25 novembre 2006

Wet Chaolin

Cette journée, David était saoûl de la pitance routinière du salarié, il avancait tête nue et l'envie d'en découdre sous les trombes venues de l'Ouest. Le ciel était noir comme sous une chappe de caillasse. Il s'enfoncait dans la nuit naissante quand l'orage commencait à gronder. Il partit s'engêler dans les rues de Paris, somnambule. Il avait laissé sa voiture sur le parking et ignorait son retour, il ne savait même pas s'il y en aurait un jour. Il pris seul le métro, parmi les masses puantes, il s'est engouffré dans des charettes en partance pour l'enfer. Des travailleurs aux gueules déformées grognaient comme des boeufs, lui respirait les aisselles de grands types décharnés aux long bras qui se suspendaient au tringles du métro. Libéré, il dévisageait jusqu'à l'outrage des minettes renfrognées réfugiée dans des coins du wagon attendant que leur transport se passe, éreintée de leur journée. Il les toisait comme si l'orgueil de ces petites pouvait se retourner mille fois sans que rien n'y paraisse. La plèbe avait l'oeil vitreux, elle était en patience pour le programme télé de ce soir. Etait-il de ceux là ? Etrange ! Il avait cette sensation étrange d'avoir passé sa journée avec des mammifères difformes qu'il regardait sans comprendre à travers la vitre d'un aquarium comme d'immenses patauds. Il était libre et le voyage se prolongait seul dans les lumières articielles emporté dans par les trames jaunies du métropolitain.

Il sortit à Maubert-Mutualité, station insignifiante mais tellement Parisienne. Il s'agissait du QG pour le professorat de la Sorbonne lorsqu'il se mettait en chasse de filles encore fraiches. Endroit idéal pour sortir de cette terre infernale et rejoindre la mer, David avait le vent dans son dos et se sentait propulsé dehors de la bouche du métro, neuf comme un ressucité, des courants d'air s'infiltrait dans son cou, des gouttes s'emparaient de sa barbe, il était sale, le poil défait, la machoire trop saillante, il avait oublié ces restes de raffinements comme ceux d'une vie passée. Sous la pluie, David partait s'inventait les dragons qu'il allait défier tandis qu'il rajustait son imperméable tel un limier professionel es bas-fonds. Aujourd'hui commençait le voyage extatique, celui qui déferait l'ancien David, le tuerait certainement, et jetterais au enfer la sage dépouille de cet ex-employé aux instincts si dangeureusement lénifiant. Lao Tseu avait affirmé que "Tout voyage de milles lieues commence par un premier pas" en Français on le traduisait par "Seul le premier pas coûte". Cette foutue sagesse populaire avait toujours raison ! Il n'y a que l'abandon, le renoncement du premier pas qui compte. Au moment ou tu ne saura plus qui tu es, au moment ou tu auras oublié tes modèle, alors tu sera libre, renonce donc pour gagner... Toutes les religions qu'elles soient Tibétaines ou d'ailleurs partagent cette même clé de voûte : le salut de la foi est es un abandon. Pour commencer l'ascèse il faut se baigner dans les eaux du ciel, s'imprégner de la glace du monde, marcher dans la nuit, trembler, traverser les limites de ce corps faible.
Le premier pelerinage était un peu bourgeois, il fallait le reconnaitre, il partait du quarier latin et s'en allait vers le quai Branly, lézardait au Marais. Cependant, cette marche sur Paris se faisait par gros temps. Les hommes courraient dans la rues, regagnaient leur trous comme des fantômes effrayés, déguerpissaient comme des rats sous la lessive, de leur coté, les femmes se hâtaient serrant leur jupes, accrochée à leur parapluies à la dérive. Les caniveaux ruisselaient et débordaient sur les trottoirs car de gros 4X4 aux pneus imposants contrariaient l'écoulement des eaux. Le missionaire David du pâtir de ces débordements. Justice !
Les rues de Paris étaient très vides et David sentit l'inspiration - une de celle qu'on ne laisse pas partir - pour rétablir un peu d'ordre, et faire écumer comme un porc que l'on saigne le gras propriétaire de l'engin qui essuyait ses roues dans l'eau croupies de son ami Gérard. En terme de lutte des classe c'était lui qu'il fallait planter. Il sortit un couteau de sa poche, s'accroupit à demi et enfonça dans le pneu du monstre la lame de la vengeance. Il fut surpris de constater la résistance de la roue, il ne parvint pas à transpercer lla chappe du premier coup : corriace ! A nouveau, il planta le couteau avec plus de forces, discret, il ne fallait pas encore revendiquer ce genre de folie et finalement il entendit avec soulagement le sifflement du Good Year éventré, puis ça commencait à buller énormément dans le caniveau rivière. Il n'eut pas le temps de contempler la carcasse qui s'écrasait car il devait partir. Il s'enfuit, faisant semblant de rien, heureux. Le franchissement si ridicule fut-il des ligne de la loi par rébellion, vous fait sentire plus humain. Mais maintenant il était l'heure !
Il fallait réccupérer son fameux costard qu'il avait prété à Gérard et connaitre le résultat de l'expérience. Il lui avait dit à de le ménager, cependant, par ce temps, il ne savait plus quelle version il allait trouver de son costume.
L'ami Gérard, près de l'endroit convenu, attendait près du pont des "Milles Larmes" - l'autre nom du pont de l'Alma - on entendait des cataractes de pluie affliger la terre jusqu'à en détremper son âme. David espérait retrouver un métamorphosé. Un peu envieux, il pensait que Gérard, tous les soirs, était bordé par ces ombres si noires et si pures, des lavis superbes pour l'héroisme. S'il vivait ici, il deviendrait comme les escargot, c'est à dire qu'il baverait ces soirs humides sans parvenir plus à avaler quoi que ce soit, saoul. Il du s'asseoir contre un mur, comtempla stupéfait la nuit qui s'amusait à faire des ronds dans l'eau. Interdit.

