À force d'être si tranquille, à force d'endormir mon esprit à des considérations trop futiles comme, par exemple, la couleur du papier peint de ta chambre, je crains de m'enliser dans le confort. J'ai peur de sombrer, comme ces couples autour de moi qui relient entre eux les points numérotés 1. voyages, 2. maison, 3, mariage, 4. enfants, comme dans ce jeu qui permet de dessiner aux enfants peu inspirés. En me levant ce matin, j'ai eu une fièvre d'adolescent. J'ai pensé que rien ne sera plus jamais comme avant avec toi. Alors, j'ai crié « Mort aux cons » d'une voie sincère et ça m'a soulagé. La fatalité du bonheur est terrorisante pour celui qui fuit les autoroutes. Si je ne suis destiné qu'à jouir des bonheurs universels, autant me dire maintenant les bénédicités : je serai plus vite arrivé.
Je me sens si supérieur aux autres de ce point de vue que j'éprouve beaucoup de répugnance à appartenir à la classe laborieuse, en revanche je prends du plaisir à la calomnier... Je préfère être le persécuteur du « prêt-à-penser » qu'un autre agneau. L'opinion de la masse n'a pas besoin de se défendre, car elle est, comme la lie, ce qui reste quand rien ne s'agite plus. Qu'on l'insulte, la lacère, la roule dans d'infects venins, la pensée populaire est immortelle, elle retombe toujours au fond après un certain temps. Alors, soyons clair, IKEA ne vaudra jamais que pour les cons, les gens trop préoccupés de s'acheter une maison sont des brutes illettrées avec si peu d'imagination qu'elles emploient leur existence à reproduire page de magazine d'ameublement. Plutôt mourir que de m'acheter une cuisine, c'est trop médiocre. La rébellion constituera toujours une meilleure philosophie. Ah... Ça fait du bien !
J'ai de moins en moins envie de m'acheter l'appartement. D'abord, le bruit de la rue qui passe au bas de l'immeuble est antimusical. Ensuite, l'idée d'être lié à mes débiteurs durant cinq années n'est pas de mon goût. Enfin, les travaux à faire, les promenades à Leroy Merlin le samedi après midi et patati et patata... Je n'aime pas qu'on touche à ma liberté. Cette fois pourtant, j'avance à la volonté, je m'enfonce des aiguilles dans le corps afin de tenir encore un peu les yeux ouverts devant les banquiers marchands de sommeil, je m'accroche pour qu'ils me donnent le sésame et me disent enfin : « Signez ici monsieur ». Coûte que coûte, et je me fais violence. Cristina sera contente. Choisir en connaissance de cause de devenir esclave est la noblesse des sages.
Maudits banquiers, maudits propriétaires ! Vous m'avez eu ! Vae Victis...
04 novembre 2007
09 août 2007
05 mai 2007
22 avril 2007
Rattraper Gérard (Le 200 ème post !)
Quand il fut temps pour moi de repartir pour la France, j'étais loin d'être triste, tellement euphorique que je n'ai pas pu me contrôler. Cette galère se terminait enfin et les larmes me montaient aux yeux. C'est l'émotion, tu comprends. Quand j'enfonçais mon billet dans la composteuse de la gare de Londres, j'étais comme un taulard qui retrouvait sa liberté, j'avais le sourire vissé à au visage et rien au monde ne pouvait m'enlever ma bonne humeur. Même les contrôleurs un peu vicelards ne pouvaient rien contre moi. Dans l'air, je sentais une odeur différente je te jure. Moi-même je trouvais que c'était surprenant que j'aime tellement ma maison !
J'avais un pote, il s'appelait Guillaume, maintenant il est mort, mais on s'en fout, il disait que le plus important quand tu voyages, c'est le moment où tu pars et le moment où tu reviens. Je le laissais débiter ses sornettes parce que c'était un beau parleur, mais maintenant je crois que je le comprends mieux. Je ne sais pas comment te dire et tu diras sans doute que j'exagère mais il se passe un truc fort quand tu sais que tu vas retrouver ton pays, c'est comme de revenir de l'enfer pour aller au paradis, un truc du genre. Je voyais Paris auréolé de lumière au bout du tunnel, je salivais à l'idée de retrouver mon doux bitume, fou non ? Suivant que tu vas dans un sens où dans l'autre, ce n’est pas du tout le même voyage que tu fais, en l'occurrence, même si je ne parlais toujours pas l'anglais, globalement c'était un fiasco, mais ce n’est pas l'important. J'allais retrouver mon territoire et j'avais beaucoup plus de certitudes globalement, j'avais soigné mes illusions avec un traitement de cheval.
Évidemment, je m'emballe un peu en idéalisant ma vie sous les ponts car, faut pas déconner, il n'y pas de quoi pleurer de joie. Dans la gare, pourtant, je ne m'imaginais rien d'autre que de la douceur. Comme un gamin qui rentre de colonie de vacances et qu'allait retrouver sa mère et dormir la tête contre ses seins, j'étais pressé de rentrer. Eh ! j'avais tellement besoin de dormir. A Londres je ne trouvais pas le sommeil à cause du froid, de l'humidité et l'inconnu aussi. Tout ça m'avait causé pas mal de nuits blanches, des crises d'angoisse pas marrantes du tout me réveillaient même en sursaut, c'était tellement glauque que je ne rigole toujours pas. La nuit je me faisais des films et j'ai bien cru que je ne reverrais jamais des couleurs dans ce monde, je gambergeais complètement. C'est pas ma faute : le climat c'est d'abord lui qui te dézingue la cervelle, en boucle sans pouvoir sortir de mes cauchemars, je transpirais froid. Les derniers jours, des punks m'avaient piqué mes couvertures, ça les amusaient probablement. Alors je me les gelais et comme je savais que j'allais bientôt rentrer à la maison, je ne me suis pas tellement démené pour me retrouver un nid confortable. Mon pote : j'en ai chié. Je ne dormais que quelques heures par nuit pendant lesquelles je voyais en rêve des gens qui me parlaient une langue que je ne comprenais pas. Tu vois le tableau ! J'étais comme un chien.
Ca oui ! On peut dire que mes vacances n'avaient pas été de tout repos. Mais au moins, ma vocation avait été confirmée et j'avais les idées un peu plus claires : je veux rester clodo, je préfère continuer de jouer au Loto en rêvant sur la manière dont je vais dépenser le gros lot plutôt que de travailler. Chacun sa place dans ce monde. Je suis pas un profiteur, mais je suis pas une bête non plus et ma liberté passe surement pas par apprendre l'anglais à cinquante tiges. Plutôt crever que de refoutre les pieds chez ces bachibouzouks. Je ne plus entendre parler de David, ni de lui ni de sa foutue théorie sociale. Mon intuition s'est confirmée : les révolutionnaires sont toujours dangereux. Si je m'écoutais je les foutrais tous à l'asile. Ils ont des belles idées, c'est bien, mais ce n’est pas suffisant. Ma mère elle disait que la nature fait toujours bien les choses, ma mère si c'était pas une flèche, mais j'ai jamais trouvé d'exception à cette règle, au final, on est ce qu'on devrait être, si je suis clodo, c'est surement parce que je l'ai mérité dans une autre vie ou je n’en sais rien. Mais honnêtement, ma condition n'est pas si terrible, c'est qu'une question de système D, une fois que tu connais les tuyaux, on s'en sort toujours, plus ou moins. Pourquoi essayer de faire le guignol dans un bureau si je suis le caïd dans la rue ? Je me trouve bien dans mes couvertures sous les ponts de Paris. Les jours de beau temps, c'est même surement plus agréable que de travailler dans un bureau. Avec les copains on chante et on rigole, il n'y a pas que la crème mais, on s'en fout, y a de l'ambiance, de l'amitié et tout ce qu'il faut pour être un homme.
Le TGV allait dans l'autre sens. À Douvres on s'est enfoncé sous la Manche, c'est devenu tout noir et puis les veilleuses se sont allumées, un sourd grondement me berçait. Je réfléchissais à toutes ces choses mais c'était un peu confus, je me suis vite endormi. De l'autre côté du tunnel, j'ai revu le ciel tout bleu de ma douce France, les clochers au loin comme dans la chanson de Trenet. Le printemps commençait à faire des siennes, je prenais une bonne dose d'espoir, j'ai beau avoir cinquante tiges, ça ne me faisait pas de mal. Même si je ne connaissais pas ce coin de la France, il me semblait étrangement familier. Je fermais les yeux et je retournais en enfance, j'avais les rêves en couleurs, j'avançais d'une saison, des champs de coquelicots dansaient sous les rayons du soleil, les blés ondulaient. Je fredonnais dans ma tête une chanson que ma mère me chantait quand j'étais gosse. Si Dieu pouvait me rencarder sur le moment de ma mort, je lui aurait demandé, "Là maintenant". Je ne réfrénais plus rien, j'ai posé ma joue contre la vitre, j'ai dormi, dormi...
Je sortais du train avec toute une floppée de travailleurs à l'assaut de la ville, ils sortaient comme des brutes, se marchaient les uns sur les autres, il auraient du me filer des bouffées anxiogènes, mais je restais absolument zen, je croisais des tronches patibulaires, j'avais pitié, tous ces gens devaient avoir une bonne raison (La nature est bien faite). En phase d'approche, j'ai presque couru pour me rendre sur bon vieux quai à côté du Trocadéro. J'ai revu les indiens dealer leur porte-clés aux Japonais qui redescendaient de la tour Eiffel. Pas grand-chose n'aurait pu m'entamer le moral, je rentrais à la maison.
Il semblait que j'étais parti pendant plusieurs mois, mais il n'y avait que quinze jours, j'espérais bien revoir Fred pour lui raconter mes aventures, il est fana de ces histoires comme un gamin, il s'assoit et il m'écoute sans rien dire, Fred donnait dans le genre rêveur et devait certainement avoir oublié quel jour on était tout simplement, il n'était pas là pour m'accueillir parc contre j'ai vu une tronche que je ne connaissais que trop bien, comme un diable sorti de sa boite. David faisait le pied de grue, il était en train de lire un bouquin. Je ne savais pas trop quoi faire, j'avais la trouille de ce démon, je me suis même demandé s'il ne valait pas mieux faire demi-tour plutôt que de me laisser embobiner à nouveau. Quoi, je n'allais pas non plus abandonner mon morceau de trottoir sous prétexte que j'avais les foies ! Je suis resté pour l'affronter, il était sur mon territoire, sa tête laissait croire qu'il n'avait pas été à la fête ces derniers temps, il avait foutrement changé, lui aussi, il avait maintenant une barbe de prophète.
- Salut maitre que je lui fais.
David m'a regardé d'un air bizarre comme si j'avais dit une énormité. Je ne l’avais jamais appelé maitre mais ça m'était sorti comme ça, tout d'un coup.
- How are you doing ? Il me demandait avec un sourire narquois.
- Fine
- Good
Je lui précisais immédiatement les choses " Je suis désolé, je ne te ferais pas la version longue, pour pas faire de suspense je t'annonce tout de suite que je ne suis pas le génie que t'espérais, je parle toujours pas anglais et je crois tout à fait entre nous qu'il vaudrait pieux laisser tomber ton plan. Je crois que t'es un savant un peu égaré qu'à besoin d'un cobaye pour faire ses expériences et je ne suis pas celui là. Je déclare donc forfait. Et si tu veux, je te rembourserais un jour le voyage que tu m'as payé et on sera quite. Les bons comptes font les bons amis. Mais je jette l'éponge. "
David a semblé très déçu, comme à son habitude très mystérieux, il m'a laissé mijauté dans un beau silence. J'avais jeté un pavé dans la mare, seulement je n'entendais pas le plouf. Il ne m'a d'abord rien dit, peut-être en train de réfléchir à la manière dont il pourrait me convaincre, je crois cependant qu'il s'était bloqué. Je décellais un changement dans le personnage, je devinais qu'il avait cogité sec pendant mes "vacances" à Londres. Il était devenu un peu plus fou, ses yeux devenus noirs. Il venait de passer le cap des trois mois et cela ne me surprenait pas vraiment de le voir virer dans le coté obscur : la rue a ses effets secondaires. Il comprenait que je l'avais trahi et que je ne jouerais pas le reste de l'aventure. Il a essayé de me convaincre de devenir un salarié modèle mais je faisais bloc, il me demandait si j'avais laissé tombé l'idée de porter un costard comme un arracheur dents. Je l'avais vexé le petit, c'était un de ces types qui détestait que les choses ne se passent pas comme il l'avait prévu. Une sorte de maniaque. Pour un peu je m'en serais voulu de laisser ce pauvre type avec ses rêves de messie, en croyant qu'il libérerait les pauvres de leur conditions misérables il se foutait le doigt dans l'oeil jusqu'à l'os, personne n'a besoin de sauveur en ce bas monde.
J'avais un pote, il s'appelait Guillaume, maintenant il est mort, mais on s'en fout, il disait que le plus important quand tu voyages, c'est le moment où tu pars et le moment où tu reviens. Je le laissais débiter ses sornettes parce que c'était un beau parleur, mais maintenant je crois que je le comprends mieux. Je ne sais pas comment te dire et tu diras sans doute que j'exagère mais il se passe un truc fort quand tu sais que tu vas retrouver ton pays, c'est comme de revenir de l'enfer pour aller au paradis, un truc du genre. Je voyais Paris auréolé de lumière au bout du tunnel, je salivais à l'idée de retrouver mon doux bitume, fou non ? Suivant que tu vas dans un sens où dans l'autre, ce n’est pas du tout le même voyage que tu fais, en l'occurrence, même si je ne parlais toujours pas l'anglais, globalement c'était un fiasco, mais ce n’est pas l'important. J'allais retrouver mon territoire et j'avais beaucoup plus de certitudes globalement, j'avais soigné mes illusions avec un traitement de cheval.
Évidemment, je m'emballe un peu en idéalisant ma vie sous les ponts car, faut pas déconner, il n'y pas de quoi pleurer de joie. Dans la gare, pourtant, je ne m'imaginais rien d'autre que de la douceur. Comme un gamin qui rentre de colonie de vacances et qu'allait retrouver sa mère et dormir la tête contre ses seins, j'étais pressé de rentrer. Eh ! j'avais tellement besoin de dormir. A Londres je ne trouvais pas le sommeil à cause du froid, de l'humidité et l'inconnu aussi. Tout ça m'avait causé pas mal de nuits blanches, des crises d'angoisse pas marrantes du tout me réveillaient même en sursaut, c'était tellement glauque que je ne rigole toujours pas. La nuit je me faisais des films et j'ai bien cru que je ne reverrais jamais des couleurs dans ce monde, je gambergeais complètement. C'est pas ma faute : le climat c'est d'abord lui qui te dézingue la cervelle, en boucle sans pouvoir sortir de mes cauchemars, je transpirais froid. Les derniers jours, des punks m'avaient piqué mes couvertures, ça les amusaient probablement. Alors je me les gelais et comme je savais que j'allais bientôt rentrer à la maison, je ne me suis pas tellement démené pour me retrouver un nid confortable. Mon pote : j'en ai chié. Je ne dormais que quelques heures par nuit pendant lesquelles je voyais en rêve des gens qui me parlaient une langue que je ne comprenais pas. Tu vois le tableau ! J'étais comme un chien.
Ca oui ! On peut dire que mes vacances n'avaient pas été de tout repos. Mais au moins, ma vocation avait été confirmée et j'avais les idées un peu plus claires : je veux rester clodo, je préfère continuer de jouer au Loto en rêvant sur la manière dont je vais dépenser le gros lot plutôt que de travailler. Chacun sa place dans ce monde. Je suis pas un profiteur, mais je suis pas une bête non plus et ma liberté passe surement pas par apprendre l'anglais à cinquante tiges. Plutôt crever que de refoutre les pieds chez ces bachibouzouks. Je ne plus entendre parler de David, ni de lui ni de sa foutue théorie sociale. Mon intuition s'est confirmée : les révolutionnaires sont toujours dangereux. Si je m'écoutais je les foutrais tous à l'asile. Ils ont des belles idées, c'est bien, mais ce n’est pas suffisant. Ma mère elle disait que la nature fait toujours bien les choses, ma mère si c'était pas une flèche, mais j'ai jamais trouvé d'exception à cette règle, au final, on est ce qu'on devrait être, si je suis clodo, c'est surement parce que je l'ai mérité dans une autre vie ou je n’en sais rien. Mais honnêtement, ma condition n'est pas si terrible, c'est qu'une question de système D, une fois que tu connais les tuyaux, on s'en sort toujours, plus ou moins. Pourquoi essayer de faire le guignol dans un bureau si je suis le caïd dans la rue ? Je me trouve bien dans mes couvertures sous les ponts de Paris. Les jours de beau temps, c'est même surement plus agréable que de travailler dans un bureau. Avec les copains on chante et on rigole, il n'y a pas que la crème mais, on s'en fout, y a de l'ambiance, de l'amitié et tout ce qu'il faut pour être un homme.
Le TGV allait dans l'autre sens. À Douvres on s'est enfoncé sous la Manche, c'est devenu tout noir et puis les veilleuses se sont allumées, un sourd grondement me berçait. Je réfléchissais à toutes ces choses mais c'était un peu confus, je me suis vite endormi. De l'autre côté du tunnel, j'ai revu le ciel tout bleu de ma douce France, les clochers au loin comme dans la chanson de Trenet. Le printemps commençait à faire des siennes, je prenais une bonne dose d'espoir, j'ai beau avoir cinquante tiges, ça ne me faisait pas de mal. Même si je ne connaissais pas ce coin de la France, il me semblait étrangement familier. Je fermais les yeux et je retournais en enfance, j'avais les rêves en couleurs, j'avançais d'une saison, des champs de coquelicots dansaient sous les rayons du soleil, les blés ondulaient. Je fredonnais dans ma tête une chanson que ma mère me chantait quand j'étais gosse. Si Dieu pouvait me rencarder sur le moment de ma mort, je lui aurait demandé, "Là maintenant". Je ne réfrénais plus rien, j'ai posé ma joue contre la vitre, j'ai dormi, dormi...
Je sortais du train avec toute une floppée de travailleurs à l'assaut de la ville, ils sortaient comme des brutes, se marchaient les uns sur les autres, il auraient du me filer des bouffées anxiogènes, mais je restais absolument zen, je croisais des tronches patibulaires, j'avais pitié, tous ces gens devaient avoir une bonne raison (La nature est bien faite). En phase d'approche, j'ai presque couru pour me rendre sur bon vieux quai à côté du Trocadéro. J'ai revu les indiens dealer leur porte-clés aux Japonais qui redescendaient de la tour Eiffel. Pas grand-chose n'aurait pu m'entamer le moral, je rentrais à la maison.
Il semblait que j'étais parti pendant plusieurs mois, mais il n'y avait que quinze jours, j'espérais bien revoir Fred pour lui raconter mes aventures, il est fana de ces histoires comme un gamin, il s'assoit et il m'écoute sans rien dire, Fred donnait dans le genre rêveur et devait certainement avoir oublié quel jour on était tout simplement, il n'était pas là pour m'accueillir parc contre j'ai vu une tronche que je ne connaissais que trop bien, comme un diable sorti de sa boite. David faisait le pied de grue, il était en train de lire un bouquin. Je ne savais pas trop quoi faire, j'avais la trouille de ce démon, je me suis même demandé s'il ne valait pas mieux faire demi-tour plutôt que de me laisser embobiner à nouveau. Quoi, je n'allais pas non plus abandonner mon morceau de trottoir sous prétexte que j'avais les foies ! Je suis resté pour l'affronter, il était sur mon territoire, sa tête laissait croire qu'il n'avait pas été à la fête ces derniers temps, il avait foutrement changé, lui aussi, il avait maintenant une barbe de prophète.
- Salut maitre que je lui fais.
David m'a regardé d'un air bizarre comme si j'avais dit une énormité. Je ne l’avais jamais appelé maitre mais ça m'était sorti comme ça, tout d'un coup.
- How are you doing ? Il me demandait avec un sourire narquois.
- Fine
- Good
Je lui précisais immédiatement les choses " Je suis désolé, je ne te ferais pas la version longue, pour pas faire de suspense je t'annonce tout de suite que je ne suis pas le génie que t'espérais, je parle toujours pas anglais et je crois tout à fait entre nous qu'il vaudrait pieux laisser tomber ton plan. Je crois que t'es un savant un peu égaré qu'à besoin d'un cobaye pour faire ses expériences et je ne suis pas celui là. Je déclare donc forfait. Et si tu veux, je te rembourserais un jour le voyage que tu m'as payé et on sera quite. Les bons comptes font les bons amis. Mais je jette l'éponge. "
David a semblé très déçu, comme à son habitude très mystérieux, il m'a laissé mijauté dans un beau silence. J'avais jeté un pavé dans la mare, seulement je n'entendais pas le plouf. Il ne m'a d'abord rien dit, peut-être en train de réfléchir à la manière dont il pourrait me convaincre, je crois cependant qu'il s'était bloqué. Je décellais un changement dans le personnage, je devinais qu'il avait cogité sec pendant mes "vacances" à Londres. Il était devenu un peu plus fou, ses yeux devenus noirs. Il venait de passer le cap des trois mois et cela ne me surprenait pas vraiment de le voir virer dans le coté obscur : la rue a ses effets secondaires. Il comprenait que je l'avais trahi et que je ne jouerais pas le reste de l'aventure. Il a essayé de me convaincre de devenir un salarié modèle mais je faisais bloc, il me demandait si j'avais laissé tombé l'idée de porter un costard comme un arracheur dents. Je l'avais vexé le petit, c'était un de ces types qui détestait que les choses ne se passent pas comme il l'avait prévu. Une sorte de maniaque. Pour un peu je m'en serais voulu de laisser ce pauvre type avec ses rêves de messie, en croyant qu'il libérerait les pauvres de leur conditions misérables il se foutait le doigt dans l'oeil jusqu'à l'os, personne n'a besoin de sauveur en ce bas monde.
09 avril 2007
Passage à l'acte
Dans une superette du 11e, David s'était équipé et s'était acheté la panoplie complète du terroriste. En dépensant toutes ses économies pour une bombe, il scellait son destin, tout cela ne représentait pourtant pas grand-chose. Il avait décidé que ce serait aujourd'hui, et il ne pouvait plus attendre, c'était encore le seul moyen qui lui permettrait de parvenir à la célébrité. Il avait acheté une bouteille d'essence de térébenthine, plusieurs chiffons et un pack de bière, dans son panier de consommateur, il n'y avait que de la nourriture spirituelle, pour son ventre il se contentait de manger quelques pommes ce soir, ce serait suffisamment nourrissant. Il n'avait pas oublié non plus de se prendre un feutre marqueur noir et un bloc de post-it pour apposer sa signature. Il manquait cependant de professionnalisme dans ses filières d'approvisionnement. David imprudent, ne se rendit compte que ses achats pourraient éveiller les soupçons qu'au moment où il payait en caisse. Trop tard ! une vieille chouette était déjà intriguée par les différents achats de David. Elle cafarderait peut-être ou peut-être pas... il était trop tard, le coup était à tenter. Au moins, le vendeur, qui était assez jeune, ne s'intéressait pas à ce qu'il passait au crayon optique, il faisait simplement ses heures et il se foutait éperdument des achats des clients .
L'employé ne se rappellerait pas plus du visage de David que du comma ou il asphyxiait sa journée. Toutefois, David se jurait qu'à l'avenir de ne plus commettre ce genre d'imprudence et d'acheter ses produits dans différents endroits pour que même les commères n'ai rien à en dire.
