28 janvier 2007

L'annonce faite à la mère

Quand j'ai des problèmes, j'appele ma mère, je vide mon sac et je suis soulagée, je parle peu, maman me parle beaucoup, elle a des suggestions pour tout, c'est comme une thérapie sous hypnose, une sorte de médecine incantatoire, je n'ai qu'à écouter et je sais qu'au moins quelqu'un m'aime toujours, la plupart du temps c'est suffisant. Cette fois pourtant, je ne pouvais pas, j'avais tellement honte de ne rien pouvoir expliquer de ce qui m’était arrivé que je restais interdite devant le téléphone, incapable de composer le numéro de peur de me trouver muette : que pourrais-je raconter ? Il était parti, je n'avais que cette certitude. Je sais que ma mère poserait trop de questions auxquelles je ne saurais pas répondre. Et puis, je n'avais aucun intérêt à écouter ses consolations comme une petite fille, une étape avait été franchie dans ma vie, s'apitoyer sur soi-même ne me servirait à rien. Non, il fallait que je resserre les rênes et retrouve mon cap, le rideau de fumée derrière lequel s'était évanoui David me posait plus qu'un problème de force ou de courage, je désirais avant tout répondre à la seule question : « Pourquoi ?». Le problème semblait si transcendantal que je désespérais de trouver un fil qui me permettrait de dérouler la pelote pour comprendre le raisonnement qui avait provoqué la disparition de David. J'étais perdue. La seule personne avec qui j'aurais voulu parler était morte, c'était ma grand-mère. Ma grand-mère disait que la plupart des hommes sont comme des papillons de jour : ils sont superbes avec leurs couleurs à batifoler dans les trous d'air, à ce moment on les aime si fort qu'on souhaiterait qu'ils volent toujours et restent éternellement sous les soleils de midi à dessiner en dilettante leurs arabesques sur fond de ciel bleu. Mais elle disait aussi que quand passent des nuages on ne les voit plus, ils disparaissent et on ne sait pas où ils se cachent, elle prétendait que les hommes était allergiques à tout ce qui manquait de panache, et que c'était à nous, femmes, de supporter cette part d'ombre pour qu'eux puissent l'oublier. Elle ajoutait : Plus ils sont beaux et plus c'est vrai. Je pensais qu'elle aurait cetainement une opinion sur la question qui me taraudait.
Petite, je trouvais étrange que ma grand-mère, qui a vécu toute sa vie mariée au même homme, puisse proférer de telles méchancetés à l'égard de mon grand-père, un espagnol râblé mais dévoué... son bonhomme, elle disait que c'était un homme normal, "de toda la vida", expression on ne peut plus adéquate. Finalament, je ne comprenais pas pourquoi elle était si amère, j'aimais ma grand-mère, mais j'aimais aussi mon grand-père et je la trouvais injuste à son encontre, son mari était un homme patient et généreux et il avait ce qu'il fallait pour plaire aux enfants. La rpime jeunesse de ma grand-mère s'était évanouit dans la tombe, emportant avec lui le mystère d'un étrange amant, beau, mais trop fier.
Maintenant, je comprenais mieux ce que voulait dire alors ma grand-mère : peut-être avais-je basculé dans la catégorie des femmes expérimentées. Pépé Pedro -- nous l'appelions ainsi -- n'était certes pas de ces personnes brillantes qui animait le café du coin de ses conversations politiques, je ne l'imaginait pas non plus comme un amant fougueux, mais l'exercice et certainement difficile à travers les yeux d'une petite file. Pout tout dire, il était simplement gentil rien de plus. Dans l'esprit de ma grand-mère, il appartenait certainement à la catégorie des papillons de nuit, ces affreux qui vivotent immobiles près des lampions, mais qui au moins sont fidèles à leur lumière. Mamy m'aurait certainement dit qu'avec David, je m'étais compromise avec un papillon de jour très dangereux parce qu'évanescente, elle aurait probablement dit que mon amour était la seule source de mon malheur, tout simplement. Aime moins, tu souffrira moins. C'est sans doute ce que j'aurais aimé entendre. Alors, j'aurais aimé que ma grand-mère poursuive son histoire et me dise ce que je devais faire puisque j'étais en âge de comprendre. Mais, les morts ne ressuscitent pasb et j'étais seule : il fallait que je trouve des solutions.