19 novembre 2006

Contrastes

J'avais pas tout à fait fini d'être chat de gouttière mais je me suis mis à regarder les minettes fraîches et à les croquer du regard comme un vieux matou. Par la fenêtre du café, je voyais des femmes sophistiquées avancer sur des talons aiguilles et je me perdais sur leur croupes qui balançaient. C'est qu'elles sont chic les femmes ici. Rien que de m'imaginer dans l'ombre à observer la nudité de leur épaules, j'ai le frisson. Les Champs Elysées sont pleins de ce genre de créatures, étudiantes libérées ou femmes très actives, elles ont les seins si ronds et les bouches si pulpeuses qu'on se damnerait pour elles, et si seulement j'avais les moyens, je me paierais des beaux jours dans des chambres d'hotel et je m'aggriperais à ces reins pour leur faire sentir tout mon foutre. Mais j'ai la fièvre.
Sous les lustres d'un café, près des cuivres du comptoir, je suis dans un endroit bien chaud et j'oublie vite, trop vite. Je suis comme un insecte près du poèle, la chaleur est magnétique, je bouge pas, je me chauffe, mon corps n'était plus habitué. C'est le premier des luxe d'avoir chaud, mais j'ai pas de vertue pour me contenter de si peu. J'ai envie d'être un peu plus propre, de me raser la barbe et de m'enfuir avec ces maitresses fugaces, défaire leur jupes fuseau, tirer leur longues fermetures éclairs, et ... mais faut pas se laisser aller : tout à l'heure je suis dehors et faut pas déconner, David ne paie pas la chambre d'hôtel. Un café noir ne dure pas une éternité, déjà il est froid. Je me suis levé sans payer mon café, je laisse les sponsors japonais s'en charger, pour ça j'ai des excuses : je suis pauvre. J'irais prendre un autre café ailleurs.
Sur l'avenue, je révassais, je chantonnais la chanson de Joe Dassin, même si Paris n'a plus grand chose à voir avec ce qu'il chantait, ce n'est pas l'important puisque je réve. On dit ce qu'on veut de Paris, y'en a beaucoup qui disent que ce n'est plus qu'une ville de crevards et j'en suis la preuve, mais c'est difficile de hair une ville quand on y a grandi ; je reconnais que c'est pas original. C'était la deuxième fois que je remontais l'avenue, mais je n'allais pas passer ma vie ici, David m'avait fait un cadeau empoisonné, je ne dit pas qu'il m'a pris en traitre et je vais pas pleurer. Il n'y a pas de Cendrillon qui tienne quand on est un homme, mais dans le fond, c'est l'idée : minuit allait sonner. Et sur le trottoir je croisais une de mes connaissances, Pantou, c'était un black qui m'avait raconté ses misères une fois qu'il avait raté le dernier métro. Lui, c'était une autre histoire, il avait des problèmes pour nourrir ses trois mômes et en plus il avait la police l'embêtait, comme il disait, sans-papier, il était menacé de se faire explulser. Comme s'il les collectionnaient, les Africains ont toujours des tonnes de problèmes, mais il rigolent beaucoup trop pour qu'on les prennent au sérieux. Il y avait tellement peu de temps qu'il était en France qu'il ne savait m^me pas que de causer avec les clodos relevait du gâtisme. Il m'a de suite sorti son : "Ah monsieur Gérard ! Comment ça va, je vous avais pas reconnu dans votre beau costume ! Vous avez retrouvé du travail ! Regardez moi aussi !" Il était effectivement en train de balayer la rue et ca avait l'air de lui faire foutrement plaisir encore que je m'avance probablement puique je ne l'ai jamais vu sans sourire. Je lui demandait si la famille "Ca va ?", il adorent ça les Africains. Apparement, oui ça allait. Il m'a dit que depuis qu'on lui avait fait des papiers à la prefecture, il avait trouvé un job. J'ai pensé que c'était dingue qu'il lui faille des papiers pour tenir un balai mais c'est le système qui veux ça, il avait réussi à trafiquer quelques paperasses pour trouver un boulot, il n'avait pas le choix, il a deux femmes le salaud et sur les imprimé de la sécu, il n'y a pas suffisamment de cases pour ranger deux femmes. Il était en admiration devant mes chaussure, j'apprend