Le premier soir, David avait trouvé un abri pour indigents près de la butte Montmartre. Il avait vu qu'à cet endroit on pouvait et prendre une soupe chaude et passer la nuit . Comme au bon vieux temps, il y avait un radiateur éléctrique autour duquel on pouvait se rassembler pour se réchauffer. Mais en attendant l'heure d'ouverture du refuge, il devait errer quelques temps au hasard dans les rues de Pigalle. Il avait sur lui son sac de sport qui contenait quelques affaires rechange et un peu d'argent, c'était son seul bagage. Aujourd'hui était son premier jour de vagabond, aussi il ne savait pas bien comment s'y prendre, il se dirigeait vaguement, suivant le fil incertain de ses pensées. Trop de choses se bousculaient dans sa tête pour pouvoir se racrocher ne serait-ce qu'à de très primitives certitudes. Des images défilaient dans sa tête, sa vie était un film, mais l'histoire était saccadée, il lui manquait comme une transition pour faire le lien entre deux époques. Déjà trois heures s'étaient écoulées depuis qu'il avait refermé la porte de son appartement en laissant sa femme. Il n'avait clos aucun compte, il avait laissé sa voiture, son argent, son téléphone portable et la majeure partie de ses costumes. Maintenant, il était trop tard pour faire marche arrière. Mais il lui fallait faire une pause, s'asseoir un moment et rassembler ses esprit devant une bière. N'importe quel troquet faisait l'affaire, le bar qu'il rencontra en premier était un PMU crasseux tout à fait ordinaire rempli de tristes types ramassés autour d'une télé où défilait les résultats des courses de chevaux. C'était des gueules cassées, des habitués du quartier, émmigrés dans leur majorité, leur corps ne valaient plus rien. Ici, il n'y avait que des carcasses abruties, des âmes absentes d'absinthe au comptoir. La plupart croquait un mégots jaunis en même temps qu'ils éclusaient leur mousse pour combiner tous les plaisirs. La femme du patron servait leur casse-croûte liquide à ces hommes-rats échappés de leur trous. Cela ne dérangeait pas David, il avait suffisement de matière à penser. Il se tint au comptoir, silencieux, comme d'autre, fasciné par le percolateur. Il avait besoin d'un support car tout vacillait, quelque chose en plus de la barre du zinc pour se fixer les idées. Il sortit de son sac un cahier et prépara son crayon, prêt à écrire ses premiers mots d'aventurier vagabond,mais son esprit refusait de se conformer à l'exercice et il restait désepérement brumeux, incapable d'articuler la moindre phrases, il y avait des vapeurs volatiles dans l'air. De dépit, il rangea son cahier et tut sa fausse inspiration. Il écouta ces hommes de Pigalle déblatérer sur leurs problèmes de canasson comme des prophètes de la nuit.
Puis il fit quelques boucles aux alentours, passant devant une prostituée, il s'interrogea sur sa libido et renonca sans remord. Au lieu dit SAMU Social, on le reçu cordialement, les gens qui l'accueillait avaient des manteaux où était inscrit : "Médecins pour Tous", sorte de missionaires modernes apparement. On lui demandait d'apporter les preuves de sa précarité, ceci le gêna considérablement, il n'avait bien sur aucun papier qui puisse le prouver. Il comprit qu'il devait passer quelques nuits dehors avant qu'il ne soit accepté ici, il fallait être identifié de ces services d'aide sociale. Autrement dit le baptême du feu serait pour ce soir : Dormir dehors. On ne rase pas gratis ici. Plus vexé que décu, il rebroussa chemin mais il n'avait pas de lit, pas de plan B. Il fallait se replacer dans la perspective. Il avait perdu la source d'inspiration de son premier soir dehors. En effet, il pensait trouver dans cet endroit d'autres spécimens intéressants pour prendre des notes et s'occuper studieusement, il épérait d'autres vies plus hésitantes peut-être que celle de Gérard. Il devait faire son deuil et ses expériences se poursuivraient dans le rue.
David envisageait sa nouvelle carrière de deux manières totalement étrangères l'une à l'autre, d'un coté il était mu par une curiosité de papillonneur et sillonait le monde à la recherche d'âmes déchirées, si abimées qu'elle en devenait belles comme de la dentelle, bonnes à être épinglée dans une collection des souffrances humaines.
De l'autre coté, il se fascinait pathologiquement par sa propre déchéance. Il ne pouvait l'expliquer. Bien qu'il eut toujours appartenu au camp des intellectuels il n'était pas capable de trouver de cohérence à sa quête, il se trouvait pris au piège, émerveillé par sa créativité pathétique, il était pris dans un tourbillon. Il faisait le bilan pour aboutir finalement à un conclusion dramatique : Rien de si réel ne s'était jamais produit depuis son adolescence. Tous ses instincts avaient été dissimulés et se révaillaient aujourd'hui avec une vigueur inconnue, comme renaissance. Ainsi, la vile crevaison du pneu de voiture avait un sens, ce n'était pas comme les bonnes blagues qu'on commettait en bande dans sa jeunesse. Cette fois l'acte était commis seul et la subversion du geste était fondamentale. Apparement tout cela n'avait aucun sens mais toutes ses actions s'enchainaient tenues par une logique implacable. David était entrainé par ce que l'on appelle philosophiquement une logique transcendentale, c'est à dire indépassable et évidente à la fois. Il ne savait pas pourquoi le monde lui semblait si moribond, mais il ne pouvait en douter. Un mystère l'entrainait toujours plus loin vers l'avant, il dansait une valse étourdie au bras de la mort. Oui, il s'était lié d'une véritable passion pour sa propre déchéance.
