L'entretien que David avait réussi à décrocher pour Gérard se déroulait à son ex-entreprise, Global Security. La confrontation aurait lieu dans ses locaux demain après-midi. Son poulain devait démontrer ses capacités pour un poste de directeur des achats mais la partie était loin d'être gagnée. La première application de la théorie de David dans le monde concret se réaliserait à cette occasion. Pour résumer son idée il pensait que l'ordre social était artificiel et que l'appartenance à une classe sociale n'est qu'un cloisonnement mental. En résumé, il souhaitait savoir si la médiocrité de la classe moyenne pouvait trouver de vraies excuses ou bien s'il avait raison de haïr ces bougres qui calquent leur vie sur les prospectus reçus dans la boite au lettre. Pourtant, s'il n'avait jamais douté jusqu'à maintenant de l'intérêt de son expérience, une certaine lassitude s'était emparée de lui quand il repensait au sujet de sa thèse. Il s'agissait peut-être d'une autre révolution des moulins à vent : Pourquoi alors ? Il poursuivait cette voie parce qu'il l'avait décidé, mais l'abandon de ces foutaises le tentait également : En fait, il était incapable de décider l'illusion la plus prometteuse. Il souffrait aussi de sa clochardisation récente, le froid l'affaiblissait, il avait un peu faim également. Ces quelques nécessité simples désespéraient un peu le projet de son livre et il peinait à contenir son désordre intérieur dans sa difficile survie. Finalement, il ne s'agissait que de discipline et d'abnégation à une parole donnée pour que plan se déroulait comme prévu.
Il avait donc balisé ce qu'il avait pu du parcours de Gérard, préparant photocopies et CVs, écrivant la bio de Gérard, lui faisant passer des entretiens de simulation. C'était la totale. Il lui avait même préparé son look, avec une pochette bleue sur la veste. Une autre hésitation le hantait à la veille de cette compétition. Gérard était-il capable de la prouesse qu'il lui demandait ? Car cette première entrevue était un coup de poker et il eut mieux vallu envoyer un acteur. Bah ! Pour la seconde partie en revanche, il fallait plus de niaque et de sens de l'arnaque. Alors, Inch'Halah, il n'existe pas meilleures école que celle de la rue. Par ailleurs, Gérard était d'accord. Il n'y a que dans le métro où il faille inventer des salades tellement énormes qu'elle passent plus sous les pont, tout ça pour avoir deux ou trois petites pièces et se payer sa vinasse du soir : plus c'est gros plus ça passe. Il n'y aucune raison pour que la RH ne gobe pas l'histoire, surtout avec une pochette bleue. Elle aime bien les "poivre et sel" cinquantenaires.
Il n'y avait rien de particulièrement difficile à accomplir. Il lui servait le boniment ordinaire des futurs gagnants. "L'essentiel était de ne jamais oublier d'où l'on vient et de ne pas perdre de vue son objectif". "blah, blah !"
C'était réglé comme du papier à musique. Gérard n'avait qu'à se rendre à l'heure dite, à l'endroit prévu, dégueuler son laiüs et voilà, c'était plié.
Sur son banc de métro, comme il attendait David pour faire sa dernière répétition. Il s'imaginait. Directeur !
Au début, il avait trouvé ça drôle, il s'imaginait jouer avec un boulier dans un bureau tout en haut d'une tour, des oeuvres d'art accrochées au mur le contemplait, et une jolie sécrétaire s'informait régulièrement, demandant si : "Tout va bien ?". Mais à mesure que la date approchait, un trac étrange s'installait en lui. En vérité, il n'était pas sûr de lui, il n'en avait même pas parlé à Fred. Il craignait que son pote soit jaloux ou que plus simplement il le prenne pour un fou. Cétait un peu schizophrène, à croire que la folie est contagieuse. Ca soufflait le chaud et le froid en haut. C'était la même excitation que quand il jouait des grilles de Loto ! Tout pendant que les numéros n'étaient pas tiré, tout pouvait encore se produire. Alors il rêvait en pensant à comment il craquerait son pognon une fois qu'il aurait touché le gros lot. Dès qu'il ouvrait les yeux, dans son décor clodo, il se pinçait et essayait de se convaincre qu'il avait plus l'âge de ces conneries. C'était plus fort que lui. Une voix qui lui dictait de jouer le jeu jusqu'au bout puisqu'il n'avait rien à perdre : il fallait tenter. Y a des trains qui ne passent pas deux fois.
Il regardait une fois de plus le curriculum vitae que David lui avait confectionné pour l'occasion. Il y avait marqué en gros "Gérard Shnaps", c'était le titre. Le moins qu'on puisse dire c'est que ce Shnaps avait l'air épatant. Sur le coin, il y avait une photo de lui dans son fameux costard d'emprunt, il regardait songeur cette image de lui. Il se trouvait maintenant un petit air collet monté. C'est la doublure de soie qui constipe. Il rit en reconsidérant la chose. L'arnaque du siècle qui était en train de se préparer. Lui qui au sommet de sa carrière avait été employé municipal, relisait encore ce qu'il avait fait dans son ancienne vie et c'était vraiment très impressionant. Tout était décrit sur une sorte de scénario que David lui avait demandé d'apprendre pendant le week-end.
Il tentait de s'imprégner de son rôle. La vie décrite sur le papier paraissait assez romanesque et Gérard s'efforçait d'intérioriser et de visualiser ce nouveau passé. Exit l'employé de la municipalité, le divorcé et le clodo alcoolique. C'était marqué là : c'était un as. On avait mis le paquet pour son histoire, elle suivait la trajectoire modèle d'un jeune cadre dynamique. Jugez :
Gérard était né en Belgique - Ce qui n'était pas totalement faux puisque sa mère venait de là bas, mais la vraissemblance s'arrêtait ici - il avait fait des études d'architectes à Paris, il avait exercé qce métier quelques temps dans la capitale. Puis lassé de l'architecture en quelques année, il était parti suivre un Master of Business and Art aux Etats-Unis (il fallait dire M Bi Hey), pour apprendre la langue de Shakespeare et doter d'un background managérial qui boosterait sa carrière. Il essayait de se l'imaginer, pas facile, c'était à Boston mais il ne savait pas à quoi ressemblait cette ville bien il se doute un peu : surement un bled avec des grosses tours à l'Américaine, mais rien de précis. Il ne savait pas non plus ce qu'on était censé apprendre en "management", il avait passé deux ans à apprendre à diriger des bonhommes, ça lui paraissait beaucoup. Beaucoup d'information restaient floues et ne disposait pas du temps nécessaire pour s'informer de ce genre de chose, il passait donc sur ces détails et se documenterait plus tard. Il continuait : il était ensuite revenu à Paris pour s'occupper du département stratégie et marketing d'une société pharmaceutique : Phitolutz. Il avait été responsable d'une augmentation du chiffre d'affaire de un millions d'euros. Bof ! un millions d'euro... il ne se rendait pas compte. Et le meilleur était à venir. Il avait poursuivit sa carrière en Inde dans une usine pétrochimique près de Delhi. Ici, il était devenu le boss, les ouvriers étant indiens et donc incultes, Gérard dut abandonner l'anglais pour se consacrer à l'hindi et parler la langue des indigènes. Gérard avait la lourde responsabilité d'inculquer le respect de la sécurité à ces masses ignardes. Finalement au bout de dix ans, il avait sauvé pas mal de vies puisque le site faisant une centaine d'accidents de travail invalidant chaque année à sa prise de fonction, n'en provoquait plus que 8 à son départ. C'était beau, c'était bien !