que j'ai des "Weston" au pieds, il me demande combien elles m'ont couté. La vraiment je suis embété, je lui dit que c'est un cadeau. Et bein tu me donnera le nom de tes amis, hihi ! Moi, je viens du Congo et là bas, si tu as des Weston ça veut dire que tu connais un ministre. Il me dit qu'en France, on a de la chance, c'est moins difficile d'avoir des Westons. Pour pas qu'il soit trop jaloux, je lui sort que que j'aimerais bien être en Afrique pour avoir deux femmes comme lui, en France, c'est plus difficile pour avoir deux femmes, il rigole, il nuance, ah oui mais mon frère, tu te rend pas compte ! Deux femmes c'est beaucoup de travail et puis tu as plus des enfants, et là c'est encore plus de travail ! Mais toi t'es blanc et t'a même un costume qu'on dirait un ministre, tu pourrais surement avoir plus de deux femmes. Je connais même un type, il a huit femmes". Je restais songeur : huit femmes ! Bien sur que ce ne sera pas comme ces chattes incandescante comme celle qui se promènent sur les Champs Elysés mais tout de même : Huit ! Je laissait Pantou et son balai et je poursuivais mon chemein. J'avais le déclic, si je réussissait me faire de la maille comme David me l'avait promis, je me paierai un billet d'avion pour Ouagadougou et je monterai mon clan : le "clan des Glucks". Je me prendrais deux ou trois femmes - c'est déjà bien - et je ferai des gosses à tite larigo pour avoir une vraie descendance. D'un autre coté j'ai mon fils ici, mais comme je ne le vois jamais il comprendra quand il sera grand. Francoise n'a plus voulu que je le revois quand on s'est séparé. Elle disait que j'étais pas un modèle pour le gamin, elle a peut-être raison. J'ai bien tenté de négocier mais je ne suis pas parvenu à aller très loin, en effet c'est assez difficile de négocier devant des portes fermées.
En Afrique, il n'y a pas de porte pour rentrer dans une case, même si mes femmes m'interdise de voir mon fils, je pourrais toujours tricher. C'est drôle comme ça m'inspire l'Afrique. Ca m'est déjà arrivé de m'endormir dans la rue avec des visions de là bas, j'étais vraiment crade et que le ciel était tout gris comme d'habitude mais ça n'empéchait rien. Je me voyais dans des grandes savanes sous un ciel immense, et j'avais enfin chaud, il y avait des troupeaux d'éléphants qui faisaient trembler le sol et je voyais des zébus s'affoler à l'odeur du lion qui approchait. Pourtant quand je me réveillais et je voyais que c'était la nuit noire, il y avait des clodos s'engueulaient auprès de moi, j'avais complètement déliré. Mon idée est que j'avais une prémonition de la mort, comme un retour aux sources, quand je serais mort, j'aurais plus chaud que maintenant.

12 novembre 2006

Café noir

C'était la première fois que je marchais sur les Champs Elysées depuis longtemps, David m'avait refilé son costard presque tout neuf. Il était d'un beau beige et large d'épaule, c'était un Hugo Boss et vraiment classe. Il me le laissait juste pour la parade, il m'a demandé de lui redonner après, mais je crois que je vais le convaincre pour qu'il me le laisse. Ce costard me changait vachement de mes poux, un peu comme une robe de communion, ça marque certainement un moment important de ma vie. Peut-être que je m'emballe mais faut reconnaitre quand même que ce costume, il tape à l'oeil.

Ces dernières années, on m'avait déconseillé les trottoirs des Champs Elysées, d'après la loi, la mendicité est interdite, en pratique c'est surtout vrai près des vitrines luxueuses. En soit, c'est tout à fait normal pour un exclu qu'a des trous à son manteau et puis c'est le principe. Cependant, les flics sont assez causant quand il vous arrêtent sur la route des Champs Elysée, ils essaient de vous convaincre avec beaucoup de diplomacie d'aller voir ailleurs, comme s'ils avaient mauvaise conscience de vous interdire d'aller taxer des clopes devant chez Hermès. Il ne font que leur boulot. Ils ne cessent d'être aimable que lorsque vous leur gerbez dessus.