Je voulais d'abord le retrouver. Je savais que David appelait régulièrement sa mère et qu'il était écrit dans les tables de la loi de la famille Ménard que les enfants devaient se signaler à leur mère chaque dimanche sans quoi quelque chose de grave s'était produit. En désespoir de cause, je pensais qu'au moins ce lien-là ne serait pas rompu. Je passais donc un coup de fil à sa mère avec l'espoir de trouver un indice qui me permettrait de le localiser mon mari afin de lui parler, au moins un peu. Pourtant, lorsque sa mère a commencé par me rappeler que nous étions invités à l'anniversaire de son père la semaine prochaine, j'ai compris que je m'étais trompée : elle n'était absolument pas au courant de la désertion de David et à son ton passablement amène, je devinais qu'il me serait difficile de lui expliquer que son fils avait disparu. La mère de David, était comme toutes les belles-mères, incapable de se rendre compte que son fils ne lui appartenait plus ni dans ses actions, ni même dans sa logique. Et c'était toujours ce mur que je devais commencer par saper, inlassablement. À l'évidence sûre de ses prérogatives, je n'avais rien à lui apprendre sur son fils, elle ne me facilitait pas la confidence, mais cette fois j'avais besoin de parler. Elle était un peu dragon sur les bords et jamais cette barrière de froid entre nous ne s'était réchauffée, les années passantes, elle avait toujours cette certitude de mieux connaître David que moi même s'il était évident que les faits démontraient le contraire. Au début, j'ai un peu hésité à lui raconter la fugue de David, simplement par peur de la contrarier, je le fis uniquement parce qu'il fallait bien qu'elle l'apprenne un jour ou l'autre. Elle était très fière de son fils "ingénieur" qui avait réussi tout ce qu'il avait entrepris. Quand je la connu, c'était même assez flatteur, je me sentais comme privilégiée, simplement par le fait que David ne pouvait pas se tromper, je bénéficiais de coudée franche, pour autant je ne restait que la fiancée de David. Je pense qu'elle se réalisait totalement derrière la carrière de son fils. Mon rôle ingrat était donc de la désillusionner, cette fois, le dernier exploit de son fils ne gonflait pas l'orgueil de de la famille Ménard et même en quelque sorte, il la couvrait de honte. En résumé, avec son comportement de collégien, se faisant la malle par une belle nuit d'hiver sans laisser aucune destination, il perturbait franchement la stricte morale familiale. D'ailleurs, puisque je cherche des explications, je pourrait chercher des explications psychanalitiques derrière cette maman castratrice. Mais revenons à notre sujet...
J'ai du faire preuve de beaucoup de patience pour faire entrer dans la tête de sa mère qu'il avait tout laissé à l'appartement et d'abord elle me crut folle. Je ne la convaincs que difficilement. La résistance à la vérité doit être une sorte d'instinct maternel, sans doute une preuve génétique de l'immanence de la bonté chez la femme, si j'avais des enfants, il m'arriverait probablement ce genre de chose. Quand je lui expliquais que ça faisait quatre semaines que David avait disparu, elle n'eut pas l'air de comprendre. En effet, David l'avait appelé ce dimanche et cet enfoiré avait dit en substance : "Rien de neuf. La routine". Le con ! Je l'imaginais bien dans une cabine téléphonique annoncer cela ! J'étais sans voix. Je ne comprenais pas qu'il ait pu aller jusqu'à mentir à sa mère juste pour me rendre dingue. Il dépassait toutes les bornes, et même, il n'en avait plus. Je reposais le téléphone, éreintée après pratiquement une heure de palabres, on avait seulement convenu qu'elle m'avertirait dès son prochain coup de fil, dimanche donc. Nous étions mardi.
