Logiquement, le principe de justice crée les conditions d'une lutte efficace pour ceux qui ont tout perdu, c'est un raisonnement tout à fait simple qui permet de l'affirmer : il est clair qu'au fond de l'abîme on ne peut que remonter et qu'inversement, les nantis dorment mal et se sentent menacés de tout coté lorsqu'ils ont si peu à gagner et tellement à perdre. Simple et élégante théorie. Professeur Marx eut apprécié. C'est tellement beau la lutte des classes ! Cependant, ce qui vaut pour l'esprit reste le concept abstrait d'une société libérale et moderne, la réalité s'adapte difficilement au manichéisme de l'oppresseur et de l'opprimé. C'est ce pourrait figurer en conclusion du communisme. L'homme ne peut atteindre ses idéaux. Autrement dit : auncun projet de société n'est pas fait pour être atteint un jour. Jamais on ne se lassera d'expliquer que l'embonpoint bourgeois explique l'immobilisme et que la déchéance de pauvres bougres est l'inspiration de toute révolution. Mais l'automystification de ces salariés qui se plaignent de leur pouvoir d'achat en est le démentit flagrant : ils ont tout ce qu'il faut, mais il gémissent encore : l'autre jour, il avait vu dans le journal que le droit au vacances devait être intégré à la charte des droits de l'homme. Bein voyons ! Tout ça ne s'arrêterait jamais. Il faut se rendre à l'évidence : la populasse n'est qu'une légende d'occident, personne n'en fait partie mais chacun la plaint. David s'en rendait compte : Gégé, pour vinasseux qu'il fût, faisait encore partie de ce système, lui aussi avait sa fonction dans la machine : dire des conneries. Il en concluait que s'il ne parvenait pas à le changer alors tout était perdu ! Alors il fallait prendre toute les forces de ce désossé pour tordre le cou à cette réalité lénifiante dont on ne se départait pas. Sauter du train qui dirige l'Histoire vers une humanité vertébrée, disons d'un super-organisme dont nous sommes les petits rouages insignifiants, finalement nous ne valons que par notre masse.
Qu'on oublie alors cette glorieuse illusion de la domination de nos destins. Ce ne sont que des exercices d'écrivains ou de jeune fille en rubans roses. Que les clairons qui trompettent "Je ne crois pas au destin" se taisent ! Gardons la tête froide, nos précieuses errances sont elles aussi fonctionnelles et assurent la préservation de la diversité suivant un principe absolument Darwinien. Voyez ! nous sommes cernés de tout coté : Notre soif décadente d'esprit, de conscience, de liberté, de philosophie, tout cela n'est que le nième échauffement d'un bouillon de culture mille fois resservi servant de base à nos variations génétiques. La dernière convulsion d'une civilisation nous apprend que la liberté n'était qu'une illusion. Tôt ou tard on s'apercevra que la rébellion n'est qu'une réthorique démagogique, que les brûleurs de voitures font eux aussi partie du spectacle. Alors, on ne coupera plus de tête pour les prochaines révolutions, on n'aura plus d'idéaux si grands qu'on pourra mourrir pour eux. Il ne reste plus que bibliothèques pansues pour dégueuler des fleuves de palabres qui se répandent comme les veines d'une grosse migraine : Pulsion de mort, Névrose sexuelle, Schizophrénie mineure et une Altération de la perception, Crise de la trentaine. Vous êtes dans une case : un docteur vous expliquera laquelle.
Le premier signe de la dépression est un sentiment d'impuissance généralisée. A cela il n'est aucun symptôme objectif car l'incapacité de provoquer le changement relève concrétement de la tetraplégie. Or, comme manifestement il existe plus de déprimés que de tétraplégiques, il faut trouver une autre explication plus relative. En faits, il s'agit plutôt d'un trop grand décalage entre une capacité réelle de changer le monde et le désir qu'on en a. Sans doute, c'était le véritable problème de David, il avait beaucoup trop d'ambition, et même quand il cherchait à rater, il exigeait trop. Après ses premières jouissances vautrées au milieu des pochtrons, il se rendait compte que de jouer les joyeux drilles au bord de la Seine ne faisait guère avancer le shmilblick. Et bien qu'il soignat sa dépression naissante chaque matin, il ne parvenait pas à la transformer en une tristesse décente, même pas à se détester vraiment. Sans compter que cela prenait trop de temps ; intoxiqué d'habitudes, de confort et d'argent, le fiasco n'arrivait pas, la bérézina qu'il préparait était une fanfaronnade inextricable : un autre coup de tarte à la crème déprimant. N'allez pas croire qu'il soit facile de dévisser, on a trop de supports, trop de gens qui vous aiment et pensent le bien et le mal pour vous. Et pour s'attacher le vice, il faut n'avoir aucune attaches. La lumière lui vint tout d'un coup qu'il n'avait pas à sombrer pour s'offrir une renaissance : Il y avait Gérard et c'était lui la solution ! L'idée était simple : Gérard est une opportunité magnifique pour une expérience et au lieu de saborder son propre navire, il remettrait à flot un autre qui avait déjà coulé. Mentalement, il résumait la situation, comme en réunion d'état-major.