Un peu excité à l'idée de ses premières explosions, David voulait agir dès cette nuit, mais il lui restait à tester la préparation du cocktail. A priori, cela semblait enfantin, à la télé, ceux qui balançaient ce genre de cocktail n'avaient d'ailleurs pas l'air de sortir de Saint-Cyr. Il retourna hâtivement avec son sac à provisions étrenner son artillerie dans la forêt et procéder à ses premiers essais. Ne voulant rien laisser au hasard, David suivait ses anciens réflexes d'ingénieur, pensait aux détails capables de faire capoter l'opération. Conformément à la loi de Murphy, c'est toujours coté confiture que tombe la tartine, or il s'agissait de bruler des voitures, et pas de prendre son petit déjeuner. Premièrement, ne pas rater l'allumage, cette opération déterminait évidement la réussite ou de l'échec d'un attentat, ensuite lancer la bouteille avec suffisamment de force. etc.
Quand il fut abrité par suffisamment de végétation pour que personne ne puisse le repérer, David s'assit pour reprendre son souffle avant de commencer l'entrainement, il se reposait un peu en se récapitulant tous les essais auxquels il devait procéder sur un post-it. Il commença par vider une bouteille de bière, il avait l'enveloppe du missile ! Il la remplit ensuite précautionneusement jusqu'au bord avant d'enfiler le chiffon dans le goulot. L'odeur lui montait aux narines, comme le bonheur de la guerre. Il observa un instant son obus, satisfait de sa création, il se mit en quête d'une cible qui représenterait bien un 4x4. Il rencontra rapidement un chêne capable de simuler la cible. La nuit n'était pas encore tombée, on ne verrait pas les flammes. Il lançait sa première bouteille contre un arbre et constata avec dépit qu'elle n'avait pas explosé. La deuxième fois, elle explosa bien et il se fascina pour le feu, regardant les flammes commencer de noircir le tronc. Il dut cependant éteindre l'incendie qui commençait car la combustion de l'arbre aurait pu éveiller les soupçons. Il du éteindre l'incendie qui commençait avec ses propres couvertures car il n'avait pas pensé à l'extinction. Il se dit à lui même "Quel imbécile je fais !". Il était encore trop brouillon, son entrainement serait décisif.
La police transigerait évidemment moins avec les crevures de pneus qu'avec les incendies. Le premier commandement était de ne jamais dormir deux fois au même endroit, ne pas se venter et même ne plus faire confiance à personne, pas même à Gérard qui revenait le lendemain d'Angleterre. Comme au Monopoly, la prison était un accident de parcours possible, la traitrise était à craindre de tous les côtés. Les messies ont plein d'ennemis lorsqu'ils ne sont que bonté, mais pour une poignée de dollar, on n’aurait pas David Ménard.
Il songeait à l'époque heureuse de la cabane au fond du jardin, quand les monstres rodaient à l'extérieur. Maintenant, devenu grand David avaient vu que les monstres s'emparer de la cité. Il avait déserté, mis les bouts pour quitter le monde des rats. Il serrait le poing.
Martialement, il rangea son équipement dans sa besace de manière à ce qu'il puisse rapidement passer à l'action quand le moment viendrait, chaque chose à sa place, dans l'étage le plus accessible, deux bouteilles pleines de kérosène. Se rappelant la mythologie des séries télévisée, il effaçait ses empreintes avec un chiffon, il était prêt : allumer et lancer le cocktail Molotov prendrait pas plus de quelques secondes, il ne se donnait pas plus de temps. Quand le jour se mis à faiblir, David se mis en route presque péniblement, tellement il s'était empêtré dans ses pensées. Sur le chemin alors qu'il retournait dans la ville, un individu qui comme lui vivait dans la rue rue l'interpella, en lui lançant : "Bah mon pote faut pas faire la gueule comme ça ! C'est pas grave, dis donc ne fait pas de bêtises mon vieux !" et puis il se mit à rire tout seul en lui souriant de tous ses chicots. David hâta le pas mais cet étrange augure continua de lui courir dans la tête, tout le dispositif chancelait par cette première faille essentielle : lui-même avait été pris en flagrant délit de mauvaise conscience, et peut-être valait-il mieux attendre un peu d'être un peu plus prêt. David était transparent incapable maquiller son visage, l'augure avait une sinistre part de vérité, il fallait l'avouer, il devait pourtant continuer et aller jusqu'au bout de l'action.
Il se mit à vadrouiller dans les rues les quartiers chic de Vincennes pour faire son repérage, mais les rues n'étaient pas encore suffisamment dépeuplées. Il n'était que neuf heures du soir, certains rentraient encore du travail. Mais la plupart des salariés avaient déjà regagné leurs pénates. On les voyait à travers les fenêtres en train de se bercer au ronron de la télé. Ces scènes, entraperçues à travers les rideaux, étaient pleines de chaleur, comme un tableau de Vermeer. La télévision avait remplacé l'antique poêle. David, vérifiant que le cocktail était toujours là près de sa main, fit un effort pour se rappeler pour quelles raisons il devait agir et punir ces paisibles moutons, et il serrait les poings, en attendant de localiser sa première victime. Les candidates ne manquaient pas : les voitures de luxe, on en trouvait partout, la voiture représente le fondement de la réussite dans la plupart des familles, il est bien normal de voir ce genre d'abondance dans un pays comme la France, malheureusement, il aurait préféré bruler une voiture qui se trouvait dans un garage, mais pour ce soir mieux valait aller progressivement. Aucun des endroits ne lui semblait tout à fait propice pour passer à l'action, les voitures n'étaient pas disposées ici pour être brulées. Une étrange peur montait en lui, pris au piège du devoir. Il espérait l'instant où lui viendrait le courage de lancer sa bouteille sous une voiture, David déambulait dans les rues de Vincennes, ville bourgeoise, à chaque instant, un individu sortait de quelque part, réduisant à néant tout son conditionnement psychologique par une sorte de chaud et froid, son courage s'amenuisait et quand arrivait minuit, il ne cherchait plus vraiment à enflammer une voiture. Il lui fallait attendre un peu pour retrouver le calme et ne plus avoir ce foutu coeur qui bat la chamade lorsqu'il posait la main sur son cocktail Molotov. Il devait se l'avouer à lui même, David était un véritable puceau de la violence, il se piquait d'orgueil d'être si fort en gueule et si faible dans ses actes.
Il s'assit finalement sur un banc, penaud, travaillant la matière, repensant au sens profond de sa démarche. Il lui fallut presque une heure avant d'être parfaitement calme et de n'avoir plus aucun doute quant à ses objectifs qui avaient semblé vaciller dans le vent tout le temps de sa patrouille. Devant un 4x4 BMW qu'il exécrait par-dessus tout et dont il avait crevé pas mal de pneus, il se trouvait face à son destin. Le 4x4 était rutilant. Il vérifia que personne ne passait aux alentours, saisit une première bouteille qu'il mit sous la voiture puis lança de toutes des forces un cocktail Molotov à travers la fenêtre de la voiture puis il partit immédiatement, le coeur battant mais, sans se hâter, il avait oublié de signer son forfait. Quand il fut à 500 mètres du véhicule, il commençait à entendre des voix qui criaient au feu. Il ne se retournait pas et poursuivait sa route. À vrai dire, les évènements étaient allés trop vite. Bien que libéré, David se trouvait face à l'amère désillusion de ne pas avoir savouré son crime. Le prix à payer était de disparaitre dans l'ombre. Il peina d'abord à retrouver son camp de base, mais il parvint finalement à retrouver ses branchages et il découvrit avec horreur que les restes de ses expériences d'explosion se trouvaient en vrac juste à côté de son camp, son coeur se mit à battre, il rangeait toutes ses expériences rapidement derrière un rocher, oubliant certainement un reste car il faisait noir. Il ne parvint à s'endormir que difficilement et fit de nombreux cauchemars. Sa vie était devenue si noire, devait-il se relever un jour ? Il l'ignorait lui même.
David mit du temps à se réveiller et quand le soleil commença à lui piquer les yeux, il lui manquait encore un peu de sommeil pour être tout à fait de bonne humeur, sa cabane était une assez perméable à l'humidité du matin, une sensation tout à fait désagréable lorsqu'il réalisait l'humidité du lieu, incapable de distinguer la rosée de sa bave. Dans l'espoir de prolonger encore un peu sa nuit, il se roulait tel un animal en grognant dans les herbes où il avait fait son lit, il s'étirait bruyamment. Il ouvrit finalement les yeux en se promettant de faire une sieste quand l'herbe aurait finalement séché. Ce n'est qu'à ce moment qu'il se souvint de ses actions de la nuit passée, d'abord il fut quelque peu effrayé d'y être parvenu. Afin de s'assurer que tout ceci n'était pas un rêve, il voulut ensuite voir la carcasse de la voiture. Rapidement, il se ravisa car retourner sur le lieu du crime le lendemain était certainement une mauvaise idée. Il n'existait plus de retour possible et il devait vivre comme une bête, à vrai dire, ce n'était pas aussi difficile qu'on aurait pu le croire, le quotidien rythme chaque jour. Il n'existe plus de passé, de futur.
Pour rester serein et ne pas céder à la folie, il fit confiance aux forces mystiques, il se mit en position du lotus et ferma les yeux de sorte qu'il ne soit pas perturbé par l'agitation du monde. Il médita sur ses actes en invoquant Dieu afin de donner une sorte de sens à ses agissements. Au départ, sa démarche trop analytique le conduit d'abord sur une voie pathétique et stérile qui ne l'aidait pas du tout et même l'égarait, mais David préserverait persuadé qu'au bout de la souffrance de ses jambes, il y aurait une possible libération, il commençait à se se sentir porté par un courant qui ne lui voulait que du bien. Il imageait la réaction qu'il aurait eue si jamais on avait mis le feu à sa voiture. Il aurait été absolument furieux, il songeait avec compassion à cette ancienne innocence.
Les notions de bien et de mal finirent par devenir stériles, il se sentait bien. Il oubliait où il s trouvait et commença à faire partie de l'herbe et e la forêt qui l'entourait, pour la première fois depuis longtemps, il se mit à sourire, comme si le soleil de cette journée s'était déplacé pour rayonné à l'intérieur de lui même.
Pour être libre, il fallait être mort, évidemment, il réfléchit longuement à cette proposition sans doute choquante, mais en vérifièrent tous les fondements. David devait cesser de se considérer comme un être vivant pour parvenir tout à fait à ses fins, par exemple il devait cesser d'avoir peur de se faire prendre par la police, oublier jusqu'au sens de l'orgueil. Car aucun individu n'a jamais rien possédé. Cela demeure vrai aussi longtemps et la possession est une illusion, on ne peut priver personne de sa liberté à partir du moment ou l'individu se sent libre.
L'employé ne se rappellerait pas plus du visage de David que du comma ou il asphyxiait sa journée. Toutefois, David se jurait qu'à l'avenir de ne plus commettre ce genre d'imprudence et d'acheter ses produits dans différents endroits pour que même les commères n'ai rien à en dire.
Un peu excité à l'idée de ses premières explosions, David voulait agir dès cette nuit, mais il lui restait à tester la préparation du cocktail. A priori, cela semblait enfantin, à la télé, ceux qui balançaient ce genre de cocktail n'avaient d'ailleurs pas l'air de sortir de Saint-Cyr. Il retourna hâtivement avec son sac à provisions étrenner son artillerie dans la forêt et procéder à ses premiers essais. Ne voulant rien laisser au hasard, David suivait ses anciens réflexes d'ingénieur, pensait aux détails capables de faire capoter l'opération. Conformément à la loi de Murphy, c'est toujours coté confiture que tombe la tartine, or il s'agissait de bruler des voitures, et pas de prendre son petit déjeuner. Premièrement, ne pas rater l'allumage, cette opération déterminait évidement la réussite ou de l'échec d'un attentat, ensuite lancer la bouteille avec suffisamment de force. etc.
Quand il fut abrité par suffisamment de végétation pour que personne ne puisse le repérer, David s'assit pour reprendre son souffle avant de commencer l'entrainement, il se reposait un peu en se récapitulant tous les essais auxquels il devait procéder sur un post-it. Il commença par vider une bouteille de bière, il avait l'enveloppe du missile ! Il la remplit ensuite précautionneusement jusqu'au bord avant d'enfiler le chiffon dans le goulot. L'odeur lui montait aux narines, comme le bonheur de la guerre. Il observa un instant son obus, satisfait de sa création, il se mit en quête d'une cible qui représenterait bien un 4x4. Il rencontra rapidement un chêne capable de simuler la cible. La nuit n'était pas encore tombée, on ne verrait pas les flammes. Il lançait sa première bouteille contre un arbre et constata avec dépit qu'elle n'avait pas explosé. La deuxième fois, elle explosa bien et il se fascina pour le feu, regardant les flammes commencer de noircir le tronc. Il dut cependant éteindre l'incendie qui commençait car la combustion de l'arbre aurait pu éveiller les soupçons. Il du éteindre l'incendie qui commençait avec ses propres couvertures car il n'avait pas pensé à l'extinction. Il se dit à lui même "Quel imbécile je fais !". Il était encore trop brouillon, son entrainement serait décisif.
La police transigerait évidemment moins avec les crevures de pneus qu'avec les incendies. Le premier commandement était de ne jamais dormir deux fois au même endroit, ne pas se venter et même ne plus faire confiance à personne, pas même à Gérard qui revenait le lendemain d'Angleterre. Comme au Monopoly, la prison était un accident de parcours possible, la traitrise était à craindre de tous les côtés. Les messies ont plein d'ennemis lorsqu'ils ne sont que bonté, mais pour une poignée de dollar, on n’aurait pas David Ménard.
Il songeait à l'époque heureuse de la cabane au fond du jardin, quand les monstres rodaient à l'extérieur. Maintenant, devenu grand David avaient vu que les monstres s'emparer de la cité. Il avait déserté, mis les bouts pour quitter le monde des rats. Il serrait le poing.
Martialement, il rangea son équipement dans sa besace de manière à ce qu'il puisse rapidement passer à l'action quand le moment viendrait, chaque chose à sa place, dans l'étage le plus accessible, deux bouteilles pleines de kérosène. Se rappelant la mythologie des séries télévisée, il effaçait ses empreintes avec un chiffon, il était prêt : allumer et lancer le cocktail Molotov prendrait pas plus de quelques secondes, il ne se donnait pas plus de temps. Quand le jour se mis à faiblir, David se mis en route presque péniblement, tellement il s'était empêtré dans ses pensées. Sur le chemin alors qu'il retournait dans la ville, un individu qui comme lui vivait dans la rue rue l'interpella, en lui lançant : "Bah mon pote faut pas faire la gueule comme ça ! C'est pas grave, dis donc ne fait pas de bêtises mon vieux !" et puis il se mit à rire tout seul en lui souriant de tous ses chicots. David hâta le pas mais cet étrange augure continua de lui courir dans la tête, tout le dispositif chancelait par cette première faille essentielle : lui-même avait été pris en flagrant délit de mauvaise conscience, et peut-être valait-il mieux attendre un peu d'être un peu plus prêt. David était transparent incapable maquiller son visage, l'augure avait une sinistre part de vérité, il fallait l'avouer, il devait pourtant continuer et aller jusqu'au bout de l'action.
Il se mit à vadrouiller dans les rues les quartiers chic de Vincennes pour faire son repérage, mais les rues n'étaient pas encore suffisamment dépeuplées. Il n'était que neuf heures du soir, certains rentraient encore du travail. Mais la plupart des salariés avaient déjà regagné leurs pénates. On les voyait à travers les fenêtres en train de se bercer au ronron de la télé. Ces scènes, entraperçues à travers les rideaux, étaient pleines de chaleur, comme un tableau de Vermeer. La télévision avait remplacé l'antique poêle. David, vérifiant que le cocktail était toujours là près de sa main, fit un effort pour se rappeler pour quelles raisons il devait agir et punir ces paisibles moutons, et il serrait les poings, en attendant de localiser sa première victime. Les candidates ne manquaient pas : les voitures de luxe, on en trouvait partout, la voiture représente le fondement de la réussite dans la plupart des familles, il est bien normal de voir ce genre d'abondance dans un pays comme la France, malheureusement, il aurait préféré bruler une voiture qui se trouvait dans un garage, mais pour ce soir mieux valait aller progressivement. Aucun des endroits ne lui semblait tout à fait propice pour passer à l'action, les voitures n'étaient pas disposées ici pour être brulées. Une étrange peur montait en lui, pris au piège du devoir. Il espérait l'instant où lui viendrait le courage de lancer sa bouteille sous une voiture, David déambulait dans les rues de Vincennes, ville bourgeoise, à chaque instant, un individu sortait de quelque part, réduisant à néant tout son conditionnement psychologique par une sorte de chaud et froid, son courage s'amenuisait et quand arrivait minuit, il ne cherchait plus vraiment à enflammer une voiture. Il lui fallait attendre un peu pour retrouver le calme et ne plus avoir ce foutu coeur qui bat la chamade lorsqu'il posait la main sur son cocktail Molotov. Il devait se l'avouer à lui même, David était un véritable puceau de la violence, il se piquait d'orgueil d'être si fort en gueule et si faible dans ses actes.
Il s'assit finalement sur un banc, penaud, travaillant la matière, repensant au sens profond de sa démarche. Il lui fallut presque une heure avant d'être parfaitement calme et de n'avoir plus aucun doute quant à ses objectifs qui avaient semblé vaciller dans le vent tout le temps de sa patrouille. Devant un 4x4 BMW qu'il exécrait par-dessus tout et dont il avait crevé pas mal de pneus, il se trouvait face à son destin. Le 4x4 était rutilant. Il vérifia que personne ne passait aux alentours, saisit une première bouteille qu'il mit sous la voiture puis lança de toutes des forces un cocktail Molotov à travers la fenêtre de la voiture puis il partit immédiatement, le coeur battant mais, sans se hâter, il avait oublié de signer son forfait. Quand il fut à 500 mètres du véhicule, il commençait à entendre des voix qui criaient au feu. Il ne se retournait pas et poursuivait sa route. À vrai dire, les évènements étaient allés trop vite. Bien que libéré, David se trouvait face à l'amère désillusion de ne pas avoir savouré son crime. Le prix à payer était de disparaitre dans l'ombre. Il peina d'abord à retrouver son camp de base, mais il parvint finalement à retrouver ses branchages et il découvrit avec horreur que les restes de ses expériences d'explosion se trouvaient en vrac juste à côté de son camp, son coeur se mit à battre, il rangeait toutes ses expériences rapidement derrière un rocher, oubliant certainement un reste car il faisait noir. Il ne parvint à s'endormir que difficilement et fit de nombreux cauchemars. Sa vie était devenue si noire, devait-il se relever un jour ? Il l'ignorait lui même.
David mit du temps à se réveiller et quand le soleil commença à lui piquer les yeux, il lui manquait encore un peu de sommeil pour être tout à fait de bonne humeur, sa cabane était une assez perméable à l'humidité du matin, une sensation tout à fait désagréable lorsqu'il réalisait l'humidité du lieu, incapable de distinguer la rosée de sa bave. Dans l'espoir de prolonger encore un peu sa nuit, il se roulait tel un animal en grognant dans les herbes où il avait fait son lit, il s'étirait bruyamment. Il ouvrit finalement les yeux en se promettant de faire une sieste quand l'herbe aurait finalement séché. Ce n'est qu'à ce moment qu'il se souvint de ses actions de la nuit passée, d'abord il fut quelque peu effrayé d'y être parvenu. Afin de s'assurer que tout ceci n'était pas un rêve, il voulut ensuite voir la carcasse de la voiture. Rapidement, il se ravisa car retourner sur le lieu du crime le lendemain était certainement une mauvaise idée. Il n'existait plus de retour possible et il devait vivre comme une bête, à vrai dire, ce n'était pas aussi difficile qu'on aurait pu le croire, le quotidien rythme chaque jour. Il n'existe plus de passé, de futur.
Pour rester serein et ne pas céder à la folie, il fit confiance aux forces mystiques, il se mit en position du lotus et ferma les yeux de sorte qu'il ne soit pas perturbé par l'agitation du monde. Il médita sur ses actes en invoquant Dieu afin de donner une sorte de sens à ses agissements. Au départ, sa démarche trop analytique le conduit d'abord sur une voie pathétique et stérile qui ne l'aidait pas du tout et même l'égarait, mais David préserverait persuadé qu'au bout de la souffrance de ses jambes, il y aurait une possible libération, il commençait à se se sentir porté par un courant qui ne lui voulait que du bien. Il imageait la réaction qu'il aurait eue si jamais on avait mis le feu à sa voiture. Il aurait été absolument furieux, il songeait avec compassion à cette ancienne innocence.
Les notions de bien et de mal finirent par devenir stériles, il se sentait bien. Il oubliait où il s trouvait et commença à faire partie de l'herbe et e la forêt qui l'entourait, pour la première fois depuis longtemps, il se mit à sourire, comme si le soleil de cette journée s'était déplacé pour rayonné à l'intérieur de lui même.
Pour être libre, il fallait être mort, évidemment, il réfléchit longuement à cette proposition sans doute choquante, mais en vérifièrent tous les fondements. David devait cesser de se considérer comme un être vivant pour parvenir tout à fait à ses fins, par exemple il devait cesser d'avoir peur de se faire prendre par la police, oublier jusqu'au sens de l'orgueil. Car aucun individu n'a jamais rien possédé. Cela demeure vrai aussi longtemps et la possession est une illusion, on ne peut priver personne de sa liberté à partir du moment ou l'individu se sent libre.
24 mars 2007
La naissance de celui qui vous regarde
Après sa discussion avec Flora, David se sentit réconforté comme au sortir de chez son psychanalyste. Après tellement de temps passé loin des gens normaux, la conversation lui fit se souvenir du bon vieux temps et il se sentait mieux. Cette petite discussion lui permit d'exercer à nouveau sa rhétorique en se débarbouillant les idées, il avait éprouvé un contentement quasi orgasmique en vidant son sac, mêlant sans vergogne son expérience personnelle et sa science politique, il exultait. David avait une solution et devait la dire c'était plus fort que lui, sa fascination pour le commentaire le rendait pourtant coupable de ne pas avancer autrement qu'en parole, il se blâmait intérieurement d'avoir si peu de force. En fait, Il battait de la queue comme un chien de Pavlov quand on servait à son des idéologies en pâté, il était euphorique et s'en rendait cruellement compte, il fonctionnait au bâton et au sucre. David refusait désormais de se réfugier dans une quelconque évidence et se figea dans ses pensées, il devait faire son autocritique et mesurer encore la distance qui le séparait de l'excellence. Elle était si grande, elle s'allongeait à mesure qu'il progressait. Il fallait oublier cette bouffée de confort, car les vestiges de sa vie résiliente n'étaient plus des lieux à vivre. L'insatisfaction finit par le gagner de nouveau, celle de n'être pas parfaitement humble... Au lieu d'être juste David s'était fourvoyé encore en gagnant une promotion dans le centre, Flora lui avait fait une faveur nuisible à son objectif, se montrait à nouveau injuste envers les autres pensionnaires. Le système qui l'avait piégé se remettait en place, s'il ne réagissait pas, David encourrait une faillite qui risquait d'anéantir tous ses efforts vers le renoncement. Il fallait s'accrocher comme une bulle au fond de la vase, quitte à passer pour un lugubre dégueulasse, camper comme un affreux dans les stases glaireuses, les points serrés et mordre les mains qui le nourrissaient et ne pas succomber aux charmes de la facilité. La chaleur humaine le ferait vaciller et déstabiliserait tout ce qu'il avait conquis de sa part d'ombre. À tout moment, les rails droits de l'ascèse se montraient fragile, infidèle à sa volonté, David conclut qu'il risquait gros à s'abêtir aux flatteries de Flora.
