22 avril 2007

Rattraper Gérard (Le 200 ème post !)

Quand il fut temps pour moi de repartir pour la France, j'étais loin d'être triste, tellement euphorique que je n'ai pas pu me contrôler. Cette galère se terminait enfin et les larmes me montaient aux yeux. C'est l'émotion, tu comprends. Quand j'enfonçais mon billet dans la composteuse de la gare de Londres, j'étais comme un taulard qui retrouvait sa liberté, j'avais le sourire vissé à au visage et rien au monde ne pouvait m'enlever ma bonne humeur. Même les contrôleurs un peu vicelards ne pouvaient rien contre moi. Dans l'air, je sentais une odeur différente je te jure. Moi-même je trouvais que c'était surprenant que j'aime tellement ma maison !

J'avais un pote, il s'appelait Guillaume, maintenant il est mort, mais on s'en fout, il disait que le plus important quand tu voyages, c'est le moment où tu pars et le moment où tu reviens. Je le laissais débiter ses sornettes parce que c'était un beau parleur, mais maintenant je crois que je le comprends mieux. Je ne sais pas comment te dire et tu diras sans doute que j'exagère mais il se passe un truc fort quand tu sais que tu vas retrouver ton pays, c'est comme de revenir de l'enfer pour aller au paradis, un truc du genre. Je voyais Paris auréolé de lumière au bout du tunnel, je salivais à l'idée de retrouver mon doux bitume, fou non ? Suivant que tu vas dans un sens où dans l'autre, ce n’est pas du tout le même voyage que tu fais, en l'occurrence, même si je ne parlais toujours pas l'anglais, globalement c'était un fiasco, mais ce n’est pas l'important. J'allais retrouver mon territoire et j'avais beaucoup plus de certitudes globalement, j'avais soigné mes illusions avec un traitement de cheval.

Évidemment, je m'emballe un peu en idéalisant ma vie sous les ponts car, faut pas déconner, il n'y pas de quoi pleurer de joie. Dans la gare, pourtant, je ne m'imaginais rien d'autre que de la douceur. Comme un gamin qui rentre de colonie de vacances et qu'allait retrouver sa mère et dormir la tête contre ses seins, j'étais pressé de rentrer. Eh ! j'avais tellement besoin de dormir. A Londres je ne trouvais pas le sommeil à cause du froid, de l'humidité et l'inconnu aussi. Tout ça m'avait causé pas mal de nuits blanches, des crises d'angoisse pas marrantes du tout me réveillaient même en sursaut, c'était tellement glauque que je ne rigole toujours pas. La nuit je me faisais des films et j'ai bien cru que je ne reverrais jamais des couleurs dans ce monde, je gambergeais complètement. C'est pas ma faute : le climat c'est d'abord lui qui te dézingue la cervelle, en boucle sans pouvoir sortir de mes cauchemars, je transpirais froid. Les derniers jours, des punks m'avaient piqué mes couvertures, ça les amusaient probablement. Alors je me les gelais et comme je savais que j'allais bientôt rentrer à la maison, je ne me suis pas tellement démené pour me retrouver un nid confortable. Mon pote : j'en ai chié. Je ne dormais que quelques heures par nuit pendant lesquelles je voyais en rêve des gens qui me parlaient une langue que je ne comprenais pas. Tu vois le tableau ! J'étais comme un chien.

Ca oui ! On peut dire que mes vacances n'avaient pas été de tout repos. Mais au moins, ma vocation avait été confirmée et j'avais les idées un peu plus claires : je veux rester clodo, je préfère continuer de jouer au Loto en rêvant sur la manière dont je vais dépenser le gros lot plutôt que de travailler. Chacun sa place dans ce monde. Je suis pas un profiteur, mais je suis pas une bête non plus et ma liberté passe surement pas par apprendre l'anglais à cinquante tiges. Plutôt crever que de refoutre les pieds chez ces bachibouzouks. Je ne plus entendre parler de David, ni de lui ni de sa foutue théorie sociale. Mon intuition s'est confirmée : les révolutionnaires sont toujours dangereux. Si je m'écoutais je les foutrais tous à l'asile. Ils ont des belles idées, c'est bien, mais ce n’est pas suffisant. Ma mère elle disait que la nature fait toujours bien les choses, ma mère si c'était pas une flèche, mais j'ai jamais trouvé d'exception à cette règle, au final, on est ce qu'on devrait être, si je suis clodo, c'est surement parce que je l'ai mérité dans une autre vie ou je n’en sais rien. Mais honnêtement, ma condition n'est pas si terrible, c'est qu'une question de système D, une fois que tu connais les tuyaux, on s'en sort toujours, plus ou moins. Pourquoi essayer de faire le guignol dans un bureau si je suis le caïd dans la rue ? Je me trouve bien dans mes couvertures sous les ponts de Paris. Les jours de beau temps, c'est même surement plus agréable que de travailler dans un bureau. Avec les copains on chante et on rigole, il n'y a pas que la crème mais, on s'en fout, y a de l'ambiance, de l'amitié et tout ce qu'il faut pour être un homme.