- David est aux sommets, incapable de perdre son travail : son chef lui offre une promotion, les secrétaires lui font de l'oeil, et même ses subalternes commencent à le trouver sympatique depuis qu'il ne se rase plus tous les jours. Il ne parvient pas même à se fâcher avec sa femme et pire, la dépression qu'il paraissait couver est en fait une farce. En effet, qui pourrait le considérer comme dépressif ou même rebelle. Peut-être sa vie est déjà écrite alors il faut se conformer car il est cerné sans possibilités d'avancer, ni de retrait.
- Gérard, le challenger, quant à lui est le candidat idéal pour toute expérience deséspérée, il est comme le cancereux en phase terminale, il a déjà joué toutes ses cartes et il peut tenter le tout pour le tout, il soumettra volontiers son âme à toute sortes de traitements caustiques et pourra même tester les médicaments les plus expérimentaux. Il est vraiment brisé, il n'aime plus tellement la vie. Pour autant, il lui reste encore un peu de cet espoir théorique qu'un jour viendra une révolution où il chevauchera fièremement dans l'Argmageddon. Il a le cuir dûr et l'amertume des poètes, on peut donc lui supposer de bonnes prédispositions pour la finance.
David se sentait l'âme d'être ce coach qui, comme on dit dans les milieux autorisés, activerait la carrière de Gégé. Ce challenge, n'est en réalité que justice. Et si le triomphe social est insipide quand il est fatal, mais la conversion du clodo en cadre dynamique, là on parle de triomphe ! Comprennons nous bien : ce n'est pas une tiers-mondanité, ni même une quart-mondanité, il s'agit de science. "Street Coach" était le titre de l'essai ou "Comment j'ai transformé Gégé en Gérard Intl." Si cette tentative réussissait, David aurait démontré qu'il avait raison d'être blasé. Il était en effet révolutionnaire de considérer qu'un SDF soit un excellent PDG sur l'unique considération qu'il faut le même nombre de lettres pour écrire ces deux acronymes. Gérard, une fois lancé connaitrait une carrière fulgurante, David n'en doutait pas. Pour Gégé le risque n'a pas de sens, talent rare par les temps qui courrent, et il pourrait rapidement s'acheter une télé non pas Cathodique, mais Elcédique voire Plasmique. Et avec ces arguments, David devinait la simplicité avec laquelle il convaincrait Gégé de jouer le jeu.
Il avait l'expérience en la matière, David avait recruté des candidats pour son entreprise, il y en avait de toute les couleurs : du blanc de poulet au gris comptable, du marron cramoisi au rouge sang. Il avait vu différents individus : des frais émoulus de la matrices, des pieds-tendres élevés à la becquée de parents attentifs, des fils d'ouvriers crevards, des immigrés revanchards, mais jamais encore il n'avait recruté des soulards. Gégé au moins, ressemblait à un authentique mort-de-faim, il n'aurait pas le travers ordinaire des employés carrièristes qui se transformaient en serpillères lorsqu'on arrivait sur les aspects financiers (Comme on dit dans le milieu). Il avait l'espoir que la rue aurait appris à Gérard la valeur de l'argent, c'est à dire rien. David éprouvait de la difficulté à conserver son sérieux lors de ces entrevues. Il fallait prendre un air grave quand on parlait d'argent et c'était le seul moyen de rester digne. A ce moment, on sens sa puissance considérable et si on ne se surveille pas, on peut partir d'un rire démoniaque. Ces agneaux réclament une télé 16/9 comme des bonbons, ils pleurent vraiment. Vous agenouillerez qui vous voudrez avec de l'argent, surtout ceux qui racontent en se rassurant que l'argent ne fait pas le bonheur. Ceux là, au moment ou l'on aborde la "question", font mine d'être plus intelligent qu'il ne le sont, mais leurs yeux brillent, quelque chose dans la plus sanglante veine du pathétique.
