25 février 2007

Enlgand, England (2)

Après toutes les mousses que je m'étais déversées dans le gosier, j'étais assez guilleret, et même, si je te dis la vérité : je planais complètement. Mais bien sûr, c'était un état temporaire, le monde hostile m'attendait au dehors et en l'occurrence il valait mieux que je dessoule mon vin illico, autrement, Londres me ferait payer le prix fort pour mon improvisation. D'abord, je suis sorti de mon rêve de bière et je me suis rendu compte que je n'avais pas d'endroit où dormir. Je n'avais pas fait de repérage et je n'avais même pas la moindre idée d'où j'allais ranger mon cul cette nuit. Comme un bleu, j'étais sous l'effet de d'un coup de jeune, comme on dit, insouciant et optimiste et je pensais que les choses me tomberaient tout cuit dans le bec mais je me gourrais. Pas besoin de te faire un dessin. Tu sais, la survie des SDF se ressemble assez d'un pays à un autre, en Angleterre ou à Paris, il n'y a pas à tortiller, là dessus, y'a pas de vacances qui tiennent, Londres ou pas Londres, c'est égal, il faut dire ce qui est, j'avais négligé mes arrières et je devais passer à la caisse. Comme disait ma mère je manquais de plomb dans la cervelle. Pour commencer la liste de mes soucis, j'avais caché tout mon bordel de survie près d'un parking dont je n'avais même pas noté l'adresse : j'avais pensé que ma mémoire suffirait, mais je dois reconnaitre, les douze binouzes à la suite m'avaient un peu ramolli ma cervelle et j'avais du mal à reconnecter mes neurones pour me souvenir des rues qui m'avaient emmené ici, j'ajoute, je n'avais pas semé de caillou non plus. Alors, en sortant du bar, je ne savais plus bien, c'était dur ! Je cuvais mon vin doucement et je mettais du temps à débrouiller mes méninges. En plus, comme la nuit était à couper au couteau, ça n'arrangeait rien, j'avais une de ces trouilles ! Finir à dormir sur le pavé comme un crevard n'aurait pas arrangé mes affaires. Et en première approche, je voulais éviter ce genre de chose : l'Angleterre c'est le pays des skinheads, ces mecs adorent taper sur les clodos pour leurs loisirs. J'ai eu tout le temps pour angoisser et je marchais vite, comme si j'allais croiser Jack l'Éventreur. J'ajoute les brouillards de Londres c'est grandiose, mais ça fout les foies. Au final, j'ai dû faire deux fois le tour de Londres avant de retrouver ma planque et mes affaires de couchage, mais quand je suis finalement arrivé à bon port, j'ai fait : Ouf ! J'ai été tellement content que ça m'a libéré d'un coup et les bières en patience dans ma vessie se sont réveillées aussi. J'ai dû pisser contre le mur pendant trois bonnes minutes sans m'arrêter. Rien que du bonheur ! Nom de Dieu ! Comme c'était bon! Pendant ces trois minutes,j'oubliais où j'étis et je me concentrais sur ma bistouquette, de ma bite au mur je restais focalisé pendant quelques instants dans ce monde qui tanguait de partout. Au moins je pissais encore droit et je me rassurais. J'ai pris mon paquetage et j'ai essayé de m'installer, mais c'était tout humide, dans le brouillard, on n’était nulle part au sec. Alors, je dépliais, je repliais mes couvertures et mes couettes, c'était jamais confortable, je pestais avec mes deux mains gauches et j'y arrivais pas du tout. C'est bien simple, Londres s'était ligué contre moi, et rien ne fonctionnait correctement : alors je grelotais. Ah ouais ! On n’était pas au tropique, mec, c'était l'évidence. Moi, ça me rendais fou, j'étais crevé et mes mains commençaient à faire des noeuds, je ne comprenais rien, c'était foutu. A la fin, je décidais qu'il valait mieux lever le camp et me mettre en route, j'éviterais de congeler et puis le jour n'allait pas tarder à se lever... Tu comprends mon pote ! Il ne faut jamais se relâcher, c'est une bonne leçon ! Finalement, à six heures du matin, j'ai trouvé un coin chaud, près du conduit de chauffage d'un immeuble, le bruit était horrible mais l'air était sec. J'ai dormi comme un bébé. J'étais tellement crevé de mon exploit que le boucan ne dérangeait même pas et ça m'a permis de rêver tout en Français et tu peux pas savoir combien j'étais content.