Je regardais l'appartement qui était propre comme jamais. J'avais rangé les affaires à leur place, toutes ces choses n'avaient plus de vie. Je passais ma soirée désespérée, et pour un peu j'aurais aimé avoir eu quelque chose à ranger, quelque chose de sale à astiquer, juste pour m'occuper l'esprit. Après un certain temps de vie commune, j'étais devenue une ménagère, je n'avais pas de bigoudis, mais c'était tout comme. Ma vie était organisée entre la vaisselle, le rangement, l'aspirateur. Ma vie était effroyablement pleine de ces choses et je n'avais pas une seconde à moi mais j'adorais ça : le désordre, c'est comme l'imagination, c'est ce qui m'inspire et me permet de faire des projets. En contrepartie, je continuais de tourner à vide, quand je n'avais plus cette lancinante routine pour m'assommer. Je n'ai plus d'agitateur, je suis sage et je m'assois sur le canapé pour regarder la télé. C'est triste.
Il m'avait souvent reproché de n'avoir pas imagination. Plus ou moins, je n'y peux rien, c'est ma nature. J'essayais pourtant de faire quelques efforts en lui concoctant des petites surprises : des week-ends improvisés, des sorties et ce genre de choses, mais comme je n'avais pas le sens de l'improvisation, ça tombait à plat, il ronchonnait, trop classique. Il voulait des "challenges", comme il disait. J'étais terrorisée à l'idée de devoir assumer maintenant une vie seule. J'avais presque trente ans, pas encore sortie du marché, mais presque.
Et s'il ne revenait jamais ? Il m'avait tout laissé, absolument tout mit à part son petit sac de sport, même son portefeuille se trouvait en exergue sur son bureau. Au début, j'avais pensé qu'il me l'avait laissé comme une garantie de son retour, après quatre semaines, je commençais à douter. Pour dire la vérité, je ne savais même plus quoi penser, comment avait-il pu vivre sans argent pendant tout ce temps ? Avait-il un compte en suisse ? Tout semblait si surréaliste que tout était possible. J'ai eu le temps de retourner le problème dans tous les sens, je n'ai pas trouvé de réponse logique à mes questions. D'ailleurs, je suis restée longtemps sans réaction pour cette raison. J'ai d'abord pensé qu'il avait pété les plombs et qu'il serait revenu un peu plus tard, et puis au bout d'une semaine, je me suis dit qu'il était parti dans un pays étranger pour une affaire dangereuse qu'il n'aurait pas voulu dire, j'ai cru qu'il avait une maîtresse, à défaut je me suis dit que j'étais folle ou qu'une anomalie spatio-temporelle s'était produite. Et s'il était mort ? Je ne sais pas.
Je réagissais de la même manière que le jour où l'on m'avait volé ma voiture : chaque jour où je sortais, je pensais instinctivement la retrouver garée en face de chez moi, mais elle n'y était pas. Il me fallut énormément de temps pour l'admettre : trop souvent, on croit que les choses ne changent que parce qu'on le décide. Et pour en revenir à David, seule dans mon appartement, je pensais qu'il était dans la pièce d'à côté en train de bricoler dans son coin. Quand je prenais le métro, j'ai commencé à le voir un peu partout.
J'ai attendu deux semaines avant d'avertir la police, ils ont fait un avis de disparition en m'avertissant que ça ne changerait pas grand-chose puisque David était un grand garçon libre de ses choix, et même s'il le retrouvait il ne pourrait pas le forcer à revenir. Un grand garçon ! Tu parles ! Ce genre de remarques condescendantes, ils pouvaient se les garder !