Le TGV allait dans l'autre sens. À Douvres on s'est enfoncé sous la Manche, c'est devenu tout noir et puis les veilleuses se sont allumées, un sourd grondement me berçait. Je réfléchissais à toutes ces choses mais c'était un peu confus, je me suis vite endormi. De l'autre côté du tunnel, j'ai revu le ciel tout bleu de ma douce France, les clochers au loin comme dans la chanson de Trenet. Le printemps commençait à faire des siennes, je prenais une bonne dose d'espoir, j'ai beau avoir cinquante tiges, ça ne me faisait pas de mal. Même si je ne connaissais pas ce coin de la France, il me semblait étrangement familier. Je fermais les yeux et je retournais en enfance, j'avais les rêves en couleurs, j'avançais d'une saison, des champs de coquelicots dansaient sous les rayons du soleil, les blés ondulaient. Je fredonnais dans ma tête une chanson que ma mère me chantait quand j'étais gosse. Si Dieu pouvait me rencarder sur le moment de ma mort, je lui aurait demandé, "Là maintenant". Je ne réfrénais plus rien, j'ai posé ma joue contre la vitre, j'ai dormi, dormi...

Je sortais du train avec toute une floppée de travailleurs à l'assaut de la ville, ils sortaient comme des brutes, se marchaient les uns sur les autres, il auraient du me filer des bouffées anxiogènes, mais je restais absolument zen, je croisais des tronches patibulaires, j'avais pitié, tous ces gens devaient avoir une bonne raison (La nature est bien faite). En phase d'approche, j'ai presque couru pour me rendre sur bon vieux quai à côté du Trocadéro. J'ai revu les indiens dealer leur porte-clés aux Japonais qui redescendaient de la tour Eiffel. Pas grand-chose n'aurait pu m'entamer le moral, je rentrais à la maison.

Il semblait que j'étais parti pendant plusieurs mois, mais il n'y avait que quinze jours, j'espérais bien revoir Fred pour lui raconter mes aventures, il est fana de ces histoires comme un gamin, il s'assoit et il m'écoute sans rien dire, Fred donnait dans le genre rêveur et devait certainement avoir oublié quel jour on était tout simplement, il n'était pas là pour m'accueillir parc contre j'ai vu une tronche que je ne connaissais que trop bien, comme un diable sorti de sa boite. David faisait le pied de grue, il était en train de lire un bouquin. Je ne savais pas trop quoi faire, j'avais la trouille de ce démon, je me suis même demandé s'il ne valait pas mieux faire demi-tour plutôt que de me laisser embobiner à nouveau. Quoi, je n'allais pas non plus abandonner mon morceau de trottoir sous prétexte que j'avais les foies ! Je suis resté pour l'affronter, il était sur mon territoire, sa tête laissait croire qu'il n'avait pas été à la fête ces derniers temps, il avait foutrement changé, lui aussi, il avait maintenant une barbe de prophète.
- Salut maitre que je lui fais.
David m'a regardé d'un air bizarre comme si j'avais dit une énormité. Je ne l’avais jamais appelé maitre mais ça m'était sorti comme ça, tout d'un coup.
- How are you doing ? Il me demandait avec un sourire narquois.
- Fine
- Good
Je lui précisais immédiatement les choses " Je suis désolé, je ne te ferais pas la version longue, pour pas faire de suspense je t'annonce tout de suite que je ne suis pas le génie que t'espérais, je parle toujours pas anglais et je crois tout à fait entre nous qu'il vaudrait pieux laisser tomber ton plan. Je crois que t'es un savant un peu égaré qu'à besoin d'un cobaye pour faire ses expériences et je ne suis pas celui là. Je déclare donc forfait. Et si tu veux, je te rembourserais un jour le voyage que tu m'as payé et on sera quite. Les bons comptes font les bons amis. Mais je jette l'éponge. "

