à fait classique, mais tout de même ! Quand je lui en fit le reproche, il me rappela que c'était un homme du futur et non pas du passé. C'était une fête chez un de ses amis baba cool que nous connaissons toujours : Michel. Je me souviens des couleurs surtout, il avait réquisitionné la maison de son père, qui était une jolie maison dans le centre ville. A cette époque, Michel avait encore tous ses cheveux mais il était déjà indolent. L'organisation de la fête avait consisté à couper trois rondelles de saucissons, ouvrir autant de paquets de chips et acheter quelques bouteilles avant de rameuter les copains : au moins on ne s'en faisait pas. Les années n'ont pas tellement changé Michel depuis, et s'il avait une maison probablement qu'il procéderait toujours ainsi, de mon coté je suis maintenant devenue incapable de tant de frugalité. C'est drôle comme le temps passant, les oeufs d'une même couvée finisse par ne plus se paraitre du tout.
A cette époque je buvais beaucoup, non par goût, mais parce que c'était à la mode. Comme j'avais une constitution impropre à distiller l'alcool, cela me permettait de sombrer vite lors des soirées, je les traversait dans une sorte de demi-conscience heureuse, cela me permettait de rire beaucoup et d'assister à ces fêtes presque comme à un spectacle. David était un beau garçon, il respirait l'assurance et semblait savoir à quoi il emploierait sa vie et cela m'a immédiatement séduite, moi je n'ai jamais vraiment eu les idées très claires sur ce à quoi je devais employer ma vie, j'aimais l'art, la littératures et ce genre de passions innocentes et décoratives, mais lui semblait furieux et pressé d'arriver. Il m'a dragué de manière très conventionnelle : gauche et légèrement ivre comme un vrai débutant, il me flattait, me plaignait, un verre dans sa main gauche, il avait déjà ce don inné de la disserte et distribuait ses théories chaque fois que l'occasion se présentait, il défendait la veuve et l'orphelin. Je dois avouer qu'il avait l'air tout à fait brillant au milieu de ses "potes" lorsqu'il se lançait dans ses longues tirades, ça m'épatait. De plus, il m'a semblé posséder une certaine culture et j'y étais sensible : élégant, il était parfait pour ranger dans mon herbier, un brin macho, il avait ce coté cow-boy idéal pour mettre sous mon oreiller. Je ne peux pas prétendre qu'il ai eu "coup de foudre" mais au final ce n'est pas ce qui compte car sa manie de remplir les blancs me rendait heureuse, me comblait - est le mot exact. Ce soir là, il avait envie de moi et il m'a prété son oreille attentive et compréhensive comme jamais depuis. Quand j'ai commencé à lui parler, je me suis retrouvée aspirée et j'avais perdu le contrôle en lui racontant tous mes minuscules doutes, il trouvais toujours une réponse et c'était si bon : je ne savais plus m'arrêter, comme si j'avais enfin trouvé un véritable ami, en fait on a parlé jusqu'à très tard, on ne voulait pas se quitter, on ne voulait pas s'embrasser non plus, ça semblait presque superflux. Lorsqu'il m'a embrassé, je me suis sentie conquérante, une sensation que j'ai rarement.
De fait, je crois qu'il était fier de moi, il m'emmenait un peu partout, me présentant à ses amis qu'il avait nombreux. Ma vie paisible se transformait en un kaléïdoscope, de nouvelles têtes défilaient et j'étais choyée par le flot des palabres de David et c'était délicieux comme dans un rêve. Et je me souviens que ces changements ne me parurent pas très réels. Lors de nos escapades sociales, je me taisais la plupart du temps et n'avais pas de soucis à me faire pour ma présentation, je suivais. Le jour, il me considérait comme une perturbation à ses multiples activités, mais je m'effaçais avec bonheur, ses multiples inventions et tentatives me paraissaient pleine d'intelligence vitale à moi qui avait le don de me satifaire de trop peu. Pour dire la vérité, je ne recevait d'audience que dans le lit, alors il m'écoutait vraiment et me prenait sous son aile protectrice pour faire ce qu'il appelerait maintenant son "coaching". Il poussait même son soucis de moi jusqu'à me conseiller dans le choix de mes vêtements, ce que j'adorais particulièrement. Je retournerait bien maintenant à cette époque bénie où nous étions étudiants, passant nos week end à droite à gauche, traversant la France, rencontrant le monde. Les choses on progressivement changé à partir du moment où nous avons commencé à travailler. Mais, je n'ai pas bien compris comment et surtout pourquoi nous somme parvenu à retourner complètement la situation. La vie est un mystère.