14 janvier 2007

Doux rebel

Les nuits sont froides pour les rebels mais les soleils leur sont d'autant plus doux. En repos, à midi, après son déjeuner, David dormait sur son banc et ses laissait caresser par de tendres rayons. L'oreille collée à son banc, il prennait le poul de la ville, il entendait le métro vibrer. Paris avait le vers solitaire, un monstre souterrain creusait des trous dans ses entrailles et se nourrissait de viande d'abattage. Tous les matins des insectes laborieux allaient avec des têtes patibulaires se sacrifier au Dieu Travail, l'air tellement macabés, macramés, sanctifiés. Presque on pleurerait de voir, tous ces employés se conformer au martyr avec tant de discipline : "La vie n'est que souffrance". Avaient-il perdus la raison ? Cependant, David avait un peu changé d'avis à propos de ces tristes travailleurs engloutis par milliers dans les bouches métropolitaines, car de son point de vue actuel, ils constituaient une source de chauffage assez intéressante, même s'ils font de piètres tendrons car trop stressés et qu'il était hors de question de s'en faire des sandwitch, lorsqu'il se serrent et suent, si l'on fait abstraction de l'odeur, ce sont eux qui donne leur chaleur au couloir du métro et David leur en était bien reconnaissant. L'appréciation de la valeur du peuple n'est qu'une question de perpective. Le froid est tout à fait redoutable, il altère jusqu'à la conception du bonheur et pour quelques degrés plus ou de moins il se contente d'un rayon de soleil, mais quand le climat redevenait modéré, il à repensait à son livre comme un accomplissement important.

Un peu de temps s'était écoulé depuis qu'il vivait dans la rue et maintenant il avait l'autorisation de dormir au centre d'hébergement, a force d'insister, il était parvenu à s'inscrire dans celui de Pigalle. Les femmes qui en gardaient l'entrée avaient cessé de lui demander les preuves montrant qu'il était sans revenu car il avait désormais l'allure d'un vrai vagabond, et même elle l'accueillirent bras ouverts lui faisant faire la visite, lui demandant s'il n'avait pas besoin d'autre chose, c'était presque l'hotel. Il y dormait à peu près un jour sur deux là bas, il ne pouvait pas plus. Il y avait certes le confort suffisant mais on était pas vraiment libre, un peu comme dans un hospice pour vieux, il fallait supporter le bruit de la télé qu'on regardait tous ensemble, les parties de carte, les arrivées tardives de ceux qui ne se décidaient que quand il faisait trop froid, ceux légerement pochtronnés aussi étaient embétants car il parlaient trop fort et il puaient. Alors, les autres jours il dormait à la belle étoile, il s'était procuré des couvertures qui le protégeaient suffisament et qui étaient beaucoup mieux que sa première moquette. Il avait appris le métier. Ses débuts furent pénibles essentiellement à cause du froid mais depuis, son aptitude à débusquer les coins protégés des inflitrations d'air s'était considérablement développée. La stratégie pour trouver le bon coin était assez simple : il suffisait de débusquer une planque bien enfoncée et de s'y réfugier exactement comme un rat, il fallait se rentrer dans le trou d'un trou et se faire oublier, plus on était profond et mieux ça valait, le vent était le principal ennemi. Pendant la nuit, il lui fallait s'emmitoufler et ne pas bouger, rien, aucun membre, rentrer les doigts, mettre son bonnet, c'était pas toujours suffisant mais parfois on pouvait dormir d'affilée pendant quatre heures. Le moment le plus froid de la nuit arrivait une heure avant que le soleil se lève, mais on ne pouvait pas non plus s'endormir trop tôt parce que le bruit empêchait de dormir. Il avait découvert que la passion étranges des SDF pour le métro et les ponts n'était ni une question d'esthétisme, ni une démonstration symbolique de leur attachement à leur classe mais une simple question de courant d'air. David apprenait, il regardait les autres. Dans les distributeurs de banque, sous les bancs, derrière un buissons, il y en avaient qui se laissaient enfermer dans cinéma : Partout ! On peut pas se figurer comme Paris était plein de dormeurs. Quand tous les travailleurs étaient rentrés chez eux et regardaient le film sur leur TV magnifique. Dehors, c'était le bal des fantômes, chacun dans souricière rabibochait ses cartons de fortunes, colmatait les fuites. Certains étaient menacés d'expulsion parce qu'il avaient volé le trou d'un autre. David, débutant, ne dormait jamais au même endroit mais il risquait un jour de véritablement se retrouver à la rue, sans même un creux pour dormir. Faut pas croire ! C'est la crise partout. Certains s'étaient vraiment installés, il avait plus de couvertures qu'il ne leur en fallait pour le rechange, il avaient un caddy pour déplacer leur fortune et dans un coin ils avaient rangé des cartons de secours (en cas de coups durs), vue sur la Seine, David pouvait pas se pointer la bas : il avait pas l'expérience suffisante pour prétendre à ces palaces.