Sauf qu'il n'avait pas la moindre idée de ce à quoi ressemblait l'Inde. Et pire, il n'avait même jamais croisé un type qu'avait été en Inde. Il s'imaginait que c'était un grand pays grouillant de monde et il voyait bien le genre de population, un peu bazané, les filles se mettent un point rouge sur le front et portaient le sari, mais à part ça l'étendue de son savoir était assez maigre. On lui avait raconté que là bas on mettait les morts à dériver sur le fleuve pour s'en débarrasser. C'était un pays de fadas ou tu pouvais acheter le rein d'un type encore vivant pour te le rechanger. Il se jurait que dès qu'il aurait du pognon il se mettrai à voyager.
Sa biographie n'aurait pas été totalement impossible s'il avait su parler anglais, un chose était certaine, il ne pouvait pas apprendre l'anglais en un week-end. Visiblement, ça ne chagrinnait pas David, cette histoire abracadabrante ne lui semblait pas trop énorme, il fallait bien le croire, pas d'autre choix : c'était ce fou qui l'introduirai dans le beau monde.
Pour faire la générale, David avait une tenue un peu relachée, du genre de celle qu'on se met pour dormir dehors. Apparement, il avait choisit maintenant de vivre commme un vagabond, Gérard haussait des épaules lorsqu'il apparu d'un tunnel de la Gaieté-Monparnasse : Etrange type ! David avait assez triste mine mais c'était assez normal. Les premiers jours qu'on dort dehors on a pas vraiment une belle gueule.
- Salut la compagnie, demain, c'est ton grand jour ! T'as relu ton ton texte ? T'es au poil ? On peut y aller cool, pas de bile à se faire, juste bosser et apprendre son texte l'acteur. C'est un gros poste, applique toi.
- Oui, m'ssieu. T'tfois, un petit bémol, modification légère, faut réécrire ma bio. Je te signale que je ne parle pas Anglais.
- Qu'est ce qu'y a ? Tu chie dans ton froc ? Oh c'est pas vrai ! Un peu d'imagination. T'a qu'a dire que t'as oublié à cause du hindi. Je connais personne qui parle hindi. Personne qui soit en mesure de le vérifier. Alors stresse pas !
- Ca voudrais dire que j'ai tout oublié de mon Anglais ? Ca me parait difficile.
- Beaucoup oui. Mais t'es chiant regarde toi on dirait un mec qui sort de l'école qui va passer son premier entretien !
- C'est un peu ça en fait.
- Non, justement, ça n'a rien à voir. Strictement rien à voir. Toi tu sors pas de l'école ! Tu sors de cinq ans de chomage, de l'alcolisme. Toi tu dors dans la rue. Merde ! C'est pas la même chose !
- Oui, mais sauf que le mec qui me passera demain, il a de fortes chances de s'en rendre compte et de me botter le cul pour me foutre dehors.
- T'es pas vrai Gérard ! T'es le genre de mec qui comprends jamais rien la première fois. Je te réexplique. D'abord, ces mecs ont vécu toutes leur vies dans les bureaux, tu vas les rencontrer, il faut bien que tu te rende compte que ces types ne seraient pas capable de supporter une seule journée de ce que tu vis sans déprimer, un peu de fierté, il faut te rendre compte de ta valeur. Ils ont une trouille bleue d'un mec qui fait deux mètres parce qu'il saurait pas quoi faire si on les agressait. Et, pour te donner un aperçu : Ce qu'il appelle un Skud, c'est quand il s'envoient un mail méchant. Tu vois bien c'est quoi leur guerre !
Non, pour qu'ils te foutent dehors méchamment, il faudrait qu'il aient des rognons, mais je confirme : il n'en ont pas. Deuxio, je te signale que tu ne peux pas tomber beaucoup plus bas. En gros, faut-y aller et penser après. Ca pourrait empirer ta situation uniquement si tu fous un couteau sous leur gorge demain, vas-y désarmé et tu risque rien. Ecoute ! jouons franc jeu. Si tu veux te dégonfler, tu le fais maintenant et je vais trouver un autre mec pour le faire.
- Non, non c'est bon ! J'y vais
23 décembre 2006
17 décembre 2006
Hors soi
Le premier soir, David avait trouvé un abri pour indigents près de la butte Montmartre. Il avait vu qu'à cet endroit on pouvait et prendre une soupe chaude et passer la nuit . Comme au bon vieux temps, il y avait un radiateur éléctrique autour duquel on pouvait se rassembler pour se réchauffer. Mais en attendant l'heure d'ouverture du refuge, il devait errer quelques temps au hasard dans les rues de Pigalle. Il avait sur lui son sac de sport qui contenait quelques affaires rechange et un peu d'argent, c'était son seul bagage. Aujourd'hui était son premier jour de vagabond, aussi il ne savait pas bien comment s'y prendre, il se dirigeait vaguement, suivant le fil incertain de ses pensées. Trop de choses se bousculaient dans sa tête pour pouvoir se racrocher ne serait-ce qu'à de très primitives certitudes. Des images défilaient dans sa tête, sa vie était un film, mais l'histoire était saccadée, il lui manquait comme une transition pour faire le lien entre deux époques. Déjà trois heures s'étaient écoulées depuis qu'il avait refermé la porte de son appartement en laissant sa femme. Il n'avait clos aucun compte, il avait laissé sa voiture, son argent, son téléphone portable et la majeure partie de ses costumes. Maintenant, il était trop tard pour faire marche arrière. Mais il lui fallait faire une pause, s'asseoir un moment et rassembler ses esprit devant une bière. N'importe quel troquet faisait l'affaire, le bar qu'il rencontra en premier était un PMU crasseux tout à fait ordinaire rempli de tristes types ramassés autour d'une télé où défilait les résultats des courses de chevaux. C'était des gueules cassées, des habitués du quartier, émmigrés dans leur majorité, leur corps ne valaient plus rien. Ici, il n'y avait que des carcasses abruties, des âmes absentes d'absinthe au comptoir. La plupart croquait un mégots jaunis en même temps qu'ils éclusaient leur mousse pour combiner tous les plaisirs. La femme du patron servait leur casse-croûte liquide à ces hommes-rats échappés de leur trous. Cela ne dérangeait pas David, il avait suffisement de matière à penser. Il se tint au comptoir, silencieux, comme d'autre, fasciné par le percolateur. Il avait besoin d'un support car tout vacillait, quelque chose en plus de la barre du zinc pour se fixer les idées. Il sortit de son sac un cahier et prépara son crayon, prêt à écrire ses premiers mots d'aventurier vagabond,mais son esprit refusait de se conformer à l'exercice et il restait désepérement brumeux, incapable d'articuler la moindre phrases, il y avait des vapeurs volatiles dans l'air. De dépit, il rangea son cahier et tut sa fausse inspiration. Il écouta ces hommes de Pigalle déblatérer sur leurs problèmes de canasson comme des prophètes de la nuit.