Ainsi commençait la première leçon :
- Le costume et l'apparence sont les paramètres déterminants pour l'ascension sociale. Le costard est FON-DA-MEN-TAL. C'est le B-A - BA. Une personne est professionnellement déterminée par son aptitude à porter le Hugo-Boss, je ne te referais pas l'histoire de France pour te le démontrer, mais ce sont des habitudes anciennes : un corps puissant, une taille imposante et une bonne présentation implique quasi sytématiquement une responsabilité pour un homme. Ceci dit, chut... ne le répète pas encore : je t'apprendrai plus tard les finesses qu'il faut mettre à ces choses pour l'ammener dans les salons. En tous les cas, je te vois bien carré et c'est ton premier avantage. L'homme est un animal qui se mesure d'abord à sa taille, à la portée de sa voix, à des épaules quand elle menacent de ratatiner à bras raccourcis. Ce n'est qu'une question d'observation : pourquoi, à ton avis, crois-tu que toutes les vestes possèdent des épaulettes ? Mmmm ? ...c'est évident, tu jauge de la carrure d'un type à ses épaules, un point c'est tout. Ce sont des critères strictement physiques qui son prépondérant. Tu m'excuse si je martèle, mais restons-en aux animaux : Dis-toi qu'ne dois jamais laisser entrevoir la peur. Ce genre de règle très élémentaire s'applique en permanence.
- He, he... tu me fais rire : Je n'ai pas d'objectif mais tu me plais avec ta niaque : Ammène ton costard et j'irai parader sur les Champs Elysée.
- Ok, pas de problème, j'avais déjà prévu ça. J'irais te le chercher tout à l'heure, il est dans la voiture. Evidemment qu'on te regardera différement après un passage chez le coiffeur. T'auras alors un petit air de bourlingueur du plus ble effet, la gueule du type qu'à roulé sa bosse sur les cinq continents, presque pareil que d'écumer du coté de la Seine après tout. Dans les premier temps, pas la peine d'en dire plus, c'est pas qu'il faille cacher son passé mais je te dis seulement, tu profitera plus de ce secret quand tu sera directeur. Tu me suis ? Et si tu me permets le second conseil, où plutôt te faire remarquer un endroit ou tu a un avantage certain : la clarté de sa volonté. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'être intelligent pour savoir ce que l'on veux. Probablement, c'est l'inverse : les meilleurs philosophes ne sont pas en premier lieu des hommes d'affaires. Certes, tu trouveras sur ta route toute sorte de justiciers socials, indigents comme toi, gémiards, au demeurant très intelligent dans la contruction de leur raisonnement, ce sont des sorte de débiles qui ne font que dénoncer le système mais qui sont beaucoup trop débile pour changer quoique ce soit. La nature est faite pour l'injustice, l'en préserver également, c'est une question d'équilibre, à toi de voir, choisit ton camp, on a plus besoin de boeuf que de berger, c'est une autre évidence. La différence se fera par toi : tu as connu la rue et peut-être, tu corrigeras l'injustice à ton heure. Mais attends là cette heure, les justicier sont pas plein d'amis, ils ont autant d'amis que d'ennemis et puis je ne te propose pas de te faire des amis, soyons clairs : je te propose juste d'avoir une télé plus grande que la mienne pour que t'arrête de me raconter tes salades sur le bonheur que je devrais prendre. Toujours nous sommes des animaux, et nous pensons d'abord à la pitance de ce soir, ou même à ton litron de villageoise.
- Mais t'es vraiment barge mon pauvre, allez va rejoindre ta bergère et fait plus chier, tu me prends pour un animal de cirque pour tes expériences, mais comment crois tu que je vais devenir directeur. Directeur. Mais t'es fracassé mon pauvre...
- Mais Fred l'as dit : Tu pourrais être président !
- Fred ne dit que des conneries, ce qui m'épate c'est qu'il réussit parfois à trouver des cons qui le croient !