Cette fois, il n'y avait pas d'obstacle sur ma route, j'allais parader sur la "vitrine du monde" comme ils disent. Les mains dans les poches, je me sentais un peu drôle. C'était au début de l'hiver 2001, j'avais les idées un peu gazeuses quand j'arpentais l'avenue, j'avais encore le tarrin méchamment rouge et la goutte au nez, mais personne ne semblait deviner que de "La Villageoise" était en cause, on incriminait plutôt "Chateau La Pignole", ou j'en sais rien, mais quelques choses d'approchant avec un "Chateau" dedans. On me prêtait si peu d'attention que ça m'a surpris. Je jure poutant que ma transformation était délicieuse, devenu anonyme, je n'étais ni repoussant, ni glamour, mais on me rendait d'un coup ma fierté en ne me regardant plus avec dégout. David ne mentait pas, c'est complètement instantané. J'étais seul mais ça ne me gâchait pas mon plaisir - faut pas déconner - je me sentais presque le roi de la terre dans ces vêtements confortables et chauds. J'étais si élégant que je marchais très lentement, comme si j'avais peur de commettre un faux mouvement qui déchirerait la doublure, alors je savourais chaque glissement de soie comme ces richards précieux.

J'avais suivi les conseils de David à la lettre, il m'avait appâté comme il fallait avec ses histoires de télé, finalement ce n'est pas l'essentiel, ses nippes me suffisent bien. Je m'étais fait coupé les tifs chez un arabe à pas cher, shampoing + coupe, il m'avait aussi taillé la barbe. Au moment où je suis rentré dans sa boutique, je m'étais pas rendu compte que j'avais oublié de me laver et que je puais mais le mec n'a pas bronché et m'a pris tout de suite. Il disait rien, il faisait que son boulot, il coupait avec son ciseau en silence : Snip, snip ! Moi non plus, je disais rien. Snip, snip ! Il a sûrement dut retenir son souffle pour me faire les pattes et se concentrer un peu plus quand il a vu un oiseau s'envoler de mes oreilles, mais il a tenu jusqu'au bout. Heureusement que les coupe-tifs "pas chers" sont pas trop regardant sur ce genre de détails, le métier de coiffeur doit supposer une bonne résistance aux clients puants. C'était pas ma faute si j'avais encore des réflexes de pauvre. Au final, j'avais laissé pas mal de poils dans sa boutique, je me suis rendu compte que mes cheveux étaient bien plus gris qu'auparavant. Le mec a terminé comme de normal en me présentant la nuque avec son miroir, ça m'a fait marrer. J'ai joué le jeu et j'ai tiré le bifton sans calculer combien de binouzes j'aurais pu me payer, il m'a rendu la monnaie et je me suis tiré. Au dehors, l'effet était impressionant. J'étais devenu invisible, enfin j'étais propre, tou ça c'est juste une question d'image. Au bord de la Seine, les potes me connaissent et y vont francos, ils gueulent : "Eh, Gégé tu viens te siffler un pack avec ton poteau !" Je dis pas que leur intention est mesquine, mais du point de vue de l'image, c'est désastreux. Dans l'absolu, je crois qu'il vaut mieux fermer sa gueule, raser les murs et être comme tout le monde : au moins t'as chaud. Faut choisir : Ou t'es bourgeois ou t'es clodo, tu ne peux pas être les deux à la fois ( David c'est un cas particulier : il veut devenir terroriste) Quant à moi, je préfère être bourgeois, dussé-je abandonner mes frères près des bouches d'égoûts. Comme dit David : ce n'est qu'une question de perspective.