Puis il fit quelques boucles aux alentours, passant devant une prostituée, il s'interrogea sur sa libido et renonca sans remord. Au lieu dit SAMU Social, on le reçu cordialement, les gens qui l'accueillait avaient des manteaux où était inscrit : "Médecins pour Tous", sorte de missionaires modernes apparement. On lui demandait d'apporter les preuves de sa précarité, ceci le gêna considérablement, il n'avait bien sur aucun papier qui puisse le prouver. Il comprit qu'il devait passer quelques nuits dehors avant qu'il ne soit accepté ici, il fallait être identifié de ces services d'aide sociale. Autrement dit le baptême du feu serait pour ce soir : Dormir dehors. On ne rase pas gratis ici. Plus vexé que décu, il rebroussa chemin mais il n'avait pas de lit, pas de plan B. Il fallait se replacer dans la perspective. Il avait perdu la source d'inspiration de son premier soir dehors. En effet, il pensait trouver dans cet endroit d'autres spécimens intéressants pour prendre des notes et s'occuper studieusement, il épérait d'autres vies plus hésitantes peut-être que celle de Gérard. Il devait faire son deuil et ses expériences se poursuivraient dans le rue.
David envisageait sa nouvelle carrière de deux manières totalement étrangères l'une à l'autre, d'un coté il était mu par une curiosité de papillonneur et sillonait le monde à la recherche d'âmes déchirées, si abimées qu'elle en devenait belles comme de la dentelle, bonnes à être épinglée dans une collection des souffrances humaines.
De l'autre coté, il se fascinait pathologiquement par sa propre déchéance. Il ne pouvait l'expliquer. Bien qu'il eut toujours appartenu au camp des intellectuels il n'était pas capable de trouver de cohérence à sa quête, il se trouvait pris au piège, émerveillé par sa créativité pathétique, il était pris dans un tourbillon. Il faisait le bilan pour aboutir finalement à un conclusion dramatique : Rien de si réel ne s'était jamais produit depuis son adolescence. Tous ses instincts avaient été dissimulés et se révaillaient aujourd'hui avec une vigueur inconnue, comme renaissance. Ainsi, la vile crevaison du pneu de voiture avait un sens, ce n'était pas comme les bonnes blagues qu'on commettait en bande dans sa jeunesse. Cette fois l'acte était commis seul et la subversion du geste était fondamentale. Apparement tout cela n'avait aucun sens mais toutes ses actions s'enchainaient tenues par une logique implacable. David était entrainé par ce que l'on appelle philosophiquement une logique transcendentale, c'est à dire indépassable et évidente à la fois. Il ne savait pas pourquoi le monde lui semblait si moribond, mais il ne pouvait en douter. Un mystère l'entrainait toujours plus loin vers l'avant, il dansait une valse étourdie au bras de la mort. Oui, il s'était lié d'une véritable passion pour sa propre déchéance.
La contrariété que lui opposait le centre d'hébergement posait un problème plus sérieux qu'il ne paraissait de prime abord, en effet suivant son habitude, comme lorsqu'il partait en camping, il n'avait pas particulièrement ajusté l'épaisseur de ses vétements au climat qui l'attendait. Sa tenue adéquate pour se promener en décembre, était tout à fait inappropriée pour dormir dans la rue. Et pour les heures à venir, il avait un objectif très clair : se procurer des couvertures. En se posant le problème, il se rendit compte qu'il paniquait tout à fait. C'était un clochard absolument débutant. Pour faire comme ses pairs, il devait chercher dans les poubelles, malheureusement, l'hiver n'est pas la saison ou l'on se débarasse ordinairement des couvertures. Il eut tôt fait d'abandonner la piste des poubelles en se rassurant un peu car il n'essuyerait pas aujourd'hui la honte d'ouvrir une poubelles. La piste des cartons était nettement plus prometteuse. Comme il errait dans les rues secondaires, il commencait à avoir froid quand il aperçu une moquette géante. A priori, c'était comme un comme une couverture mais en nettement plus rèche. Il s'installa près d'un garage, il espérait qu'on ne le verrai pas. Rapidement, il se rendit compte qu'il était exposé à de nombreux vents et il ne parvenait pas à se réchauffer. Il construisit comme un sorte de maison avec les cartons qu'il avait réccupéré, et puis il s'enroulait dans la moquette. Le froid venait de tous les cotés, il ne savait pas comment s'y prendre pour lutter, il était piégé. La plus incontournable des glaces venait du sol. Il se dit qu'il valait mieux acheter une toile de tente à Décathlon pour mieux s'équiper et puis un sac de couchage. Puis il se repris, se rendant compte du ridicule de la situation. La première nuit, il eu donc très froid, et il dormit peu. Le lendemain matin, il avait les os cassé et des douleurs incroyables particulièrement dans le dos. Quand le soleil s'est finalement levé, il s'en est allé sur un banc dans le parc du Luxembourg s'achetant un croissant sur le chemin et termina sa nuit. C'était un jour de la semaine ordinaire, il faisait soleil, il se réchauffait un peu sous ses rayons et petit à petit sortit de son abrutissement. Il avait envie d'un café noir, même une machine à café, c'aurait été parfait. Aux alentours de midi, il se dit que c'était absurde. Il pouvait encore retourner chez lui. Il sorti à nouveau son cahier, sa main toujours froide ne parvenait pas à former les lettres, mais l'inspiration lui venait enfin :
"
Mes jours sont devenus sombres, mes nourritures sont devenues noires mais je suis incapable de m'arrêter. Je regarde mes mains comme la première fois, j'ai froid, mais lorsque je plie les doigts, j'ai l'impression que rien ne me resisterait. Je suis fasciné par ma propre décadence, je suis une machine déglinguée qui tourne merveilleusement alors qu'elle dévale la pente. Ma barbe est devenue trop longue maintenant, elle me gratte car elle est sale. C'est un drôle de mélange, je suis comme rompu et neuf à la fois. Je n'ai plus d'attaches, je ne pleure personne, mais en même temps j'ai cessé de me revendiquer humain, maintenant plus rien ne me relie à cette race.