J'ai surement fait des cauchemars aussi mais ceux-là étaient en anglais. L'expérience londonnienne commençait difficilement, faut reconnaitre, et j'avais envie de revoir la France. J'en chiais, mec ! Je relativisais surtout pour la langue. On a beau jeu dire que les riches c'est que des enculés, mais ils ont du souffrir pour parler ce javanais . Moi, je ne suis qu'un petit escroc mais si j'avais été le vrai Gérard Glucks, il aurait fallu que je passe deux ans de ma vie à Boston avec un tas de Zoulous qui ne parle qu'anglais, en plus il aurait fallu que je suive des cours le management ! Tu vois le tableau ! La vie qu'on m'avait fait sur le CV, même si elle avait une certaine classe, elle ne devait pas être aussi marrante que je me l'imaginais. Dans ma petite vie, je n'avais pas pensé tout ça. Oh Maman ! Si jamais ils parlaient anglais dans les Antilles, c'est là bas que j'irai la prochaine fois et au moins j'aurai chaud.
Le jour suivant, il faisait beau, le ciel était bleu et je suis resté longtemps à dormir pour récupérer de ma soulerie. Je ne l’avais pas volé, je m'accordais le calme après la tempête comme on dit. Je me suis assis sur un banc et puis j'ai regardé tout le peuple des travailleurs partir au boulot, c'était très agréable et moi, ça me calmait. Je me souviens, quand j'avais une télé, je regardais les reportages du Nationale Geographic sur la cinquième chaine, on y voyait des crocodiles qui bouffaient des éléphants et des trucs de ce genre. J'adorais regarder la vie des prédateurs, et même que pendant ces moments là ma femme, elle me lassait tranquille . Depuis que je suis devenu un clodo, je n'ai plus ma télécommande pour zapper, mais je n'ai qu'à m’asseoir sur un banc et c'est un peu comme à la télé, sauf que des mecs en costards ont remplacé les crocodiles, les balayeurs, c'était les buffles, le zoo est dans la ville et c'est mieux que de faire du tourisme. Je décidais qu'il valait mieux que je consacre cette journée à prendre mes repères dans cette ville pour ne pas reproduire mon expérience de la nuit passée. C'est très grand Londres, et j'ai marché pratiquement toute la journée sans jamais repasser sur mes pas. J'apprenais à l'anglais au goutte-à-goutte en demandant mon chemin, et puis je mendiais aussi. J'essayais d'y mettre de la bonne volonté, mais cette foutue langue ne voulait pas rentrer dans ma caboche. Je suis trop vieux pour ces conneries, David ne peut pas comprendre parce qu'il est trop jeune, à son age on croit que tout est toujours possible. C'est ça l'espoir. C'est tant mieux, mais ça dure pas toujours, regarde-moi ! Sans chercher à faire dans le mélo, je suis pathétique, t'as qu'à me regarder discuter avec ces angliches de merdes, et tu comprends tout de suite que je suis qu'un clown. C'est bien beau d'avoir des théories comme le David, mais il faut se rendre à l'évidence ! David, il a lu trop de bouquins ! Si tu mets un peu le nez dans la réalité, tu te rends compte que ce n’est pas comme ça. Je sais que c'est pas intellectuel mon point de vue, pourtant, tu peux me raconter tout ce que tu veux de théories à la con, du communisme, du capitalisme, du truc-machin-isme... Si je suis à faire la manche, c'est parce que je suis un boeuf, autrement dit, je l'ai mérité. Traite-moi de pauvre type, au fond t'as raison.
Je me posais des tas de questions : des questions pratiques et des interrogations existentielles, elles se bousculaient au portillon, c'était un peu tard pour un bilan, mais dans l'ensemble, je ne tirais qu'une seule conclusion : j'étais un nul et j'étais triste.Dans ma promenade, j'ouvrais mes mirettes pour me sortir un peu de mes idées noires mais malheureusement ça ne changait rien à l'affaire. J'ai monté une espèce de colline avec des maisons colorées c'était très joli : On appelait ça Notting Hill. Je suis rentré dans une épicerie Indienne pour me trouver de quoi grailler, le type à la caisse, bien bazané, il avait l'air très sérieux, il ressemblait pas du tout au genre de sauvage que j'avais inventé devant Mondoval, en fait, ce type était tout l'inverse d'un fanfaron, presque un triste sire. J'ai pas chercher à lier conversation, visiblement son seul problème c'était de remplir la caisse.