Presque huit ans qu'on se connait, il n'y a plus de points communs entre le David étudiant d'autrefois et celui avec qui je vis maintenant, assurément, ce sont deux êtres différents. Nos rôles se sont inversés et je sais maintenant mieux que lui ce que je souhaite. Selon toute vraissemblance, mon mari est devenu fou et ne m'aime plus du tout, il ne me hait pas non plus d'ailleurs. Ce n'est qu'un homme, une fois qu'il a vu mille fois mon cul : il ne l'aime plus. C'est injuste. Je ne parviens pas à lui en vouloir ni n'envisage de le quitter. Je suis de ces sottes qui préfèrent tenir le coeur d'un infidèle que de s'ennuyer vraiment : mon mari est las et fatigué, stressé, plus bon à rien. Mais je l'aime. Je suis une mijaurée.
25 septembre 2006
24 septembre 2006
21 septembre 2006
John Flugu International Guitar Show
Pour ceux qui ne connaissent pas le John Flugu International Guitar Show. Je vous le présente !
Une Exclu John Flugu
Une Exclu John Flugu
Poison Clown
A la longue, on se lasse, à force de courir, on finit par se fatiguer. Jusque là, tout semble parfaitement normal. Cependant un parfum équivoque flotte lorsque les régleurs de réveils sont saouls, ils préparent leur retraite. Ils baillent en sèmant des virgules comme si un rêve pouvait pousser à chaque fin de ligne ; avec une précaution qu'il imaginent digne, ils posent leurs pensées distinguées et équilibrées. Dans la dialectique humaine, l'équilibre est le bien précieux de ceux qui ne sombrent pas. L'assise de l'abîme est assez confortable voire indévissable, mais les comptables et les hommes sages ont renoncé à ces gravités noires et leur préfèrent le roulis des vies de bouchons, à la dérive sur des flots totalement indomptables : Vivre entre ciel et mer est le seul credo. En vérité, au bout du rouleau, l'écume des jours couve toujours un délire, même quand notre philosophe saupoudre le ciel de ponctuations, même quand depuis sa chaise longue le fonctionnaire observe se ses pieds en se félicitant du déroulement du programme : 3, 4... respirer, dormir, jouir. Il reste un fou, un maniaque obsédé très près d'égorger le clampin qui disjoncterait son modeste trintrin.
Ah ! Faste couette et paf le réveil lorsqe j'ai sommeil ! Voulez vous, s'il vous plait, m'apporter un café au lait. Le pire est que le manque de muscles et que mon intelligence ne me permet pas de stopper cette histoire, toujours la même, en ritournelle. Sony veille et assassine mes nuits, il affiche sept heures et quart. Qu'on ammène les brancarts, qu'on me traîne en flemmard, qu'on m'emmène dans un fauteuil à roulette et qu'on enchaine ma chienne de vie devant un écran vingt et un pouces ! Pensez, je suis privilégié. J'aimerais que la machine se déglingue, où c'est que j'ai mis mon flingue ? Et si je n'ai pas ce bsoing, que la femme à coté soit une autre, juste pour rigoler : ses seins sont usés, recyclez les, j'en veux des neufs, des pas stressés. J'aimerais bien voir d'autres couleurs, des paysages transformés. J'aimerais d'autres moulins et d'autres géants. Et si vous me les refusez, donnez moi au moins des malheurs minuscules pour justifier mes angoisses à minuit. Ma vie de fourmi est indifférente à Dieu, parfois elle l'est à moi-même, je grouille ma biomasse, largué avant d'être recyclé, je passe à la machine : tu es poussière et tu retourneras poussière. Jusque là, rien de neuf, qu'un refrain obsédé. "Dis mon cheri tu m'aime ?" - "Mais bien sûr que je t'aime" - Absurdes Amours, Absurdes vexations, Absurdes possessions. Absurde, absurde, absurde ! Selon l'évangile, le sens est la perpétration, des foules de fantômes vous exortent de ne pas abandonner, de ne pas disjoindre votre ontologie de vos peurs.