Ma vie semblait déjà écrite, je l'ai raturée parce qu'elle m'ennuyait, c'est tout. C'est une acte symbolique pour affirmer qu'un autre monde est possible. Peut-être la plupart d'entre vous me considère comme fou, mais je vous trouve vous aussi bien absurde. Hier, je me séparais de ma femme pour aller dormir sous les ponts. Je ne lui ai rien annoncé de dramatique, je lui ai simplement dit l'essentiel, les effets, non pas les causes et j'ai évité d'expliquer. Nathalie ne comprendrait pas : Nos sorties, nos voyages, pour elle c'est une raison de vivre. Comment lui aurais-je avoué que notre vie ne m'interressait pas. Comment lui dire que la paix qu'elle m'offrait n'était une soue pour avachir une vie de porc industriel.
Je me surprennais à ne l'aimer plus du tout, ni même à comprendre le sens de l'amour. J'allais même jusqu'à ne même plus comprendre son corps, ni ses mains, ni ses pieds, ni la finesse de son visage. Elle était devenue tout simplement aussi difforme qu'un assemblage de membre. Ses maquillages qu'elle usait si habilement de temps à autre ne me faisait pas plus d'effet qu'une couche de peinture. En fait, je crois que je suis même devenu incapable de nostalgie. Je ne m'intéresse plus qu'au futur. Pas un instant je ne songe pouvoir regagner le béguin initial qui m'a fait tenu dans l'adoration de ses hanches, je m'en fous. Le passé est le passé, inutile, c'est une abîme qu'on ne retrouve jamais et je laisse filer.
Partout ou je vais, ma différence commence à devenir visible, trop arrogant, je suis, je demeure, ma liberté est effrayante pour eux. La ville est une infection grouillante, elle est malade et je vois à quel point j'étais aveugle, je vois des murs de glaces entre chacun. Je ne sais pas comment j'ai fait pour tenir aussi longtemps dans le droit chemin, comme dise les gens...
"
Puis il fit quelques boucles aux alentours, passant devant une prostituée, il s'interrogea sur sa libido et renonca sans remord. Au lieu dit SAMU Social, on le reçu cordialement, les gens qui l'accueillait avaient des manteaux où était inscrit : "Médecins pour Tous", sorte de missionaires modernes apparement. On lui demandait d'apporter les preuves de sa précarité, ceci le gêna considérablement, il n'avait bien sur aucun papier qui puisse le prouver. Il comprit qu'il devait passer quelques nuits dehors avant qu'il ne soit accepté ici, il fallait être identifié de ces services d'aide sociale. Autrement dit le baptême du feu serait pour ce soir : Dormir dehors. On ne rase pas gratis ici. Plus vexé que décu, il rebroussa chemin mais il n'avait pas de lit, pas de plan B. Il fallait se replacer dans la perspective. Il avait perdu la source d'inspiration de son premier soir dehors. En effet, il pensait trouver dans cet endroit d'autres spécimens intéressants pour prendre des notes et s'occuper studieusement, il épérait d'autres vies plus hésitantes peut-être que celle de Gérard. Il devait faire son deuil et ses expériences se poursuivraient dans le rue.
David envisageait sa nouvelle carrière de deux manières totalement étrangères l'une à l'autre, d'un coté il était mu par une curiosité de papillonneur et sillonait le monde à la recherche d'âmes déchirées, si abimées qu'elle en devenait belles comme de la dentelle, bonnes à être épinglée dans une collection des souffrances humaines.
De l'autre coté, il se fascinait pathologiquement par sa propre déchéance. Il ne pouvait l'expliquer. Bien qu'il eut toujours appartenu au camp des intellectuels il n'était pas capable de trouver de cohérence à sa quête, il se trouvait pris au piège, émerveillé par sa créativité pathétique, il était pris dans un tourbillon. Il faisait le bilan pour aboutir finalement à un conclusion dramatique : Rien de si réel ne s'était jamais produit depuis son adolescence. Tous ses instincts avaient été dissimulés et se révaillaient aujourd'hui avec une vigueur inconnue, comme renaissance. Ainsi, la vile crevaison du pneu de voiture avait un sens, ce n'était pas comme les bonnes blagues qu'on commettait en bande dans sa jeunesse. Cette fois l'acte était commis seul et la subversion du geste était fondamentale. Apparement tout cela n'avait aucun sens mais toutes ses actions s'enchainaient tenues par une logique implacable. David était entrainé par ce que l'on appelle philosophiquement une logique transcendentale, c'est à dire indépassable et évidente à la fois. Il ne savait pas pourquoi le monde lui semblait si moribond, mais il ne pouvait en douter. Un mystère l'entrainait toujours plus loin vers l'avant, il dansait une valse étourdie au bras de la mort. Oui, il s'était lié d'une véritable passion pour sa propre déchéance.