Etrange, je ne croyais pas que j'avais des racines à Paris, mais en core c'était faux, SDF ou Homeless, ça n'a rien à voir. Les jours passaient et mon anglais se développais pas beaucoup, je pédalais dans la choucroute, même quand je passais ma journée à ne rien faire, je m'endormais épuisé comme si j'avais vu beaucoup trop de choses. Drôle d'impression : le sol tournait sous mes pieds et tout me devenait égal, j'allais dans un parc, j'allais dans le métro, c'était partout le même ailleurs. Tout cela n'avait aucun sens. J'était totalement perdu, je m'en foutais tellement de ce à quoi je ressemblait, que je visitais même les musées, et contrairement à ce que je croyais, c'était assez intéressant et j'en profitais pour rassasier ma fringale de Francais, quand je lisais l'intégralité des petits écriteaux qui disaient d'ou venait telle momie, tel sarcophage ou bien qui avait peint le tableau, j'éprouvais un étrange confort je me sentais un peu plus chez moi.Là-dedans les gens me laissaient tranquille, il prétaient pas attention à mes fringues, ils regardaient les détail les tableaux et il s'en foutaient du reste, c'était idéal, en ce qui me concerne, j'avais l'impression d'être un peu plus digne que dans la rue. Je me suis juré que j'irai au Louvre quand je rentrerai à Paris. Je me sentais tellement bien, que j'ai essayé de passer la nuit au British Muséum, je m'étais caché derrière une statue statue grecque, et puis je m'étais allongé sans bouger en attendant qu'il ferment le musée. Je croyais que c'était un bon plan, mais les gardiens ont fini par me retrouver. Ils m'ont fait déguerpir très correctement, y'en a un qui m'a dit où je pourrais trouver une soupe populaire, c'étaient des braves types. Je prenais le métro, je butinais à droite à gauche. Mais ça n'allait pas, un soir je me suis mis à chialer dans Hide Parc, j'insultais ce con de David et le pétrin où il m'avait mis !
Je ne pouvais pas avoir deux vies, non ! Comment avais-je pu croire ! j'étais comme un crouton. Triste, je vous dit. On peut dire que j'étais un clodo fini, j'avais plus d'entrain, non, ça m'avait tout bouffé, j'avais qu'une envie : picoler, et me laisser bouffer les foies par le vin, je picolais tout seul parce que je ne trouvais personne avec qui partager ma misère, je ne voyais aucune fenêtre. C'était injuste, oui, parce que tout aurait pu être si différent. Si j'avais pu, je serais parti à la gare pour aller changer mon billet et avancer mon retour pour retrouver ma douce France.

06 février 2007

England, England ! (I)

J'étais arrivé à Londres. Pour l'occasion, j'aurais pu dire « A nous deux Londres» ou une phrase historique du genre Napoléon, pourtant tout ce qui me venait c'était : "Putain !" Les choses ne faisaient que commencer, mais c'était un début en fanfare !
J'avais pris le train très chic qui passe sous la Manche, celui qu'ils appellent "Eurostar", malheureusement, je n'étais plus déguisé en homme d'affaires pour voyager incognito au milieu des dandys. Je devais assumer, Gégé le clodo était de retour ! Eh oui ! C'est dur de revenir les pieds sur terre on a gouté à la joie du Hugo Boss et je me sentais un petit peu pouilleux avec mon barda de survie que je devais trimballer, c'était un brin puant et encombrant. N'en déplaise aux passagers de première classe qui m'accompagnaient, il fallait bien que je range mes affaires dans les compartiments au dessus des sièges; leurs yeux un peu effrayés me suivaient. C'est normal que ça les défrise les businessmans, mais qu'ils ne se plaignent pas, au moins j'étais propre ! Apparemment, ce n'était pas suffisant, comme au bon vieux temps, les femmes en tailleur détournaient leur regard quand elles croisaient le mien, elles rajustaient leur jupe comme si j'étais un affreux pervers qui préparait un mauvais coup. Je regrettais mon beau costard, c'est sur, mais je ne leur en voulais pas et comme disait David, elles ne pouvaient pas comprendre. Ces animales si domestiques avaient une vie trop rangée et trop ennuyeuse pour pouvoir m'offrir leur indulgence. Et, de toute façon, ce genre de comportement ne me vexait plus, depuis le temps, c'était mon pain ordinaire et j'étais habitué. Alors, comme je n’allais pas bouder mon plaisir non plus à cause de ces précieuses, j'ai déployé mes panards en éventails sur les assises moelleuses et j'ai savouré. C'était confortable, on avait chaud. Oh ! oui, c'était du luxe, et je ne sais même pas pourquoi ils appelaient ça la deuxième classe. Mmmm... Tout cela ressemblait la dernière cigarette du condamné, derniers instants avant que la guerre de l'angliche ne commence et je profitais de mes derniers instants de français. Sur le siège devant moi, par exemple, on se racontait à voix basse une histoire de chat perdu ou quelque chose du genre, je n'écoutais que d'une oreille... Bah, c'était une histoire de bourgeois mais qu'importe, je n’avais pas besoin des sous-titres.