La contrariété que lui opposait le centre d'hébergement posait un problème plus sérieux qu'il ne paraissait de prime abord, en effet suivant son habitude, comme lorsqu'il partait en camping, il n'avait pas particulièrement ajusté l'épaisseur de ses vétements au climat qui l'attendait. Sa tenue adéquate pour se promener en décembre, était tout à fait inappropriée pour dormir dans la rue. Et pour les heures à venir, il avait un objectif très clair : se procurer des couvertures. En se posant le problème, il se rendit compte qu'il paniquait tout à fait. C'était un clochard absolument débutant. Pour faire comme ses pairs, il devait chercher dans les poubelles, malheureusement, l'hiver n'est pas la saison ou l'on se débarasse ordinairement des couvertures. Il eut tôt fait d'abandonner la piste des poubelles en se rassurant un peu car il n'essuyerait pas aujourd'hui la honte d'ouvrir une poubelles. La piste des cartons était nettement plus prometteuse. Comme il errait dans les rues secondaires, il commencait à avoir froid quand il aperçu une moquette géante. A priori, c'était comme un comme une couverture mais en nettement plus rèche. Il s'installa près d'un garage, il espérait qu'on ne le verrai pas. Rapidement, il se rendit compte qu'il était exposé à de nombreux vents et il ne parvenait pas à se réchauffer. Il construisit comme un sorte de maison avec les cartons qu'il avait réccupéré, et puis il s'enroulait dans la moquette. Le froid venait de tous les cotés, il ne savait pas comment s'y prendre pour lutter, il était piégé. La plus incontournable des glaces venait du sol. Il se dit qu'il valait mieux acheter une toile de tente à Décathlon pour mieux s'équiper et puis un sac de couchage. Puis il se repris, se rendant compte du ridicule de la situation. La première nuit, il eu donc très froid, et il dormit peu. Le lendemain matin, il avait les os cassé et des douleurs incroyables particulièrement dans le dos. Quand le soleil s'est finalement levé, il s'en est allé sur un banc dans le parc du Luxembourg s'achetant un croissant sur le chemin et termina sa nuit. C'était un jour de la semaine ordinaire, il faisait soleil, il se réchauffait un peu sous ses rayons et petit à petit sortit de son abrutissement. Il avait envie d'un café noir, même une machine à café, c'aurait été parfait. Aux alentours de midi, il se dit que c'était absurde. Il pouvait encore retourner chez lui. Il sorti à nouveau son cahier, sa main toujours froide ne parvenait pas à former les lettres, mais l'inspiration lui venait enfin :
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Mes jours sont devenus sombres, mes nourritures sont devenues noires mais je suis incapable de m'arrêter. Je regarde mes mains comme la première fois, j'ai froid, mais lorsque je plie les doigts, j'ai l'impression que rien ne me resisterait. Je suis fasciné par ma propre décadence, je suis une machine déglinguée qui tourne merveilleusement alors qu'elle dévale la pente. Ma barbe est devenue trop longue maintenant, elle me gratte car elle est sale. C'est un drôle de mélange, je suis comme rompu et neuf à la fois. Je n'ai plus d'attaches, je ne pleure personne, mais en même temps j'ai cessé de me revendiquer humain, maintenant plus rien ne me relie à cette race.
Ma vie semblait déjà écrite, je l'ai raturée parce qu'elle m'ennuyait, c'est tout. C'est une acte symbolique pour affirmer qu'un autre monde est possible. Peut-être la plupart d'entre vous me considère comme fou, mais je vous trouve vous aussi bien absurde. Hier, je me séparais de ma femme pour aller dormir sous les ponts. Je ne lui ai rien annoncé de dramatique, je lui ai simplement dit l'essentiel, les effets, non pas les causes et j'ai évité d'expliquer. Nathalie ne comprendrait pas : Nos sorties, nos voyages, pour elle c'est une raison de vivre. Comment lui aurais-je avoué que notre vie ne m'interressait pas. Comment lui dire que la paix qu'elle m'offrait n'était une soue pour avachir une vie de porc industriel.
Je me surprennais à ne l'aimer plus du tout, ni même à comprendre le sens de l'amour. J'allais même jusqu'à ne même plus comprendre son corps, ni ses mains, ni ses pieds, ni la finesse de son visage. Elle était devenue tout simplement aussi difforme qu'un assemblage de membre. Ses maquillages qu'elle usait si habilement de temps à autre ne me faisait pas plus d'effet qu'une couche de peinture. En fait, je crois que je suis même devenu incapable de nostalgie. Je ne m'intéresse plus qu'au futur. Pas un instant je ne songe pouvoir regagner le béguin initial qui m'a fait tenu dans l'adoration de ses hanches, je m'en fous. Le passé est le passé, inutile, c'est une abîme qu'on ne retrouve jamais et je laisse filer.
Partout ou je vais, ma différence commence à devenir visible, trop arrogant, je suis, je demeure, ma liberté est effrayante pour eux. La ville est une infection grouillante, elle est malade et je vois à quel point j'étais aveugle, je vois des murs de glaces entre chacun. Je ne sais pas comment j'ai fait pour tenir aussi longtemps dans le droit chemin, comme dise les gens...
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17 décembre 2006
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