Pour presser les choses, disons que l'orgueil poursuivait David et quoiqu'il entreprenne, son besoin d'être signifiant aux yeux du monde était comme un poison qui déformait sa réalité, le représentant à lui-même comme plus gros qu'il n'était réellement. Mais, lorsqu'il tentait de contrarier ses envies existentielles, des idées explosives s'accumulaient dans son esprit formant de gros nuages qui n'avaient qu'une vocation : éclater !
Lentement, une colère irraisonnée montait en lui, une rébellion contre un Dieu abstrait lui faisait serrer les poings, son esprit plasmique convoquait des atomes électriques à se frotter les uns contre les autres, ses neurones s'échangent leur charge et sans aménité bourdonnaient au sommet comme en temps de guerre.
De nombreux doutes émergeaient : il accusait sa nouvelle existence d'être tenue par la commisération de braves gens et de vivre aux crochets une société qui s'était organisée pour voler la dignité de chacun de ses rebels en les soulant à ses mamelles anesthésiantes. Il agit et décidait de ne plus retourner au centre de la rue Pigalle. Dorénavant, il se méfierait toujours de sa faiblesse et ne dormirait plus jamais au même endroit pour ne plus encourir le risque de domestication. David était lucide : pour se préserver de son encroutement, l'autodestruction était la seule route qui était viable. Dans le dortoir, ce matin de janvier, il rassemblait ses affaires au pied du lit, il avait le même sac qu'à son départ plus une brosse à dents neuve que le centre lui avait offert. Dans la rue, ce jour de semaine, les gens étaient agités et vaquaient à leur occupation, totalement indifférents, la rue puait, comme d'habitude, mais la journée n'était pas froide. Cette indifférence grouillante donnait à David une tranquille assurance à se perdre dans les méandres de ses pensées. Il se mit en recherche d'un endroit un peu moins sordide que son parking traditionnel. Les nuits étaient devenues plus clémentes, la perspective du froid n'était plus si impressionnante. David avait besoin d'expulser sa colère, il se mit à battre le pavé toute la matinée. Dans les rues de Paris, son estomac émettait des bruits éloquents, mais David choisit de les ignorer cette fois, la question n'était pas de survivre. Vers midi, après avoir zigzagué énormément, il arrivait place de la Nation, David à deux pas du bois de Vincennes, décidait alors de quitter la ville et de franchir le panneau où il y avait écrit Paris.
Il avait entendu certains de ses compagnons parler de ces bois, c'était un bon endroit pour se mettre au vert, une sorte de résidence de campagne pour squatteur urbain. Il se convainc donc qu'il fallait essayer. La vie champêtre avait certainement des avantages qu'il ne soupçonnait pas. Il commençait à s'enfoncer dans la forêt à la recherche d'une éventuelle hutte dont il pourrait s'inspirer pour commencer à construire sa propre maison, il aperçut une sorte d'agglomération, un feu fumait et une demi-douzaine de personnes buvaient de bière et mangeait un barbecue. Pourtant, il ne s'agissait pas exactement des affreuses beuveries des rues de Paris mais on croyait plutôt à une sorte de garden-party de l'aristocratie en place. Fallait-il même parler encore de sans domiciles ? Ils avaient construit ça et la des sortes de bidonvilles pavillonnaires. Certains vivaient ici avec femme et enfant, comme des Robinson Crusoé, tout avait été improvisé, pourtant l'architecture retrouvait ici ses fondamentaux. Autour de valeur ancestrale, la famille était la structure de base, on se reposait sur un père trappeur et une mère fouineuse. David s'approcha du campement pour constater le détail de l'assemblage, une famille vivait dans un assemblage fait de trois planches. Il comprit ce que ce genre de construction impliquait de patience, pour grotesque que puisse paraitre cette maison, IKEA aurait pu s'inspirer de son originalité, de plus près il s'aperçut qu'il s'agissait d'une caravane devenue totalement sédentaire. Les murs étaient en tôles cintrées et bien que ce ne soit pas très épais pour isoler, le logement était d'un confort bien supérieur à ceux qui n'avaient vraiment pas de toit et dormaient à même le sol, il n'y avait même pas de comparaison. Un landau était garé devant la cabane et conférait à l'ensemble une étrange impression de "Home, Sweet Home ". L'homme qui l'avait aperçu invectiva David en plein dans son inspection : "C'est une propriété privée ici !"
David ne sut d'abord pas quoi répondre à ce type, il eut d'abord envie de sourire à propos de la propriété privée, mais se contint et garda son sérieux pour ne pas être blessant. Manifestement, il se trouvait face à un brave type, la moustache le prouvait, taillée avec soin, la moustache n'était pas un détail anodin et trahissait une certaine idée de la dignité prolétaire.
David inventa vite un mensonge : "Je regardais simplement votre construction. Figurez vous que je suis journaliste et même si je sais que vous allez me trouver fou, mais je cherche à faire un reportage sur les sans-domiciles en vivant les choses de l'intérieur. J'aimerais bien vous poser quelques questions si vous le voulez bien ?"
Le type ne sembla pas réagir à ce baratin, surpris de cette présentation incongrue, il ne savait visiblement pas comment il fallait réagir. La situation cocasse, et cette improbable improvisation mit David en verve, il poursuivit : "Vous savez je suis assez admiratif de votre talent d'architecte, comparé à tout ce que j'ai vu jusqu'à présent, ce n'est pas mal du tout" -- la flatterie était assez grossière mais le type sembla gober -- "Je comptais m'installer dans ces bois, pour voir, vous auriez pas des tuyaux à me filer ?"
Alors l'homme parti d'un rire assez fort, si fort qu'il du s'appuyer sur un arbre pour ne pas tomber, puis il regarda méchamment David. "Tu crois peut-être que je n'ai rien d'autre à foutre que de répondre à un putain de journaliste de mes couilles ? Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Tu ne vois pas que tout est là mon vieux ? J'ai rien à t'expliquer et puis franchement, j'en ai rien à secouer que les bourgeois se paluchent en regardant ma cabane pour se donner des frissons. Fous-moi la paix ! Comment que tu crois que j'ai fait ? Je me suis démerdé, c'est tout." Il cherchait à ajouter quelque chose, mais cette grande tirade semblait l'avoir épuisé. Il termina "Oui, c'est tout. C'est tout. Alors je te conseille de faire la même chose : tu te démerdes " David prit note du message et passa son chemin, riant de son mensonge et admirant son aplomb. Il était inutile de chercher à discuter, à moins de vouloir se prendre une châtaigne. David partit droit en avant. Les tribulations pétaradantes de Paris n'étaient plus qu'un lointain écho, on pouvait se croire évadé, ici dans la nature, les chemins sont longs comme des vies et l'on y avance, oubliant son passé et ne sachant pas son futur. Après quelques heures, ivre d'avoir trainé si longtemps ses pieds dans les feuilles mortes, la musique de ses pas le berçait d'une chaleur étrange. Emporté par un kaléidoscope aux couleurs de l'automne, David fit une sorte de rêve, il oubliait tout, qui il était ce qu'il voulait, la ville et ses fantômes, il fallait survivre, c'est à dire avoir suffisamment peur de mourir et croire fort en l'idéal du terrier. David se mit en quête de quelques branches construire son abri pour passer cette nuit, protégé un peu au moins des monstres imaginaires qui vivaient dans les bois. David retrouvait quelques notes fraiches de son enfance, il se rappelait ses après-midis qu'il avait passé réfugié dans sa cabane, au fond du jardin. Il se rappelait ces moments heureux, c'était une cabane rouge, son père et sa mère ne l'autorisèrent qu'une seule fois à y passer la nuit, pendant un été particulièrement chaud, cette nuit-là, son bonheur avait été complet. D'ailleurs David ne se souvenait pas d'un seul autre moment dans sa vie où il s'était senti si libre, même adolescent, jamais. Très vite les branchages commencèrent à former une sorte de hutte et cette édification si rapide, cette production si animale de son terrier réjouit David énormément.
Loin de la civilisation, il s'assit sous un arbre pour attendre la nuit, il se mit à réfléchir. Il se rendit compte qu'il n'avait accédé à se liberté que depuis qu'il était seul et que personne ne l'attendait nulle part. Dans cet endroit était immensément plus calme que sous les ponts. Il ne bougeait pas, avant que le jour ne se couche, il écouta le bruit des premiers oiseaux, enfin sortis de leur torpeur hivernale, à mesure que le soleil descendait, la forêt se vidait de tous ces bruits.Au loin des gens promenaient leur chien, et le monde laissait David à sa méditation. Sans qu'il comprît pourquoi, David demeura immobile ici, sage, le mouvement devenu inutile. Il se perdit dans des idées qu'il n'eut pas pu exprimé avec des mots pourtant il eu la sensation d'une profonde certitude. Il avait fait le bon choix, il n'était que l'arme d'un Dieu malin qui avait pensé remettre de l'ordre dans ce monde.
Le lendemain, David avait exceptionnellement bien dormi et se sentait de nouvelles énergies pour agir. Et se sentait d'appliquer plus conséquemment sa justice. Bien sûr il fallait mettre un peu plus de moyens. Dans les kiosques à journaux, David espérait que l'on commence à parler de son oeuvre. Dans le 11e, il furetait dans les maisons de presses à la recherche de sa célébrité, dans les pages du Parisien il cherchait une recrudescence du vandalisme sur les 4x4 mais il ne trouvait rien, le kiosquier le pressa pour qu'il achète le journal avant d'avoir éventé entièrement les faits divers. David, énervé acheta le journal, et se mis sur un banc, il apprit les résultats des matchs de foot du PSG, mais rien absolument rien sur un vengeur qui sillonnerait les rues de Paris, aucune trace de ses actions, même en dernière page. Quantitativement, il fallait comprendre, peut-être des centaines de pneus étaient éventrés quotidiennement dans les rues parisiennes, comment savoir, pour des raisons de voisinage, il n'en avait aucune idée. Ménard n'était qu'un insigne insecte que Paris négligeait absolument,car même avec une centaine de pneus crevés à son actif, il n'y avait pas de quoi faire la une, David demeurait tel un moustique collé sous la semelle de Paris, vermine entre deux planches il roulait sa bosse comme tant d'autres cafards dans les sous bassement de la cité, inquiète, la fourmilière trop occupée à son industrie, transpirait de noires vapeurs dans l'air moribond, ignorait encore qu'en son sein, peut-être un fou, peut-être un saint, David Ménard était avenu. Pas même un flic ne lui avait couru après, lorsqu'il avait commis un de ses méfaits. Tout le monde s'en foutait. Il fallait qu'il passe à la vitesse supérieure, on ne lui en laissait pas le choix : vedette des commissariats ce n'était pas suffisant, sur le chemin de la célébrité David Ménard était au point de départ. Il y avait toujours ce vieux démon pendu à son oreille qui lui criait : "Tu es parce que tu fais, celui dont on ne parle pas, n'existe pas". En conséquence, il se résolut à frapper un peu plus fort.
L'opinion publique était loin de se préoccuper d'un tel éventreur de pneu et était bien compréhensible, c'était beaucoup trop bon marché, de plus son anonymat n'arrangeait rien à l'affaire. David se mit à penser à la théâtralisation du crevage de pneu. Sur ce point les vestiges de son ancienne vie lui furent assez précieux, David savait par expérience que pour provoquer une bonne publicité il fallait user de symboles, raccourci pour l'imagination, les villes qui brûlent parlent plus à la conscience, il fallait aussi tirer sur la peur des pauvres hères : "Et si ça m'arrivait à moi". Ainsi tout le monde se sentirait concerné. Ainsi pour devenir l'ennemi public numéro un, il n'est pas du tout nécessaire de devenir le plus tueur le plus efficace mais de manipuler les symboles. La conclusion était la suivante, il était tout à fait possible de se faire connaitre à la seule condition de dramatiser ses actions. David, comme un animal, se prenait la tête et la retournait dans tous les sens, c'était évident, ses journées oiseuses étaient devenues insensées, la fuite en avant était la seule solution. Il fallait bruler des 4x4 et devenir un héros. De fait, il ne disposait plus d'aucune autre option pour modifier le futur et le monde. Son objectif se clarifiait peu à peu, il était double, ce qu'il voulait c'était d'abord exister et modifier de façon significative le monde, et savourer ce luxe qu'aucun de ses collègues n'avait jamais pu s'offrir ni propriétaires, ni marié, ni salarié, ni clochards. Il portait un projet d'espoir et de libération sous la chape d'un monde si gris si dense et si concret qu'il ne pouvait plus tolérer les vies folles. David voulait qu'on sache qu'il existait des sapeurs actifs dans les entrailles de la société, des elfes malades toussaient dans ses boyaux, inlassablement rongeaient les fondations et qui fatalement tueraient un jour entièrement la civilisation. Inéluctable, fatal, une seule conclusion, la civilisation agonisait. Les héros avaient déserté le monde, que des engrenages très fonctionnels, il lui fallait seulement passer à la vitesse supérieure, jusqu'à présent les décisions avaient été faciles, la difficulté venait quand il fallait assumer.
Il fit appel au marketing, le premier élément important d'une bonne renommée consiste d'abord à se trouver une griffe, une sorte de signature. Les crimes sont toujours moins minables quand il sont revendiqués car dès lors ils peuvent représenter une certaine forme de justice, à l'instar des intégristes musulmans, Ben Laden c'est comme une marque déposée, une sorte de Coca-Cola du terrorisme. Le trait principal d'une marque est sa signature.Il réfléchit un moment, au surnom qu'il adopterait dans sa vie de vengeur masqué, un peu fiévreux, il griffonna quelques idées et trouva vite un nom de scène, "Celui qui vous regarde", désormais, il signerait ses attentats en laissant cet énigmatique "Celui qui vous regarde", certainement que certains inspecteurs dans leur vie morose à la recherche de piteux trafiquants baignant dans leur argent aimeraient mieux se sortir de leur routine à la recherche de « Celui qui vous regarde."
Les actions de David prêtaient à sourire : que valaient ses viles crevaisons de pneus quand la Une des journaux ne cédait la place au terrorisme et à la guerre que lorsque les parcmètres dormaient en paix ?
David espérait qu'on parle de lui, mais il savait qu'il ne fallait surtout pas s'impatienter, la lenteur peut mener au désespoir, mais maintenant, il avait le temps ! Il fallait être philosophe. Par un hasard heureux David avait conservé sa carte de bibliothèque, ce qui lui permettait de tromper l'ennui de ses longues journées dans un endroit confortable, à cet endroit , il épluchait le Parisien, depuis qu'il s’était fatigué de lire l'actualité trop intellectuelle des journaux trop analyste, la rubrique des chiens écrasés faisait sa joie. Et rien : pas l'ombre d'un écorcheur de pneu. Ce genre de sévices trop minable pour figurer même en dernière page du Parisien, n'était même pas digne d'un fait divers. David devait passer à la vitesse supérieure.
Pour presser les choses, disons que l'orgueil poursuivait David et quoiqu'il entreprenne, son besoin d'être signifiant aux yeux du monde était comme un poison qui déformait sa réalité, le représentant à lui-même comme plus gros qu'il n'était réellement. Mais, lorsqu'il tentait de contrarier ses envies existentielles, des idées explosives s'accumulaient dans son esprit formant de gros nuages qui n'avaient qu'une vocation : éclater !
Lentement, une colère irraisonnée montait en lui, une rébellion contre un Dieu abstrait lui faisait serrer les poings, son esprit plasmique convoquait des atomes électriques à se frotter les uns contre les autres, ses neurones s'échangent leur charge et sans aménité bourdonnaient au sommet comme en temps de guerre.
De nombreux doutes émergeaient : il accusait sa nouvelle existence d'être tenue par la commisération de braves gens et de vivre aux crochets une société qui s'était organisée pour voler la dignité de chacun de ses rebels en les soulant à ses mamelles anesthésiantes. Il agit et décidait de ne plus retourner au centre de la rue Pigalle. Dorénavant, il se méfierait toujours de sa faiblesse et ne dormirait plus jamais au même endroit pour ne plus encourir le risque de domestication. David était lucide : pour se préserver de son encroutement, l'autodestruction était la seule route qui était viable. Dans le dortoir, ce matin de janvier, il rassemblait ses affaires au pied du lit, il avait le même sac qu'à son départ plus une brosse à dents neuve que le centre lui avait offert. Dans la rue, ce jour de semaine, les gens étaient agités et vaquaient à leur occupation, totalement indifférents, la rue puait, comme d'habitude, mais la journée n'était pas froide. Cette indifférence grouillante donnait à David une tranquille assurance à se perdre dans les méandres de ses pensées. Il se mit en recherche d'un endroit un peu moins sordide que son parking traditionnel. Les nuits étaient devenues plus clémentes, la perspective du froid n'était plus si impressionnante. David avait besoin d'expulser sa colère, il se mit à battre le pavé toute la matinée. Dans les rues de Paris, son estomac émettait des bruits éloquents, mais David choisit de les ignorer cette fois, la question n'était pas de survivre. Vers midi, après avoir zigzagué énormément, il arrivait place de la Nation, David à deux pas du bois de Vincennes, décidait alors de quitter la ville et de franchir le panneau où il y avait écrit Paris.
Il avait entendu certains de ses compagnons parler de ces bois, c'était un bon endroit pour se mettre au vert, une sorte de résidence de campagne pour squatteur urbain. Il se convainc donc qu'il fallait essayer. La vie champêtre avait certainement des avantages qu'il ne soupçonnait pas. Il commençait à s'enfoncer dans la forêt à la recherche d'une éventuelle hutte dont il pourrait s'inspirer pour commencer à construire sa propre maison, il aperçut une sorte d'agglomération, un feu fumait et une demi-douzaine de personnes buvaient de bière et mangeait un barbecue. Pourtant, il ne s'agissait pas exactement des affreuses beuveries des rues de Paris mais on croyait plutôt à une sorte de garden-party de l'aristocratie en place. Fallait-il même parler encore de sans domiciles ? Ils avaient construit ça et la des sortes de bidonvilles pavillonnaires. Certains vivaient ici avec femme et enfant, comme des Robinson Crusoé, tout avait été improvisé, pourtant l'architecture retrouvait ici ses fondamentaux. Autour de valeur ancestrale, la famille était la structure de base, on se reposait sur un père trappeur et une mère fouineuse. David s'approcha du campement pour constater le détail de l'assemblage, une famille vivait dans un assemblage fait de trois planches. Il comprit ce que ce genre de construction impliquait de patience, pour grotesque que puisse paraitre cette maison, IKEA aurait pu s'inspirer de son originalité, de plus près il s'aperçut qu'il s'agissait d'une caravane devenue totalement sédentaire. Les murs étaient en tôles cintrées et bien que ce ne soit pas très épais pour isoler, le logement était d'un confort bien supérieur à ceux qui n'avaient vraiment pas de toit et dormaient à même le sol, il n'y avait même pas de comparaison. Un landau était garé devant la cabane et conférait à l'ensemble une étrange impression de "Home, Sweet Home ". L'homme qui l'avait aperçu invectiva David en plein dans son inspection : "C'est une propriété privée ici !"
David ne sut d'abord pas quoi répondre à ce type, il eut d'abord envie de sourire à propos de la propriété privée, mais se contint et garda son sérieux pour ne pas être blessant. Manifestement, il se trouvait face à un brave type, la moustache le prouvait, taillée avec soin, la moustache n'était pas un détail anodin et trahissait une certaine idée de la dignité prolétaire.
David inventa vite un mensonge : "Je regardais simplement votre construction. Figurez vous que je suis journaliste et même si je sais que vous allez me trouver fou, mais je cherche à faire un reportage sur les sans-domiciles en vivant les choses de l'intérieur. J'aimerais bien vous poser quelques questions si vous le voulez bien ?"
Le type ne sembla pas réagir à ce baratin, surpris de cette présentation incongrue, il ne savait visiblement pas comment il fallait réagir. La situation cocasse, et cette improbable improvisation mit David en verve, il poursuivit : "Vous savez je suis assez admiratif de votre talent d'architecte, comparé à tout ce que j'ai vu jusqu'à présent, ce n'est pas mal du tout" -- la flatterie était assez grossière mais le type sembla gober -- "Je comptais m'installer dans ces bois, pour voir, vous auriez pas des tuyaux à me filer ?"
Alors l'homme parti d'un rire assez fort, si fort qu'il du s'appuyer sur un arbre pour ne pas tomber, puis il regarda méchamment David. "Tu crois peut-être que je n'ai rien d'autre à foutre que de répondre à un putain de journaliste de mes couilles ? Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Tu ne vois pas que tout est là mon vieux ? J'ai rien à t'expliquer et puis franchement, j'en ai rien à secouer que les bourgeois se paluchent en regardant ma cabane pour se donner des frissons. Fous-moi la paix ! Comment que tu crois que j'ai fait ? Je me suis démerdé, c'est tout." Il cherchait à ajouter quelque chose, mais cette grande tirade semblait l'avoir épuisé. Il termina "Oui, c'est tout. C'est tout. Alors je te conseille de faire la même chose : tu te démerdes " David prit note du message et passa son chemin, riant de son mensonge et admirant son aplomb. Il était inutile de chercher à discuter, à moins de vouloir se prendre une châtaigne. David partit droit en avant. Les tribulations pétaradantes de Paris n'étaient plus qu'un lointain écho, on pouvait se croire évadé, ici dans la nature, les chemins sont longs comme des vies et l'on y avance, oubliant son passé et ne sachant pas son futur. Après quelques heures, ivre d'avoir trainé si longtemps ses pieds dans les feuilles mortes, la musique de ses pas le berçait d'une chaleur étrange. Emporté par un kaléidoscope aux couleurs de l'automne, David fit une sorte de rêve, il oubliait tout, qui il était ce qu'il voulait, la ville et ses fantômes, il fallait survivre, c'est à dire avoir suffisamment peur de mourir et croire fort en l'idéal du terrier. David se mit en quête de quelques branches construire son abri pour passer cette nuit, protégé un peu au moins des monstres imaginaires qui vivaient dans les bois. David retrouvait quelques notes fraiches de son enfance, il se rappelait ses après-midis qu'il avait passé réfugié dans sa cabane, au fond du jardin. Il se rappelait ces moments heureux, c'était une cabane rouge, son père et sa mère ne l'autorisèrent qu'une seule fois à y passer la nuit, pendant un été particulièrement chaud, cette nuit-là, son bonheur avait été complet. D'ailleurs David ne se souvenait pas d'un seul autre moment dans sa vie où il s'était senti si libre, même adolescent, jamais. Très vite les branchages commencèrent à former une sorte de hutte et cette édification si rapide, cette production si animale de son terrier réjouit David énormément.
Loin de la civilisation, il s'assit sous un arbre pour attendre la nuit, il se mit à réfléchir. Il se rendit compte qu'il n'avait accédé à se liberté que depuis qu'il était seul et que personne ne l'attendait nulle part. Dans cet endroit était immensément plus calme que sous les ponts. Il ne bougeait pas, avant que le jour ne se couche, il écouta le bruit des premiers oiseaux, enfin sortis de leur torpeur hivernale, à mesure que le soleil descendait, la forêt se vidait de tous ces bruits.Au loin des gens promenaient leur chien, et le monde laissait David à sa méditation. Sans qu'il comprît pourquoi, David demeura immobile ici, sage, le mouvement devenu inutile. Il se perdit dans des idées qu'il n'eut pas pu exprimé avec des mots pourtant il eu la sensation d'une profonde certitude. Il avait fait le bon choix, il n'était que l'arme d'un Dieu malin qui avait pensé remettre de l'ordre dans ce monde.