David a semblé très déçu, comme à son habitude très mystérieux, il m'a laissé mijauté dans un beau silence. J'avais jeté un pavé dans la mare, seulement je n'entendais pas le plouf. Il ne m'a d'abord rien dit, peut-être en train de réfléchir à la manière dont il pourrait me convaincre, je crois cependant qu'il s'était bloqué. Je décellais un changement dans le personnage, je devinais qu'il avait cogité sec pendant mes "vacances" à Londres. Il était devenu un peu plus fou, ses yeux devenus noirs. Il venait de passer le cap des trois mois et cela ne me surprenait pas vraiment de le voir virer dans le coté obscur : la rue a ses effets secondaires. Il comprenait que je l'avais trahi et que je ne jouerais pas le reste de l'aventure. Il a essayé de me convaincre de devenir un salarié modèle mais je faisais bloc, il me demandait si j'avais laissé tombé l'idée de porter un costard comme un arracheur dents. Je l'avais vexé le petit, c'était un de ces types qui détestait que les choses ne se passent pas comme il l'avait prévu. Une sorte de maniaque. Pour un peu je m'en serais voulu de laisser ce pauvre type avec ses rêves de messie, en croyant qu'il libérerait les pauvres de leur conditions misérables il se foutait le doigt dans l'oeil jusqu'à l'os, personne n'a besoin de sauveur en ce bas monde.