Sur les Champs Elysées, les gens passent et viennent de la terre entière pour prendre des photos jusqu'à en user le déclencheur, il se tirent le portrait devant l'arc de triomphe avec le sourire figé comme si les dalles sur lesquelles il avait les pieds valaient des lingots. Ils mitraillent. Il y en a de toutes les langues, des Amerloques, des Ritals, des Espagnols, et même d'autre qui viennent de plus loin. Les pires, c'est les Japonais. Il parait que chez eux ils n'ont que quinze jours de congé par an et qu'ils craquent toutes leurs noisettes pendant leurs vacances. Remarquez, je ne jette pas la pierre, c'est une question de culture sans doute. Et puis faut leur rendre justice, s'il n'y avait pas les Japonais euphorique, probablement personne ne donnerait aux Slaves qui jouent de l'accordéon dans le métro : ils jouent vraiment trop faux. Bref, je réfléchissait sur ces trottoirs : il ne me restait pas tellement de thunes, je ne savais plus comme c'était cher d'aller chez le coiffeur ! Je comptais mes piécettes, il n'y en avait plus beaucoup, David ne m'avais filé que 30 euros, c'est beaucoup pour un clodo, mais pour un mec normal c'est trois fois rien. Question de principe, je voulais prendre un café sur cette avenue m'eut-il ruiné, la dignité commence par un café noir. Trouver un café qui ne soit pas complétement envahi d'étrangers relève de l'exploit sur les Champs, mais j'avais fini par en trouver un. On m'a servi mon expresso avec un chocolat et un petite sucrette, je remuais en regardant par la vitrine, c'était comme une valse dans ma tête, il y avait un grand vent qu'aurait pu me filer un rhume de cerveau. Je voyais de gens passer, rire, stresser, des guignols venus de pays bizarres. Je pensais à toutes les conneries de David. Pensait-il vraiment comme Fred que j'aurais pu être président ou se foutait-il de ma gueule ? J'avais beau me raisonner, je dérivais à chaque instant. Ce monde est décidemment bizarre. Je m'imaginais en haut de l'affiche, je sais que je suis cons de me laisser aller parce que ça me retombera surement sur la gueule un de ces quatre. Mais bon ! Ca fait du bien de réver.

07 novembre 2006

La révélation

Logiquement, le principe de justice crée les conditions d'une lutte efficace pour ceux qui ont tout perdu, c'est un raisonnement tout à fait simple qui permet de l'affirmer : il est clair qu'au fond de l'abîme on ne peut que remonter et qu'inversement, les nantis dorment mal et se sentent menacés de tout coté lorsqu'ils ont si peu à gagner et tellement à perdre. Simple et élégante théorie. Professeur Marx eut apprécié. C'est tellement beau la lutte des classes ! Cependant, ce qui vaut pour l'esprit reste le concept abstrait d'une société libérale et moderne, la réalité s'adapte difficilement au manichéisme de l'oppresseur et de l'opprimé. C'est ce pourrait figurer en conclusion du communisme. L'homme ne peut atteindre ses idéaux. Autrement dit : auncun projet de société n'est pas fait pour être atteint un jour. Jamais on ne se lassera d'expliquer que l'embonpoint bourgeois explique l'immobilisme et que la déchéance de pauvres bougres est l'inspiration de toute révolution. Mais l'automystification de ces salariés qui se plaignent de leur pouvoir d'achat en est le démentit flagrant : ils ont tout ce qu'il faut, mais il gémissent encore : l'autre jour, il avait vu dans le journal que le droit au vacances devait être intégré à la charte des droits de l'homme. Bein voyons ! Tout ça ne s'arrêterait jamais. Il faut se rendre à l'évidence : la populasse n'est qu'une légende d'occident, personne n'en fait partie mais chacun la plaint. David s'en rendait compte : Gégé, pour vinasseux qu'il fût, faisait encore partie de ce système, lui aussi avait sa fonction dans la machine : dire des conneries. Il en concluait que s'il ne parvenait pas à le changer alors tout était perdu ! Alors il fallait prendre toute les forces de ce désossé pour tordre le cou à cette réalité lénifiante dont on ne se départait pas. Sauter du train qui dirige l'Histoire vers une humanité vertébrée, disons d'un super-organisme dont nous sommes les petits rouages insignifiants, finalement nous ne valons que par notre masse.

Qu'on oublie alors cette glorieuse illusion de la domination de nos destins. Ce ne sont que des exercices d'écrivains ou de jeune fille en rubans roses. Que les clairons qui trompettent "Je ne crois pas au destin" se taisent ! Gardons la tête froide, nos précieuses errances sont elles aussi fonctionnelles et assurent la préservation de la diversité suivant un principe absolument Darwinien. Voyez ! nous sommes cernés de tout coté : Notre soif décadente d'esprit, de conscience, de liberté, de philosophie, tout cela n'est que le nième échauffement d'un bouillon de culture mille fois resservi servant de base à nos variations génétiques. La dernière convulsion d'une civilisation nous apprend que la liberté n'était qu'une illusion. Tôt ou tard on s'apercevra que la rébellion n'est qu'une réthorique démagogique, que les brûleurs de voitures font eux aussi partie du spectacle. Alors, on ne coupera plus de tête pour les prochaines révolutions, on n'aura plus d'idéaux si grands qu'on pourra mourrir pour eux. Il ne reste plus que bibliothèques pansues pour dégueuler des fleuves de palabres qui se répandent comme les veines d'une grosse migraine : Pulsion de mort, Névrose sexuelle, Schizophrénie mineure et une Altération de la perception, Crise de la trentaine. Vous êtes dans une case : un docteur vous expliquera laquelle.