À mon arrivée dans la gare de Londres, les choses ont commencé à se gâter. J'avais amené avec moi une toile de tente car je m'étais méfié -- on ne sait jamais sur quel climat on va tomber --.le problème c'est qu'avec ces histoires j'étais un peu empêtré. D'abord, il fallait passer à travers un portique de sécurité, un truc antiterroriste soi-disant, j'imagine qu'ils voulaient savoir si je ne cachais pas une bombe dans mon slip ! Mais j'ai eu bien du mal avec leur putain de machine ! Elle faisait bip bip à tout bout de champ. Et déjà que j'étais bien emmerdé avec tout mon fourbi, si on ajoute que je ne comprenais rien à ce que le douanier m'expliquait, je faisais le festival pour amuser la galerie. Le type -- qu'avait un chapeau képi ridicule, soit dit en passant -- a eu beau m'expliquer et me faire les gestes pour me montrer, j'avais du mal : Mister, Mister ! Qu'il me disait, je lui faisais « Oui, Oui », et lui il me faisait "No, no !". Quel emmerdeur ! Il voulait que j'enlève ma ceinture, ma montre et même mes godillots, au total il a dû me faire passer dix fois sous le portique avant que j'y arrive. Comme si j'allais mettre une bombe dans mes pompes ! Je crois qu'on me prenait pour un con, ça va que je suis gentil. Tout de même, à la fin, j'ai eu ma vengeance, je ai presque gazé le douanier quand j'ai démoulé mes grolles. Eheh ! Il n'avait qu'à pas me chercher ! Merde alors ! Je faisais ce que je pouvais, je suis français et c'est normal que je bique que tchi à leur langue de rastaquouère... Eux, comme ils étaient tous anglais, ils l'avaient facile.
J'avais l'impression qu'ils étaient en train de mâcher un chewing-gum en même temps qu'ils parlaient. Cette attitude, surement adéquate pour le Rock'n Roll, ne les rendaient pas hospitaliers pour autant, un peu tête à claques, je dirais qu'ils méritaient des beignes ces malpolis qui n'articulaient pas.
Moi je connaissais "Goog morning", "Thank you" et "One again". Étant donné que "One again" ça sert surtout pour le Rock'nRoll, on peut dire que j'avais seulement deux mots dans mon vocabulaire : bonjour et merci, mais au moins, j'avais des bases pour être poli, c'est essentiel ! même si je reconnais que c'est un peu léger pour faire la conversation aux roastbeafs. On ne pas se prendre la tête, il faut bien commencer et c'est justement pour cette raison que je suis venu ici : ça tombe bien. Et puis j'avais mon Joker : pour tous les autres mots, j'avais piqué un petit dictionnaire Français-Anglais dans une librairie. J'étais sur qu'il allait faire des miracles, il ne fallait rien de moins. Il parait que je quand je réussirai à parler cette langue de zoulou, je serai riche. Je suis joueur, je sais...
Je sais pas ce qui fait croire à David je peux apprendre cette langue en quinze jours, moi qui ai quitté l'école à dix-sept ans mais je suppose qu'il a ses raisons. Et si rien ne marche, au moins je m'en serais payé une bonne tranche. Insh'halla, comme dit Mohamed, je voyage gratis aux frais de la princesse... alors je ne m'en fais pas ! Remarque, je ne suis pas venu que pour la ballade non plus. Veni, Vidi... Vici... On verra ! Ce n'est pas un palace qui m'attend : je n'ai que le billet de train mais, pour l'hôtel, il faudra que je m'en fabrique un du même acabit que celui de Paris (c'est pour ça que j'ai les couvertures).