09 avril 2007

Passage à l'acte

Dans une superette du 11e, David s'était équipé et s'était acheté la panoplie complète du terroriste. En dépensant toutes ses économies pour une bombe, il scellait son destin, tout cela ne représentait pourtant pas grand-chose. Il avait décidé que ce serait aujourd'hui, et il ne pouvait plus attendre, c'était encore le seul moyen qui lui permettrait de parvenir à la célébrité. Il avait acheté une bouteille d'essence de térébenthine, plusieurs chiffons et un pack de bière, dans son panier de consommateur, il n'y avait que de la nourriture spirituelle, pour son ventre il se contentait de manger quelques pommes ce soir, ce serait suffisamment nourrissant. Il n'avait pas oublié non plus de se prendre un feutre marqueur noir et un bloc de post-it pour apposer sa signature. Il manquait cependant de professionnalisme dans ses filières d'approvisionnement. David imprudent, ne se rendit compte que ses achats pourraient éveiller les soupçons qu'au moment où il payait en caisse. Trop tard ! une vieille chouette était déjà intriguée par les différents achats de David. Elle cafarderait peut-être ou peut-être pas... il était trop tard, le coup était à tenter. Au moins, le vendeur, qui était assez jeune, ne s'intéressait pas à ce qu'il passait au crayon optique, il faisait simplement ses heures et il se foutait éperdument des achats des clients .
L'employé ne se rappellerait pas plus du visage de David que du comma ou il asphyxiait sa journée. Toutefois, David se jurait qu'à l'avenir de ne plus commettre ce genre d'imprudence et d'acheter ses produits dans différents endroits pour que même les commères n'ai rien à en dire.
Un peu excité à l'idée de ses premières explosions, David voulait agir dès cette nuit, mais il lui restait à tester la préparation du cocktail. A priori, cela semblait enfantin, à la télé, ceux qui balançaient ce genre de cocktail n'avaient d'ailleurs pas l'air de sortir de Saint-Cyr. Il retourna hâtivement avec son sac à provisions étrenner son artillerie dans la forêt et procéder à ses premiers essais. Ne voulant rien laisser au hasard, David suivait ses anciens réflexes d'ingénieur, pensait aux détails capables de faire capoter l'opération. Conformément à la loi de Murphy, c'est toujours coté confiture que tombe la tartine, or il s'agissait de bruler des voitures, et pas de prendre son petit déjeuner. Premièrement, ne pas rater l'allumage, cette opération déterminait évidement la réussite ou de l'échec d'un attentat, ensuite lancer la bouteille avec suffisamment de force. etc.
Quand il fut abrité par suffisamment de végétation pour que personne ne puisse le repérer, David s'assit pour reprendre son souffle avant de commencer l'entrainement, il se reposait un peu en se récapitulant tous les essais auxquels il devait procéder sur un post-it. Il commença par vider une bouteille de bière, il avait l'enveloppe du missile ! Il la remplit ensuite précautionneusement jusqu'au bord avant d'enfiler le chiffon dans le goulot. L'odeur lui montait aux narines, comme le bonheur de la guerre. Il observa un instant son obus, satisfait de sa création, il se mit en quête d'une cible qui représenterait bien un 4x4. Il rencontra rapidement un chêne capable de simuler la cible. La nuit n'était pas encore tombée, on ne verrait pas les flammes. Il lançait sa première bouteille contre un arbre et constata avec dépit qu'elle n'avait pas explosé. La deuxième fois, elle explosa bien et il se fascina pour le feu, regardant les flammes commencer de noircir le tronc. Il dut cependant éteindre l'incendie qui commençait car la combustion de l'arbre aurait pu éveiller les soupçons. Il du éteindre l'incendie qui commençait avec ses propres couvertures car il n'avait pas pensé à l'extinction. Il se dit à lui même "Quel imbécile je fais !". Il était encore trop brouillon, son entrainement serait décisif.
La police transigerait évidemment moins avec les crevures de pneus qu'avec les incendies. Le premier commandement était de ne jamais dormir deux fois au même endroit, ne pas se venter et même ne plus faire confiance à personne, pas même à Gérard qui revenait le lendemain d'Angleterre. Comme au Monopoly, la prison était un accident de parcours possible, la traitrise était à craindre de tous les côtés. Les messies ont plein d'ennemis lorsqu'ils ne sont que bonté, mais pour une poignée de dollar, on n’aurait pas David Ménard.
Il songeait à l'époque heureuse de la cabane au fond du jardin, quand les monstres rodaient à l'extérieur. Maintenant, devenu grand David avaient vu que les monstres s'emparer de la cité. Il avait déserté, mis les bouts pour quitter le monde des rats. Il serrait le poing.
Martialement, il rangea son équipement dans sa besace de manière à ce qu'il puisse rapidement passer à l'action quand le moment viendrait, chaque chose à sa place, dans l'étage le plus accessible, deux bouteilles pleines de kérosène. Se rappelant la mythologie des séries télévisée, il effaçait ses empreintes avec un chiffon, il était prêt : allumer et lancer le cocktail Molotov prendrait pas plus de quelques secondes, il ne se donnait pas plus de temps. Quand le jour se mis à faiblir, David se mis en route presque péniblement, tellement il s'était empêtré dans ses pensées. Sur le chemin alors qu'il retournait dans la ville, un individu qui comme lui vivait dans la rue rue l'interpella, en lui lançant : "Bah mon pote faut pas faire la gueule comme ça ! C'est pas grave, dis donc ne fait pas de bêtises mon vieux !" et puis il se mit à rire tout seul en lui souriant de tous ses chicots. David hâta le pas mais cet étrange augure continua de lui courir dans la tête, tout le dispositif chancelait par cette première faille essentielle : lui-même avait été pris en flagrant délit de mauvaise conscience, et peut-être valait-il mieux attendre un peu d'être un peu plus prêt. David était transparent incapable maquiller son visage, l'augure avait une sinistre part de vérité, il fallait l'avouer, il devait pourtant continuer et aller jusqu'au bout de l'action.