Le premier signe de la dépression est un sentiment d'impuissance généralisée. A cela il n'est aucun symptôme objectif car l'incapacité de provoquer le changement relève concrétement de la tetraplégie. Or, comme manifestement il existe plus de déprimés que de tétraplégiques, il faut trouver une autre explication plus relative. En faits, il s'agit plutôt d'un trop grand décalage entre une capacité réelle de changer le monde et le désir qu'on en a. Sans doute, c'était le véritable problème de David, il avait beaucoup trop d'ambition, et même quand il cherchait à rater, il exigeait trop. Après ses premières jouissances vautrées au milieu des pochtrons, il se rendait compte que de jouer les joyeux drilles au bord de la Seine ne faisait guère avancer le shmilblick. Et bien qu'il soignat sa dépression naissante chaque matin, il ne parvenait pas à la transformer en une tristesse décente, même pas à se détester vraiment. Sans compter que cela prenait trop de temps ; intoxiqué d'habitudes, de confort et d'argent, le fiasco n'arrivait pas, la bérézina qu'il préparait était une fanfaronnade inextricable : un autre coup de tarte à la crème déprimant. N'allez pas croire qu'il soit facile de dévisser, on a trop de supports, trop de gens qui vous aiment et pensent le bien et le mal pour vous. Et pour s'attacher le vice, il faut n'avoir aucune attaches. La lumière lui vint tout d'un coup qu'il n'avait pas à sombrer pour s'offrir une renaissance : Il y avait Gérard et c'était lui la solution ! L'idée était simple : Gérard est une opportunité magnifique pour une expérience et au lieu de saborder son propre navire, il remettrait à flot un autre qui avait déjà coulé. Mentalement, il résumait la situation, comme en réunion d'état-major.

- David est aux sommets, incapable de perdre son travail : son chef lui offre une promotion, les secrétaires lui font de l'oeil, et même ses subalternes commencent à le trouver sympatique depuis qu'il ne se rase plus tous les jours. Il ne parvient pas même à se fâcher avec sa femme et pire, la dépression qu'il paraissait couver est en fait une farce. En effet, qui pourrait le considérer comme dépressif ou même rebelle. Peut-être sa vie est déjà écrite alors il faut se conformer car il est cerné sans possibilités d'avancer, ni de retrait.

- Gérard, le challenger, quant à lui est le candidat idéal pour toute expérience deséspérée, il est comme le cancereux en phase terminale, il a déjà joué toutes ses cartes et il peut tenter le tout pour le tout, il soumettra volontiers son âme à toute sortes de traitements caustiques et pourra même tester les médicaments les plus expérimentaux. Il est vraiment brisé, il n'aime plus tellement la vie. Pour autant, il lui reste encore un peu de cet espoir théorique qu'un jour viendra une révolution où il chevauchera fièremement dans l'Argmageddon. Il a le cuir dûr et l'amertume des poètes, on peut donc lui supposer de bonnes prédispositions pour la finance.

David se sentait l'âme d'être ce coach qui, comme on dit dans les milieux autorisés, activerait la carrière de Gégé. Ce challenge, n'est en réalité que justice. Et si le triomphe social est insipide quand il est fatal, mais la conversion du clodo en cadre dynamique, là on parle de triomphe ! Comprennons nous bien : ce n'est pas une tiers-mondanité, ni même une quart-mondanité, il s'agit de science. "Street Coach" était le titre de l'essai ou "Comment j'ai transformé Gégé en Gérard Intl." Si cette tentative réussissait, David aurait démontré qu'il avait raison d'être blasé. Il était en effet révolutionnaire de considérer qu'un SDF soit un excellent PDG sur l'unique considération qu'il faut le même nombre de lettres pour écrire ces deux acronymes. Gérard, une fois lancé connaitrait une carrière fulgurante, David n'en doutait pas. Pour Gégé le risque n'a pas de sens, talent rare par les temps qui courrent, et il pourrait rapidement s'acheter une télé non pas Cathodique, mais Elcédique voire Plasmique. Et avec ces arguments, David devinait la simplicité avec laquelle il convaincrait Gégé de jouer le jeu.