J'ai fait quelques hypothèses. J'imagine que le pavé de Londres est un peu plus froid que celui de la Seine à cause de la latitude, mais selon toute vraisemblance, les ponts d'ici c'est tout aussi confortable qu'à Paris. Et puis comme Londres, c'est une grande ville, les clodos y seront comme partout, j'espérais seulement que la solidarité jouerait entre gens de la même famille, même si l'on sait bien que les British n'on jamais trop aimé les froggies ! J'ai regardé dans mon dico, à SDF, ils marquaient : "Homeless" : ça veut dire sans maison. Putain ! Comme il sont vulgaires les British ! Il te traitent carrément de "Sans maison" ! Nous en France, au moins on est Sans Domicile Fixe, c'est beaucoup mieux. Imaginez ! On a tous des domiciles, y'en a pour tout le monde ! On a qu'un seul problème, c'est qu'ils ne sont pas fixes, ce sont des maisons glissantes, comme les escargots. Et quand on y pense, il suffisait d'une paire de vis pour fixer tous les domiciles des SDF. En France on a des idées... mais revenons à nos moutons
Je n'avais pas vraiment de plan, pas non plus de stratégie. En attendant le train, à Gare du Nord, j'étais tombé sur un guide qui donnait ses suggestions pour un voyage à Londres avant de partir, j'avais pris un peu de temps pour le regarder. Classiquement on me recommandait Big-Ben, Buckingham Palce, Hide Park et les bords de la Tamise (La rivière qui coule à Londres), et puis aussi des tas de musées que j'ai passé rapidement --- les babioles dans les vitrines n'ont jamais été mon truc --- , je pris seulement les adresses. Il y avait aussi Piccadilly Circus et ça m'intriguait, de voir un cirque en plein milieu de la ville ! Le premier jour, j'étais parti pour faire du tourisme, non par passion, mais il fallait bien s'occuper en attendant la nuit, puisque c'est à ce moment-là que les langues se délient. Pour le reste, j'allais bien voir comment on me recevrait.
Ma première impression dans les rues de Londres était qu'il existait une différence de culture notoire : les fameux homeless, n'étaient pas les même qu'à Paris. Ils sont beaucoup plus nombreux et surtout plus jeunes, j'en déduisais que la carrière commençait plus tôt ici, mais j'avais aussi dans l'idée qu'un certain nombre de ceux-là trouvaient qu'il était cool passer sa journée assis en faisant la manche, une bière à la main. Les cons ! J'en voyais pleins qui végétaient, planté comme des abrutis, excuses si je suis aristocrate, mais j'avais du mal à trouver un semblant d'intelligence chez ceux-là ! Ils se faisaient des piercings un peu bizarres partout sur le visage. Pour la difformité, c'était chouette à voir et même si j'avais eu un appareil photo, je crois que je me serais tiré quelques portraits. Comme je me promenais, je notais aussi quelque chose d'intéressant : Londres est plein d'Indiens, je ne sais pas trop pourquoi c'est comme ça, mais, de fait, il y en avait beaucoup plus qu'à Paris. Surmeent que David devait le savoir mais il ne m'en avait rien dit, en tous les cas, à l'occasion, je pourrais apprendre un peu d'hindi, de quoi faire de moi un véritable harki de l’Inde . J'ai commencé par demander mon chemin, je disais : Big-Ben, Big-Ben,. on me montrait la ligne de métro, c'était pas bien difficile, il avait suffi de faire les gestes. Déjà, j'avais appris un nouveau mot, la couleur de la ligne de métro : "green" ça veut dire "vert". J'étais assez fier de moi quand je l'ai noté sur mon carnet.