La contrariété que lui opposait le centre d'hébergement posait un problème plus sérieux qu'il ne paraissait de prime abord, en effet suivant son habitude, comme lorsqu'il partait en camping, il n'avait pas particulièrement ajusté l'épaisseur de ses vétements au climat qui l'attendait. Sa tenue adéquate pour se promener en décembre, était tout à fait inappropriée pour dormir dans la rue. Et pour les heures à venir, il avait un objectif très clair : se procurer des couvertures. En se posant le problème, il se rendit compte qu'il paniquait tout à fait. C'était un clochard absolument débutant. Pour faire comme ses pairs, il devait chercher dans les poubelles, malheureusement, l'hiver n'est pas la saison ou l'on se débarasse ordinairement des couvertures. Il eut tôt fait d'abandonner la piste des poubelles en se rassurant un peu car il n'essuyerait pas aujourd'hui la honte d'ouvrir une poubelles. La piste des cartons était nettement plus prometteuse. Comme il errait dans les rues secondaires, il commencait à avoir froid quand il aperçu une moquette géante. A priori, c'était comme un comme une couverture mais en nettement plus rèche. Il s'installa près d'un garage, il espérait qu'on ne le verrai pas. Rapidement, il se rendit compte qu'il était exposé à de nombreux vents et il ne parvenait pas à se réchauffer. Il construisit comme un sorte de maison avec les cartons qu'il avait réccupéré, et puis il s'enroulait dans la moquette. Le froid venait de tous les cotés, il ne savait pas comment s'y prendre pour lutter, il était piégé. La plus incontournable des glaces venait du sol. Il se dit qu'il valait mieux acheter une toile de tente à Décathlon pour mieux s'équiper et puis un sac de couchage. Puis il se repris, se rendant compte du ridicule de la situation. La première nuit, il eu donc très froid, et il dormit peu. Le lendemain matin, il avait les os cassé et des douleurs incroyables particulièrement dans le dos. Quand le soleil s'est finalement levé, il s'en est allé sur un banc dans le parc du Luxembourg s'achetant un croissant sur le chemin et termina sa nuit. C'était un jour de la semaine ordinaire, il faisait soleil, il se réchauffait un peu sous ses rayons et petit à petit sortit de son abrutissement. Il avait envie d'un café noir, même une machine à café, c'aurait été parfait. Aux alentours de midi, il se dit que c'était absurde. Il pouvait encore retourner chez lui. Il sorti à nouveau son cahier, sa main toujours froide ne parvenait pas à former les lettres, mais l'inspiration lui venait enfin :
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Mes jours sont devenus sombres, mes nourritures sont devenues noires mais je suis incapable de m'arrêter. Je regarde mes mains comme la première fois, j'ai froid, mais lorsque je plie les doigts, j'ai l'impression que rien ne me resisterait. Je suis fasciné par ma propre décadence, je suis une machine déglinguée qui tourne merveilleusement alors qu'elle dévale la pente. Ma barbe est devenue trop longue maintenant, elle me gratte car elle est sale. C'est un drôle de mélange, je suis comme rompu et neuf à la fois. Je n'ai plus d'attaches, je ne pleure personne, mais en même temps j'ai cessé de me revendiquer humain, maintenant plus rien ne me relie à cette race.
Ma vie semblait déjà écrite, je l'ai raturée parce qu'elle m'ennuyait, c'est tout. C'est une acte symbolique pour affirmer qu'un autre monde est possible. Peut-être la plupart d'entre vous me considère comme fou, mais je vous trouve vous aussi bien absurde. Hier, je me séparais de ma femme pour aller dormir sous les ponts. Je ne lui ai rien annoncé de dramatique, je lui ai simplement dit l'essentiel, les effets, non pas les causes et j'ai évité d'expliquer. Nathalie ne comprendrait pas : Nos sorties, nos voyages, pour elle c'est une raison de vivre. Comment lui aurais-je avoué que notre vie ne m'interressait pas. Comment lui dire que la paix qu'elle m'offrait n'était une soue pour avachir une vie de porc industriel.
Je me surprennais à ne l'aimer plus du tout, ni même à comprendre le sens de l'amour. J'allais même jusqu'à ne même plus comprendre son corps, ni ses mains, ni ses pieds, ni la finesse de son visage. Elle était devenue tout simplement aussi difforme qu'un assemblage de membre. Ses maquillages qu'elle usait si habilement de temps à autre ne me faisait pas plus d'effet qu'une couche de peinture. En fait, je crois que je suis même devenu incapable de nostalgie. Je ne m'intéresse plus qu'au futur. Pas un instant je ne songe pouvoir regagner le béguin initial qui m'a fait tenu dans l'adoration de ses hanches, je m'en fous. Le passé est le passé, inutile, c'est une abîme qu'on ne retrouve jamais et je laisse filer.
Partout ou je vais, ma différence commence à devenir visible, trop arrogant, je suis, je demeure, ma liberté est effrayante pour eux. La ville est une infection grouillante, elle est malade et je vois à quel point j'étais aveugle, je vois des murs de glaces entre chacun. Je ne sais pas comment j'ai fait pour tenir aussi longtemps dans le droit chemin, comme dise les gens...
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10 décembre 2006
Le Clebs
Son odeur avait déserté mon lit depuis deux jours. Je ne m'étais pas alarmée outre mesure car ce genre de choses arrive souvent dans les couples, comme pour marquer une respiration. Il n'en demeure pas moins que depuis le début de la semaine on s'évitait. Il arrivait tard le soir et semblait perdu dans ses idées, il restait tout à fait muet, moi je jouais son jeu de dupe. Il prétendait qu'il devait travailler avant d'aller dormir et pour ne pas me déranger il se ramassait près de la bibliothèque dans un fauteuil de bureau, il prenait quelques volumes et se plongeait dans la lecture d'auteurs inspirés ou peut-être fous comme lui. Pensait-il vraiment que je pouvais dormir ? Je n'en suis pas certaine, pourtant il s'appliquait à faire le moins de bruit possible dans son étude. Il commencait à lire et moi je n'entendais que le bruit des pages qu'il tournait ; je les guettais. Sa méditation se prolongeait anormalement. Apparement il continuait jusqu'à ce ses yeux ne veuillent plus rien voir, à moins que ce soit son cerveau qui ne puisse plus rien comprendre. Il demeurait bloqué dans son fauteuil avec cette étrange fièvre qui le couvait. Tandis que je refroidissais dans la chambre, lui restait dans son coin à délirer de fatigue, une obcession malsaine le poursuivait certainement. Enfin, quand ses idées avaient courues cent fois le marathon dans sa tête, il tombait à la renverse, et le sommeil finalement triomphait de David pour dépecher ses soins à un corps martyr. Pauvre corps : il me semble qu'il vivait sous la terreur d'un coup de sang permanent. Il fallait colmater toutes ses veines débiles dans le court laps de temps qui allait jusqu'à l'aube. La lampe restait allumée toute la nuit, un livre en équilibre sur son nez lui faisait abat-jour. Ainsi, je devais me rendre à l'évidence : mes rondeurs ne valaient plus rien, c'est démontré, mes hanches ont été disqualifiées par un fauteuil de bureau. C'est une triste défaite, d'autant plus que je ne suis pas si mal roulée mais j'imagine que le temps et l'usure sont toujours les plus fort. Notre couple a franchi une étape sans que je ne m'en rende compte. Et j'ai eu beau me préparer, je savais que le soufflé de mon mariage était né pour retomber, mais j'avoue que j'ai du mal à avaler et je suis vexée d'avoir perdu jusqu'au pouvoir de mon sexe. Alors je pleure toute seule dans mon lit sans savoir pourquoi. J'ai le sentiment que tout ceci est profondément injuste et j'essaye de m'en foutre. On dit : c'est la vie, mais je sanglotte plus encore ...