Le lendemain, David avait exceptionnellement bien dormi et se sentait de nouvelles énergies pour agir. Et se sentait d'appliquer plus conséquemment sa justice. Bien sûr il fallait mettre un peu plus de moyens. Dans les kiosques à journaux, David espérait que l'on commence à parler de son oeuvre. Dans le 11e, il furetait dans les maisons de presses à la recherche de sa célébrité, dans les pages du Parisien il cherchait une recrudescence du vandalisme sur les 4x4 mais il ne trouvait rien, le kiosquier le pressa pour qu'il achète le journal avant d'avoir éventé entièrement les faits divers. David, énervé acheta le journal, et se mis sur un banc, il apprit les résultats des matchs de foot du PSG, mais rien absolument rien sur un vengeur qui sillonnerait les rues de Paris, aucune trace de ses actions, même en dernière page. Quantitativement, il fallait comprendre, peut-être des centaines de pneus étaient éventrés quotidiennement dans les rues parisiennes, comment savoir, pour des raisons de voisinage, il n'en avait aucune idée. Ménard n'était qu'un insigne insecte que Paris négligeait absolument,car même avec une centaine de pneus crevés à son actif, il n'y avait pas de quoi faire la une, David demeurait tel un moustique collé sous la semelle de Paris, vermine entre deux planches il roulait sa bosse comme tant d'autres cafards dans les sous bassement de la cité, inquiète, la fourmilière trop occupée à son industrie, transpirait de noires vapeurs dans l'air moribond, ignorait encore qu'en son sein, peut-être un fou, peut-être un saint, David Ménard était avenu. Pas même un flic ne lui avait couru après, lorsqu'il avait commis un de ses méfaits. Tout le monde s'en foutait. Il fallait qu'il passe à la vitesse supérieure, on ne lui en laissait pas le choix : vedette des commissariats ce n'était pas suffisant, sur le chemin de la célébrité David Ménard était au point de départ. Il y avait toujours ce vieux démon pendu à son oreille qui lui criait : "Tu es parce que tu fais, celui dont on ne parle pas, n'existe pas". En conséquence, il se résolut à frapper un peu plus fort.
L'opinion publique était loin de se préoccuper d'un tel éventreur de pneu et était bien compréhensible, c'était beaucoup trop bon marché, de plus son anonymat n'arrangeait rien à l'affaire. David se mit à penser à la théâtralisation du crevage de pneu. Sur ce point les vestiges de son ancienne vie lui furent assez précieux, David savait par expérience que pour provoquer une bonne publicité il fallait user de symboles, raccourci pour l'imagination, les villes qui brûlent parlent plus à la conscience, il fallait aussi tirer sur la peur des pauvres hères : "Et si ça m'arrivait à moi". Ainsi tout le monde se sentirait concerné. Ainsi pour devenir l'ennemi public numéro un, il n'est pas du tout nécessaire de devenir le plus tueur le plus efficace mais de manipuler les symboles. La conclusion était la suivante, il était tout à fait possible de se faire connaitre à la seule condition de dramatiser ses actions. David, comme un animal, se prenait la tête et la retournait dans tous les sens, c'était évident, ses journées oiseuses étaient devenues insensées, la fuite en avant était la seule solution. Il fallait bruler des 4x4 et devenir un héros. De fait, il ne disposait plus d'aucune autre option pour modifier le futur et le monde. Son objectif se clarifiait peu à peu, il était double, ce qu'il voulait c'était d'abord exister et modifier de façon significative le monde, et savourer ce luxe qu'aucun de ses collègues n'avait jamais pu s'offrir ni propriétaires, ni marié, ni salarié, ni clochards. Il portait un projet d'espoir et de libération sous la chape d'un monde si gris si dense et si concret qu'il ne pouvait plus tolérer les vies folles. David voulait qu'on sache qu'il existait des sapeurs actifs dans les entrailles de la société, des elfes malades toussaient dans ses boyaux, inlassablement rongeaient les fondations et qui fatalement tueraient un jour entièrement la civilisation. Inéluctable, fatal, une seule conclusion, la civilisation agonisait. Les héros avaient déserté le monde, que des engrenages très fonctionnels, il lui fallait seulement passer à la vitesse supérieure, jusqu'à présent les décisions avaient été faciles, la difficulté venait quand il fallait assumer.
Il fit appel au marketing, le premier élément important d'une bonne renommée consiste d'abord à se trouver une griffe, une sorte de signature. Les crimes sont toujours moins minables quand il sont revendiqués car dès lors ils peuvent représenter une certaine forme de justice, à l'instar des intégristes musulmans, Ben Laden c'est comme une marque déposée, une sorte de Coca-Cola du terrorisme. Le trait principal d'une marque est sa signature.Il réfléchit un moment, au surnom qu'il adopterait dans sa vie de vengeur masqué, un peu fiévreux, il griffonna quelques idées et trouva vite un nom de scène, "Celui qui vous regarde", désormais, il signerait ses attentats en laissant cet énigmatique "Celui qui vous regarde", certainement que certains inspecteurs dans leur vie morose à la recherche de piteux trafiquants baignant dans leur argent aimeraient mieux se sortir de leur routine à la recherche de « Celui qui vous regarde."
Les actions de David prêtaient à sourire : que valaient ses viles crevaisons de pneus quand la Une des journaux ne cédait la place au terrorisme et à la guerre que lorsque les parcmètres dormaient en paix ?
David espérait qu'on parle de lui, mais il savait qu'il ne fallait surtout pas s'impatienter, la lenteur peut mener au désespoir, mais maintenant, il avait le temps ! Il fallait être philosophe. Par un hasard heureux David avait conservé sa carte de bibliothèque, ce qui lui permettait de tromper l'ennui de ses longues journées dans un endroit confortable, à cet endroit , il épluchait le Parisien, depuis qu'il s’était fatigué de lire l'actualité trop intellectuelle des journaux trop analyste, la rubrique des chiens écrasés faisait sa joie. Et rien : pas l'ombre d'un écorcheur de pneu. Ce genre de sévices trop minable pour figurer même en dernière page du Parisien, n'était même pas digne d'un fait divers. David devait passer à la vitesse supérieure.
11 mars 2007
Humilité
Au centre d'hébergement de la rue Pigalle, il y avait un vestiaire qui faisait office de salle de bain. Cet endroit était tellement glauque que personne ne l'utilisait, il exhalait un mélange de pisse et de vomi qu'il donnait envie de contribuer d'une galette à la pestilence ambiante. Cependant, pour tous ceux qui était au désespoir de se savonner, on y trouvait des douches, un miroir et même des serviettes de toilettes propres. Cependant, tous les pensionnaires du centre qui avaient un peu d'expérience préféraient éviter de s'y laver. Par exemple, ceux qui étaient rasés, aimaient mieux se doucher à la piscine municipale qui était largement mieux entretenue, en prime, on pouvait même regarder ses semblables sans honte, nus comme au premier jour. De fait, on ne se sentait pas réellement propre au sortir de cette pièce, tout juste débarbouillé. Trop d'alcooliques étaient passés par ici et même les murs étaient imprégnés d'une affreuse puanteur. David contrôla son haut-le-coeur -- qui n'était qu'un réflexe bourgeois -- et prit sa douche, devant la glace, il s'immobilisa. Il lisait depuis combien de temps il trainait dans la rue, ce n'était pas encore un spectre, mais on lisait sa fatigue, chaque ride c'était un mois, probablement que dans quelques années il verrait son corps fourbu s'interroger devant cette même glace. Pouquoi ? Il regardait son reflet et quelqu'un d'inquiétant lui faisait face, des cheveux blancs étaient apparus, sa peau surtout avait terriblement changé, elle était devenue un peu comme celle d'un lézard, sèche et tirée. Ses paupières pesaient tellement qu'elles semblaient trainer des valises de tristesse. Il songeait à cette époque où il se mirait dans le miroir en se félicitant de sa bonne mine, ses souvenirs remontaient auréolés à la surface. Traversant, le miroir, oubliant celui qui lui faisait face, David se réchauffait le coeur en s'imaginant affublé d'une cravate. Sur son corps fatigué, l'effet aurait été grotesque pourtant cela lui procurait une douce sensation. Il pensait au bâton de coton qu'il utilisait pour se nettoyer les oreilles, ici, c'était le vrai symbole du luxe, il aurait aimé se couper les ongles car la crasse s'y était logée et semblait ne plus vouloir décamper.
David sombrait dans la nostalgie et ne parvenait pas à se rappeler les raisons qui avaient causé son départ de la vie "normale", plus exactement il ne savait pas comment il avait réussi à combiné toutes ses idées pour aboutir à ce résultat-là. Il semble que le passé soit comme un puits sans fond pour les jours heureux, il semble que la mémoire soit seulement capable de digérer le bonheur, elle rejette le malheur pour en faire des boules, enfuie dans des replis, prétendant qu'il n'a jamais existé. Cette étrange distorsion entre le passé et le présent contient l'un des plus profonds mystères de la vie, rien ne sera jamais comme vous l'avez espéré car tout ce que vous touchez vous ne l'espérez plus. David ne parvenait pas à faire le lien entre sa conscience douloureuse du présent et les douces rêveries que lui procurait son passé. Il se souvenait avec émotion de quand il reposait sa tête sur des oreillers propres. Depuis qu'il s'était mis en recherche d'une solution, il n'en avait trouvé aucune. La conviction qu'il s'était forgée que l'ascèse était un bon procédé s'était délité en face de ses deux ennemis : le froid et la faim. Il ne lui restait que l'envie masochiste d'aller jusqu'au bout.
Cependant la confrontation avec ses idéaux n'avait pas été totalement vaine, car le monde était devenu plus dense, la métaphore de a jungle urbaine était un fameuse invention, une fois qu'on s'y enfonçait, c'était des myriades d'insectes inédits qu'on rencontrait, en dessous de la surface de classe moyenne, un monde grouillait, il découvrait une douleur qu'il ne savait pas : David n'était plus un révolutionnaire, c'était un explorateur. Quant à devenir sage, il ne prenait de hauteur que très lentement... trop lentement. Le problème était plus infiniment plus complexe, si l'on s'attachait aux "détails".
David avait appris à reconnaitre depuis combien de temps tel ou tel de ses compagnons errait dans la rue. Il avait appris la hiérarchie de la Cour des Miracles. Ici comme ailleurs, il avait des riches et des pauvres et pour faire partie de la classe privilégiée, il fallait avoir toutes ses dents et ne pas tousser trop gras. Gérard, par exemple, était la bonne illustration de ce genre de roi de la rue : à cinquante ans, il se tenait encore droit, il avait une bonne santé et un cerveau pas trop détraqué. On dit bien qu'au royaume des aveugles, les borgnes sont les rois. Les autres, qui n'avaient pas la chance d'être forts, représentaient l'autre caste, ils voyaient leur santé s'écraser sur le pavé, laminés sur le macadam, de braves types étaient devenus des monstres difformes, même leurs mâchoires ne se faisaient plus tout à fait vis-à-vis, mais c'était les dégâts aux cerveaux qui étaient les plus irréversibles, certains laissaient trop de neurones dans l'affaire pour espérer jamais redevenir normal. Au bout de cinq ans seulement, certains ne ressemblaient plus à des êtres humains. Ils chantaient seuls avec leurs bouteilles et marchaient en gueulant en s'enfonçant dans leur nuit mais et on savait qu'ils ne reviendraient plus à la lumière. De fait, il y avait une bonne partie des collègues de David qui était complètement branque. Triste tableau. Gérard était définitivement le meilleur poulain qu'on pouvait trouver.
À l'autre extrémité sociale, un autre type qu'on appelait John venait parfois dans le centre, il n'avait jamais dit son nom, mais les autres qui l'appelaient ainsi. Quand on cherchait du soutien dans un débat d'ivrogne, on disait toujours :"Pas vrai John ?", mais John ne disait rien, à sa manière on l'avait intégré à la famille bien que sa présence soit assez rare, il était trop sauvage. Les nuits où il faisait moins de 0 degré, il se laissait amadouer par les camions de ramassage. Lui, c'était déjà une bête, il fallait lui parler gentiment en lui proposant des barres de céréales avant qu'il ne rentre dans le camion, il s'empiffrait goulument ces barres sans dire merci, ni même regarder dans les yeux celui qui l'avait régalé. Mais personne n'aurait eu l'idée de lui en vouloir, on le traitait comme un chien errant, c'était le mieux à faire, son cerveau était déjà éteint. Arrivé au centre, il se carrait dans son coin, complètement abruti, il ne parlait pas. David n'avait pas encore entendu le son de sa voix bien que ce soit la troisième fois qu'il le voyait. Cet homme le fascinait. John restait prostré dans son coin, il enlevait ses chaussures et s'enlevait en silence la crasse qu'il avait entre les orteils des pieds, grognant à moitié. Il faisait pitié mais il n'avait rien à y faire. David l'avait regardé pendant longtemps, cet homme était proprement effrayant, il ne s'intéressait à rien d'autre qu'à ses pieds. Pour John, la vie était une chose parfaitement inutile. C'était un de ces types qui aurait pu vous fracasser la tête contre un mur pour vous prendre 2 francs, et pour lui c'aurait été légitime. Tout ce qu'il trouvait de bon dans ce bas monde, c'était la nourriture et la chaleur, le reste n'existait pas.
David n'avait pas fini de faire le tour de ce monde, et il commençait à l'aimer, comme un enfant qui aurait soulevé une pierre et qui y aurait aperçu mille insectes bien affairés, le voyage ne faisait que commencer. Cependant, son monde à lui, il ne l'avait pas totalement oublié et les lancinantes tribulations des masses laborieuse gênait encore sa conscience, quelque chose clochait. Comme un chasseur en observation devant ses futures proies, il s'asseyait dans le métro et restait là, à contempler son ancienne vie, mais il ne trouvait pas de réponse, c'était simplement absurde, comme une poule réincarnée en renard, la stupidité de l'industrie humaine l'atterrait : simplement. Ses journées n'étaient pas occupées à grand-chose maintenant. Il avait passé un cap, il avait commencé à mendier, contrairement à ce qu'il croyait, ce n'était pas tellement difficile de renoncer à la dignité de l'argent. La première fois, il s'y prit comme un manche, pas du tout marketing, il se cachait : plus malhabile que honteux , il apprit rapidement les techniques qui font que les gens donnent, prendre une tête débile en même temps qu'un sourire abruti étaient la meilleure recette pour déclencher la pitié et provoquer le don, la mendicité est donc comme le chemin lumineux de la sagesse, humble parmi les humbles, on gravit plus vite quand on semble irrécupérable.
Dans toutes ses activités, David ne travaillait plus du tout, il avait totalement abandonné l'écriture de la biographie de Gérard et restait de long moment dans des transes méditatives, il en était venu à devenir un habitué du centre. Un soir, une fille qui travaillait comme bénévole, vint à sa rencontre. Elle s'appelait Flora. D'habitude les gens du centre évitent de parler trop directement avec leurs "clients" pour ne pas provoquer des esclandres impossibles à canaliser. Tout ce qui dépasse les considérations pratiques comprend en effet le risque d'une explosion d'émotion, d'autant plus violente que la majorité de ceux-là était dans une grande détresse affective, en l'occurrence on bannissait de toute psychologie tout ce qui caractérisait les relations vraies. Cependant, la mine de David et la blessure secrète qui le hantait éveilla la curiosité de Flora. Elle ne le considérait pas comme les autres, d'abord parce qu'il regardait droit dans les yeux, pour elle c'était le signe certain qu'il n'était pas comme les autres. Ce sont d'abord les yeux, des yeux qui ne regardent plus en face, ne veulent plus parler, ils ont honte. Flora le savait, la honte est le sentiment qui est le plus facile à identifier du point de vue comportemental. Quant à l’abonné absent, on vous voit sans vous voir, on vous répond mais sans réfléchir, vous êtes devenu le pauvre bougre qu'on voulait que vous soyez. Pourtant, aucun de ces signes ne s'observait chez David. C'est ce qui la décida à lui adresser la parole. 'Vous ne parlez pas beaucoup mais vous venez régulièrement. Vous cherchez du travail ? ' David fut lui aussi assez surpris que l'on s'adresse à lui de cette manière, il n'y avait ni complaisance dans la question, ni besoin réellement pratique d'y répondre. Cette question n'avait ni une vocation psychologique, ni même une vocation pratique, c'était une saine curiosité.
Flora avait la trentaine et n'était pas franchement jolie suivant les canons en vogue : elle était un peu grosse, brune à la poitrine généreuse, elle avait dans son corps toutes sortes de graisses provenant de fast foods et du chocolat. Pourtant son appétit incontrôlable lui servait aussi pour "croquer la vie", résolument gaie, elle ne riait pas seulement pour "proagir" sur son bonheur. Elle était profondément assurée d'être bonne et utile en donnant de son temps. Elle avait aussi une force d'honnêteté proprement désarçonnante. Elle ne s'en attribuait aucun mérite, le mensonge la fatiguait disait-elle, c'était physiologique, parce qu'elle n'avait personne à dorloter chez elle, elle se sentait utile ici. Entendant qu'elle cesserait si elle devait d'occuper d'une famille, elle n'avait pas de mérite prétendait-elle parce qu'il était maladif chez elle de s'occuper de quelqu'un. David écoutait ses confessions un peu surprises de s'entendre dire ces choses, comme si le visage défait qu'il avait aperçu dans le miroir inspirait la confiance. David ne disait rien, il écoutait simplement, par un étrange réflexe, il n'avait plus besoin d'extérioriser sa colère.
David décidait de s'ouvrir de sa perception du monde à Flora. David lui fit part de son aversion pour les masses laborieuses, Flora approuva globalement tout ce qu'il pensait. Avec un peu d'empressement, elle surenchérit de banalités et se mit à parler de politique dénonçant un scandale perpétuel, les riches, les pauvres, etc. Flora avait les idées politiques assez brouillonnes, mais nul doute qu'elle se foutait pas mal de la politique, son être restait encore centré sur le bon sens. David l'écoutait presque l'indifférent dans sa théorie, sans espoir de ne rien apprendre, par contre, il fut touché de la justesse de ses observations psychologique. Pourtant, pour stérile qu'il soit de dénoncer l'injustice, Flora avait en elle une forme de solution, c'est-à-dire que son discours relativement convenu lui conférait une sorte d'imperméabilité à la pensée extérieure et lui permettait de s'assumer entièrement dans ce qu'elle était profondément. David fut happé par l'envie de dire : "Quel monde merveilleux". Ils discutèrent pratiquement deux heures, c'était principalement Flora qui parlait, David se bornait à jouer le psychanalyste, acquiesçant de temps à autre. David, pendant les longs monologues de Flora, fixait son attention sur ses seins débonnaires.
David sombrait dans la nostalgie et ne parvenait pas à se rappeler les raisons qui avaient causé son départ de la vie "normale", plus exactement il ne savait pas comment il avait réussi à combiné toutes ses idées pour aboutir à ce résultat-là. Il semble que le passé soit comme un puits sans fond pour les jours heureux, il semble que la mémoire soit seulement capable de digérer le bonheur, elle rejette le malheur pour en faire des boules, enfuie dans des replis, prétendant qu'il n'a jamais existé. Cette étrange distorsion entre le passé et le présent contient l'un des plus profonds mystères de la vie, rien ne sera jamais comme vous l'avez espéré car tout ce que vous touchez vous ne l'espérez plus. David ne parvenait pas à faire le lien entre sa conscience douloureuse du présent et les douces rêveries que lui procurait son passé. Il se souvenait avec émotion de quand il reposait sa tête sur des oreillers propres. Depuis qu'il s'était mis en recherche d'une solution, il n'en avait trouvé aucune. La conviction qu'il s'était forgée que l'ascèse était un bon procédé s'était délité en face de ses deux ennemis : le froid et la faim. Il ne lui restait que l'envie masochiste d'aller jusqu'au bout.
Cependant la confrontation avec ses idéaux n'avait pas été totalement vaine, car le monde était devenu plus dense, la métaphore de a jungle urbaine était un fameuse invention, une fois qu'on s'y enfonçait, c'était des myriades d'insectes inédits qu'on rencontrait, en dessous de la surface de classe moyenne, un monde grouillait, il découvrait une douleur qu'il ne savait pas : David n'était plus un révolutionnaire, c'était un explorateur. Quant à devenir sage, il ne prenait de hauteur que très lentement... trop lentement. Le problème était plus infiniment plus complexe, si l'on s'attachait aux "détails".
David avait appris à reconnaitre depuis combien de temps tel ou tel de ses compagnons errait dans la rue. Il avait appris la hiérarchie de la Cour des Miracles. Ici comme ailleurs, il avait des riches et des pauvres et pour faire partie de la classe privilégiée, il fallait avoir toutes ses dents et ne pas tousser trop gras. Gérard, par exemple, était la bonne illustration de ce genre de roi de la rue : à cinquante ans, il se tenait encore droit, il avait une bonne santé et un cerveau pas trop détraqué. On dit bien qu'au royaume des aveugles, les borgnes sont les rois. Les autres, qui n'avaient pas la chance d'être forts, représentaient l'autre caste, ils voyaient leur santé s'écraser sur le pavé, laminés sur le macadam, de braves types étaient devenus des monstres difformes, même leurs mâchoires ne se faisaient plus tout à fait vis-à-vis, mais c'était les dégâts aux cerveaux qui étaient les plus irréversibles, certains laissaient trop de neurones dans l'affaire pour espérer jamais redevenir normal. Au bout de cinq ans seulement, certains ne ressemblaient plus à des êtres humains. Ils chantaient seuls avec leurs bouteilles et marchaient en gueulant en s'enfonçant dans leur nuit mais et on savait qu'ils ne reviendraient plus à la lumière. De fait, il y avait une bonne partie des collègues de David qui était complètement branque. Triste tableau. Gérard était définitivement le meilleur poulain qu'on pouvait trouver.
À l'autre extrémité sociale, un autre type qu'on appelait John venait parfois dans le centre, il n'avait jamais dit son nom, mais les autres qui l'appelaient ainsi. Quand on cherchait du soutien dans un débat d'ivrogne, on disait toujours :"Pas vrai John ?", mais John ne disait rien, à sa manière on l'avait intégré à la famille bien que sa présence soit assez rare, il était trop sauvage. Les nuits où il faisait moins de 0 degré, il se laissait amadouer par les camions de ramassage. Lui, c'était déjà une bête, il fallait lui parler gentiment en lui proposant des barres de céréales avant qu'il ne rentre dans le camion, il s'empiffrait goulument ces barres sans dire merci, ni même regarder dans les yeux celui qui l'avait régalé. Mais personne n'aurait eu l'idée de lui en vouloir, on le traitait comme un chien errant, c'était le mieux à faire, son cerveau était déjà éteint. Arrivé au centre, il se carrait dans son coin, complètement abruti, il ne parlait pas. David n'avait pas encore entendu le son de sa voix bien que ce soit la troisième fois qu'il le voyait. Cet homme le fascinait. John restait prostré dans son coin, il enlevait ses chaussures et s'enlevait en silence la crasse qu'il avait entre les orteils des pieds, grognant à moitié. Il faisait pitié mais il n'avait rien à y faire. David l'avait regardé pendant longtemps, cet homme était proprement effrayant, il ne s'intéressait à rien d'autre qu'à ses pieds. Pour John, la vie était une chose parfaitement inutile. C'était un de ces types qui aurait pu vous fracasser la tête contre un mur pour vous prendre 2 francs, et pour lui c'aurait été légitime. Tout ce qu'il trouvait de bon dans ce bas monde, c'était la nourriture et la chaleur, le reste n'existait pas.