Quand je suis sorti du métro, j'ai regardé en l'air pour voir Big-Ben. C'était assez chouette, et sur un panneau j'ai compris qu'il y avait un musée à l'intérieur, mais l'entrée coutait 5£. J'ai regardé mes poches, la doite et la gauche : J'avais à peu près peanuts. Surtour qu'à Londres il ne payent pas encore en euro, j'ai pensé qu'il était temps de renflouer ma situation économique et pour avoir un peu d'argent pour boire une mousse ce soir je me suis fait un petit carton pour faire la manche : J'ai écrit dessus : "Good Morning, For to eat, Thank You" et puis j'ai attendu, au bord de la Tamise. Je peux te dire que ça mordait ici, vraiment beaucoup plus qu'à Paris. Les Anglais, faut pas croire, ils sont généreux, c'est pas qu'il donne beaucoup, mais au moins il te regardent normalement, je crois qu'il sont habitués à être plus tolérants. Enfin, je dis ça, ils sont pas tous généreux, le premier mec qui s'est arrêté devant moi, il m'a carrément insulté, enfin, je suis pas sur, en tout les cas, ça me faisait l'effet qu'il m'engueulait . Je n’ai rien compris à ce qu'il me disait et je l'ai laissé dire, bof, ça m'a distrait, et puis il a passé son chemin. Ensuite, il a une petite dame qui s'est arrêtée, je savais pas si elle aussi allait m'engueuler, je me méfiais, mais elle à commencé à me parler gentiment, pas besoin de savoir parler la langue pour comprendre ça, quand elle a vu que je ne comprenais rien à ce que je lui disais, elle m'a dit : "Vous Francais ?". J'avais presque envie de l'embrasser, elle parlait pas très bien le français, mais on a réussi à se parler un peu, j'étais content. A la fin, elle m'a dit que j'avais fait une faute sur mon carton. J'avais honte. C'était vraiment pas de bol ! Pour dire pour manger, il faut dire : "For food". J'ai corrigé et je l'ai remercié, je lui ai dit "Thank you, Thank you" : c'est tout ce que je pouvais lui dire, mais c'était vraiment de bon coeur. Elle m'a donné 1£. J'ai regardé dans le dictionnaire : Food signifie nourriture, je l'ai noté dans mon carnet. Plus tard je me rendu compte que c'était logique : dans les Fast foods, il y a de la nourriture, et Fast ça veut dire" vite" : Je l'ai noté. Cette journée, j'avais déjà doublé mon vocabulaire et accumulé 12£. J'étais bien content. Avec mon butin, je me suis acheté un sandwich et j'ai gardé le reste pour boire un coup dans un pub, je pensais que là bas, j'aurais plus l'occasion de développer mon vocabulaire. Je suivais une démarche totalement scientifique en me lançant dans cette opération. J'avais appris ça dans le métro : l'alcool délie les langues et tu peux pas savoir le nombre de bourgeois qui se mettent dans la confidence lorsqu'ils sont éméchés, ils te parlent, c'est pas vraiment qu'ils s'intéressent à toi et des fois, ils parlent aux murs ou aux poubelles, mais au moins ils parlent. De plus, j'avais aussi observé quelque chose de tout à fait intéressant chez ces mecs bourrés, ils se mettent souvent à parler anglais, je ne sais pas pourquoi, mais c'est un fait. En tous les cas j'espérais bien que le phénomène fonctionnerait aussi pour moi. J'avais fait un petit repérage de troquets du coin, parce que je ne voulais pas un pub trop chic, pour pouvoir me payer plusieurs bières, mais je ne voulais pas non plus tomber dans un repaire de pochtrons, ça m'aurait filé le blues. J'avais peu d'argent et je ne pouvais pas me rater dans le choix. Celui que je trouvais finalement s'appelait « The Very Special». Je rentré dedans quand la soirée était déjà bien entamée parce que je ne voulais pas qu'on me regarde de travers, je préférais me noyer dans l'ambiance. Les British avaient déjà commencé, il y en avait même déjà qu'étaient déjà fins faits. Je me sentais un petit peu con quand je demandais au mec : « One pint of Guiness ». Le mec, m'a fait répéter deux fois, mais il n’avait pas l'air de m'en vouloir, il semblait habitué aux étrangers. Je me suis mis dans un coin et puis j'ai regardé ceux qui jouaient aux fléchettes, mais je ne suis pas resté longtemps seul. Au bout de dix minutes, il y avait un mec, qui me demandait un truc, je ne comprenais pas. Il a vu que j'étais français et il m'a montré la télé, ils passaient un match de foot. Il m'a dit ou plutôt crié dans les oreilles : "Paris Saint-Germain ?". Alors, je l'ai joué futé pour me le mettre dans la poche -- un supporteur de foot, c'est pas l'animal le plus difficile à apprivoiser -- je lui ai fait que PSG, c'était des nuls et que moi j'aimais Manchester. Alors on a trinqué, on a rigolé. Il s'appelait Benny, apparemment, il suivait tous les matchs de foot de son équipe dans ce troquet avec ses potes. Alors, avec mes quatre mots d'anglais, je lui ai raconté mon histoire, je lui ai dit que j'étais homeless mais que je voulais apprendre l'anglais pour avoir un meilleur boulot en France et ça l'amusait énormément, même un peu trop, c'était vexant. Pendant la soirée, j'ouvrais mon dictionnaire, mais je n’avais pas le temps de noter, je notais que je progressais cependant : la bière, surement. On a surtout picolé, ils m'ont offert un nombre de coups incroyable, j'avais presque honte de gagner mes bières aussi indument, ils étaient tellement sympas ! En conclusion, j'aimais bien les Anglais.