Hier, il est arrivé comme un chien errant, mal rasé et trempé, il a débarqué comme un vagabond qui n'évite plus les gouttes. D'abord, il s'est ébroué sur le canapé, on pouvait suivre ses pas depuis le paillasson dans toute la maison. Il s'était apparamement promené tout l'après midi sous les nuages et sous la pluie. Un peu plus tôt qu'à son habitude il était revenu du travail, il a laché son sac de sport au hasard dans l'appartement, il m'a donné un baiser d'enfant puis s'est étiré en rugissant. Il m'a dit quelques mots que je n'ai pas compris et je n'ai pas répondu bien sur. Ensuite, il m'a déclaré qu'il devait faire ses valises car des affaires importantes l'attendaient. Il ne m'a rien dit de plus. Je jure que c'est vrai. Je suis restée là, un peu idiote car c'est pas mon genre de chercher à comprendre l'incompréhensible. Et c'est comme ça qu'il est parti. C'est tellement humiliant que je n'ose même pas en parler à ma mère.
Je suis sûre maintenant qu'il est complètement fou, je ne peux même pas le traiter de chien, c'est un clebs au poil défait qui bave plus qu'il ne parle. Je n'ai même pas eu le temps de prononcer une seule parole lorsqu'il s'est lancé dans son monologue invraissemblable. J'ai compris qu'il ne s'adressait pas vraiment à moi mais plutôt à un être supérieur car ma perplexité n' pas suffi pas à l'arrêter. En terme médical, j'appelerai mon David schizophrène. Et bien que je ne sache pas exactement de quoi tout cela relève, j'ai quelques certitudes, dans le genre dérisoires : Premièrement, il n'est pas parti avec une autre femme : en ce moment il pue beaucoup trop pour être capable de cet exploit et puis ce n'est pas son genre. Deuxièmement, Biba se trompe, ce n'est pas une crise de la trentaine, c'est beaucoup plus grave, j'ai l'impression d'être devenue transparente. Je crois qu'on devrait ajouter un poil d'autisme à son cocktail de folies. Pas de psycho-miracle qui vaille, ces explications fourre-tout ne valent rien. Il a une lumière inquiètante dans les yeux comme l'envie ahurie d'aller se fracasser contre un mur, ce que l'on appelle la fureur de vivre. Mais ma pompe à sang ne s'arrête pas, et je l'aime encore, j'ai beau me rapeller que les James Dean n'ont d'avenir qu'au fond des fossés, mes restes d'adolescente sont plus vifs que je ne me l'imaginais. Il ne dit plus rien, il est comme un mur, quand je lui ai posé des questions sur ce qu'il allait faire, il ne m'a carrément pas répondu, rien. Pas un mot. Comme si je ne les méritais pas. Sa folie est un peu contagieuse, je suis moi aussi assez proche de remettre en cause les presques dix dernières années de ma vie, quelque part je trouve que c'est amusant, cette bombe humaine pourrait bien remettre un peu de sel dans ma vie. Petite fille, j'était ordinaire, je rêvais d'être comme les autres, c'est à dire une princesse qui refermerait un jour le livre de sa vie comblée d'une belle histoire avec une fin heureuse. Il semble cependant que la princesse ne rêve plus d'avoir beaucoup d'enfants maintenant qu'elle a enfilé sa pantoufle de vair. Je me sens plus proche de ces madonnes visiteuses de prison, il devient fascinant, il a pris ces yeux flamboyant qui disent mille bohèmes, il cette beauté guevaresque qui aime autant la mort que la vie. Ses yeux sont comme des mèches de poudrières qu'on allume en chantant : Voici le temps qu'il vous reste à danser.
Hier, il est arrivé comme un chien errant, mal rasé et trempé, il a débarqué comme un vagabond qui n'évite plus les gouttes. D'abord, il s'est ébroué sur le canapé, on pouvait suivre ses pas depuis le paillasson dans toute la maison. Il s'était apparamement promené tout l'après midi sous les nuages et sous la pluie. Un peu plus tôt qu'à son habitude il était revenu du travail, il a laché son sac de sport au hasard dans l'appartement, il m'a donné un baiser d'enfant puis s'est étiré en rugissant. Il m'a dit quelques mots que je n'ai pas compris et je n'ai pas répondu bien sur. Ensuite, il m'a déclaré qu'il devait faire ses valises car des affaires importantes l'attendaient. Il ne m'a rien dit de plus. Je jure que c'est vrai. Je suis restée là, un peu idiote car c'est pas mon genre de chercher à comprendre l'incompréhensible. Et c'est comme ça qu'il est parti. C'est tellement humiliant que je n'ose même pas en parler à ma mère.
Je suis sûre maintenant qu'il est complètement fou, je ne peux même pas le traiter de chien, c'est un clebs au poil défait qui bave plus qu'il ne parle. Je n'ai même pas eu le temps de prononcer une seule parole lorsqu'il s'est lancé dans son monologue invraissemblable. J'ai compris qu'il ne s'adressait pas vraiment à moi mais plutôt à un être supérieur car ma perplexité n' pas suffi pas à l'arrêter. En terme médical, j'appelerai mon David schizophrène. Et bien que je ne sache pas exactement de quoi tout cela relève, j'ai quelques certitudes, dans le genre dérisoires : Premièrement, il n'est pas parti avec une autre femme : en ce moment il pue beaucoup trop pour être capable de cet exploit et puis ce n'est pas son genre. Deuxièmement, Biba se trompe, ce n'est pas une crise de la trentaine, c'est beaucoup plus grave, j'ai l'impression d'être devenue transparente. Je crois qu'on devrait ajouter un poil d'autisme à son cocktail de folies. Pas de psycho-miracle qui vaille, ces explications fourre-tout ne valent rien. Il a une lumière inquiètante dans les yeux comme l'envie ahurie d'aller se fracasser contre un mur, ce que l'on appelle la fureur de vivre. Mais ma pompe à sang ne s'arrête pas, et je l'aime encore, j'ai beau me rapeller que les James Dean n'ont d'avenir qu'au fond des fossés, mes restes d'adolescente sont plus vifs que je ne me l'imaginais. Il ne dit plus rien, il est comme un mur, quand je lui ai posé des questions sur ce qu'il allait faire, il ne m'a carrément pas répondu, rien. Pas un mot. Comme si je ne les méritais pas. Sa folie est un peu contagieuse, je suis moi aussi assez proche de remettre en cause les presques dix dernières années de ma vie, quelque part je trouve que c'est amusant, cette bombe humaine pourrait bien remettre un peu de sel dans ma vie. Petite fille, j'était ordinaire, je rêvais d'être comme les autres, c'est à dire une princesse qui refermerait un jour le livre de sa vie comblée d'une belle histoire avec une fin heureuse. Il semble cependant que la princesse ne rêve plus d'avoir beaucoup d'enfants maintenant qu'elle a enfilé sa pantoufle de vair. Je me sens plus proche de ces madonnes visiteuses de prison, il devient fascinant, il a pris ces yeux flamboyant qui disent mille bohèmes, il cette beauté guevaresque qui aime autant la mort que la vie. Ses yeux sont comme des mèches de poudrières qu'on allume en chantant : Voici le temps qu'il vous reste à danser.