David n'avait pas fini de faire le tour de ce monde, et il commençait à l'aimer, comme un enfant qui aurait soulevé une pierre et qui y aurait aperçu mille insectes bien affairés, le voyage ne faisait que commencer. Cependant, son monde à lui, il ne l'avait pas totalement oublié et les lancinantes tribulations des masses laborieuse gênait encore sa conscience, quelque chose clochait. Comme un chasseur en observation devant ses futures proies, il s'asseyait dans le métro et restait là, à contempler son ancienne vie, mais il ne trouvait pas de réponse, c'était simplement absurde, comme une poule réincarnée en renard, la stupidité de l'industrie humaine l'atterrait : simplement. Ses journées n'étaient pas occupées à grand-chose maintenant. Il avait passé un cap, il avait commencé à mendier, contrairement à ce qu'il croyait, ce n'était pas tellement difficile de renoncer à la dignité de l'argent. La première fois, il s'y prit comme un manche, pas du tout marketing, il se cachait : plus malhabile que honteux , il apprit rapidement les techniques qui font que les gens donnent, prendre une tête débile en même temps qu'un sourire abruti étaient la meilleure recette pour déclencher la pitié et provoquer le don, la mendicité est donc comme le chemin lumineux de la sagesse, humble parmi les humbles, on gravit plus vite quand on semble irrécupérable.
Dans toutes ses activités, David ne travaillait plus du tout, il avait totalement abandonné l'écriture de la biographie de Gérard et restait de long moment dans des transes méditatives, il en était venu à devenir un habitué du centre. Un soir, une fille qui travaillait comme bénévole, vint à sa rencontre. Elle s'appelait Flora. D'habitude les gens du centre évitent de parler trop directement avec leurs "clients" pour ne pas provoquer des esclandres impossibles à canaliser. Tout ce qui dépasse les considérations pratiques comprend en effet le risque d'une explosion d'émotion, d'autant plus violente que la majorité de ceux-là était dans une grande détresse affective, en l'occurrence on bannissait de toute psychologie tout ce qui caractérisait les relations vraies. Cependant, la mine de David et la blessure secrète qui le hantait éveilla la curiosité de Flora. Elle ne le considérait pas comme les autres, d'abord parce qu'il regardait droit dans les yeux, pour elle c'était le signe certain qu'il n'était pas comme les autres. Ce sont d'abord les yeux, des yeux qui ne regardent plus en face, ne veulent plus parler, ils ont honte. Flora le savait, la honte est le sentiment qui est le plus facile à identifier du point de vue comportemental. Quant à l’abonné absent, on vous voit sans vous voir, on vous répond mais sans réfléchir, vous êtes devenu le pauvre bougre qu'on voulait que vous soyez. Pourtant, aucun de ces signes ne s'observait chez David. C'est ce qui la décida à lui adresser la parole. 'Vous ne parlez pas beaucoup mais vous venez régulièrement. Vous cherchez du travail ? ' David fut lui aussi assez surpris que l'on s'adresse à lui de cette manière, il n'y avait ni complaisance dans la question, ni besoin réellement pratique d'y répondre. Cette question n'avait ni une vocation psychologique, ni même une vocation pratique, c'était une saine curiosité.
Flora avait la trentaine et n'était pas franchement jolie suivant les canons en vogue : elle était un peu grosse, brune à la poitrine généreuse, elle avait dans son corps toutes sortes de graisses provenant de fast foods et du chocolat. Pourtant son appétit incontrôlable lui servait aussi pour "croquer la vie", résolument gaie, elle ne riait pas seulement pour "proagir" sur son bonheur. Elle était profondément assurée d'être bonne et utile en donnant de son temps. Elle avait aussi une force d'honnêteté proprement désarçonnante. Elle ne s'en attribuait aucun mérite, le mensonge la fatiguait disait-elle, c'était physiologique, parce qu'elle n'avait personne à dorloter chez elle, elle se sentait utile ici. Entendant qu'elle cesserait si elle devait d'occuper d'une famille, elle n'avait pas de mérite prétendait-elle parce qu'il était maladif chez elle de s'occuper de quelqu'un. David écoutait ses confessions un peu surprises de s'entendre dire ces choses, comme si le visage défait qu'il avait aperçu dans le miroir inspirait la confiance. David ne disait rien, il écoutait simplement, par un étrange réflexe, il n'avait plus besoin d'extérioriser sa colère.
David décidait de s'ouvrir de sa perception du monde à Flora. David lui fit part de son aversion pour les masses laborieuses, Flora approuva globalement tout ce qu'il pensait. Avec un peu d'empressement, elle surenchérit de banalités et se mit à parler de politique dénonçant un scandale perpétuel, les riches, les pauvres, etc. Flora avait les idées politiques assez brouillonnes, mais nul doute qu'elle se foutait pas mal de la politique, son être restait encore centré sur le bon sens. David l'écoutait presque l'indifférent dans sa théorie, sans espoir de ne rien apprendre, par contre, il fut touché de la justesse de ses observations psychologique. Pourtant, pour stérile qu'il soit de dénoncer l'injustice, Flora avait en elle une forme de solution, c'est-à-dire que son discours relativement convenu lui conférait une sorte d'imperméabilité à la pensée extérieure et lui permettait de s'assumer entièrement dans ce qu'elle était profondément. David fut happé par l'envie de dire : "Quel monde merveilleux". Ils discutèrent pratiquement deux heures, c'était principalement Flora qui parlait, David se bornait à jouer le psychanalyste, acquiesçant de temps à autre. David, pendant les longs monologues de Flora, fixait son attention sur ses seins débonnaires.
25 février 2007
Enlgand, England (2)
Après toutes les mousses que je m'étais déversées dans le gosier, j'étais assez guilleret, et même, si je te dis la vérité : je planais complètement. Mais bien sûr, c'était un état temporaire, le monde hostile m'attendait au dehors et en l'occurrence il valait mieux que je dessoule mon vin illico, autrement, Londres me ferait payer le prix fort pour mon improvisation. D'abord, je suis sorti de mon rêve de bière et je me suis rendu compte que je n'avais pas d'endroit où dormir. Je n'avais pas fait de repérage et je n'avais même pas la moindre idée d'où j'allais ranger mon cul cette nuit. Comme un bleu, j'étais sous l'effet de d'un coup de jeune, comme on dit, insouciant et optimiste et je pensais que les choses me tomberaient tout cuit dans le bec mais je me gourrais. Pas besoin de te faire un dessin. Tu sais, la survie des SDF se ressemble assez d'un pays à un autre, en Angleterre ou à Paris, il n'y a pas à tortiller, là dessus, y'a pas de vacances qui tiennent, Londres ou pas Londres, c'est égal, il faut dire ce qui est, j'avais négligé mes arrières et je devais passer à la caisse. Comme disait ma mère je manquais de plomb dans la cervelle. Pour commencer la liste de mes soucis, j'avais caché tout mon bordel de survie près d'un parking dont je n'avais même pas noté l'adresse : j'avais pensé que ma mémoire suffirait, mais je dois reconnaitre, les douze binouzes à la suite m'avaient un peu ramolli ma cervelle et j'avais du mal à reconnecter mes neurones pour me souvenir des rues qui m'avaient emmené ici, j'ajoute, je n'avais pas semé de caillou non plus. Alors, en sortant du bar, je ne savais plus bien, c'était dur ! Je cuvais mon vin doucement et je mettais du temps à débrouiller mes méninges. En plus, comme la nuit était à couper au couteau, ça n'arrangeait rien, j'avais une de ces trouilles ! Finir à dormir sur le pavé comme un crevard n'aurait pas arrangé mes affaires. Et en première approche, je voulais éviter ce genre de chose : l'Angleterre c'est le pays des skinheads, ces mecs adorent taper sur les clodos pour leurs loisirs. J'ai eu tout le temps pour angoisser et je marchais vite, comme si j'allais croiser Jack l'Éventreur. J'ajoute les brouillards de Londres c'est grandiose, mais ça fout les foies. Au final, j'ai dû faire deux fois le tour de Londres avant de retrouver ma planque et mes affaires de couchage, mais quand je suis finalement arrivé à bon port, j'ai fait : Ouf ! J'ai été tellement content que ça m'a libéré d'un coup et les bières en patience dans ma vessie se sont réveillées aussi. J'ai dû pisser contre le mur pendant trois bonnes minutes sans m'arrêter. Rien que du bonheur ! Nom de Dieu ! Comme c'était bon! Pendant ces trois minutes,j'oubliais où j'étis et je me concentrais sur ma bistouquette, de ma bite au mur je restais focalisé pendant quelques instants dans ce monde qui tanguait de partout. Au moins je pissais encore droit et je me rassurais. J'ai pris mon paquetage et j'ai essayé de m'installer, mais c'était tout humide, dans le brouillard, on n’était nulle part au sec. Alors, je dépliais, je repliais mes couvertures et mes couettes, c'était jamais confortable, je pestais avec mes deux mains gauches et j'y arrivais pas du tout. C'est bien simple, Londres s'était ligué contre moi, et rien ne fonctionnait correctement : alors je grelotais. Ah ouais ! On n’était pas au tropique, mec, c'était l'évidence. Moi, ça me rendais fou, j'étais crevé et mes mains commençaient à faire des noeuds, je ne comprenais rien, c'était foutu. A la fin, je décidais qu'il valait mieux lever le camp et me mettre en route, j'éviterais de congeler et puis le jour n'allait pas tarder à se lever... Tu comprends mon pote ! Il ne faut jamais se relâcher, c'est une bonne leçon ! Finalement, à six heures du matin, j'ai trouvé un coin chaud, près du conduit de chauffage d'un immeuble, le bruit était horrible mais l'air était sec. J'ai dormi comme un bébé. J'étais tellement crevé de mon exploit que le boucan ne dérangeait même pas et ça m'a permis de rêver tout en Français et tu peux pas savoir combien j'étais content.
J'ai surement fait des cauchemars aussi mais ceux-là étaient en anglais. L'expérience londonnienne commençait difficilement, faut reconnaitre, et j'avais envie de revoir la France. J'en chiais, mec ! Je relativisais surtout pour la langue. On a beau jeu dire que les riches c'est que des enculés, mais ils ont du souffrir pour parler ce javanais . Moi, je ne suis qu'un petit escroc mais si j'avais été le vrai Gérard Glucks, il aurait fallu que je passe deux ans de ma vie à Boston avec un tas de Zoulous qui ne parle qu'anglais, en plus il aurait fallu que je suive des cours le management ! Tu vois le tableau ! La vie qu'on m'avait fait sur le CV, même si elle avait une certaine classe, elle ne devait pas être aussi marrante que je me l'imaginais. Dans ma petite vie, je n'avais pas pensé tout ça. Oh Maman ! Si jamais ils parlaient anglais dans les Antilles, c'est là bas que j'irai la prochaine fois et au moins j'aurai chaud.
Le jour suivant, il faisait beau, le ciel était bleu et je suis resté longtemps à dormir pour récupérer de ma soulerie. Je ne l’avais pas volé, je m'accordais le calme après la tempête comme on dit. Je me suis assis sur un banc et puis j'ai regardé tout le peuple des travailleurs partir au boulot, c'était très agréable et moi, ça me calmait. Je me souviens, quand j'avais une télé, je regardais les reportages du Nationale Geographic sur la cinquième chaine, on y voyait des crocodiles qui bouffaient des éléphants et des trucs de ce genre. J'adorais regarder la vie des prédateurs, et même que pendant ces moments là ma femme, elle me lassait tranquille . Depuis que je suis devenu un clodo, je n'ai plus ma télécommande pour zapper, mais je n'ai qu'à m’asseoir sur un banc et c'est un peu comme à la télé, sauf que des mecs en costards ont remplacé les crocodiles, les balayeurs, c'était les buffles, le zoo est dans la ville et c'est mieux que de faire du tourisme. Je décidais qu'il valait mieux que je consacre cette journée à prendre mes repères dans cette ville pour ne pas reproduire mon expérience de la nuit passée. C'est très grand Londres, et j'ai marché pratiquement toute la journée sans jamais repasser sur mes pas. J'apprenais à l'anglais au goutte-à-goutte en demandant mon chemin, et puis je mendiais aussi. J'essayais d'y mettre de la bonne volonté, mais cette foutue langue ne voulait pas rentrer dans ma caboche. Je suis trop vieux pour ces conneries, David ne peut pas comprendre parce qu'il est trop jeune, à son age on croit que tout est toujours possible. C'est ça l'espoir. C'est tant mieux, mais ça dure pas toujours, regarde-moi ! Sans chercher à faire dans le mélo, je suis pathétique, t'as qu'à me regarder discuter avec ces angliches de merdes, et tu comprends tout de suite que je suis qu'un clown. C'est bien beau d'avoir des théories comme le David, mais il faut se rendre à l'évidence ! David, il a lu trop de bouquins ! Si tu mets un peu le nez dans la réalité, tu te rends compte que ce n’est pas comme ça. Je sais que c'est pas intellectuel mon point de vue, pourtant, tu peux me raconter tout ce que tu veux de théories à la con, du communisme, du capitalisme, du truc-machin-isme... Si je suis à faire la manche, c'est parce que je suis un boeuf, autrement dit, je l'ai mérité. Traite-moi de pauvre type, au fond t'as raison.
Je me posais des tas de questions : des questions pratiques et des interrogations existentielles, elles se bousculaient au portillon, c'était un peu tard pour un bilan, mais dans l'ensemble, je ne tirais qu'une seule conclusion : j'étais un nul et j'étais triste.Dans ma promenade, j'ouvrais mes mirettes pour me sortir un peu de mes idées noires mais malheureusement ça ne changait rien à l'affaire. J'ai monté une espèce de colline avec des maisons colorées c'était très joli : On appelait ça Notting Hill. Je suis rentré dans une épicerie Indienne pour me trouver de quoi grailler, le type à la caisse, bien bazané, il avait l'air très sérieux, il ressemblait pas du tout au genre de sauvage que j'avais inventé devant Mondoval, en fait, ce type était tout l'inverse d'un fanfaron, presque un triste sire. J'ai pas chercher à lier conversation, visiblement son seul problème c'était de remplir la caisse.
Etrange, je ne croyais pas que j'avais des racines à Paris, mais en core c'était faux, SDF ou Homeless, ça n'a rien à voir. Les jours passaient et mon anglais se développais pas beaucoup, je pédalais dans la choucroute, même quand je passais ma journée à ne rien faire, je m'endormais épuisé comme si j'avais vu beaucoup trop de choses. Drôle d'impression : le sol tournait sous mes pieds et tout me devenait égal, j'allais dans un parc, j'allais dans le métro, c'était partout le même ailleurs. Tout cela n'avait aucun sens. J'était totalement perdu, je m'en foutais tellement de ce à quoi je ressemblait, que je visitais même les musées, et contrairement à ce que je croyais, c'était assez intéressant et j'en profitais pour rassasier ma fringale de Francais, quand je lisais l'intégralité des petits écriteaux qui disaient d'ou venait telle momie, tel sarcophage ou bien qui avait peint le tableau, j'éprouvais un étrange confort je me sentais un peu plus chez moi.Là-dedans les gens me laissaient tranquille, il prétaient pas attention à mes fringues, ils regardaient les détail les tableaux et il s'en foutaient du reste, c'était idéal, en ce qui me concerne, j'avais l'impression d'être un peu plus digne que dans la rue. Je me suis juré que j'irai au Louvre quand je rentrerai à Paris. Je me sentais tellement bien, que j'ai essayé de passer la nuit au British Muséum, je m'étais caché derrière une statue statue grecque, et puis je m'étais allongé sans bouger en attendant qu'il ferment le musée. Je croyais que c'était un bon plan, mais les gardiens ont fini par me retrouver. Ils m'ont fait déguerpir très correctement, y'en a un qui m'a dit où je pourrais trouver une soupe populaire, c'étaient des braves types. Je prenais le métro, je butinais à droite à gauche. Mais ça n'allait pas, un soir je me suis mis à chialer dans Hide Parc, j'insultais ce con de David et le pétrin où il m'avait mis !
Je ne pouvais pas avoir deux vies, non ! Comment avais-je pu croire ! j'étais comme un crouton. Triste, je vous dit. On peut dire que j'étais un clodo fini, j'avais plus d'entrain, non, ça m'avait tout bouffé, j'avais qu'une envie : picoler, et me laisser bouffer les foies par le vin, je picolais tout seul parce que je ne trouvais personne avec qui partager ma misère, je ne voyais aucune fenêtre. C'était injuste, oui, parce que tout aurait pu être si différent. Si j'avais pu, je serais parti à la gare pour aller changer mon billet et avancer mon retour pour retrouver ma douce France.
J'ai surement fait des cauchemars aussi mais ceux-là étaient en anglais. L'expérience londonnienne commençait difficilement, faut reconnaitre, et j'avais envie de revoir la France. J'en chiais, mec ! Je relativisais surtout pour la langue. On a beau jeu dire que les riches c'est que des enculés, mais ils ont du souffrir pour parler ce javanais . Moi, je ne suis qu'un petit escroc mais si j'avais été le vrai Gérard Glucks, il aurait fallu que je passe deux ans de ma vie à Boston avec un tas de Zoulous qui ne parle qu'anglais, en plus il aurait fallu que je suive des cours le management ! Tu vois le tableau ! La vie qu'on m'avait fait sur le CV, même si elle avait une certaine classe, elle ne devait pas être aussi marrante que je me l'imaginais. Dans ma petite vie, je n'avais pas pensé tout ça. Oh Maman ! Si jamais ils parlaient anglais dans les Antilles, c'est là bas que j'irai la prochaine fois et au moins j'aurai chaud.
Le jour suivant, il faisait beau, le ciel était bleu et je suis resté longtemps à dormir pour récupérer de ma soulerie. Je ne l’avais pas volé, je m'accordais le calme après la tempête comme on dit. Je me suis assis sur un banc et puis j'ai regardé tout le peuple des travailleurs partir au boulot, c'était très agréable et moi, ça me calmait. Je me souviens, quand j'avais une télé, je regardais les reportages du Nationale Geographic sur la cinquième chaine, on y voyait des crocodiles qui bouffaient des éléphants et des trucs de ce genre. J'adorais regarder la vie des prédateurs, et même que pendant ces moments là ma femme, elle me lassait tranquille . Depuis que je suis devenu un clodo, je n'ai plus ma télécommande pour zapper, mais je n'ai qu'à m’asseoir sur un banc et c'est un peu comme à la télé, sauf que des mecs en costards ont remplacé les crocodiles, les balayeurs, c'était les buffles, le zoo est dans la ville et c'est mieux que de faire du tourisme. Je décidais qu'il valait mieux que je consacre cette journée à prendre mes repères dans cette ville pour ne pas reproduire mon expérience de la nuit passée. C'est très grand Londres, et j'ai marché pratiquement toute la journée sans jamais repasser sur mes pas. J'apprenais à l'anglais au goutte-à-goutte en demandant mon chemin, et puis je mendiais aussi. J'essayais d'y mettre de la bonne volonté, mais cette foutue langue ne voulait pas rentrer dans ma caboche. Je suis trop vieux pour ces conneries, David ne peut pas comprendre parce qu'il est trop jeune, à son age on croit que tout est toujours possible. C'est ça l'espoir. C'est tant mieux, mais ça dure pas toujours, regarde-moi ! Sans chercher à faire dans le mélo, je suis pathétique, t'as qu'à me regarder discuter avec ces angliches de merdes, et tu comprends tout de suite que je suis qu'un clown. C'est bien beau d'avoir des théories comme le David, mais il faut se rendre à l'évidence ! David, il a lu trop de bouquins ! Si tu mets un peu le nez dans la réalité, tu te rends compte que ce n’est pas comme ça. Je sais que c'est pas intellectuel mon point de vue, pourtant, tu peux me raconter tout ce que tu veux de théories à la con, du communisme, du capitalisme, du truc-machin-isme... Si je suis à faire la manche, c'est parce que je suis un boeuf, autrement dit, je l'ai mérité. Traite-moi de pauvre type, au fond t'as raison.
Je me posais des tas de questions : des questions pratiques et des interrogations existentielles, elles se bousculaient au portillon, c'était un peu tard pour un bilan, mais dans l'ensemble, je ne tirais qu'une seule conclusion : j'étais un nul et j'étais triste.Dans ma promenade, j'ouvrais mes mirettes pour me sortir un peu de mes idées noires mais malheureusement ça ne changait rien à l'affaire. J'ai monté une espèce de colline avec des maisons colorées c'était très joli : On appelait ça Notting Hill. Je suis rentré dans une épicerie Indienne pour me trouver de quoi grailler, le type à la caisse, bien bazané, il avait l'air très sérieux, il ressemblait pas du tout au genre de sauvage que j'avais inventé devant Mondoval, en fait, ce type était tout l'inverse d'un fanfaron, presque un triste sire. J'ai pas chercher à lier conversation, visiblement son seul problème c'était de remplir la caisse.
Etrange, je ne croyais pas que j'avais des racines à Paris, mais en core c'était faux, SDF ou Homeless, ça n'a rien à voir. Les jours passaient et mon anglais se développais pas beaucoup, je pédalais dans la choucroute, même quand je passais ma journée à ne rien faire, je m'endormais épuisé comme si j'avais vu beaucoup trop de choses. Drôle d'impression : le sol tournait sous mes pieds et tout me devenait égal, j'allais dans un parc, j'allais dans le métro, c'était partout le même ailleurs. Tout cela n'avait aucun sens. J'était totalement perdu, je m'en foutais tellement de ce à quoi je ressemblait, que je visitais même les musées, et contrairement à ce que je croyais, c'était assez intéressant et j'en profitais pour rassasier ma fringale de Francais, quand je lisais l'intégralité des petits écriteaux qui disaient d'ou venait telle momie, tel sarcophage ou bien qui avait peint le tableau, j'éprouvais un étrange confort je me sentais un peu plus chez moi.Là-dedans les gens me laissaient tranquille, il prétaient pas attention à mes fringues, ils regardaient les détail les tableaux et il s'en foutaient du reste, c'était idéal, en ce qui me concerne, j'avais l'impression d'être un peu plus digne que dans la rue. Je me suis juré que j'irai au Louvre quand je rentrerai à Paris. Je me sentais tellement bien, que j'ai essayé de passer la nuit au British Muséum, je m'étais caché derrière une statue statue grecque, et puis je m'étais allongé sans bouger en attendant qu'il ferment le musée. Je croyais que c'était un bon plan, mais les gardiens ont fini par me retrouver. Ils m'ont fait déguerpir très correctement, y'en a un qui m'a dit où je pourrais trouver une soupe populaire, c'étaient des braves types. Je prenais le métro, je butinais à droite à gauche. Mais ça n'allait pas, un soir je me suis mis à chialer dans Hide Parc, j'insultais ce con de David et le pétrin où il m'avait mis !