Il avait l'expérience en la matière, David avait recruté des candidats pour son entreprise, il y en avait de toute les couleurs : du blanc de poulet au gris comptable, du marron cramoisi au rouge sang. Il avait vu différents individus : des frais émoulus de la matrices, des pieds-tendres élevés à la becquée de parents attentifs, des fils d'ouvriers crevards, des immigrés revanchards, mais jamais encore il n'avait recruté des soulards. Gégé au moins, ressemblait à un authentique mort-de-faim, il n'aurait pas le travers ordinaire des employés carrièristes qui se transformaient en serpillères lorsqu'on arrivait sur les aspects financiers (Comme on dit dans le milieu). Il avait l'espoir que la rue aurait appris à Gérard la valeur de l'argent, c'est à dire rien. David éprouvait de la difficulté à conserver son sérieux lors de ces entrevues. Il fallait prendre un air grave quand on parlait d'argent et c'était le seul moyen de rester digne. A ce moment, on sens sa puissance considérable et si on ne se surveille pas, on peut partir d'un rire démoniaque. Ces agneaux réclament une télé 16/9 comme des bonbons, ils pleurent vraiment. Vous agenouillerez qui vous voudrez avec de l'argent, surtout ceux qui racontent en se rassurant que l'argent ne fait pas le bonheur. Ceux là, au moment ou l'on aborde la "question", font mine d'être plus intelligent qu'il ne le sont, mais leurs yeux brillent, quelque chose dans la plus sanglante veine du pathétique.

Ainsi commençait la première leçon :

- Le costume et l'apparence sont les paramètres déterminants pour l'ascension sociale. Le costard est FON-DA-MEN-TAL. C'est le B-A - BA. Une personne est professionnellement déterminée par son aptitude à porter le Hugo-Boss, je ne te referais pas l'histoire de France pour te le démontrer, mais ce sont des habitudes anciennes : un corps puissant, une taille imposante et une bonne présentation implique quasi sytématiquement une responsabilité pour un homme. Ceci dit, chut... ne le répète pas encore : je t'apprendrai plus tard les finesses qu'il faut mettre à ces choses pour l'ammener dans les salons. En tous les cas, je te vois bien carré et c'est ton premier avantage. L'homme est un animal qui se mesure d'abord à sa taille, à la portée de sa voix, à des épaules quand elle menacent de ratatiner à bras raccourcis. Ce n'est qu'une question d'observation : pourquoi, à ton avis, crois-tu que toutes les vestes possèdent des épaulettes ? Mmmm ? ...c'est évident, tu jauge de la carrure d'un type à ses épaules, un point c'est tout. Ce sont des critères strictement physiques qui son prépondérant. Tu m'excuse si je martèle, mais restons-en aux animaux : Dis-toi qu'ne dois jamais laisser entrevoir la peur. Ce genre de règle très élémentaire s'applique en permanence.

- He, he... tu me fais rire : Je n'ai pas d'objectif mais tu me plais avec ta niaque : Ammène ton costard et j'irai parader sur les Champs Elysée.
- Ok, pas de problème, j'avais déjà prévu ça. J'irais te le chercher tout à l'heure, il est dans la voiture. Evidemment qu'on te regardera différement après un passage chez le coiffeur. T'auras alors un petit air de bourlingueur du plus ble effet, la gueule du type qu'à roulé sa bosse sur les cinq continents, presque pareil que d'écumer du coté de la Seine après tout. Dans les premier temps, pas la peine d'en dire plus, c'est pas qu'il faille cacher son passé mais je te dis seulement, tu profitera plus de ce secret quand tu sera directeur. Tu me suis ? Et si tu me permets le second conseil, où plutôt te faire remarquer un endroit ou tu a un avantage certain : la clarté de sa volonté. Je ne crois pas qu'il soit nécessaire d'être intelligent pour savoir ce que l'on veux. Probablement, c'est l'inverse : les meilleurs philosophes ne sont pas en premier lieu des hommes d'affaires. Certes, tu trouveras sur ta route toute sorte de justiciers socials, indigents comme toi, gémiards, au demeurant très intelligent dans la contruction de leur raisonnement, ce sont des sorte de débiles qui ne font que dénoncer le système mais qui sont beaucoup trop débile pour changer quoique ce soit. La nature est faite pour l'injustice, l'en préserver également, c'est une question d'équilibre, à toi de voir, choisit ton camp, on a plus besoin de boeuf que de berger, c'est une autre évidence. La différence se fera par toi : tu as connu la rue et peut-être, tu corrigeras l'injustice à ton heure. Mais attends là cette heure, les justicier sont pas plein d'amis, ils ont autant d'amis que d'ennemis et puis je ne te propose pas de te faire des amis, soyons clairs : je te propose juste d'avoir une télé plus grande que la mienne pour que t'arrête de me raconter tes salades sur le bonheur que je devrais prendre. Toujours nous sommes des animaux, et nous pensons d'abord à la pitance de ce soir, ou même à ton litron de villageoise.
- Mais t'es vraiment barge mon pauvre, allez va rejoindre ta bergère et fait plus chier, tu me prends pour un animal de cirque pour tes expériences, mais comment crois tu que je vais devenir directeur. Directeur. Mais t'es fracassé mon pauvre...
- Mais Fred l'as dit : Tu pourrais être président !
- Fred ne dit que des conneries, ce qui m'épate c'est qu'il réussit parfois à trouver des cons qui le croient !
- Ta gueule, j'te dis, t'as le bagoût, il est correct Fred ! Moi j'ai pas de doute ! Tu peut être directeur : J'ai juste des doutes sur ton ciboulot, mais comme je t'ai dit ce n'est pas l'essentiel. C'est un peu spongieux mais c'est comme il faut !
- Merci pour mon citron, mais figure toi que c'est parce que j'en ai dans le citron malgré que je soit là. J'ai même lu du Platon mon pote. Mais je crois que t'oublieque tu cause à un président : tu veux mon poing dans la gueule ?
- Excellent : Frappe !

