Les nuits sont froides pour les rebels mais les soleils leur sont d'autant plus doux. En repos, à midi, après son déjeuner, David dormait sur son banc et ses laissait caresser par de tendres rayons. L'oreille collée à son banc, il prennait le poul de la ville, il entendait le métro vibrer. Paris avait le vers solitaire, un monstre souterrain creusait des trous dans ses entrailles et se nourrissait de viande d'abattage. Tous les matins des insectes laborieux allaient avec des têtes patibulaires se sacrifier au Dieu Travail, l'air tellement macabés, macramés, sanctifiés. Presque on pleurerait de voir, tous ces employés se conformer au martyr avec tant de discipline : "La vie n'est que souffrance". Avaient-il perdus la raison ? Cependant, David avait un peu changé d'avis à propos de ces tristes travailleurs engloutis par milliers dans les bouches métropolitaines, car de son point de vue actuel, ils constituaient une source de chauffage assez intéressante, même s'ils font de piètres tendrons car trop stressés et qu'il était hors de question de s'en faire des sandwitch, lorsqu'il se serrent et suent, si l'on fait abstraction de l'odeur, ce sont eux qui donne leur chaleur au couloir du métro et David leur en était bien reconnaissant. L'appréciation de la valeur du peuple n'est qu'une question de perpective. Le froid est tout à fait redoutable, il altère jusqu'à la conception du bonheur et pour quelques degrés plus ou de moins il se contente d'un rayon de soleil, mais quand le climat redevenait modéré, il à repensait à son livre comme un accomplissement important.
Un peu de temps s'était écoulé depuis qu'il vivait dans la rue et maintenant il avait l'autorisation de dormir au centre d'hébergement, a force d'insister, il était parvenu à s'inscrire dans celui de Pigalle. Les femmes qui en gardaient l'entrée avaient cessé de lui demander les preuves montrant qu'il était sans revenu car il avait désormais l'allure d'un vrai vagabond, et même elle l'accueillirent bras ouverts lui faisant faire la visite, lui demandant s'il n'avait pas besoin d'autre chose, c'était presque l'hotel. Il y dormait à peu près un jour sur deux là bas, il ne pouvait pas plus. Il y avait certes le confort suffisant mais on était pas vraiment libre, un peu comme dans un hospice pour vieux, il fallait supporter le bruit de la télé qu'on regardait tous ensemble, les parties de carte, les arrivées tardives de ceux qui ne se décidaient que quand il faisait trop froid, ceux légerement pochtronnés aussi étaient embétants car il parlaient trop fort et il puaient. Alors, les autres jours il dormait à la belle étoile, il s'était procuré des couvertures qui le protégeaient suffisament et qui étaient beaucoup mieux que sa première moquette. Il avait appris le métier. Ses débuts furent pénibles essentiellement à cause du froid mais depuis, son aptitude à débusquer les coins protégés des inflitrations d'air s'était considérablement développée. La stratégie pour trouver le bon coin était assez simple : il suffisait de débusquer une planque bien enfoncée et de s'y réfugier exactement comme un rat, il fallait se rentrer dans le trou d'un trou et se faire oublier, plus on était profond et mieux ça valait, le vent était le principal ennemi. Pendant la nuit, il lui fallait s'emmitoufler et ne pas bouger, rien, aucun membre, rentrer les doigts, mettre son bonnet, c'était pas toujours suffisant mais parfois on pouvait dormir d'affilée pendant quatre heures. Le moment le plus froid de la nuit arrivait une heure avant que le soleil se lève, mais on ne pouvait pas non plus s'endormir trop tôt parce que le bruit empêchait de dormir. Il avait découvert que la passion étranges des SDF pour le métro et les ponts n'était ni une question d'esthétisme, ni une démonstration symbolique de leur attachement à leur classe mais une simple question de courant d'air. David apprenait, il regardait les autres. Dans les distributeurs de banque, sous les bancs, derrière un buissons, il y en avaient qui se laissaient enfermer dans cinéma : Partout ! On peut pas se figurer comme Paris était plein de dormeurs. Quand tous les travailleurs étaient rentrés chez eux et regardaient le film sur leur TV magnifique. Dehors, c'était le bal des fantômes, chacun dans souricière rabibochait ses cartons de fortunes, colmatait les fuites. Certains étaient menacés d'expulsion parce qu'il avaient volé le trou d'un autre. David, débutant, ne dormait jamais au même endroit mais il risquait un jour de véritablement se retrouver à la rue, sans même un creux pour dormir. Faut pas croire ! C'est la crise partout. Certains s'étaient vraiment installés, il avait plus de couvertures qu'il ne leur en fallait pour le rechange, il avaient un caddy pour déplacer leur fortune et dans un coin ils avaient rangé des cartons de secours (en cas de coups durs), vue sur la Seine, David pouvait pas se pointer la bas : il avait pas l'expérience suffisante pour prétendre à ces palaces.
Il n'avait pas vraiment le temps de à se souvenir de son ancienne vie, mais parfois l'envie de se prendre un café au zinc remontait cruellement, il aurait aimé prendre une douche tout simplement. Ses journées étaient longues et il renouait avec l'ennui, incapable de travailler quand ses doigts étaient engourdis, il n'était pas question de penser à écrire. Il déambulait au hasard dans les rues de Paris, passait devant des camelots, observait les vitrines, il se chauffait dans une bibliothèque de quartier ou il s'était inscrit, les cartes sont gratuites pour les chômeurs, probablement sa saleté intriguait mais par chance on avait pas encore placé de videur à l'entrée des bibliothèques. Il piochait dans les rayonnages pour passer le temps, ce n'était pas si confortable que sont bureau car des allez et venus de gens le perturbait un peu sa lecture mais c'était plus que suffisant. Il trouvait une table pour travailler mais restait à révasser, improductif. Aussi, il avait envie de parler, sa femme lui manquait pour cette raison, même si c'était pour vider son sac, il l'aurait supportée, son oisiveté le rendait plus disponible mais personne ne venait à lui. Il n'y pensait plus, si jamais il devait flancher il était beaucoup trop pour donner signe de vie à sa femme et puis pour discutter, il y avait le centre d'hébergement.