Il se mit à vadrouiller dans les rues les quartiers chic de Vincennes pour faire son repérage, mais les rues n'étaient pas encore suffisamment dépeuplées. Il n'était que neuf heures du soir, certains rentraient encore du travail. Mais la plupart des salariés avaient déjà regagné leurs pénates. On les voyait à travers les fenêtres en train de se bercer au ronron de la télé. Ces scènes, entraperçues à travers les rideaux, étaient pleines de chaleur, comme un tableau de Vermeer. La télévision avait remplacé l'antique poêle. David, vérifiant que le cocktail était toujours là près de sa main, fit un effort pour se rappeler pour quelles raisons il devait agir et punir ces paisibles moutons, et il serrait les poings, en attendant de localiser sa première victime. Les candidates ne manquaient pas : les voitures de luxe, on en trouvait partout, la voiture représente le fondement de la réussite dans la plupart des familles, il est bien normal de voir ce genre d'abondance dans un pays comme la France, malheureusement, il aurait préféré bruler une voiture qui se trouvait dans un garage, mais pour ce soir mieux valait aller progressivement. Aucun des endroits ne lui semblait tout à fait propice pour passer à l'action, les voitures n'étaient pas disposées ici pour être brulées. Une étrange peur montait en lui, pris au piège du devoir. Il espérait l'instant où lui viendrait le courage de lancer sa bouteille sous une voiture, David déambulait dans les rues de Vincennes, ville bourgeoise, à chaque instant, un individu sortait de quelque part, réduisant à néant tout son conditionnement psychologique par une sorte de chaud et froid, son courage s'amenuisait et quand arrivait minuit, il ne cherchait plus vraiment à enflammer une voiture. Il lui fallait attendre un peu pour retrouver le calme et ne plus avoir ce foutu coeur qui bat la chamade lorsqu'il posait la main sur son cocktail Molotov. Il devait se l'avouer à lui même, David était un véritable puceau de la violence, il se piquait d'orgueil d'être si fort en gueule et si faible dans ses actes.
Il s'assit finalement sur un banc, penaud, travaillant la matière, repensant au sens profond de sa démarche. Il lui fallut presque une heure avant d'être parfaitement calme et de n'avoir plus aucun doute quant à ses objectifs qui avaient semblé vaciller dans le vent tout le temps de sa patrouille. Devant un 4x4 BMW qu'il exécrait par-dessus tout et dont il avait crevé pas mal de pneus, il se trouvait face à son destin. Le 4x4 était rutilant. Il vérifia que personne ne passait aux alentours, saisit une première bouteille qu'il mit sous la voiture puis lança de toutes des forces un cocktail Molotov à travers la fenêtre de la voiture puis il partit immédiatement, le coeur battant mais, sans se hâter, il avait oublié de signer son forfait. Quand il fut à 500 mètres du véhicule, il commençait à entendre des voix qui criaient au feu. Il ne se retournait pas et poursuivait sa route. À vrai dire, les évènements étaient allés trop vite. Bien que libéré, David se trouvait face à l'amère désillusion de ne pas avoir savouré son crime. Le prix à payer était de disparaitre dans l'ombre. Il peina d'abord à retrouver son camp de base, mais il parvint finalement à retrouver ses branchages et il découvrit avec horreur que les restes de ses expériences d'explosion se trouvaient en vrac juste à côté de son camp, son coeur se mit à battre, il rangeait toutes ses expériences rapidement derrière un rocher, oubliant certainement un reste car il faisait noir. Il ne parvint à s'endormir que difficilement et fit de nombreux cauchemars. Sa vie était devenue si noire, devait-il se relever un jour ? Il l'ignorait lui même.
David mit du temps à se réveiller et quand le soleil commença à lui piquer les yeux, il lui manquait encore un peu de sommeil pour être tout à fait de bonne humeur, sa cabane était une assez perméable à l'humidité du matin, une sensation tout à fait désagréable lorsqu'il réalisait l'humidité du lieu, incapable de distinguer la rosée de sa bave. Dans l'espoir de prolonger encore un peu sa nuit, il se roulait tel un animal en grognant dans les herbes où il avait fait son lit, il s'étirait bruyamment. Il ouvrit finalement les yeux en se promettant de faire une sieste quand l'herbe aurait finalement séché. Ce n'est qu'à ce moment qu'il se souvint de ses actions de la nuit passée, d'abord il fut quelque peu effrayé d'y être parvenu. Afin de s'assurer que tout ceci n'était pas un rêve, il voulut ensuite voir la carcasse de la voiture. Rapidement, il se ravisa car retourner sur le lieu du crime le lendemain était certainement une mauvaise idée. Il n'existait plus de retour possible et il devait vivre comme une bête, à vrai dire, ce n'était pas aussi difficile qu'on aurait pu le croire, le quotidien rythme chaque jour. Il n'existe plus de passé, de futur.
Pour rester serein et ne pas céder à la folie, il fit confiance aux forces mystiques, il se mit en position du lotus et ferma les yeux de sorte qu'il ne soit pas perturbé par l'agitation du monde. Il médita sur ses actes en invoquant Dieu afin de donner une sorte de sens à ses agissements. Au départ, sa démarche trop analytique le conduit d'abord sur une voie pathétique et stérile qui ne l'aidait pas du tout et même l'égarait, mais David préserverait persuadé qu'au bout de la souffrance de ses jambes, il y aurait une possible libération, il commençait à se se sentir porté par un courant qui ne lui voulait que du bien. Il imageait la réaction qu'il aurait eue si jamais on avait mis le feu à sa voiture. Il aurait été absolument furieux, il songeait avec compassion à cette ancienne innocence.
Les notions de bien et de mal finirent par devenir stériles, il se sentait bien. Il oubliait où il s trouvait et commença à faire partie de l'herbe et e la forêt qui l'entourait, pour la première fois depuis longtemps, il se mit à sourire, comme si le soleil de cette journée s'était déplacé pour rayonné à l'intérieur de lui même.
Pour être libre, il fallait être mort, évidemment, il réfléchit longuement à cette proposition sans doute choquante, mais en vérifièrent tous les fondements. David devait cesser de se considérer comme un être vivant pour parvenir tout à fait à ses fins, par exemple il devait cesser d'avoir peur de se faire prendre par la police, oublier jusqu'au sens de l'orgueil. Car aucun individu n'a jamais rien possédé. Cela demeure vrai aussi longtemps et la possession est une illusion, on ne peut priver personne de sa liberté à partir du moment ou l'individu se sent libre.