Il n'avait pas vraiment le temps de à se souvenir de son ancienne vie, mais parfois l'envie de se prendre un café au zinc remontait cruellement, il aurait aimé prendre une douche tout simplement. Ses journées étaient longues et il renouait avec l'ennui, incapable de travailler quand ses doigts étaient engourdis, il n'était pas question de penser à écrire. Il déambulait au hasard dans les rues de Paris, passait devant des camelots, observait les vitrines, il se chauffait dans une bibliothèque de quartier ou il s'était inscrit, les cartes sont gratuites pour les chômeurs, probablement sa saleté intriguait mais par chance on avait pas encore placé de videur à l'entrée des bibliothèques. Il piochait dans les rayonnages pour passer le temps, ce n'était pas si confortable que sont bureau car des allez et venus de gens le perturbait un peu sa lecture mais c'était plus que suffisant. Il trouvait une table pour travailler mais restait à révasser, improductif. Aussi, il avait envie de parler, sa femme lui manquait pour cette raison, même si c'était pour vider son sac, il l'aurait supportée, son oisiveté le rendait plus disponible mais personne ne venait à lui. Il n'y pensait plus, si jamais il devait flancher il était beaucoup trop pour donner signe de vie à sa femme et puis pour discutter, il y avait le centre d'hébergement.

Il s'intégrait bien dans son nouveau milieu, il devisait autour du radiateur à la recherche d'histoires déchirantes pour consigner dans son journal, il nouait aussi des amitiés avec des gens un peu comme lui, c'est à dire d'ex-employé : L'origine rapporche toujours et donne un sujet de conversation. Dans la salle de déjeuner, on se racontait surtout des histoires de poivrots et ce n'était pas très intéressant, il se retirait parfois dans un coin de la salle et se mettait a gratter ses impressions sur son cahier. L'inspiration lui venait en pagaille, comme si son ex-vie normale avait représenté un carcan mental si puissant que toute la folie d'être en vie n'avait pas pu s'exprimer, mais en somme ce n'était pas de la prose si noire. Au fur et à mesure, sa soif de rébellion s'érodait et sa protestation perdait de sa rage : on était pas si mal logé, on avait à bouffer et en résumé, son expérience ne se révélait pas si pénible. D'un certain point de vue elle était même confortable. En tout les cas, elle n'était pas aussi initiatique qu'il ne l'aurait aimée. En France, on vit trop loin du tiers monde pour risquer vraiment sa peau quand on n'avait pas a pas un radis en poche, ici, on trouvait toujours de quoi se payer une soupe et pour crever dans la rue il lui fallait vraiment y mettre du sien.

David s'interrogeait, les choses semblaient si désepérement posées dans ce monde, si on se battait dans la rue ce n'était que pour se piquer des bouteilles. Il ne voyait aucune révolution qui se préparait. Sa nouvelle condition lui fit découvrir le bonheur de l'eau chaude et de l'électricité, de la lumière et toutes les joies des temps modernes qu'on ne goute pas quand on est né avec. Le monde s'était donc renversé, les classes moyennes sont devenues incapables de comprendre cela, elle sont abruties de confort. Quand on ne travaille pas dans la rue, on se rend mieux compte de son luxe : Il avait du temps. Du temps à ne plus savoir qu'en faire, pas de coup de fil à passer, pas de facture à payer, pas de maison à rembourser, pas devidange tout les dix mille kilomètres, pas de femme à consoler, pas de vacances à planifier, pas de voisin à épater. Les jours se succédaient les uns aux autres, mais la musique de la vie était revenue. Il avait maintenant des rêves et des projets qui se confondaient.