- Ta gueule, j'te dis, t'as le bagoût, il est correct Fred ! Moi j'ai pas de doute ! Tu peut être directeur : J'ai juste des doutes sur ton ciboulot, mais comme je t'ai dit ce n'est pas l'essentiel. C'est un peu spongieux mais c'est comme il faut !
- Merci pour mon citron, mais figure toi que c'est parce que j'en ai dans le citron malgré que je soit là. J'ai même lu du Platon mon pote. Mais je crois que t'oublieque tu cause à un président : tu veux mon poing dans la gueule ?
- Excellent : Frappe !
Gégé lui envoya, essaya un pain en pleine poire, afin d'écraser le tarrin du parachuté, David qui depuis trop longtemps espérait saisit cette occasion, évita le coup et retourna une bonne mandale au clodo. Il fallut quelque temps à Gérard pour n'être plus sonné, il faut avouer qu'il n'y avait pas été de main morte. Un peu refroidit le Gégé le regardait maintentant avec les yeux de la peur.
- Ma parole, t'aurait pu me tuer ! Oh, j'y suis, c'est ça : tu veux taper dans du clodo ? T'as pourtant pas l'air d'un punk. Ca m'intrigue ?
- Ne te plains pas ! C'est toi qui as essayé de frapper le premier si je ne m'abuse et en tous les cas ça reste une excellente leçon, j'avais envie de cogner ! Quoique tu en dises, c'est toi qui a commencé. La différence c'est que tu ne m'a pas frappé avec l'intention de me mettre KO, tu t'es contenté de me corriger. La tendance naturelle de l'homme est de blesser, pas d'éliminer et en ce sens il est fondamentalement bon. Si tu parvenais au point de qui te permettrait d'oublier jusqu'à ton orgueil, alors tu deviendrais redoutable. Paradoxal n'est-il pas ?
- Ma parole, tu es diable, tu viens pour m'acheter mon âme ! Tu ferais mieux de foutre la camp. Et pour dire la vérité : Tu me fous la trouille, t'es si frappé qu'on en a pas l'idée que tu puisse exister.
- Oh, oh, oh ! Mais il ne faut pas... c'est juste que j'explique qu'il existe deux manières de gagner des points ; soit en surclassant son adversaire, soit en le poussant à la faute. Lorsque je te frappe ce n'est pas par peur, ni pour te corriger mais pour te faire mal. Si je t'ai fait mal, comprends que c'est pour ton bien : "J'ai dans l'idée de faire de toi quelqu'un." J'ai peut-être des visions, commme une intuition, je ne sais pas bien. Mais j'ai vu un tapis rouge pour l'ami Gégé. C'est du racolage, j'avoue, mais ton nom marqué en grand et j'y crois : Crois moi tu as de la chance de m'avoir rencontré, je suis un professionnel. En fait, j'avais pensé te faire rentrer dans ma boite, ce n'est pas fascinant, mais seulement au bout d'un certain temps et puis c'est un bon pied à l'étrier. C'est pas pour me la raconter mais j'ai des relation et je pourrais te faire entrer par la grande porte sans trop d'efforts. Le thème c'est la sécurité, on protège les gens, et notre fond de commerce c'est la peur et les normes. . Je sais que t'as vécu beaucoup de chose probablement pas faciles, mais oublie tout, pour être digne, il faut avant tout savoir oublier.
- Ouais t'as raison, j'y pense souvent : Jésus pour être si miséricordieux devait avoir une mémoire de poisson.
- Arrête ! Tu vas pas me dire que tu crois en Dieu ?
- Mais si mon vieux, j'y crois même fièrement, je sais que c'est un peu décalé. Mais crois moi, que si je ne savais pas que le royaume des cieux appartient aux pauvres, je me serais jetté depuis longtemps sous un train. En fait, je crois même que Jésus était communiste.
- Tu crois pas que tu confond un peu les genres là ?
- Sans doute, mais Jésus te le dirais surement qu'il s'en fout.
- Intéressant, fascinant... Ainsi tu crois ?
- Tant que ça... Oui, ça te défriserait surement si je te disait que je prie parfois pour toi.
- Effectivement...
- T'as raison, tu es le diable, un calculateur un ordinateur. Tu ne crois plus en rien parce que ça t'handicape n'est ce pas. J'ai pas l'habitude de prier pour les boite de conserves.
- Tu me mésestimes.
- C'est une mesestime cordiale. He he...
07 novembre 2006
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