Je ne pouvais pas avoir deux vies, non ! Comment avais-je pu croire ! j'étais comme un crouton. Triste, je vous dit. On peut dire que j'étais un clodo fini, j'avais plus d'entrain, non, ça m'avait tout bouffé, j'avais qu'une envie : picoler, et me laisser bouffer les foies par le vin, je picolais tout seul parce que je ne trouvais personne avec qui partager ma misère, je ne voyais aucune fenêtre. C'était injuste, oui, parce que tout aurait pu être si différent. Si j'avais pu, je serais parti à la gare pour aller changer mon billet et avancer mon retour pour retrouver ma douce France.
06 février 2007
England, England ! (I)
J'étais arrivé à Londres. Pour l'occasion, j'aurais pu dire « A nous deux Londres» ou une phrase historique du genre Napoléon, pourtant tout ce qui me venait c'était : "Putain !" Les choses ne faisaient que commencer, mais c'était un début en fanfare !
J'avais pris le train très chic qui passe sous la Manche, celui qu'ils appellent "Eurostar", malheureusement, je n'étais plus déguisé en homme d'affaires pour voyager incognito au milieu des dandys. Je devais assumer, Gégé le clodo était de retour ! Eh oui ! C'est dur de revenir les pieds sur terre on a gouté à la joie du Hugo Boss et je me sentais un petit peu pouilleux avec mon barda de survie que je devais trimballer, c'était un brin puant et encombrant. N'en déplaise aux passagers de première classe qui m'accompagnaient, il fallait bien que je range mes affaires dans les compartiments au dessus des sièges; leurs yeux un peu effrayés me suivaient. C'est normal que ça les défrise les businessmans, mais qu'ils ne se plaignent pas, au moins j'étais propre ! Apparemment, ce n'était pas suffisant, comme au bon vieux temps, les femmes en tailleur détournaient leur regard quand elles croisaient le mien, elles rajustaient leur jupe comme si j'étais un affreux pervers qui préparait un mauvais coup. Je regrettais mon beau costard, c'est sur, mais je ne leur en voulais pas et comme disait David, elles ne pouvaient pas comprendre. Ces animales si domestiques avaient une vie trop rangée et trop ennuyeuse pour pouvoir m'offrir leur indulgence. Et, de toute façon, ce genre de comportement ne me vexait plus, depuis le temps, c'était mon pain ordinaire et j'étais habitué. Alors, comme je n’allais pas bouder mon plaisir non plus à cause de ces précieuses, j'ai déployé mes panards en éventails sur les assises moelleuses et j'ai savouré. C'était confortable, on avait chaud. Oh ! oui, c'était du luxe, et je ne sais même pas pourquoi ils appelaient ça la deuxième classe. Mmmm... Tout cela ressemblait la dernière cigarette du condamné, derniers instants avant que la guerre de l'angliche ne commence et je profitais de mes derniers instants de français. Sur le siège devant moi, par exemple, on se racontait à voix basse une histoire de chat perdu ou quelque chose du genre, je n'écoutais que d'une oreille... Bah, c'était une histoire de bourgeois mais qu'importe, je n’avais pas besoin des sous-titres.
À mon arrivée dans la gare de Londres, les choses ont commencé à se gâter. J'avais amené avec moi une toile de tente car je m'étais méfié -- on ne sait jamais sur quel climat on va tomber --.le problème c'est qu'avec ces histoires j'étais un peu empêtré. D'abord, il fallait passer à travers un portique de sécurité, un truc antiterroriste soi-disant, j'imagine qu'ils voulaient savoir si je ne cachais pas une bombe dans mon slip ! Mais j'ai eu bien du mal avec leur putain de machine ! Elle faisait bip bip à tout bout de champ. Et déjà que j'étais bien emmerdé avec tout mon fourbi, si on ajoute que je ne comprenais rien à ce que le douanier m'expliquait, je faisais le festival pour amuser la galerie. Le type -- qu'avait un chapeau képi ridicule, soit dit en passant -- a eu beau m'expliquer et me faire les gestes pour me montrer, j'avais du mal : Mister, Mister ! Qu'il me disait, je lui faisais « Oui, Oui », et lui il me faisait "No, no !". Quel emmerdeur ! Il voulait que j'enlève ma ceinture, ma montre et même mes godillots, au total il a dû me faire passer dix fois sous le portique avant que j'y arrive. Comme si j'allais mettre une bombe dans mes pompes ! Je crois qu'on me prenait pour un con, ça va que je suis gentil. Tout de même, à la fin, j'ai eu ma vengeance, je ai presque gazé le douanier quand j'ai démoulé mes grolles. Eheh ! Il n'avait qu'à pas me chercher ! Merde alors ! Je faisais ce que je pouvais, je suis français et c'est normal que je bique que tchi à leur langue de rastaquouère... Eux, comme ils étaient tous anglais, ils l'avaient facile.
J'avais l'impression qu'ils étaient en train de mâcher un chewing-gum en même temps qu'ils parlaient. Cette attitude, surement adéquate pour le Rock'n Roll, ne les rendaient pas hospitaliers pour autant, un peu tête à claques, je dirais qu'ils méritaient des beignes ces malpolis qui n'articulaient pas.
Moi je connaissais "Goog morning", "Thank you" et "One again". Étant donné que "One again" ça sert surtout pour le Rock'nRoll, on peut dire que j'avais seulement deux mots dans mon vocabulaire : bonjour et merci, mais au moins, j'avais des bases pour être poli, c'est essentiel ! même si je reconnais que c'est un peu léger pour faire la conversation aux roastbeafs. On ne pas se prendre la tête, il faut bien commencer et c'est justement pour cette raison que je suis venu ici : ça tombe bien. Et puis j'avais mon Joker : pour tous les autres mots, j'avais piqué un petit dictionnaire Français-Anglais dans une librairie. J'étais sur qu'il allait faire des miracles, il ne fallait rien de moins. Il parait que je quand je réussirai à parler cette langue de zoulou, je serai riche. Je suis joueur, je sais...
Je sais pas ce qui fait croire à David je peux apprendre cette langue en quinze jours, moi qui ai quitté l'école à dix-sept ans mais je suppose qu'il a ses raisons. Et si rien ne marche, au moins je m'en serais payé une bonne tranche. Insh'halla, comme dit Mohamed, je voyage gratis aux frais de la princesse... alors je ne m'en fais pas ! Remarque, je ne suis pas venu que pour la ballade non plus. Veni, Vidi... Vici... On verra ! Ce n'est pas un palace qui m'attend : je n'ai que le billet de train mais, pour l'hôtel, il faudra que je m'en fabrique un du même acabit que celui de Paris (c'est pour ça que j'ai les couvertures).
J'ai fait quelques hypothèses. J'imagine que le pavé de Londres est un peu plus froid que celui de la Seine à cause de la latitude, mais selon toute vraisemblance, les ponts d'ici c'est tout aussi confortable qu'à Paris. Et puis comme Londres, c'est une grande ville, les clodos y seront comme partout, j'espérais seulement que la solidarité jouerait entre gens de la même famille, même si l'on sait bien que les British n'on jamais trop aimé les froggies ! J'ai regardé dans mon dico, à SDF, ils marquaient : "Homeless" : ça veut dire sans maison. Putain ! Comme il sont vulgaires les British ! Il te traitent carrément de "Sans maison" ! Nous en France, au moins on est Sans Domicile Fixe, c'est beaucoup mieux. Imaginez ! On a tous des domiciles, y'en a pour tout le monde ! On a qu'un seul problème, c'est qu'ils ne sont pas fixes, ce sont des maisons glissantes, comme les escargots. Et quand on y pense, il suffisait d'une paire de vis pour fixer tous les domiciles des SDF. En France on a des idées... mais revenons à nos moutons
Je n'avais pas vraiment de plan, pas non plus de stratégie. En attendant le train, à Gare du Nord, j'étais tombé sur un guide qui donnait ses suggestions pour un voyage à Londres avant de partir, j'avais pris un peu de temps pour le regarder. Classiquement on me recommandait Big-Ben, Buckingham Palce, Hide Park et les bords de la Tamise (La rivière qui coule à Londres), et puis aussi des tas de musées que j'ai passé rapidement --- les babioles dans les vitrines n'ont jamais été mon truc --- , je pris seulement les adresses. Il y avait aussi Piccadilly Circus et ça m'intriguait, de voir un cirque en plein milieu de la ville ! Le premier jour, j'étais parti pour faire du tourisme, non par passion, mais il fallait bien s'occuper en attendant la nuit, puisque c'est à ce moment-là que les langues se délient. Pour le reste, j'allais bien voir comment on me recevrait.
Ma première impression dans les rues de Londres était qu'il existait une différence de culture notoire : les fameux homeless, n'étaient pas les même qu'à Paris. Ils sont beaucoup plus nombreux et surtout plus jeunes, j'en déduisais que la carrière commençait plus tôt ici, mais j'avais aussi dans l'idée qu'un certain nombre de ceux-là trouvaient qu'il était cool passer sa journée assis en faisant la manche, une bière à la main. Les cons ! J'en voyais pleins qui végétaient, planté comme des abrutis, excuses si je suis aristocrate, mais j'avais du mal à trouver un semblant d'intelligence chez ceux-là ! Ils se faisaient des piercings un peu bizarres partout sur le visage. Pour la difformité, c'était chouette à voir et même si j'avais eu un appareil photo, je crois que je me serais tiré quelques portraits. Comme je me promenais, je notais aussi quelque chose d'intéressant : Londres est plein d'Indiens, je ne sais pas trop pourquoi c'est comme ça, mais, de fait, il y en avait beaucoup plus qu'à Paris. Surmeent que David devait le savoir mais il ne m'en avait rien dit, en tous les cas, à l'occasion, je pourrais apprendre un peu d'hindi, de quoi faire de moi un véritable harki de l’Inde . J'ai commencé par demander mon chemin, je disais : Big-Ben, Big-Ben,. on me montrait la ligne de métro, c'était pas bien difficile, il avait suffi de faire les gestes. Déjà, j'avais appris un nouveau mot, la couleur de la ligne de métro : "green" ça veut dire "vert". J'étais assez fier de moi quand je l'ai noté sur mon carnet.
Quand je suis sorti du métro, j'ai regardé en l'air pour voir Big-Ben. C'était assez chouette, et sur un panneau j'ai compris qu'il y avait un musée à l'intérieur, mais l'entrée coutait 5£. J'ai regardé mes poches, la doite et la gauche : J'avais à peu près peanuts. Surtour qu'à Londres il ne payent pas encore en euro, j'ai pensé qu'il était temps de renflouer ma situation économique et pour avoir un peu d'argent pour boire une mousse ce soir je me suis fait un petit carton pour faire la manche : J'ai écrit dessus : "Good Morning, For to eat, Thank You" et puis j'ai attendu, au bord de la Tamise. Je peux te dire que ça mordait ici, vraiment beaucoup plus qu'à Paris. Les Anglais, faut pas croire, ils sont généreux, c'est pas qu'il donne beaucoup, mais au moins il te regardent normalement, je crois qu'il sont habitués à être plus tolérants. Enfin, je dis ça, ils sont pas tous généreux, le premier mec qui s'est arrêté devant moi, il m'a carrément insulté, enfin, je suis pas sur, en tout les cas, ça me faisait l'effet qu'il m'engueulait . Je n’ai rien compris à ce qu'il me disait et je l'ai laissé dire, bof, ça m'a distrait, et puis il a passé son chemin. Ensuite, il a une petite dame qui s'est arrêtée, je savais pas si elle aussi allait m'engueuler, je me méfiais, mais elle à commencé à me parler gentiment, pas besoin de savoir parler la langue pour comprendre ça, quand elle a vu que je ne comprenais rien à ce que je lui disais, elle m'a dit : "Vous Francais ?". J'avais presque envie de l'embrasser, elle parlait pas très bien le français, mais on a réussi à se parler un peu, j'étais content. A la fin, elle m'a dit que j'avais fait une faute sur mon carton. J'avais honte. C'était vraiment pas de bol ! Pour dire pour manger, il faut dire : "For food". J'ai corrigé et je l'ai remercié, je lui ai dit "Thank you, Thank you" : c'est tout ce que je pouvais lui dire, mais c'était vraiment de bon coeur. Elle m'a donné 1£. J'ai regardé dans le dictionnaire : Food signifie nourriture, je l'ai noté dans mon carnet. Plus tard je me rendu compte que c'était logique : dans les Fast foods, il y a de la nourriture, et Fast ça veut dire" vite" : Je l'ai noté. Cette journée, j'avais déjà doublé mon vocabulaire et accumulé 12£. J'étais bien content. Avec mon butin, je me suis acheté un sandwich et j'ai gardé le reste pour boire un coup dans un pub, je pensais que là bas, j'aurais plus l'occasion de développer mon vocabulaire. Je suivais une démarche totalement scientifique en me lançant dans cette opération. J'avais appris ça dans le métro : l'alcool délie les langues et tu peux pas savoir le nombre de bourgeois qui se mettent dans la confidence lorsqu'ils sont éméchés, ils te parlent, c'est pas vraiment qu'ils s'intéressent à toi et des fois, ils parlent aux murs ou aux poubelles, mais au moins ils parlent. De plus, j'avais aussi observé quelque chose de tout à fait intéressant chez ces mecs bourrés, ils se mettent souvent à parler anglais, je ne sais pas pourquoi, mais c'est un fait. En tous les cas j'espérais bien que le phénomène fonctionnerait aussi pour moi. J'avais fait un petit repérage de troquets du coin, parce que je ne voulais pas un pub trop chic, pour pouvoir me payer plusieurs bières, mais je ne voulais pas non plus tomber dans un repaire de pochtrons, ça m'aurait filé le blues. J'avais peu d'argent et je ne pouvais pas me rater dans le choix. Celui que je trouvais finalement s'appelait « The Very Special». Je rentré dedans quand la soirée était déjà bien entamée parce que je ne voulais pas qu'on me regarde de travers, je préférais me noyer dans l'ambiance. Les British avaient déjà commencé, il y en avait même déjà qu'étaient déjà fins faits. Je me sentais un petit peu con quand je demandais au mec : « One pint of Guiness ». Le mec, m'a fait répéter deux fois, mais il n’avait pas l'air de m'en vouloir, il semblait habitué aux étrangers. Je me suis mis dans un coin et puis j'ai regardé ceux qui jouaient aux fléchettes, mais je ne suis pas resté longtemps seul. Au bout de dix minutes, il y avait un mec, qui me demandait un truc, je ne comprenais pas. Il a vu que j'étais français et il m'a montré la télé, ils passaient un match de foot. Il m'a dit ou plutôt crié dans les oreilles : "Paris Saint-Germain ?". Alors, je l'ai joué futé pour me le mettre dans la poche -- un supporteur de foot, c'est pas l'animal le plus difficile à apprivoiser -- je lui ai fait que PSG, c'était des nuls et que moi j'aimais Manchester. Alors on a trinqué, on a rigolé. Il s'appelait Benny, apparemment, il suivait tous les matchs de foot de son équipe dans ce troquet avec ses potes. Alors, avec mes quatre mots d'anglais, je lui ai raconté mon histoire, je lui ai dit que j'étais homeless mais que je voulais apprendre l'anglais pour avoir un meilleur boulot en France et ça l'amusait énormément, même un peu trop, c'était vexant. Pendant la soirée, j'ouvrais mon dictionnaire, mais je n’avais pas le temps de noter, je notais que je progressais cependant : la bière, surement. On a surtout picolé, ils m'ont offert un nombre de coups incroyable, j'avais presque honte de gagner mes bières aussi indument, ils étaient tellement sympas ! En conclusion, j'aimais bien les Anglais.
J'avais pris le train très chic qui passe sous la Manche, celui qu'ils appellent "Eurostar", malheureusement, je n'étais plus déguisé en homme d'affaires pour voyager incognito au milieu des dandys. Je devais assumer, Gégé le clodo était de retour ! Eh oui ! C'est dur de revenir les pieds sur terre on a gouté à la joie du Hugo Boss et je me sentais un petit peu pouilleux avec mon barda de survie que je devais trimballer, c'était un brin puant et encombrant. N'en déplaise aux passagers de première classe qui m'accompagnaient, il fallait bien que je range mes affaires dans les compartiments au dessus des sièges; leurs yeux un peu effrayés me suivaient. C'est normal que ça les défrise les businessmans, mais qu'ils ne se plaignent pas, au moins j'étais propre ! Apparemment, ce n'était pas suffisant, comme au bon vieux temps, les femmes en tailleur détournaient leur regard quand elles croisaient le mien, elles rajustaient leur jupe comme si j'étais un affreux pervers qui préparait un mauvais coup. Je regrettais mon beau costard, c'est sur, mais je ne leur en voulais pas et comme disait David, elles ne pouvaient pas comprendre. Ces animales si domestiques avaient une vie trop rangée et trop ennuyeuse pour pouvoir m'offrir leur indulgence. Et, de toute façon, ce genre de comportement ne me vexait plus, depuis le temps, c'était mon pain ordinaire et j'étais habitué. Alors, comme je n’allais pas bouder mon plaisir non plus à cause de ces précieuses, j'ai déployé mes panards en éventails sur les assises moelleuses et j'ai savouré. C'était confortable, on avait chaud. Oh ! oui, c'était du luxe, et je ne sais même pas pourquoi ils appelaient ça la deuxième classe. Mmmm... Tout cela ressemblait la dernière cigarette du condamné, derniers instants avant que la guerre de l'angliche ne commence et je profitais de mes derniers instants de français. Sur le siège devant moi, par exemple, on se racontait à voix basse une histoire de chat perdu ou quelque chose du genre, je n'écoutais que d'une oreille... Bah, c'était une histoire de bourgeois mais qu'importe, je n’avais pas besoin des sous-titres.
À mon arrivée dans la gare de Londres, les choses ont commencé à se gâter. J'avais amené avec moi une toile de tente car je m'étais méfié -- on ne sait jamais sur quel climat on va tomber --.le problème c'est qu'avec ces histoires j'étais un peu empêtré. D'abord, il fallait passer à travers un portique de sécurité, un truc antiterroriste soi-disant, j'imagine qu'ils voulaient savoir si je ne cachais pas une bombe dans mon slip ! Mais j'ai eu bien du mal avec leur putain de machine ! Elle faisait bip bip à tout bout de champ. Et déjà que j'étais bien emmerdé avec tout mon fourbi, si on ajoute que je ne comprenais rien à ce que le douanier m'expliquait, je faisais le festival pour amuser la galerie. Le type -- qu'avait un chapeau képi ridicule, soit dit en passant -- a eu beau m'expliquer et me faire les gestes pour me montrer, j'avais du mal : Mister, Mister ! Qu'il me disait, je lui faisais « Oui, Oui », et lui il me faisait "No, no !". Quel emmerdeur ! Il voulait que j'enlève ma ceinture, ma montre et même mes godillots, au total il a dû me faire passer dix fois sous le portique avant que j'y arrive. Comme si j'allais mettre une bombe dans mes pompes ! Je crois qu'on me prenait pour un con, ça va que je suis gentil. Tout de même, à la fin, j'ai eu ma vengeance, je ai presque gazé le douanier quand j'ai démoulé mes grolles. Eheh ! Il n'avait qu'à pas me chercher ! Merde alors ! Je faisais ce que je pouvais, je suis français et c'est normal que je bique que tchi à leur langue de rastaquouère... Eux, comme ils étaient tous anglais, ils l'avaient facile.
J'avais l'impression qu'ils étaient en train de mâcher un chewing-gum en même temps qu'ils parlaient. Cette attitude, surement adéquate pour le Rock'n Roll, ne les rendaient pas hospitaliers pour autant, un peu tête à claques, je dirais qu'ils méritaient des beignes ces malpolis qui n'articulaient pas.
Moi je connaissais "Goog morning", "Thank you" et "One again". Étant donné que "One again" ça sert surtout pour le Rock'nRoll, on peut dire que j'avais seulement deux mots dans mon vocabulaire : bonjour et merci, mais au moins, j'avais des bases pour être poli, c'est essentiel ! même si je reconnais que c'est un peu léger pour faire la conversation aux roastbeafs. On ne pas se prendre la tête, il faut bien commencer et c'est justement pour cette raison que je suis venu ici : ça tombe bien. Et puis j'avais mon Joker : pour tous les autres mots, j'avais piqué un petit dictionnaire Français-Anglais dans une librairie. J'étais sur qu'il allait faire des miracles, il ne fallait rien de moins. Il parait que je quand je réussirai à parler cette langue de zoulou, je serai riche. Je suis joueur, je sais...
Je sais pas ce qui fait croire à David je peux apprendre cette langue en quinze jours, moi qui ai quitté l'école à dix-sept ans mais je suppose qu'il a ses raisons. Et si rien ne marche, au moins je m'en serais payé une bonne tranche. Insh'halla, comme dit Mohamed, je voyage gratis aux frais de la princesse... alors je ne m'en fais pas ! Remarque, je ne suis pas venu que pour la ballade non plus. Veni, Vidi... Vici... On verra ! Ce n'est pas un palace qui m'attend : je n'ai que le billet de train mais, pour l'hôtel, il faudra que je m'en fabrique un du même acabit que celui de Paris (c'est pour ça que j'ai les couvertures).
J'ai fait quelques hypothèses. J'imagine que le pavé de Londres est un peu plus froid que celui de la Seine à cause de la latitude, mais selon toute vraisemblance, les ponts d'ici c'est tout aussi confortable qu'à Paris. Et puis comme Londres, c'est une grande ville, les clodos y seront comme partout, j'espérais seulement que la solidarité jouerait entre gens de la même famille, même si l'on sait bien que les British n'on jamais trop aimé les froggies ! J'ai regardé dans mon dico, à SDF, ils marquaient : "Homeless" : ça veut dire sans maison. Putain ! Comme il sont vulgaires les British ! Il te traitent carrément de "Sans maison" ! Nous en France, au moins on est Sans Domicile Fixe, c'est beaucoup mieux. Imaginez ! On a tous des domiciles, y'en a pour tout le monde ! On a qu'un seul problème, c'est qu'ils ne sont pas fixes, ce sont des maisons glissantes, comme les escargots. Et quand on y pense, il suffisait d'une paire de vis pour fixer tous les domiciles des SDF. En France on a des idées... mais revenons à nos moutons
Je n'avais pas vraiment de plan, pas non plus de stratégie. En attendant le train, à Gare du Nord, j'étais tombé sur un guide qui donnait ses suggestions pour un voyage à Londres avant de partir, j'avais pris un peu de temps pour le regarder. Classiquement on me recommandait Big-Ben, Buckingham Palce, Hide Park et les bords de la Tamise (La rivière qui coule à Londres), et puis aussi des tas de musées que j'ai passé rapidement --- les babioles dans les vitrines n'ont jamais été mon truc --- , je pris seulement les adresses. Il y avait aussi Piccadilly Circus et ça m'intriguait, de voir un cirque en plein milieu de la ville ! Le premier jour, j'étais parti pour faire du tourisme, non par passion, mais il fallait bien s'occuper en attendant la nuit, puisque c'est à ce moment-là que les langues se délient. Pour le reste, j'allais bien voir comment on me recevrait.