Depuis qu'il avait crevé son premier pneu de 4X4, il avait renouvellé un peu l'expérience pour se distraire quand il ne pouvait pas dormir, surtout pour répandre une bonne nouvelle. Il avait développée sa technique si bien qu'il ne lui suffisait maintenant que d'un seul coup de couteau pour percer n'importe quel carcasse de pneu, avec force il enfonçait la lame, fermement il la retirait, la roue commençait immédiatement à se dégonfler. Il remettait le couteau tranquillement dans sa poche et poursuivait sa route, rien de bien sorcier, c'était surtout sa peur qu'il était parvenu à dominer. Il ne risquait rien. Il frappait toujours dans des quartiers très différents afin de ne jamais se faire prendre, il veillait à un certain discernement en ne s'attaquant qu'aux voitures de grosses cylindrée. Une fois son forfait accomplit, on ne pouvait rien lire de coupable sur son visage. Il procédait avec tellement de sérénité que s'il n'était pas pris sur le fait, personne ne l'eu pu soupsconner. Tel un libérateur opressant les bourgeois, ses actes ne pouvaient avoir que deux conséquences selon lui, soit encourager les gros à quitter leur vie confortables, soit les précipiter dans un infarctus : il agissait donc fondamentalement pour le bien et il ne se considérait pas comme un terroriste, il n'y avait aucune trace sur sa gueule d'une quelquonque maveillance, au contraire. C'était un bienfaiteur. Il se demandait si un jour on parlerait de lui dans les journaux : Il fallait attendre, il n'avait crevé pour le moment qu'une vingtaine de voiture. Un peu de célébrité compensera bien son dénuement car maintenant il ne simulait plus.

Il avait sacrifié tout ses derniers deniers pour envoyer Gérard faire un stage en Angleterre afin qu'il perfectionne son anglais. A sa grande surprise Gérard avait remporté la première manche avec brio. Depuis une cabine téléphonique, il avait téléphoné à Sergi Mondoval pour s'informer du succès de son poulain et d'après ce qu'il comprit, c'était un franc succès. Gérard était parvenu à impressionner Sergi et il était convoqué pour un second entretien. Nul doute pourtant que lors de cette seconde phase, on serait un brin plus pointilleux et qu'on essaierait de le piéger avec des questions embarrassantes. Pour cette raison, il lui avait offert un voyage en Angleterre de quinze jour, ça lui donnerait déjà le vernis suffisant pour faire croire qu'il avait déjà parlé anglais, enfin il l'espérait. En tous les cas, David qui n'avait plus un rond maintenant et ne pouvait plus jouer les mécènes, il attendait simplement le retour de Gérard en lui préparant le matériel d'une formation accélérée d'acheteur expérimenté.

07 janvier 2007

Gérard L'Indien

Quinze minutes précises avant l'heure de son rendez-vous, Gérard se trouvait dans le hall de Global Security en face de son destin. Il avait suivi les consignes de David à la lettre pour tout l'aspect logistique. Douché et rasé de frais ce matin, il s'était sustenté convenablement d'un sandwitch au poulet puis s'était reposé sous un arbre pendant toute une heure en s'efforçant de ne penser à rien puis il avait enfilé son costume avant de prendre le bus. Il avait seulement enfreint le réglement en accompagnant son casse-croûte d'une demie bouteille de rouge mais il ne pouvait pas faire autrement à cause de la pression.
Les portes coulissantes s'ouvrirent souplement sur son passage, immédiatement une réceptionniste lui demanda avec qui il avait rendez vous, les portes se refermèrent en silence derrière lui : Il était dans la souricière ! Un peu pris de cours, il rassembla ses esprits pour de se rappeler du nom de celui qu'il devait rencontrer.
- J'ai rendez vous avec monsieur Sergi Mondoval.
- Oui, je l'appelle. Si vous voulez bien patienter. Vous voulez peut-être un petit café ?
- Non merci.