Sinon, rien n'existerait plus.
Ah ! Faste couette et paf le réveil lorsqe j'ai sommeil ! Voulez vous, s'il vous plait, m'apporter un café au lait. Le pire est que le manque de muscles et que mon intelligence ne me permet pas de stopper cette histoire, toujours la même, en ritournelle. Sony veille et assassine mes nuits, il affiche sept heures et quart. Qu'on ammène les brancarts, qu'on me traîne en flemmard, qu'on m'emmène dans un fauteuil à roulette et qu'on enchaine ma chienne de vie devant un écran vingt et un pouces ! Pensez, je suis privilégié. J'aimerais que la machine se déglingue, où c'est que j'ai mis mon flingue ? Et si je n'ai pas ce bsoing, que la femme à coté soit une autre, juste pour rigoler : ses seins sont usés, recyclez les, j'en veux des neufs, des pas stressés. J'aimerais bien voir d'autres couleurs, des paysages transformés. J'aimerais d'autres moulins et d'autres géants. Et si vous me les refusez, donnez moi au moins des malheurs minuscules pour justifier mes angoisses à minuit. Ma vie de fourmi est indifférente à Dieu, parfois elle l'est à moi-même, je grouille ma biomasse, largué avant d'être recyclé, je passe à la machine : tu es poussière et tu retourneras poussière. Jusque là, rien de neuf, qu'un refrain obsédé. "Dis mon cheri tu m'aime ?" - "Mais bien sûr que je t'aime" - Absurdes Amours, Absurdes vexations, Absurdes possessions. Absurde, absurde, absurde ! Selon l'évangile, le sens est la perpétration, des foules de fantômes vous exortent de ne pas abandonner, de ne pas disjoindre votre ontologie de vos peurs.
Sinon, rien n'existerait plus.
19 septembre 2006
17 septembre 2006
Solitude des rois
Qui n'a jamais dormi dans la rue ne peut pas connaitre le bonheur des choses simples. En effet, le salarié moyen est un être passé à l'eau de javel, fade, il est incapable de jouir vraiment du fruit de son travail et de souffrir pour de bonnes raisons. Il s'afflige lorsqu'on lui fait perdre son temps mais il ne sait pas au juste pourquoi il réclame du temps. Et quoi ? Il veut rentrer chez lui et être tranquille pour ne plus avoir de compte à rendre, c'est sa définition de la liberté. Il n'atteint l'extase lorsqu'il dépense son argent compulsivement, malheureusement, il n'existe guère d'autre vocation à son argent que de lui permettre d'acheter. Il remplit sa maison d'halogènes et de meuble design. Quand il ne possède plus d'espace, il doit se résoudre à d'autres horizons, comme d'acheter des peintures pour mettre sur ses murs, ou bien aller jouer au squash. Bien sûr : Il voyage pour oublier, disant qu'il s'ouvre l'esprit, possède parfois des chaînes satellites pour consommer tout ce qui est utile au gens de sa classe sociale, il a des théories politiques, ce qui lui tient lieu de philosophie. Cependant, la candeur de ses malédictions et l'innocence de ses passions lui signale cruellement son manque de génie. Sans invention, il est sans vermine, ni imagination, sans largesses, ni ignominie. Il vit au milieu de tout cela, désépérement middle class. Ce n'est qu'après un savant calcul, en pointant ses relevés mensuels, qu'il détermine l'étendue des possibles. Il prépare ses lendemains lanscinants. Il vit en manque de peur et s'invente l'insécurité de sa personne et de ses bien. C'est l'enjeu : pour que vieillir ait un sens.
Nul besoin d'aller chercher aussi loin pour être heureux. Parlons par exemple des chiottes ; la masse clinique devrait cesser de grimacer lorsqu'elle voit le caca car -- l'ignore-t-elle ? -- il fait chaud dans les toilettes, en outre c'est le lieu premier de la création. Au lieu de bouder cette chaleur évidente, nous ferions bien de réhabiliter ces retraites heureuses à leur rangs. L'amour affiché en 4x3 des valentins au téléphone portable, l'orgueil des familles assurés tout risques ne sont rien quand l'estomac crit famine ou quand il fait froid ou ... quand on a vraiment envie de chier. Je vous prie, quittez ces moues écoeurrées devant ces culs mal torchés, car leur production est l'essence même de la vie : une invasion barbare. L'art est d'abord une chose anale. -- notez que c'est très Freudien, on pourrait même distraire des mémères à chienschiens avec ce genre de balivernes, pour peut qu'on sâche citer Lacan.