05 décembre 2006
01 décembre 2006
Les nuits
Gégé dans son beau costume avait l'air tout à fait piteux. Sous un pont, il demeurait informe et quoiqu'il ai pu se piquer d'un certain air aristocrate toute à l'heure lors de la parade, il était temps pour lui de revenir à la réalité. Même s'il se tenait droit comme un enarque, il avait les épaules qui tombaient par une sorte de prédisposition, lui n'avait pas ce privilège de savoir à quoi le destinait le vaste monde. C'était chaque fois un coup de roulette, en l'occurence, il s'agissait d'une rencontre. David se félicitait, le sourire au lèvres, il était encore jeune mais pourtant lorsque qu'il voyait Gérard à sa merci il prenait conscience de sa puissance. Même si l'expérience de sa vie passait pour ridicule en regard de celle de Gérard, il avait pour la première fois une réelle responsabilité, non pas comme un conspirateur assis à son bureau qui organise des guerres inter-service pour son loisir mais comme un révolutionnaire en marche, un libérateur. Certes pour le moment il se contentait de crever des pneus et c'était peu, cependant déjà, il n'était plus cet empreinté qui marchait droit quand il avait la cravate serrée autour du cou. David était sorti de l'école sans ambitions originales, assez vaseux dans sa tête, il avait cette envie pubère de sauter un maximum de filles et de briller un peu dans la société en élaborant son crane art la parole. Mais maintenant, il peinait à se se rappeller comment il était quand la guerilla n'avait pas encore commencée. Nul doute que tout avait changé, la loi naturelle fait que les destins doivent basculer un jour ou un autre. Et si certains de ses amis avaient enfoui leur vie dans un magma de chair, de femmes et puis d'enfants quand ils avaient senti un jour ce besoin d'allourdir le monde d'un moufflet rose, lui suivait une direction toute différente. La famille est effectivement un moyen de remplir le silence et de ne plus entendre le tic-tac fatal des jours qui s'égrennent mais qui seraient ceux là si le tintamarre disparaissait ? Il y avait aussi ceux qui s'étaient retrouvés aventuriers, partis aux quatres coin du monde, expérimentant sexualités exotiques, drogues et autres "aventures". Et puis il y en avait d'autres qui éventraient leur vie au travail pour passer le temps. C'était classique, tous, ils refusaient d'admettre l'insignifiance de leur trajectoire. Lui était assez privilégié en quelque sorte, il avancait pour servir un Dieu, une morale et des idéaux. Autant vivre pour mourrir car on atteindra son but à coup sur.
- Rends moi mon costard Gérard ! Et il parti d'un rire dément, pourtant véritablement joyeux. Devenu délinquant pour un coup de canif, il était hilare quand il se remémorait la blague du pneu crevé. Il songait à la mine déconfite du gras serviteur du capitalisme lorsqu'il découvrirait son ostensible puissance éffondrée dans le caniveau. Il se l'imaginait mettre les mains dans le camboui et gueuler comme un veau à la recherche la roue de secours de son 4X4. Il riait. Le gros porc allait se plaindre chez les flics, colporterait des calamités à propos des jeunes des banlieux sans douter de leur responsabilité, et puis finalement il s'endormirai dans la peur chaque fois qu'il laisserait son fameux béhème dormir à nouveau dehors.
- Ah mon ami ! Comment as tu trouvé les Champs Elysés ?
Gérard rit aussi par contagion, car il ne pouvait comprendre
- C'est Elyséen précisement. Mais je t'avise tout de suite, j'ai adoré et donc je garde ton costard.
- Je doute mon vieux. Te faudrais une penderie. Demain, quand tu te levera, ton Hugo Boss sera bouffé par les rats... à moins que tu te sois fait un coin buanderie sous le pont de l'Alma.
- Justement, je voulais t'en toucher deux mots. Est-ce que tu accepterais de jouer mon "mécène" pour l'hotel par hasard ? C'est pour ma future carrière !
- Non ! Me confonds pas, je ne suis pas riche. Comprends-moi et j'm'excuse mais je ne sponsorise que les gagnants. Et pour l'instant, je me pose encore des tas de questions sur ton cas. C'est pour ça que je te laisse mijoter un brin et réfléchir un peu. Et si la semaine prochaine tu veux vivre la vie trépidante des bureaux, alors je t'en donnerai les moyens. Mais ça c'est la semaine prochaine. En attendant, vis ton bonheur. Je te laisse un petit livre pour étudier, c'est mon vademecum. C'est écrit par un Américain. Tu sais : ceux qui vivent comme des cow-boys ! Mais ils ont raison, dans ce monde de sioux, c'est adéquat. En fait, je te fait un résumé dès maintenant : Ca t'apprendra comment marcher sur le dos des hommes pour avancer plus vite, et même si tu marche suffisement vite comment ne pas sentir l'odeur de ceux que tu écrases, comme les punaises. Enfin je m'avance, tu n'es peut-être pas prêt. Mais tu sais : les hommes sont comme les cafards, ils débordent des poubelles, il n'y en a que trop, ils peuplent les moindres recoins, et tout ce que tu foule, que tu détruit, te bile pas, c'est la pousse d'une armée de gonzes. C'est brutal. Je sais. Mais regarde Paris. Paname. T'adore, je sais ! Mais dis moi que ça ne pue pas et là tu n'osera pas avouer, tu restera la dans ton coin, mais tu ne crachera pas dessus parce que c'est là tu y es né ! Question de mauvaise foi. Dis moi que je mens. Ose !
Mon frère écoute moi, je ne te veux que du bien mais je reprendrai mon costume dès ce soir. Et la semaine prochaine, je te le laisserai à condition que tu me raconte exactement quelle furent tes sensations lors de ta parade sur les champs Elysées. C'est notre pacte. Tu réalise l'expérience et moi j'écris le livre.