Elle lui désignait un petit salon. Il se cala bien au fond dans son fauteuil pour contempler sa future boite. Sur la table basse, il y avait une pile de revues qu'on aurait jamais eu l'idée de s'acheter : Industrie Actuelle, Petroleum Industry , Security Technology etc. Les Angliches étaient partout ! Il détournait son regard de ces inspirations néfastes pour se concentrer sur son environnement : Sur le sol, c'était de la moquette et la température était très agréable ! David lui avait dit qu'il fallait tout inspecter dans les moindres détails. Il regardait vaguement les tableaux accroché aux murs, c'était de la peinture moderne, ça ressemblait à des dégueulis pastels, ça valait surement un paquet de fric ces bouses mais lui n'y comprennait rien à l'art. Il attendait dans un genre de décor qu'on trouve dans les salle d'attente de médecin, il se tranquillisait. S'il n'y eu pris garde, il aurait risqué de s'endormir.
Le Sergi Mondoval en question apparu avec quinze minutes de retard précisemment, comme prévu, le coeur de Gérard se mit à battre plus fort. Il lui tendit une poignée de main franche à Modoval et prononca son nouveau nom : "Gérard Shnapps, enchanté". Mondoval avait une bonne bouille, un peu fade, mais visiblement gentil, il aurait peut être du mal à lui mentir.
- Asseyez vous...je vous en prie.
- Je vous propose que je vous fasse une petite présentation de l'entreprise puis je vous demanderai ensuite de me parler de vous si vous le voulez bien.