Ma première impression dans les rues de Londres était qu'il existait une différence de culture notoire : les fameux homeless, n'étaient pas les même qu'à Paris. Ils sont beaucoup plus nombreux et surtout plus jeunes, j'en déduisais que la carrière commençait plus tôt ici, mais j'avais aussi dans l'idée qu'un certain nombre de ceux-là trouvaient qu'il était cool passer sa journée assis en faisant la manche, une bière à la main. Les cons ! J'en voyais pleins qui végétaient, planté comme des abrutis, excuses si je suis aristocrate, mais j'avais du mal à trouver un semblant d'intelligence chez ceux-là ! Ils se faisaient des piercings un peu bizarres partout sur le visage. Pour la difformité, c'était chouette à voir et même si j'avais eu un appareil photo, je crois que je me serais tiré quelques portraits. Comme je me promenais, je notais aussi quelque chose d'intéressant : Londres est plein d'Indiens, je ne sais pas trop pourquoi c'est comme ça, mais, de fait, il y en avait beaucoup plus qu'à Paris. Surmeent que David devait le savoir mais il ne m'en avait rien dit, en tous les cas, à l'occasion, je pourrais apprendre un peu d'hindi, de quoi faire de moi un véritable harki de l’Inde . J'ai commencé par demander mon chemin, je disais : Big-Ben, Big-Ben,. on me montrait la ligne de métro, c'était pas bien difficile, il avait suffi de faire les gestes. Déjà, j'avais appris un nouveau mot, la couleur de la ligne de métro : "green" ça veut dire "vert". J'étais assez fier de moi quand je l'ai noté sur mon carnet.
Quand je suis sorti du métro, j'ai regardé en l'air pour voir Big-Ben. C'était assez chouette, et sur un panneau j'ai compris qu'il y avait un musée à l'intérieur, mais l'entrée coutait 5£. J'ai regardé mes poches, la doite et la gauche : J'avais à peu près peanuts. Surtour qu'à Londres il ne payent pas encore en euro, j'ai pensé qu'il était temps de renflouer ma situation économique et pour avoir un peu d'argent pour boire une mousse ce soir je me suis fait un petit carton pour faire la manche : J'ai écrit dessus : "Good Morning, For to eat, Thank You" et puis j'ai attendu, au bord de la Tamise. Je peux te dire que ça mordait ici, vraiment beaucoup plus qu'à Paris. Les Anglais, faut pas croire, ils sont généreux, c'est pas qu'il donne beaucoup, mais au moins il te regardent normalement, je crois qu'il sont habitués à être plus tolérants. Enfin, je dis ça, ils sont pas tous généreux, le premier mec qui s'est arrêté devant moi, il m'a carrément insulté, enfin, je suis pas sur, en tout les cas, ça me faisait l'effet qu'il m'engueulait . Je n’ai rien compris à ce qu'il me disait et je l'ai laissé dire, bof, ça m'a distrait, et puis il a passé son chemin. Ensuite, il a une petite dame qui s'est arrêtée, je savais pas si elle aussi allait m'engueuler, je me méfiais, mais elle à commencé à me parler gentiment, pas besoin de savoir parler la langue pour comprendre ça, quand elle a vu que je ne comprenais rien à ce que je lui disais, elle m'a dit : "Vous Francais ?". J'avais presque envie de l'embrasser, elle parlait pas très bien le français, mais on a réussi à se parler un peu, j'étais content. A la fin, elle m'a dit que j'avais fait une faute sur mon carton. J'avais honte. C'était vraiment pas de bol ! Pour dire pour manger, il faut dire : "For food". J'ai corrigé et je l'ai remercié, je lui ai dit "Thank you, Thank you" : c'est tout ce que je pouvais lui dire, mais c'était vraiment de bon coeur. Elle m'a donné 1£. J'ai regardé dans le dictionnaire : Food signifie nourriture, je l'ai noté dans mon carnet. Plus tard je me rendu compte que c'était logique : dans les Fast foods, il y a de la nourriture, et Fast ça veut dire" vite" : Je l'ai noté. Cette journée, j'avais déjà doublé mon vocabulaire et accumulé 12£. J'étais bien content. Avec mon butin, je me suis acheté un sandwich et j'ai gardé le reste pour boire un coup dans un pub, je pensais que là bas, j'aurais plus l'occasion de développer mon vocabulaire. Je suivais une démarche totalement scientifique en me lançant dans cette opération. J'avais appris ça dans le métro : l'alcool délie les langues et tu peux pas savoir le nombre de bourgeois qui se mettent dans la confidence lorsqu'ils sont éméchés, ils te parlent, c'est pas vraiment qu'ils s'intéressent à toi et des fois, ils parlent aux murs ou aux poubelles, mais au moins ils parlent. De plus, j'avais aussi observé quelque chose de tout à fait intéressant chez ces mecs bourrés, ils se mettent souvent à parler anglais, je ne sais pas pourquoi, mais c'est un fait. En tous les cas j'espérais bien que le phénomène fonctionnerait aussi pour moi. J'avais fait un petit repérage de troquets du coin, parce que je ne voulais pas un pub trop chic, pour pouvoir me payer plusieurs bières, mais je ne voulais pas non plus tomber dans un repaire de pochtrons, ça m'aurait filé le blues. J'avais peu d'argent et je ne pouvais pas me rater dans le choix. Celui que je trouvais finalement s'appelait « The Very Special». Je rentré dedans quand la soirée était déjà bien entamée parce que je ne voulais pas qu'on me regarde de travers, je préférais me noyer dans l'ambiance. Les British avaient déjà commencé, il y en avait même déjà qu'étaient déjà fins faits. Je me sentais un petit peu con quand je demandais au mec : « One pint of Guiness ». Le mec, m'a fait répéter deux fois, mais il n’avait pas l'air de m'en vouloir, il semblait habitué aux étrangers. Je me suis mis dans un coin et puis j'ai regardé ceux qui jouaient aux fléchettes, mais je ne suis pas resté longtemps seul. Au bout de dix minutes, il y avait un mec, qui me demandait un truc, je ne comprenais pas. Il a vu que j'étais français et il m'a montré la télé, ils passaient un match de foot. Il m'a dit ou plutôt crié dans les oreilles : "Paris Saint-Germain ?". Alors, je l'ai joué futé pour me le mettre dans la poche -- un supporteur de foot, c'est pas l'animal le plus difficile à apprivoiser -- je lui ai fait que PSG, c'était des nuls et que moi j'aimais Manchester. Alors on a trinqué, on a rigolé. Il s'appelait Benny, apparemment, il suivait tous les matchs de foot de son équipe dans ce troquet avec ses potes. Alors, avec mes quatre mots d'anglais, je lui ai raconté mon histoire, je lui ai dit que j'étais homeless mais que je voulais apprendre l'anglais pour avoir un meilleur boulot en France et ça l'amusait énormément, même un peu trop, c'était vexant. Pendant la soirée, j'ouvrais mon dictionnaire, mais je n’avais pas le temps de noter, je notais que je progressais cependant : la bière, surement. On a surtout picolé, ils m'ont offert un nombre de coups incroyable, j'avais presque honte de gagner mes bières aussi indument, ils étaient tellement sympas ! En conclusion, j'aimais bien les Anglais.
28 janvier 2007
L'annonce faite à la mère
Quand j'ai des problèmes, j'appele ma mère, je vide mon sac et je suis soulagée, je parle peu, maman me parle beaucoup, elle a des suggestions pour tout, c'est comme une thérapie sous hypnose, une sorte de médecine incantatoire, je n'ai qu'à écouter et je sais qu'au moins quelqu'un m'aime toujours, la plupart du temps c'est suffisant. Cette fois pourtant, je ne pouvais pas, j'avais tellement honte de ne rien pouvoir expliquer de ce qui m’était arrivé que je restais interdite devant le téléphone, incapable de composer le numéro de peur de me trouver muette : que pourrais-je raconter ? Il était parti, je n'avais que cette certitude. Je sais que ma mère poserait trop de questions auxquelles je ne saurais pas répondre. Et puis, je n'avais aucun intérêt à écouter ses consolations comme une petite fille, une étape avait été franchie dans ma vie, s'apitoyer sur soi-même ne me servirait à rien. Non, il fallait que je resserre les rênes et retrouve mon cap, le rideau de fumée derrière lequel s'était évanoui David me posait plus qu'un problème de force ou de courage, je désirais avant tout répondre à la seule question : « Pourquoi ?». Le problème semblait si transcendantal que je désespérais de trouver un fil qui me permettrait de dérouler la pelote pour comprendre le raisonnement qui avait provoqué la disparition de David. J'étais perdue. La seule personne avec qui j'aurais voulu parler était morte, c'était ma grand-mère. Ma grand-mère disait que la plupart des hommes sont comme des papillons de jour : ils sont superbes avec leurs couleurs à batifoler dans les trous d'air, à ce moment on les aime si fort qu'on souhaiterait qu'ils volent toujours et restent éternellement sous les soleils de midi à dessiner en dilettante leurs arabesques sur fond de ciel bleu. Mais elle disait aussi que quand passent des nuages on ne les voit plus, ils disparaissent et on ne sait pas où ils se cachent, elle prétendait que les hommes était allergiques à tout ce qui manquait de panache, et que c'était à nous, femmes, de supporter cette part d'ombre pour qu'eux puissent l'oublier. Elle ajoutait : Plus ils sont beaux et plus c'est vrai. Je pensais qu'elle aurait cetainement une opinion sur la question qui me taraudait.
Petite, je trouvais étrange que ma grand-mère, qui a vécu toute sa vie mariée au même homme, puisse proférer de telles méchancetés à l'égard de mon grand-père, un espagnol râblé mais dévoué... son bonhomme, elle disait que c'était un homme normal, "de toda la vida", expression on ne peut plus adéquate. Finalament, je ne comprenais pas pourquoi elle était si amère, j'aimais ma grand-mère, mais j'aimais aussi mon grand-père et je la trouvais injuste à son encontre, son mari était un homme patient et généreux et il avait ce qu'il fallait pour plaire aux enfants. La rpime jeunesse de ma grand-mère s'était évanouit dans la tombe, emportant avec lui le mystère d'un étrange amant, beau, mais trop fier.
Maintenant, je comprenais mieux ce que voulait dire alors ma grand-mère : peut-être avais-je basculé dans la catégorie des femmes expérimentées. Pépé Pedro -- nous l'appelions ainsi -- n'était certes pas de ces personnes brillantes qui animait le café du coin de ses conversations politiques, je ne l'imaginait pas non plus comme un amant fougueux, mais l'exercice et certainement difficile à travers les yeux d'une petite file. Pout tout dire, il était simplement gentil rien de plus. Dans l'esprit de ma grand-mère, il appartenait certainement à la catégorie des papillons de nuit, ces affreux qui vivotent immobiles près des lampions, mais qui au moins sont fidèles à leur lumière. Mamy m'aurait certainement dit qu'avec David, je m'étais compromise avec un papillon de jour très dangereux parce qu'évanescente, elle aurait probablement dit que mon amour était la seule source de mon malheur, tout simplement. Aime moins, tu souffrira moins. C'est sans doute ce que j'aurais aimé entendre. Alors, j'aurais aimé que ma grand-mère poursuive son histoire et me dise ce que je devais faire puisque j'étais en âge de comprendre. Mais, les morts ne ressuscitent pasb et j'étais seule : il fallait que je trouve des solutions.
Je voulais d'abord le retrouver. Je savais que David appelait régulièrement sa mère et qu'il était écrit dans les tables de la loi de la famille Ménard que les enfants devaient se signaler à leur mère chaque dimanche sans quoi quelque chose de grave s'était produit. En désespoir de cause, je pensais qu'au moins ce lien-là ne serait pas rompu. Je passais donc un coup de fil à sa mère avec l'espoir de trouver un indice qui me permettrait de le localiser mon mari afin de lui parler, au moins un peu. Pourtant, lorsque sa mère a commencé par me rappeler que nous étions invités à l'anniversaire de son père la semaine prochaine, j'ai compris que je m'étais trompée : elle n'était absolument pas au courant de la désertion de David et à son ton passablement amène, je devinais qu'il me serait difficile de lui expliquer que son fils avait disparu. La mère de David, était comme toutes les belles-mères, incapable de se rendre compte que son fils ne lui appartenait plus ni dans ses actions, ni même dans sa logique. Et c'était toujours ce mur que je devais commencer par saper, inlassablement. À l'évidence sûre de ses prérogatives, je n'avais rien à lui apprendre sur son fils, elle ne me facilitait pas la confidence, mais cette fois j'avais besoin de parler. Elle était un peu dragon sur les bords et jamais cette barrière de froid entre nous ne s'était réchauffée, les années passantes, elle avait toujours cette certitude de mieux connaître David que moi même s'il était évident que les faits démontraient le contraire. Au début, j'ai un peu hésité à lui raconter la fugue de David, simplement par peur de la contrarier, je le fis uniquement parce qu'il fallait bien qu'elle l'apprenne un jour ou l'autre. Elle était très fière de son fils "ingénieur" qui avait réussi tout ce qu'il avait entrepris. Quand je la connu, c'était même assez flatteur, je me sentais comme privilégiée, simplement par le fait que David ne pouvait pas se tromper, je bénéficiais de coudée franche, pour autant je ne restait que la fiancée de David. Je pense qu'elle se réalisait totalement derrière la carrière de son fils. Mon rôle ingrat était donc de la désillusionner, cette fois, le dernier exploit de son fils ne gonflait pas l'orgueil de de la famille Ménard et même en quelque sorte, il la couvrait de honte. En résumé, avec son comportement de collégien, se faisant la malle par une belle nuit d'hiver sans laisser aucune destination, il perturbait franchement la stricte morale familiale. D'ailleurs, puisque je cherche des explications, je pourrait chercher des explications psychanalitiques derrière cette maman castratrice. Mais revenons à notre sujet...
J'ai du faire preuve de beaucoup de patience pour faire entrer dans la tête de sa mère qu'il avait tout laissé à l'appartement et d'abord elle me crut folle. Je ne la convaincs que difficilement. La résistance à la vérité doit être une sorte d'instinct maternel, sans doute une preuve génétique de l'immanence de la bonté chez la femme, si j'avais des enfants, il m'arriverait probablement ce genre de chose. Quand je lui expliquais que ça faisait quatre semaines que David avait disparu, elle n'eut pas l'air de comprendre. En effet, David l'avait appelé ce dimanche et cet enfoiré avait dit en substance : "Rien de neuf. La routine". Le con ! Je l'imaginais bien dans une cabine téléphonique annoncer cela ! J'étais sans voix. Je ne comprenais pas qu'il ait pu aller jusqu'à mentir à sa mère juste pour me rendre dingue. Il dépassait toutes les bornes, et même, il n'en avait plus. Je reposais le téléphone, éreintée après pratiquement une heure de palabres, on avait seulement convenu qu'elle m'avertirait dès son prochain coup de fil, dimanche donc. Nous étions mardi.
Je regardais l'appartement qui était propre comme jamais. J'avais rangé les affaires à leur place, toutes ces choses n'avaient plus de vie. Je passais ma soirée désespérée, et pour un peu j'aurais aimé avoir eu quelque chose à ranger, quelque chose de sale à astiquer, juste pour m'occuper l'esprit. Après un certain temps de vie commune, j'étais devenue une ménagère, je n'avais pas de bigoudis, mais c'était tout comme. Ma vie était organisée entre la vaisselle, le rangement, l'aspirateur. Ma vie était effroyablement pleine de ces choses et je n'avais pas une seconde à moi mais j'adorais ça : le désordre, c'est comme l'imagination, c'est ce qui m'inspire et me permet de faire des projets. En contrepartie, je continuais de tourner à vide, quand je n'avais plus cette lancinante routine pour m'assommer. Je n'ai plus d'agitateur, je suis sage et je m'assois sur le canapé pour regarder la télé. C'est triste.
Il m'avait souvent reproché de n'avoir pas imagination. Plus ou moins, je n'y peux rien, c'est ma nature. J'essayais pourtant de faire quelques efforts en lui concoctant des petites surprises : des week-ends improvisés, des sorties et ce genre de choses, mais comme je n'avais pas le sens de l'improvisation, ça tombait à plat, il ronchonnait, trop classique. Il voulait des "challenges", comme il disait. J'étais terrorisée à l'idée de devoir assumer maintenant une vie seule. J'avais presque trente ans, pas encore sortie du marché, mais presque.
Et s'il ne revenait jamais ? Il m'avait tout laissé, absolument tout mit à part son petit sac de sport, même son portefeuille se trouvait en exergue sur son bureau. Au début, j'avais pensé qu'il me l'avait laissé comme une garantie de son retour, après quatre semaines, je commençais à douter. Pour dire la vérité, je ne savais même plus quoi penser, comment avait-il pu vivre sans argent pendant tout ce temps ? Avait-il un compte en suisse ? Tout semblait si surréaliste que tout était possible. J'ai eu le temps de retourner le problème dans tous les sens, je n'ai pas trouvé de réponse logique à mes questions. D'ailleurs, je suis restée longtemps sans réaction pour cette raison. J'ai d'abord pensé qu'il avait pété les plombs et qu'il serait revenu un peu plus tard, et puis au bout d'une semaine, je me suis dit qu'il était parti dans un pays étranger pour une affaire dangereuse qu'il n'aurait pas voulu dire, j'ai cru qu'il avait une maîtresse, à défaut je me suis dit que j'étais folle ou qu'une anomalie spatio-temporelle s'était produite. Et s'il était mort ? Je ne sais pas.
Je réagissais de la même manière que le jour où l'on m'avait volé ma voiture : chaque jour où je sortais, je pensais instinctivement la retrouver garée en face de chez moi, mais elle n'y était pas. Il me fallut énormément de temps pour l'admettre : trop souvent, on croit que les choses ne changent que parce qu'on le décide. Et pour en revenir à David, seule dans mon appartement, je pensais qu'il était dans la pièce d'à côté en train de bricoler dans son coin. Quand je prenais le métro, j'ai commencé à le voir un peu partout.
J'ai attendu deux semaines avant d'avertir la police, ils ont fait un avis de disparition en m'avertissant que ça ne changerait pas grand-chose puisque David était un grand garçon libre de ses choix, et même s'il le retrouvait il ne pourrait pas le forcer à revenir. Un grand garçon ! Tu parles ! Ce genre de remarques condescendantes, ils pouvaient se les garder !
Petite, je trouvais étrange que ma grand-mère, qui a vécu toute sa vie mariée au même homme, puisse proférer de telles méchancetés à l'égard de mon grand-père, un espagnol râblé mais dévoué... son bonhomme, elle disait que c'était un homme normal, "de toda la vida", expression on ne peut plus adéquate. Finalament, je ne comprenais pas pourquoi elle était si amère, j'aimais ma grand-mère, mais j'aimais aussi mon grand-père et je la trouvais injuste à son encontre, son mari était un homme patient et généreux et il avait ce qu'il fallait pour plaire aux enfants. La rpime jeunesse de ma grand-mère s'était évanouit dans la tombe, emportant avec lui le mystère d'un étrange amant, beau, mais trop fier.
Maintenant, je comprenais mieux ce que voulait dire alors ma grand-mère : peut-être avais-je basculé dans la catégorie des femmes expérimentées. Pépé Pedro -- nous l'appelions ainsi -- n'était certes pas de ces personnes brillantes qui animait le café du coin de ses conversations politiques, je ne l'imaginait pas non plus comme un amant fougueux, mais l'exercice et certainement difficile à travers les yeux d'une petite file. Pout tout dire, il était simplement gentil rien de plus. Dans l'esprit de ma grand-mère, il appartenait certainement à la catégorie des papillons de nuit, ces affreux qui vivotent immobiles près des lampions, mais qui au moins sont fidèles à leur lumière. Mamy m'aurait certainement dit qu'avec David, je m'étais compromise avec un papillon de jour très dangereux parce qu'évanescente, elle aurait probablement dit que mon amour était la seule source de mon malheur, tout simplement. Aime moins, tu souffrira moins. C'est sans doute ce que j'aurais aimé entendre. Alors, j'aurais aimé que ma grand-mère poursuive son histoire et me dise ce que je devais faire puisque j'étais en âge de comprendre. Mais, les morts ne ressuscitent pasb et j'étais seule : il fallait que je trouve des solutions.
Je voulais d'abord le retrouver. Je savais que David appelait régulièrement sa mère et qu'il était écrit dans les tables de la loi de la famille Ménard que les enfants devaient se signaler à leur mère chaque dimanche sans quoi quelque chose de grave s'était produit. En désespoir de cause, je pensais qu'au moins ce lien-là ne serait pas rompu. Je passais donc un coup de fil à sa mère avec l'espoir de trouver un indice qui me permettrait de le localiser mon mari afin de lui parler, au moins un peu. Pourtant, lorsque sa mère a commencé par me rappeler que nous étions invités à l'anniversaire de son père la semaine prochaine, j'ai compris que je m'étais trompée : elle n'était absolument pas au courant de la désertion de David et à son ton passablement amène, je devinais qu'il me serait difficile de lui expliquer que son fils avait disparu. La mère de David, était comme toutes les belles-mères, incapable de se rendre compte que son fils ne lui appartenait plus ni dans ses actions, ni même dans sa logique. Et c'était toujours ce mur que je devais commencer par saper, inlassablement. À l'évidence sûre de ses prérogatives, je n'avais rien à lui apprendre sur son fils, elle ne me facilitait pas la confidence, mais cette fois j'avais besoin de parler. Elle était un peu dragon sur les bords et jamais cette barrière de froid entre nous ne s'était réchauffée, les années passantes, elle avait toujours cette certitude de mieux connaître David que moi même s'il était évident que les faits démontraient le contraire. Au début, j'ai un peu hésité à lui raconter la fugue de David, simplement par peur de la contrarier, je le fis uniquement parce qu'il fallait bien qu'elle l'apprenne un jour ou l'autre. Elle était très fière de son fils "ingénieur" qui avait réussi tout ce qu'il avait entrepris. Quand je la connu, c'était même assez flatteur, je me sentais comme privilégiée, simplement par le fait que David ne pouvait pas se tromper, je bénéficiais de coudée franche, pour autant je ne restait que la fiancée de David. Je pense qu'elle se réalisait totalement derrière la carrière de son fils. Mon rôle ingrat était donc de la désillusionner, cette fois, le dernier exploit de son fils ne gonflait pas l'orgueil de de la famille Ménard et même en quelque sorte, il la couvrait de honte. En résumé, avec son comportement de collégien, se faisant la malle par une belle nuit d'hiver sans laisser aucune destination, il perturbait franchement la stricte morale familiale. D'ailleurs, puisque je cherche des explications, je pourrait chercher des explications psychanalitiques derrière cette maman castratrice. Mais revenons à notre sujet...
J'ai du faire preuve de beaucoup de patience pour faire entrer dans la tête de sa mère qu'il avait tout laissé à l'appartement et d'abord elle me crut folle. Je ne la convaincs que difficilement. La résistance à la vérité doit être une sorte d'instinct maternel, sans doute une preuve génétique de l'immanence de la bonté chez la femme, si j'avais des enfants, il m'arriverait probablement ce genre de chose. Quand je lui expliquais que ça faisait quatre semaines que David avait disparu, elle n'eut pas l'air de comprendre. En effet, David l'avait appelé ce dimanche et cet enfoiré avait dit en substance : "Rien de neuf. La routine". Le con ! Je l'imaginais bien dans une cabine téléphonique annoncer cela ! J'étais sans voix. Je ne comprenais pas qu'il ait pu aller jusqu'à mentir à sa mère juste pour me rendre dingue. Il dépassait toutes les bornes, et même, il n'en avait plus. Je reposais le téléphone, éreintée après pratiquement une heure de palabres, on avait seulement convenu qu'elle m'avertirait dès son prochain coup de fil, dimanche donc. Nous étions mardi.
