19 novembre 2006

Contrastes

J'avais pas tout à fait fini d'être chat de gouttière mais je me suis mis à regarder les minettes fraîches et à les croquer du regard comme un vieux matou. Par la fenêtre du café, je voyais des femmes sophistiquées avancer sur des talons aiguilles et je me perdais sur leur croupes qui balançaient. C'est qu'elles sont chic les femmes ici. Rien que de m'imaginer dans l'ombre à observer la nudité de leur épaules, j'ai le frisson. Les Champs Elysées sont pleins de ce genre de créatures, étudiantes libérées ou femmes très actives, elles ont les seins si ronds et les bouches si pulpeuses qu'on se damnerait pour elles, et si seulement j'avais les moyens, je me paierais des beaux jours dans des chambres d'hotel et je m'aggriperais à ces reins pour leur faire sentir tout mon foutre. Mais j'ai la fièvre.
Sous les lustres d'un café, près des cuivres du comptoir, je suis dans un endroit bien chaud et j'oublie vite, trop vite. Je suis comme un insecte près du poèle, la chaleur est magnétique, je bouge pas, je me chauffe, mon corps n'était plus habitué. C'est le premier des luxe d'avoir chaud, mais j'ai pas de vertue pour me contenter de si peu. J'ai envie d'être un peu plus propre, de me raser la barbe et de m'enfuir avec ces maitresses fugaces, défaire leur jupes fuseau, tirer leur longues fermetures éclairs, et ... mais faut pas se laisser aller : tout à l'heure je suis dehors et faut pas déconner, David ne paie pas la chambre d'hôtel. Un café noir ne dure pas une éternité, déjà il est froid. Je me suis levé sans payer mon café, je laisse les sponsors japonais s'en charger, pour ça j'ai des excuses : je suis pauvre. J'irais prendre un autre café ailleurs.
Sur l'avenue, je révassais, je chantonnais la chanson de Joe Dassin, même si Paris n'a plus grand chose à voir avec ce qu'il chantait, ce n'est pas l'important puisque je réve. On dit ce qu'on veut de Paris, y'en a beaucoup qui disent que ce n'est plus qu'une ville de crevards et j'en suis la preuve, mais c'est difficile de hair une ville quand on y a grandi ; je reconnais que c'est pas original. C'était la deuxième fois que je remontais l'avenue, mais je n'allais pas passer ma vie ici, David m'avait fait un cadeau empoisonné, je ne dit pas qu'il m'a pris en traitre et je vais pas pleurer. Il n'y a pas de Cendrillon qui tienne quand on est un homme, mais dans le fond, c'est l'idée : minuit allait sonner. Et sur le trottoir je croisais une de mes connaissances, Pantou, c'était un black qui m'avait raconté ses misères une fois qu'il avait raté le dernier métro. Lui, c'était une autre histoire, il avait des problèmes pour nourrir ses trois mômes et en plus il avait la police l'embêtait, comme il disait, sans-papier, il était menacé de se faire explulser. Comme s'il les collectionnaient, les Africains ont toujours des tonnes de problèmes, mais il rigolent beaucoup trop pour qu'on les prennent au sérieux. Il y avait tellement peu de temps qu'il était en France qu'il ne savait m^me pas que de causer avec les clodos relevait du gâtisme. Il m'a de suite sorti son : "Ah monsieur Gérard ! Comment ça va, je vous avais pas reconnu dans votre beau costume ! Vous avez retrouvé du travail ! Regardez moi aussi !" Il était effectivement en train de balayer la rue et ca avait l'air de lui faire foutrement plaisir encore que je m'avance probablement puique je ne l'ai jamais vu sans sourire. Je lui demandait si la famille "Ca va ?", il adorent ça les Africains. Apparement, oui ça allait. Il m'a dit que depuis qu'on lui avait fait des papiers à la prefecture, il avait trouvé un job. J'ai pensé que c'était dingue qu'il lui faille des papiers pour tenir un balai mais c'est le système qui veux ça, il avait réussi à trafiquer quelques paperasses pour trouver un boulot, il n'avait pas le choix, il a deux femmes le salaud et sur les imprimé de la sécu, il n'y a pas suffisamment de cases pour ranger deux femmes. Il était en admiration devant mes chaussure, j'apprend que j'ai des "Weston" au pieds, il me demande combien elles m'ont couté. La vraiment je suis embété, je lui dit que c'est un cadeau. Et bein tu me donnera le nom de tes amis, hihi ! Moi, je viens du Congo et là bas, si tu as des Weston ça veut dire que tu connais un ministre. Il me dit qu'en France, on a de la chance, c'est moins difficile d'avoir des Westons. Pour pas qu'il soit trop jaloux, je lui sort que que j'aimerais bien être en Afrique pour avoir deux femmes comme lui, en France, c'est plus difficile pour avoir deux femmes, il rigole, il nuance, ah oui mais mon frère, tu te rend pas compte ! Deux femmes c'est beaucoup de travail et puis tu as plus des enfants, et là c'est encore plus de travail ! Mais toi t'es blanc et t'a même un costume qu'on dirait un ministre, tu pourrais surement avoir plus de deux femmes. Je connais même un type, il a huit femmes". Je restais songeur : huit femmes ! Bien sur que ce ne sera pas comme ces chattes incandescante comme celle qui se promènent sur les Champs Elysés mais tout de même : Huit ! Je laissait Pantou et son balai et je poursuivais mon chemein. J'avais le déclic, si je réussissait me faire de la maille comme David me l'avait promis, je me paierai un billet d'avion pour Ouagadougou et je monterai mon clan : le "clan des Glucks". Je me prendrais deux ou trois femmes - c'est déjà bien - et je ferai des gosses à tite larigo pour avoir une vraie descendance. D'un autre coté j'ai mon fils ici, mais comme je ne le vois jamais il comprendra quand il sera grand. Francoise n'a plus voulu que je le revois quand on s'est séparé. Elle disait que j'étais pas un modèle pour le gamin, elle a peut-être raison. J'ai bien tenté de négocier mais je ne suis pas parvenu à aller très loin, en effet c'est assez difficile de négocier devant des portes fermées.
En Afrique, il n'y a pas de porte pour rentrer dans une case, même si mes femmes m'interdise de voir mon fils, je pourrais toujours tricher. C'est drôle comme ça m'inspire l'Afrique. Ca m'est déjà arrivé de m'endormir dans la rue avec des visions de là bas, j'étais vraiment crade et que le ciel était tout gris comme d'habitude mais ça n'empéchait rien. Je me voyais dans des grandes savanes sous un ciel immense, et j'avais enfin chaud, il y avait des troupeaux d'éléphants qui faisaient trembler le sol et je voyais des zébus s'affoler à l'odeur du lion qui approchait. Pourtant quand je me réveillais et je voyais que c'était la nuit noire, il y avait des clodos s'engueulaient auprès de moi, j'avais complètement déliré. Mon idée est que j'avais une prémonition de la mort, comme un retour aux sources, quand je serais mort, j'aurais plus chaud que maintenant.

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