Il s'intégrait bien dans son nouveau milieu, il devisait autour du radiateur à la recherche d'histoires déchirantes pour consigner dans son journal, il nouait aussi des amitiés avec des gens un peu comme lui, c'est à dire d'ex-employé : L'origine rapporche toujours et donne un sujet de conversation. Dans la salle de déjeuner, on se racontait surtout des histoires de poivrots et ce n'était pas très intéressant, il se retirait parfois dans un coin de la salle et se mettait a gratter ses impressions sur son cahier. L'inspiration lui venait en pagaille, comme si son ex-vie normale avait représenté un carcan mental si puissant que toute la folie d'être en vie n'avait pas pu s'exprimer, mais en somme ce n'était pas de la prose si noire. Au fur et à mesure, sa soif de rébellion s'érodait et sa protestation perdait de sa rage : on était pas si mal logé, on avait à bouffer et en résumé, son expérience ne se révélait pas si pénible. D'un certain point de vue elle était même confortable. En tout les cas, elle n'était pas aussi initiatique qu'il ne l'aurait aimée. En France, on vit trop loin du tiers monde pour risquer vraiment sa peau quand on n'avait pas a pas un radis en poche, ici, on trouvait toujours de quoi se payer une soupe et pour crever dans la rue il lui fallait vraiment y mettre du sien.
David s'interrogeait, les choses semblaient si désepérement posées dans ce monde, si on se battait dans la rue ce n'était que pour se piquer des bouteilles. Il ne voyait aucune révolution qui se préparait. Sa nouvelle condition lui fit découvrir le bonheur de l'eau chaude et de l'électricité, de la lumière et toutes les joies des temps modernes qu'on ne goute pas quand on est né avec. Le monde s'était donc renversé, les classes moyennes sont devenues incapables de comprendre cela, elle sont abruties de confort. Quand on ne travaille pas dans la rue, on se rend mieux compte de son luxe : Il avait du temps. Du temps à ne plus savoir qu'en faire, pas de coup de fil à passer, pas de facture à payer, pas de maison à rembourser, pas devidange tout les dix mille kilomètres, pas de femme à consoler, pas de vacances à planifier, pas de voisin à épater. Les jours se succédaient les uns aux autres, mais la musique de la vie était revenue. Il avait maintenant des rêves et des projets qui se confondaient.
Depuis qu'il avait crevé son premier pneu de 4X4, il avait renouvellé un peu l'expérience pour se distraire quand il ne pouvait pas dormir, surtout pour répandre une bonne nouvelle. Il avait développée sa technique si bien qu'il ne lui suffisait maintenant que d'un seul coup de couteau pour percer n'importe quel carcasse de pneu, avec force il enfonçait la lame, fermement il la retirait, la roue commençait immédiatement à se dégonfler. Il remettait le couteau tranquillement dans sa poche et poursuivait sa route, rien de bien sorcier, c'était surtout sa peur qu'il était parvenu à dominer. Il ne risquait rien. Il frappait toujours dans des quartiers très différents afin de ne jamais se faire prendre, il veillait à un certain discernement en ne s'attaquant qu'aux voitures de grosses cylindrée. Une fois son forfait accomplit, on ne pouvait rien lire de coupable sur son visage. Il procédait avec tellement de sérénité que s'il n'était pas pris sur le fait, personne ne l'eu pu soupsconner. Tel un libérateur opressant les bourgeois, ses actes ne pouvaient avoir que deux conséquences selon lui, soit encourager les gros à quitter leur vie confortables, soit les précipiter dans un infarctus : il agissait donc fondamentalement pour le bien et il ne se considérait pas comme un terroriste, il n'y avait aucune trace sur sa gueule d'une quelquonque maveillance, au contraire. C'était un bienfaiteur. Il se demandait si un jour on parlerait de lui dans les journaux : Il fallait attendre, il n'avait crevé pour le moment qu'une vingtaine de voiture. Un peu de célébrité compensera bien son dénuement car maintenant il ne simulait plus.
Il avait sacrifié tout ses derniers deniers pour envoyer Gérard faire un stage en Angleterre afin qu'il perfectionne son anglais. A sa grande surprise Gérard avait remporté la première manche avec brio. Depuis une cabine téléphonique, il avait téléphoné à Sergi Mondoval pour s'informer du succès de son poulain et d'après ce qu'il comprit, c'était un franc succès. Gérard était parvenu à impressionner Sergi et il était convoqué pour un second entretien. Nul doute pourtant que lors de cette seconde phase, on serait un brin plus pointilleux et qu'on essaierait de le piéger avec des questions embarrassantes. Pour cette raison, il lui avait offert un voyage en Angleterre de quinze jour, ça lui donnerait déjà le vernis suffisant pour faire croire qu'il avait déjà parlé anglais, enfin il l'espérait. En tous les cas, David qui n'avait plus un rond maintenant et ne pouvait plus jouer les mécènes, il attendait simplement le retour de Gérard en lui préparant le matériel d'une formation accélérée d'acheteur expérimenté.
14 janvier 2007
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