Je regardais l'appartement qui était propre comme jamais. J'avais rangé les affaires à leur place, toutes ces choses n'avaient plus de vie. Je passais ma soirée désespérée, et pour un peu j'aurais aimé avoir eu quelque chose à ranger, quelque chose de sale à astiquer, juste pour m'occuper l'esprit. Après un certain temps de vie commune, j'étais devenue une ménagère, je n'avais pas de bigoudis, mais c'était tout comme. Ma vie était organisée entre la vaisselle, le rangement, l'aspirateur. Ma vie était effroyablement pleine de ces choses et je n'avais pas une seconde à moi mais j'adorais ça : le désordre, c'est comme l'imagination, c'est ce qui m'inspire et me permet de faire des projets. En contrepartie, je continuais de tourner à vide, quand je n'avais plus cette lancinante routine pour m'assommer. Je n'ai plus d'agitateur, je suis sage et je m'assois sur le canapé pour regarder la télé. C'est triste.
Il m'avait souvent reproché de n'avoir pas imagination. Plus ou moins, je n'y peux rien, c'est ma nature. J'essayais pourtant de faire quelques efforts en lui concoctant des petites surprises : des week-ends improvisés, des sorties et ce genre de choses, mais comme je n'avais pas le sens de l'improvisation, ça tombait à plat, il ronchonnait, trop classique. Il voulait des "challenges", comme il disait. J'étais terrorisée à l'idée de devoir assumer maintenant une vie seule. J'avais presque trente ans, pas encore sortie du marché, mais presque.
Et s'il ne revenait jamais ? Il m'avait tout laissé, absolument tout mit à part son petit sac de sport, même son portefeuille se trouvait en exergue sur son bureau. Au début, j'avais pensé qu'il me l'avait laissé comme une garantie de son retour, après quatre semaines, je commençais à douter. Pour dire la vérité, je ne savais même plus quoi penser, comment avait-il pu vivre sans argent pendant tout ce temps ? Avait-il un compte en suisse ? Tout semblait si surréaliste que tout était possible. J'ai eu le temps de retourner le problème dans tous les sens, je n'ai pas trouvé de réponse logique à mes questions. D'ailleurs, je suis restée longtemps sans réaction pour cette raison. J'ai d'abord pensé qu'il avait pété les plombs et qu'il serait revenu un peu plus tard, et puis au bout d'une semaine, je me suis dit qu'il était parti dans un pays étranger pour une affaire dangereuse qu'il n'aurait pas voulu dire, j'ai cru qu'il avait une maîtresse, à défaut je me suis dit que j'étais folle ou qu'une anomalie spatio-temporelle s'était produite. Et s'il était mort ? Je ne sais pas.
Je réagissais de la même manière que le jour où l'on m'avait volé ma voiture : chaque jour où je sortais, je pensais instinctivement la retrouver garée en face de chez moi, mais elle n'y était pas. Il me fallut énormément de temps pour l'admettre : trop souvent, on croit que les choses ne changent que parce qu'on le décide. Et pour en revenir à David, seule dans mon appartement, je pensais qu'il était dans la pièce d'à côté en train de bricoler dans son coin. Quand je prenais le métro, j'ai commencé à le voir un peu partout.
J'ai attendu deux semaines avant d'avertir la police, ils ont fait un avis de disparition en m'avertissant que ça ne changerait pas grand-chose puisque David était un grand garçon libre de ses choix, et même s'il le retrouvait il ne pourrait pas le forcer à revenir. Un grand garçon ! Tu parles ! Ce genre de remarques condescendantes, ils pouvaient se les garder !
14 janvier 2007
Doux rebel
Les nuits sont froides pour les rebels mais les soleils leur sont d'autant plus doux. En repos, à midi, après son déjeuner, David dormait sur son banc et ses laissait caresser par de tendres rayons. L'oreille collée à son banc, il prennait le poul de la ville, il entendait le métro vibrer. Paris avait le vers solitaire, un monstre souterrain creusait des trous dans ses entrailles et se nourrissait de viande d'abattage. Tous les matins des insectes laborieux allaient avec des têtes patibulaires se sacrifier au Dieu Travail, l'air tellement macabés, macramés, sanctifiés. Presque on pleurerait de voir, tous ces employés se conformer au martyr avec tant de discipline : "La vie n'est que souffrance". Avaient-il perdus la raison ? Cependant, David avait un peu changé d'avis à propos de ces tristes travailleurs engloutis par milliers dans les bouches métropolitaines, car de son point de vue actuel, ils constituaient une source de chauffage assez intéressante, même s'ils font de piètres tendrons car trop stressés et qu'il était hors de question de s'en faire des sandwitch, lorsqu'il se serrent et suent, si l'on fait abstraction de l'odeur, ce sont eux qui donne leur chaleur au couloir du métro et David leur en était bien reconnaissant. L'appréciation de la valeur du peuple n'est qu'une question de perpective. Le froid est tout à fait redoutable, il altère jusqu'à la conception du bonheur et pour quelques degrés plus ou de moins il se contente d'un rayon de soleil, mais quand le climat redevenait modéré, il à repensait à son livre comme un accomplissement important.
Un peu de temps s'était écoulé depuis qu'il vivait dans la rue et maintenant il avait l'autorisation de dormir au centre d'hébergement, a force d'insister, il était parvenu à s'inscrire dans celui de Pigalle. Les femmes qui en gardaient l'entrée avaient cessé de lui demander les preuves montrant qu'il était sans revenu car il avait désormais l'allure d'un vrai vagabond, et même elle l'accueillirent bras ouverts lui faisant faire la visite, lui demandant s'il n'avait pas besoin d'autre chose, c'était presque l'hotel. Il y dormait à peu près un jour sur deux là bas, il ne pouvait pas plus. Il y avait certes le confort suffisant mais on était pas vraiment libre, un peu comme dans un hospice pour vieux, il fallait supporter le bruit de la télé qu'on regardait tous ensemble, les parties de carte, les arrivées tardives de ceux qui ne se décidaient que quand il faisait trop froid, ceux légerement pochtronnés aussi étaient embétants car il parlaient trop fort et il puaient. Alors, les autres jours il dormait à la belle étoile, il s'était procuré des couvertures qui le protégeaient suffisament et qui étaient beaucoup mieux que sa première moquette. Il avait appris le métier. Ses débuts furent pénibles essentiellement à cause du froid mais depuis, son aptitude à débusquer les coins protégés des inflitrations d'air s'était considérablement développée. La stratégie pour trouver le bon coin était assez simple : il suffisait de débusquer une planque bien enfoncée et de s'y réfugier exactement comme un rat, il fallait se rentrer dans le trou d'un trou et se faire oublier, plus on était profond et mieux ça valait, le vent était le principal ennemi. Pendant la nuit, il lui fallait s'emmitoufler et ne pas bouger, rien, aucun membre, rentrer les doigts, mettre son bonnet, c'était pas toujours suffisant mais parfois on pouvait dormir d'affilée pendant quatre heures. Le moment le plus froid de la nuit arrivait une heure avant que le soleil se lève, mais on ne pouvait pas non plus s'endormir trop tôt parce que le bruit empêchait de dormir. Il avait découvert que la passion étranges des SDF pour le métro et les ponts n'était ni une question d'esthétisme, ni une démonstration symbolique de leur attachement à leur classe mais une simple question de courant d'air. David apprenait, il regardait les autres. Dans les distributeurs de banque, sous les bancs, derrière un buissons, il y en avaient qui se laissaient enfermer dans cinéma : Partout ! On peut pas se figurer comme Paris était plein de dormeurs. Quand tous les travailleurs étaient rentrés chez eux et regardaient le film sur leur TV magnifique. Dehors, c'était le bal des fantômes, chacun dans souricière rabibochait ses cartons de fortunes, colmatait les fuites. Certains étaient menacés d'expulsion parce qu'il avaient volé le trou d'un autre. David, débutant, ne dormait jamais au même endroit mais il risquait un jour de véritablement se retrouver à la rue, sans même un creux pour dormir. Faut pas croire ! C'est la crise partout. Certains s'étaient vraiment installés, il avait plus de couvertures qu'il ne leur en fallait pour le rechange, il avaient un caddy pour déplacer leur fortune et dans un coin ils avaient rangé des cartons de secours (en cas de coups durs), vue sur la Seine, David pouvait pas se pointer la bas : il avait pas l'expérience suffisante pour prétendre à ces palaces.
Il n'avait pas vraiment le temps de à se souvenir de son ancienne vie, mais parfois l'envie de se prendre un café au zinc remontait cruellement, il aurait aimé prendre une douche tout simplement. Ses journées étaient longues et il renouait avec l'ennui, incapable de travailler quand ses doigts étaient engourdis, il n'était pas question de penser à écrire. Il déambulait au hasard dans les rues de Paris, passait devant des camelots, observait les vitrines, il se chauffait dans une bibliothèque de quartier ou il s'était inscrit, les cartes sont gratuites pour les chômeurs, probablement sa saleté intriguait mais par chance on avait pas encore placé de videur à l'entrée des bibliothèques. Il piochait dans les rayonnages pour passer le temps, ce n'était pas si confortable que sont bureau car des allez et venus de gens le perturbait un peu sa lecture mais c'était plus que suffisant. Il trouvait une table pour travailler mais restait à révasser, improductif. Aussi, il avait envie de parler, sa femme lui manquait pour cette raison, même si c'était pour vider son sac, il l'aurait supportée, son oisiveté le rendait plus disponible mais personne ne venait à lui. Il n'y pensait plus, si jamais il devait flancher il était beaucoup trop pour donner signe de vie à sa femme et puis pour discutter, il y avait le centre d'hébergement.
Il s'intégrait bien dans son nouveau milieu, il devisait autour du radiateur à la recherche d'histoires déchirantes pour consigner dans son journal, il nouait aussi des amitiés avec des gens un peu comme lui, c'est à dire d'ex-employé : L'origine rapporche toujours et donne un sujet de conversation. Dans la salle de déjeuner, on se racontait surtout des histoires de poivrots et ce n'était pas très intéressant, il se retirait parfois dans un coin de la salle et se mettait a gratter ses impressions sur son cahier. L'inspiration lui venait en pagaille, comme si son ex-vie normale avait représenté un carcan mental si puissant que toute la folie d'être en vie n'avait pas pu s'exprimer, mais en somme ce n'était pas de la prose si noire. Au fur et à mesure, sa soif de rébellion s'érodait et sa protestation perdait de sa rage : on était pas si mal logé, on avait à bouffer et en résumé, son expérience ne se révélait pas si pénible. D'un certain point de vue elle était même confortable. En tout les cas, elle n'était pas aussi initiatique qu'il ne l'aurait aimée. En France, on vit trop loin du tiers monde pour risquer vraiment sa peau quand on n'avait pas a pas un radis en poche, ici, on trouvait toujours de quoi se payer une soupe et pour crever dans la rue il lui fallait vraiment y mettre du sien.
David s'interrogeait, les choses semblaient si désepérement posées dans ce monde, si on se battait dans la rue ce n'était que pour se piquer des bouteilles. Il ne voyait aucune révolution qui se préparait. Sa nouvelle condition lui fit découvrir le bonheur de l'eau chaude et de l'électricité, de la lumière et toutes les joies des temps modernes qu'on ne goute pas quand on est né avec. Le monde s'était donc renversé, les classes moyennes sont devenues incapables de comprendre cela, elle sont abruties de confort. Quand on ne travaille pas dans la rue, on se rend mieux compte de son luxe : Il avait du temps. Du temps à ne plus savoir qu'en faire, pas de coup de fil à passer, pas de facture à payer, pas de maison à rembourser, pas devidange tout les dix mille kilomètres, pas de femme à consoler, pas de vacances à planifier, pas de voisin à épater. Les jours se succédaient les uns aux autres, mais la musique de la vie était revenue. Il avait maintenant des rêves et des projets qui se confondaient.
Depuis qu'il avait crevé son premier pneu de 4X4, il avait renouvellé un peu l'expérience pour se distraire quand il ne pouvait pas dormir, surtout pour répandre une bonne nouvelle. Il avait développée sa technique si bien qu'il ne lui suffisait maintenant que d'un seul coup de couteau pour percer n'importe quel carcasse de pneu, avec force il enfonçait la lame, fermement il la retirait, la roue commençait immédiatement à se dégonfler. Il remettait le couteau tranquillement dans sa poche et poursuivait sa route, rien de bien sorcier, c'était surtout sa peur qu'il était parvenu à dominer. Il ne risquait rien. Il frappait toujours dans des quartiers très différents afin de ne jamais se faire prendre, il veillait à un certain discernement en ne s'attaquant qu'aux voitures de grosses cylindrée. Une fois son forfait accomplit, on ne pouvait rien lire de coupable sur son visage. Il procédait avec tellement de sérénité que s'il n'était pas pris sur le fait, personne ne l'eu pu soupsconner. Tel un libérateur opressant les bourgeois, ses actes ne pouvaient avoir que deux conséquences selon lui, soit encourager les gros à quitter leur vie confortables, soit les précipiter dans un infarctus : il agissait donc fondamentalement pour le bien et il ne se considérait pas comme un terroriste, il n'y avait aucune trace sur sa gueule d'une quelquonque maveillance, au contraire. C'était un bienfaiteur. Il se demandait si un jour on parlerait de lui dans les journaux : Il fallait attendre, il n'avait crevé pour le moment qu'une vingtaine de voiture. Un peu de célébrité compensera bien son dénuement car maintenant il ne simulait plus.
Il avait sacrifié tout ses derniers deniers pour envoyer Gérard faire un stage en Angleterre afin qu'il perfectionne son anglais. A sa grande surprise Gérard avait remporté la première manche avec brio. Depuis une cabine téléphonique, il avait téléphoné à Sergi Mondoval pour s'informer du succès de son poulain et d'après ce qu'il comprit, c'était un franc succès. Gérard était parvenu à impressionner Sergi et il était convoqué pour un second entretien. Nul doute pourtant que lors de cette seconde phase, on serait un brin plus pointilleux et qu'on essaierait de le piéger avec des questions embarrassantes. Pour cette raison, il lui avait offert un voyage en Angleterre de quinze jour, ça lui donnerait déjà le vernis suffisant pour faire croire qu'il avait déjà parlé anglais, enfin il l'espérait. En tous les cas, David qui n'avait plus un rond maintenant et ne pouvait plus jouer les mécènes, il attendait simplement le retour de Gérard en lui préparant le matériel d'une formation accélérée d'acheteur expérimenté.
Un peu de temps s'était écoulé depuis qu'il vivait dans la rue et maintenant il avait l'autorisation de dormir au centre d'hébergement, a force d'insister, il était parvenu à s'inscrire dans celui de Pigalle. Les femmes qui en gardaient l'entrée avaient cessé de lui demander les preuves montrant qu'il était sans revenu car il avait désormais l'allure d'un vrai vagabond, et même elle l'accueillirent bras ouverts lui faisant faire la visite, lui demandant s'il n'avait pas besoin d'autre chose, c'était presque l'hotel. Il y dormait à peu près un jour sur deux là bas, il ne pouvait pas plus. Il y avait certes le confort suffisant mais on était pas vraiment libre, un peu comme dans un hospice pour vieux, il fallait supporter le bruit de la télé qu'on regardait tous ensemble, les parties de carte, les arrivées tardives de ceux qui ne se décidaient que quand il faisait trop froid, ceux légerement pochtronnés aussi étaient embétants car il parlaient trop fort et il puaient. Alors, les autres jours il dormait à la belle étoile, il s'était procuré des couvertures qui le protégeaient suffisament et qui étaient beaucoup mieux que sa première moquette. Il avait appris le métier. Ses débuts furent pénibles essentiellement à cause du froid mais depuis, son aptitude à débusquer les coins protégés des inflitrations d'air s'était considérablement développée. La stratégie pour trouver le bon coin était assez simple : il suffisait de débusquer une planque bien enfoncée et de s'y réfugier exactement comme un rat, il fallait se rentrer dans le trou d'un trou et se faire oublier, plus on était profond et mieux ça valait, le vent était le principal ennemi. Pendant la nuit, il lui fallait s'emmitoufler et ne pas bouger, rien, aucun membre, rentrer les doigts, mettre son bonnet, c'était pas toujours suffisant mais parfois on pouvait dormir d'affilée pendant quatre heures. Le moment le plus froid de la nuit arrivait une heure avant que le soleil se lève, mais on ne pouvait pas non plus s'endormir trop tôt parce que le bruit empêchait de dormir. Il avait découvert que la passion étranges des SDF pour le métro et les ponts n'était ni une question d'esthétisme, ni une démonstration symbolique de leur attachement à leur classe mais une simple question de courant d'air. David apprenait, il regardait les autres. Dans les distributeurs de banque, sous les bancs, derrière un buissons, il y en avaient qui se laissaient enfermer dans cinéma : Partout ! On peut pas se figurer comme Paris était plein de dormeurs. Quand tous les travailleurs étaient rentrés chez eux et regardaient le film sur leur TV magnifique. Dehors, c'était le bal des fantômes, chacun dans souricière rabibochait ses cartons de fortunes, colmatait les fuites. Certains étaient menacés d'expulsion parce qu'il avaient volé le trou d'un autre. David, débutant, ne dormait jamais au même endroit mais il risquait un jour de véritablement se retrouver à la rue, sans même un creux pour dormir. Faut pas croire ! C'est la crise partout. Certains s'étaient vraiment installés, il avait plus de couvertures qu'il ne leur en fallait pour le rechange, il avaient un caddy pour déplacer leur fortune et dans un coin ils avaient rangé des cartons de secours (en cas de coups durs), vue sur la Seine, David pouvait pas se pointer la bas : il avait pas l'expérience suffisante pour prétendre à ces palaces.
Il n'avait pas vraiment le temps de à se souvenir de son ancienne vie, mais parfois l'envie de se prendre un café au zinc remontait cruellement, il aurait aimé prendre une douche tout simplement. Ses journées étaient longues et il renouait avec l'ennui, incapable de travailler quand ses doigts étaient engourdis, il n'était pas question de penser à écrire. Il déambulait au hasard dans les rues de Paris, passait devant des camelots, observait les vitrines, il se chauffait dans une bibliothèque de quartier ou il s'était inscrit, les cartes sont gratuites pour les chômeurs, probablement sa saleté intriguait mais par chance on avait pas encore placé de videur à l'entrée des bibliothèques. Il piochait dans les rayonnages pour passer le temps, ce n'était pas si confortable que sont bureau car des allez et venus de gens le perturbait un peu sa lecture mais c'était plus que suffisant. Il trouvait une table pour travailler mais restait à révasser, improductif. Aussi, il avait envie de parler, sa femme lui manquait pour cette raison, même si c'était pour vider son sac, il l'aurait supportée, son oisiveté le rendait plus disponible mais personne ne venait à lui. Il n'y pensait plus, si jamais il devait flancher il était beaucoup trop pour donner signe de vie à sa femme et puis pour discutter, il y avait le centre d'hébergement.
Il s'intégrait bien dans son nouveau milieu, il devisait autour du radiateur à la recherche d'histoires déchirantes pour consigner dans son journal, il nouait aussi des amitiés avec des gens un peu comme lui, c'est à dire d'ex-employé : L'origine rapporche toujours et donne un sujet de conversation. Dans la salle de déjeuner, on se racontait surtout des histoires de poivrots et ce n'était pas très intéressant, il se retirait parfois dans un coin de la salle et se mettait a gratter ses impressions sur son cahier. L'inspiration lui venait en pagaille, comme si son ex-vie normale avait représenté un carcan mental si puissant que toute la folie d'être en vie n'avait pas pu s'exprimer, mais en somme ce n'était pas de la prose si noire. Au fur et à mesure, sa soif de rébellion s'érodait et sa protestation perdait de sa rage : on était pas si mal logé, on avait à bouffer et en résumé, son expérience ne se révélait pas si pénible. D'un certain point de vue elle était même confortable. En tout les cas, elle n'était pas aussi initiatique qu'il ne l'aurait aimée. En France, on vit trop loin du tiers monde pour risquer vraiment sa peau quand on n'avait pas a pas un radis en poche, ici, on trouvait toujours de quoi se payer une soupe et pour crever dans la rue il lui fallait vraiment y mettre du sien.
David s'interrogeait, les choses semblaient si désepérement posées dans ce monde, si on se battait dans la rue ce n'était que pour se piquer des bouteilles. Il ne voyait aucune révolution qui se préparait. Sa nouvelle condition lui fit découvrir le bonheur de l'eau chaude et de l'électricité, de la lumière et toutes les joies des temps modernes qu'on ne goute pas quand on est né avec. Le monde s'était donc renversé, les classes moyennes sont devenues incapables de comprendre cela, elle sont abruties de confort. Quand on ne travaille pas dans la rue, on se rend mieux compte de son luxe : Il avait du temps. Du temps à ne plus savoir qu'en faire, pas de coup de fil à passer, pas de facture à payer, pas de maison à rembourser, pas devidange tout les dix mille kilomètres, pas de femme à consoler, pas de vacances à planifier, pas de voisin à épater. Les jours se succédaient les uns aux autres, mais la musique de la vie était revenue. Il avait maintenant des rêves et des projets qui se confondaient.
Depuis qu'il avait crevé son premier pneu de 4X4, il avait renouvellé un peu l'expérience pour se distraire quand il ne pouvait pas dormir, surtout pour répandre une bonne nouvelle. Il avait développée sa technique si bien qu'il ne lui suffisait maintenant que d'un seul coup de couteau pour percer n'importe quel carcasse de pneu, avec force il enfonçait la lame, fermement il la retirait, la roue commençait immédiatement à se dégonfler. Il remettait le couteau tranquillement dans sa poche et poursuivait sa route, rien de bien sorcier, c'était surtout sa peur qu'il était parvenu à dominer. Il ne risquait rien. Il frappait toujours dans des quartiers très différents afin de ne jamais se faire prendre, il veillait à un certain discernement en ne s'attaquant qu'aux voitures de grosses cylindrée. Une fois son forfait accomplit, on ne pouvait rien lire de coupable sur son visage. Il procédait avec tellement de sérénité que s'il n'était pas pris sur le fait, personne ne l'eu pu soupsconner. Tel un libérateur opressant les bourgeois, ses actes ne pouvaient avoir que deux conséquences selon lui, soit encourager les gros à quitter leur vie confortables, soit les précipiter dans un infarctus : il agissait donc fondamentalement pour le bien et il ne se considérait pas comme un terroriste, il n'y avait aucune trace sur sa gueule d'une quelquonque maveillance, au contraire. C'était un bienfaiteur. Il se demandait si un jour on parlerait de lui dans les journaux : Il fallait attendre, il n'avait crevé pour le moment qu'une vingtaine de voiture. Un peu de célébrité compensera bien son dénuement car maintenant il ne simulait plus.
Il avait sacrifié tout ses derniers deniers pour envoyer Gérard faire un stage en Angleterre afin qu'il perfectionne son anglais. A sa grande surprise Gérard avait remporté la première manche avec brio. Depuis une cabine téléphonique, il avait téléphoné à Sergi Mondoval pour s'informer du succès de son poulain et d'après ce qu'il comprit, c'était un franc succès. Gérard était parvenu à impressionner Sergi et il était convoqué pour un second entretien. Nul doute pourtant que lors de cette seconde phase, on serait un brin plus pointilleux et qu'on essaierait de le piéger avec des questions embarrassantes. Pour cette raison, il lui avait offert un voyage en Angleterre de quinze jour, ça lui donnerait déjà le vernis suffisant pour faire croire qu'il avait déjà parlé anglais, enfin il l'espérait. En tous les cas, David qui n'avait plus un rond maintenant et ne pouvait plus jouer les mécènes, il attendait simplement le retour de Gérard en lui préparant le matériel d'une formation accélérée d'acheteur expérimenté.
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