Après un soir dehors, notre héros n'est plus un salarié ordinaire.
Lorque David se félicite dans trois mètres carrés en disant : "Ici tout n'est que luxe calme et volupté", il ne simule pas, il est seul entre quatre murs carrelés et personne ne l'observe, mais il a chaud, il se baigne dans de joyeuses pensées et embaume ce lieu d'une fermentation de son cru. David se rappelle avec bonheur de ses premières émotions du pot. Comme au bon vieux temps où sans savoir penser il affirmais déjà : "Je chie donc je suis". Il exulte donc tout à fait lors de sa libération fécale. La vie ordinaire de David Ménard explose et il revient triomphant au temple des métamorphoses poser un caca souple comme une virgule, il injecte un boudin admirable dans les tuyaux de Mégalopolis comme au temps du journal de Mickey quand les révolutions étaient faciles.
Il trônait dans son repaire et se riait. Finalement, il était parvenu à s'engueuler avec sa femme. De par sa composition déséspérement arrangeante, cela relevait d'un véritable exploit. Ce soir, son triomphe serait parfait si elle lui servait sa soupe comme un geolier. Hélas ! Probablement, elle ne lui cuisinera rien en pensant que sa vengeance sera plus complète ainsi. Elle tout a fait raison mais c'est beaucoup plus trise. En fait, on ne sait même plus s'engueuler. Merde. Tout fout le camp !
Non, les vies qui tournent comme les aiguille des horloges ne valent rien.
Nul besoin d'aller chercher aussi loin pour être heureux. Parlons par exemple des chiottes ; la masse clinique devrait cesser de grimacer lorsqu'elle voit le caca car -- l'ignore-t-elle ? -- il fait chaud dans les toilettes, en outre c'est le lieu premier de la création. Au lieu de bouder cette chaleur évidente, nous ferions bien de réhabiliter ces retraites heureuses à leur rangs. L'amour affiché en 4x3 des valentins au téléphone portable, l'orgueil des familles assurés tout risques ne sont rien quand l'estomac crit famine ou quand il fait froid ou ... quand on a vraiment envie de chier. Je vous prie, quittez ces moues écoeurrées devant ces culs mal torchés, car leur production est l'essence même de la vie : une invasion barbare. L'art est d'abord une chose anale. -- notez que c'est très Freudien, on pourrait même distraire des mémères à chienschiens avec ce genre de balivernes, pour peut qu'on sâche citer Lacan.
Après un soir dehors, notre héros n'est plus un salarié ordinaire.
Lorque David se félicite dans trois mètres carrés en disant : "Ici tout n'est que luxe calme et volupté", il ne simule pas, il est seul entre quatre murs carrelés et personne ne l'observe, mais il a chaud, il se baigne dans de joyeuses pensées et embaume ce lieu d'une fermentation de son cru. David se rappelle avec bonheur de ses premières émotions du pot. Comme au bon vieux temps où sans savoir penser il affirmais déjà : "Je chie donc je suis". Il exulte donc tout à fait lors de sa libération fécale. La vie ordinaire de David Ménard explose et il revient triomphant au temple des métamorphoses poser un caca souple comme une virgule, il injecte un boudin admirable dans les tuyaux de Mégalopolis comme au temps du journal de Mickey quand les révolutions étaient faciles.
Il trônait dans son repaire et se riait. Finalement, il était parvenu à s'engueuler avec sa femme. De par sa composition déséspérement arrangeante, cela relevait d'un véritable exploit. Ce soir, son triomphe serait parfait si elle lui servait sa soupe comme un geolier. Hélas ! Probablement, elle ne lui cuisinera rien en pensant que sa vengeance sera plus complète ainsi. Elle tout a fait raison mais c'est beaucoup plus trise. En fait, on ne sait même plus s'engueuler. Merde. Tout fout le camp !
Non, les vies qui tournent comme les aiguille des horloges ne valent rien.
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