Comment aurait-il pu ne pas être d'accord, tout ce petit monde était si poli. Mondoval démarrait sur les chapeaux de roues, il avait visiblement récité son texte un certain nombre de fois car ça coulait sans s'arréter, il en connaissait un rayon sur les tuyaux et les fuites et il prenait un air grave chaque fois qu'il abordait le sujet des fuites. Pendant qu'il lui dressait le tableau, Gérard aquiescait, mais ç'était foutrement confus dans sa tête. Il ne comprennais pas trop bien ce qu'on lui disait. Gérard commençait à paniquer, il essayait malgré tout de garder le regard intelligent comme David avait recommandé et il se concentrait sur les lunettes d'écaille du mec. La consigne à suivre était poser des questions sur des points de détails comme si ça avait l'air très intéressant et le reste du temps, il fallait faire des oui pour montrer qu'on comprennais bien.
- Et vous que recherchez vous monsieur Shnapps ?
C'était à lui. Il marqua une pause, tout vacilla pendant un instant, puis il se lanca :
- Comme vous l'avez vu sur mon CV, je reviens d'Inde, c'est un pays que j'aimais beaucoup mais que j'ai du quitter à cause de la guerre. En fait, un groupe de rebels à pris le contrôle de la raffinerie, l'état est intervenu pour rétablir l'ordre mais maintenant l'armée est partout et la région est sans dessus dessous. Ils ont brulé ma maison car il n'aime pas les blancs, tout ce genre de raison qui font que je ne me sentait plus très en sécurité là-bas. C'est pour cette raison que je cherche un travail, il se trouve que vous travaillez dans ma branche et donc, c'est la raison de ma candidature. Mondoval avait les yeux grand ouverts. Je pense qu'il vaut mieux remonter chronologiquement mon parcours car Exon India est de loin ma plus grosse expérience. Il déblatéra donc énormément sur Pousundar, cette ville qu'il n'avait jamais vue dont il ne savait même pas si elle existait, il savait que c'était une ville très polluée à cause de la raffinerie et puis maintenant, d'après le visage de Mondoval, il devenait certain que les indiens mettent leur mort à dériver sur le fleuve, il commencait à se rappeler de son passé. Exon India avait énormément de problème au niveau de la sécurité parce que les gens étaient très pauvres, ils n'ont pas la même notion du prix de la vie, ils prenaient donc des risques énorme quand il travaillaient. A l'exterieur, ce n'était pas mieux, il cherchaient à faire des trous dans les pipelines pour prendre de l'essence pour mettre dans leur voiture. Enfin, c'était un beau bordel. Il avait eu beaucoup de boulot pour convertir ces sauvages et puis le fait qu'il soit blanc n'avait pas à proprement simplifié la tâche. Mondoval se demandait avec quoi il faisait des trous dans les pipelines. C'était pas bien dur à inventer.
- Mais avec ce qu'ils trouvent ! Le plus souvent c'est tout simplement avec les vrilles qu'il percaient les tuyaux. Il faisait eleur petit trou jusqu'a ce que le pétrole coule et puis il le mettaient dans des bouteille pour mettre dans leur mobilettes ou leur voiture. C'était à peu près impossible de tout surveiller, on ne essayait de boucher les trous comme on pouvait. - Avec son obsession des fuites, Gérard sentait que Mondoval était totalement fasciné - On avait pas le soutien de l'armée à l'époque et il a fallu monter des milices privée pour surveiller le pipeline dans les zones ou il était à découvert. C'était jamais suffisant, des fois, il allaient jusqu'a creuser dans la terre pour arriver jusqu'au tuyaux, surtout ils n'étaient pas vraiement prudent, une fois ça a explosé et on a eu quinze morts : Imaginez ! Ca n'a pas empéché qu'il recommence dès le mois suivant. Et toujours maintenant il continuent. Je leur en veux pas, ils étaient pauvres, moi je ne faisait que mon boulot. Au niveau de la sécurité à l'intérieur de l'enceinte ça s'est vraiment amélioré grace à nos effort, quand on paye quelqu'un c'est plus facile de lui imposer des règle de sécurité !
Gérard improvisait avec facilité et Modoval semblait apprécier l'histoire. Il parlèrent un bon moment de son expérience en Inde, Gérard lui même commençait à y croire . il n'avait vraiment pas l'impression d'être candidat à une embauche, ça ressemblait plutôt à une discussion d'anciens combattant ou quelque chose du genre. En tout les cas, c'était le plus marrant des trois entretiens de sa vie. Mais la situation se compliqua un peu au moment où Mondoval se mis en tête de chercher un Atlas pour que Gérard lui montre où se trouvait Pousundar. Gérard ne le savait pas ! Finalement, Gérard du prommettre de ramener une carte de l'Inde pour lui montrer ou se trouvait Pousoundar : la prochaine fois. Il avait eu chaud ! Mais cela lui coupa l'envie de continuer à raconter son lointain séjour.
Le reste de l'entretien se déroula beaucoup plus mal. Quand Mondoval, enfin, lui demanda ce qu'il en était de son anglais de manière rapide comme s'il le supposait excellent, Gérard dut avouer qu'il avait besoin d'un petit "décrassage". Mondoval eut une grimace qui ne présageait rien de bon. Le pire arriva quand ce zouave se mit à parler de son dernier voyage à Boston en essayant de parler à Gérard de ce qu'il avait visité. Il énumérait les monuments qu'il avait vus et Gérard feignait de se souvenir, totalement à l'aveuglette mais au moindre piège de Mondoval, il tomberait dans le panneau. Il répondait : Ah oui ! Oh mais c'était il y a longtemps et il riait pour se donner de la contenance. Un dernier détail aurait pu le trahir, Mondoval voulait absolument le contacter sur son téléphone portable. Il dut inventer une autre fable pour expliquer pourquoi il n'avait pas de portable et qu'il fallait le contacter par mail. David gérerait encore l'affaire, mais dans les jour à venir, il ferait la manche pour pouvoir se payer un portable. Mondaval le salua et lui promit qu'il le recontacterait.
Au final, il s'était payé une bonne tranche. Contre toute attente, il n'avait pas l'impression d'avoir particulièrement raté, la roue du loto tourait encore et il se mit comme conclusion que l'école du métro n'était pas si mauvaise. Bien qu'il soit devenu urgent qu'il parte faire un tour dans une bibliotèque pour consulter un Atlas.