Gégé lui envoya, essaya un pain en pleine poire, afin d'écraser le tarrin du parachuté, David qui depuis trop longtemps espérait saisit cette occasion, évita le coup et retourna une bonne mandale au clodo. Il fallut quelque temps à Gérard pour n'être plus sonné, il faut avouer qu'il n'y avait pas été de main morte. Un peu refroidit le Gégé le regardait maintentant avec les yeux de la peur.
- Ma parole, t'aurait pu me tuer ! Oh, j'y suis, c'est ça : tu veux taper dans du clodo ? T'as pourtant pas l'air d'un punk. Ca m'intrigue ?
- Ne te plains pas ! C'est toi qui as essayé de frapper le premier si je ne m'abuse et en tous les cas ça reste une excellente leçon, j'avais envie de cogner ! Quoique tu en dises, c'est toi qui a commencé. La différence c'est que tu ne m'a pas frappé avec l'intention de me mettre KO, tu t'es contenté de me corriger. La tendance naturelle de l'homme est de blesser, pas d'éliminer et en ce sens il est fondamentalement bon. Si tu parvenais au point de qui te permettrait d'oublier jusqu'à ton orgueil, alors tu deviendrais redoutable. Paradoxal n'est-il pas ?
- Ma parole, tu es diable, tu viens pour m'acheter mon âme ! Tu ferais mieux de foutre la camp. Et pour dire la vérité : Tu me fous la trouille, t'es si frappé qu'on en a pas l'idée que tu puisse exister.
- Oh, oh, oh ! Mais il ne faut pas... c'est juste que j'explique qu'il existe deux manières de gagner des points ; soit en surclassant son adversaire, soit en le poussant à la faute. Lorsque je te frappe ce n'est pas par peur, ni pour te corriger mais pour te faire mal. Si je t'ai fait mal, comprends que c'est pour ton bien : "J'ai dans l'idée de faire de toi quelqu'un." J'ai peut-être des visions, commme une intuition, je ne sais pas bien. Mais j'ai vu un tapis rouge pour l'ami Gégé. C'est du racolage, j'avoue, mais ton nom marqué en grand et j'y crois : Crois moi tu as de la chance de m'avoir rencontré, je suis un professionnel. En fait, j'avais pensé te faire rentrer dans ma boite, ce n'est pas fascinant, mais seulement au bout d'un certain temps et puis c'est un bon pied à l'étrier. C'est pas pour me la raconter mais j'ai des relation et je pourrais te faire entrer par la grande porte sans trop d'efforts. Le thème c'est la sécurité, on protège les gens, et notre fond de commerce c'est la peur et les normes. . Je sais que t'as vécu beaucoup de chose probablement pas faciles, mais oublie tout, pour être digne, il faut avant tout savoir oublier.
- Ouais t'as raison, j'y pense souvent : Jésus pour être si miséricordieux devait avoir une mémoire de poisson.
- Arrête ! Tu vas pas me dire que tu crois en Dieu ?
- Mais si mon vieux, j'y crois même fièrement, je sais que c'est un peu décalé. Mais crois moi, que si je ne savais pas que le royaume des cieux appartient aux pauvres, je me serais jetté depuis longtemps sous un train. En fait, je crois même que Jésus était communiste.
- Tu crois pas que tu confond un peu les genres là ?
- Sans doute, mais Jésus te le dirais surement qu'il s'en fout.
- Intéressant, fascinant... Ainsi tu crois ?
- Tant que ça... Oui, ça te défriserait surement si je te disait que je prie parfois pour toi.
- Effectivement...
- T'as raison, tu es le diable, un calculateur un ordinateur. Tu ne crois plus en rien parce que ça t'handicape n'est ce pas. J'ai pas l'habitude de prier pour les boite de conserves.
- Tu me mésestimes.
- C'est une mesestime cordiale. He he...