- J'en dis rien, vraiment, t'es frappé. Je lirai quand même ton bouquin parce que j'ai du temps à perdre et rien de mieux à faire, mais paye moi au moins des mouffles qui me couvre le bout des doigts, il pèle maintenant, tu sais, et pour lire tranquille c'est mieux. Et puis comme je te vois lancé, permets-moi de te donner un conseil ! Relaxe ! Tu m'as l'air d'une boule de haine. Un peu paradoxal, ça devrait être moi l'enragé. Surmenage certainement, je connais pas les problèmes des employés de bureau... pas encore. Mais j'accepte tes conseils parce que je ne suis pas en position de force et que je suis un peu trop con pour me faire confiance. Pourtant, nul doute que quand j'aurais mon pognon je te paierai une chambre dans une maison de repos. Ca travaille là haut évidement ! Mais joue la `piano' sur ton imagination, tu crois surement que j'ai une vie romantique comme dans un Dickens. Pourtant la misère c'est pas la bohème que tu crois, tu sais pas ce que c'est de parler aux poubelles quand elles te sont plus sympatiques que ceux de ton espèce. Nan tu peux pas savoir ! Toi tu préfère être l'ange de la nuit, le rebel. Mais c'est facile.
- Tout est une question de moyen, je te l'accorde ! Mais rends moi quand même mon costume et je donne mes gants. Je reconnais t'as l'air spectaculaire dans les brouillard du pont de l'Alma, mais.... je travaille. Pas de doute. T'as raison enfoiré.
Il rirent encore avant de procéder au troc d'une paire de gants d'agneau contre un costume Hugo Boss. Et puis chacun repartit dans sa nuit.
- Rends moi mon costard Gérard ! Et il parti d'un rire dément, pourtant véritablement joyeux. Devenu délinquant pour un coup de canif, il était hilare quand il se remémorait la blague du pneu crevé. Il songait à la mine déconfite du gras serviteur du capitalisme lorsqu'il découvrirait son ostensible puissance éffondrée dans le caniveau. Il se l'imaginait mettre les mains dans le camboui et gueuler comme un veau à la recherche la roue de secours de son 4X4. Il riait. Le gros porc allait se plaindre chez les flics, colporterait des calamités à propos des jeunes des banlieux sans douter de leur responsabilité, et puis finalement il s'endormirai dans la peur chaque fois qu'il laisserait son fameux béhème dormir à nouveau dehors.
- Ah mon ami ! Comment as tu trouvé les Champs Elysés ?
Gérard rit aussi par contagion, car il ne pouvait comprendre
- C'est Elyséen précisement. Mais je t'avise tout de suite, j'ai adoré et donc je garde ton costard.
- Je doute mon vieux. Te faudrais une penderie. Demain, quand tu te levera, ton Hugo Boss sera bouffé par les rats... à moins que tu te sois fait un coin buanderie sous le pont de l'Alma.
- Justement, je voulais t'en toucher deux mots. Est-ce que tu accepterais de jouer mon "mécène" pour l'hotel par hasard ? C'est pour ma future carrière !
- Non ! Me confonds pas, je ne suis pas riche. Comprends-moi et j'm'excuse mais je ne sponsorise que les gagnants. Et pour l'instant, je me pose encore des tas de questions sur ton cas. C'est pour ça que je te laisse mijoter un brin et réfléchir un peu. Et si la semaine prochaine tu veux vivre la vie trépidante des bureaux, alors je t'en donnerai les moyens. Mais ça c'est la semaine prochaine. En attendant, vis ton bonheur. Je te laisse un petit livre pour étudier, c'est mon vademecum. C'est écrit par un Américain. Tu sais : ceux qui vivent comme des cow-boys ! Mais ils ont raison, dans ce monde de sioux, c'est adéquat. En fait, je te fait un résumé dès maintenant : Ca t'apprendra comment marcher sur le dos des hommes pour avancer plus vite, et même si tu marche suffisement vite comment ne pas sentir l'odeur de ceux que tu écrases, comme les punaises. Enfin je m'avance, tu n'es peut-être pas prêt. Mais tu sais : les hommes sont comme les cafards, ils débordent des poubelles, il n'y en a que trop, ils peuplent les moindres recoins, et tout ce que tu foule, que tu détruit, te bile pas, c'est la pousse d'une armée de gonzes. C'est brutal. Je sais. Mais regarde Paris. Paname. T'adore, je sais ! Mais dis moi que ça ne pue pas et là tu n'osera pas avouer, tu restera la dans ton coin, mais tu ne crachera pas dessus parce que c'est là tu y es né ! Question de mauvaise foi. Dis moi que je mens. Ose !
Mon frère écoute moi, je ne te veux que du bien mais je reprendrai mon costume dès ce soir. Et la semaine prochaine, je te le laisserai à condition que tu me raconte exactement quelle furent tes sensations lors de ta parade sur les champs Elysées. C'est notre pacte. Tu réalise l'expérience et moi j'écris le livre.
- J'en dis rien, vraiment, t'es frappé. Je lirai quand même ton bouquin parce que j'ai du temps à perdre et rien de mieux à faire, mais paye moi au moins des mouffles qui me couvre le bout des doigts, il pèle maintenant, tu sais, et pour lire tranquille c'est mieux. Et puis comme je te vois lancé, permets-moi de te donner un conseil ! Relaxe ! Tu m'as l'air d'une boule de haine. Un peu paradoxal, ça devrait être moi l'enragé. Surmenage certainement, je connais pas les problèmes des employés de bureau... pas encore. Mais j'accepte tes conseils parce que je ne suis pas en position de force et que je suis un peu trop con pour me faire confiance. Pourtant, nul doute que quand j'aurais mon pognon je te paierai une chambre dans une maison de repos. Ca travaille là haut évidement ! Mais joue la `piano' sur ton imagination, tu crois surement que j'ai une vie romantique comme dans un Dickens. Pourtant la misère c'est pas la bohème que tu crois, tu sais pas ce que c'est de parler aux poubelles quand elles te sont plus sympatiques que ceux de ton espèce. Nan tu peux pas savoir ! Toi tu préfère être l'ange de la nuit, le rebel. Mais c'est facile.
- Tout est une question de moyen, je te l'accorde ! Mais rends moi quand même mon costume et je donne mes gants. Je reconnais t'as l'air spectaculaire dans les brouillard du pont de l'Alma, mais.... je travaille. Pas de doute. T'as raison enfoiré.
Il rirent encore avant de procéder au troc d'une paire de gants d'agneau contre un costume Hugo Boss. Et puis chacun repartit dans sa nuit.
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