07 janvier 2007

Gérard L'Indien

Quinze minutes précises avant l'heure de son rendez-vous, Gérard se trouvait dans le hall de Global Security en face de son destin. Il avait suivi les consignes de David à la lettre pour tout l'aspect logistique. Douché et rasé de frais ce matin, il s'était sustenté convenablement d'un sandwitch au poulet puis s'était reposé sous un arbre pendant toute une heure en s'efforçant de ne penser à rien puis il avait enfilé son costume avant de prendre le bus. Il avait seulement enfreint le réglement en accompagnant son casse-croûte d'une demie bouteille de rouge mais il ne pouvait pas faire autrement à cause de la pression.
Les portes coulissantes s'ouvrirent souplement sur son passage, immédiatement une réceptionniste lui demanda avec qui il avait rendez vous, les portes se refermèrent en silence derrière lui : Il était dans la souricière ! Un peu pris de cours, il rassembla ses esprits pour de se rappeler du nom de celui qu'il devait rencontrer.
- J'ai rendez vous avec monsieur Sergi Mondoval.
- Oui, je l'appelle. Si vous voulez bien patienter. Vous voulez peut-être un petit café ?
- Non merci.

Elle lui désignait un petit salon. Il se cala bien au fond dans son fauteuil pour contempler sa future boite. Sur la table basse, il y avait une pile de revues qu'on aurait jamais eu l'idée de s'acheter : Industrie Actuelle, Petroleum Industry , Security Technology etc. Les Angliches étaient partout ! Il détournait son regard de ces inspirations néfastes pour se concentrer sur son environnement : Sur le sol, c'était de la moquette et la température était très agréable ! David lui avait dit qu'il fallait tout inspecter dans les moindres détails. Il regardait vaguement les tableaux accroché aux murs, c'était de la peinture moderne, ça ressemblait à des dégueulis pastels, ça valait surement un paquet de fric ces bouses mais lui n'y comprennait rien à l'art. Il attendait dans un genre de décor qu'on trouve dans les salle d'attente de médecin, il se tranquillisait. S'il n'y eu pris garde, il aurait risqué de s'endormir.
Le Sergi Mondoval en question apparu avec quinze minutes de retard précisemment, comme prévu, le coeur de Gérard se mit à battre plus fort. Il lui tendit une poignée de main franche à Modoval et prononca son nouveau nom : "Gérard Shnapps, enchanté". Mondoval avait une bonne bouille, un peu fade, mais visiblement gentil, il aurait peut être du mal à lui mentir.
- Asseyez vous...je vous en prie.
- Je vous propose que je vous fasse une petite présentation de l'entreprise puis je vous demanderai ensuite de me parler de vous si vous le voulez bien.

Comment aurait-il pu ne pas être d'accord, tout ce petit monde était si poli. Mondoval démarrait sur les chapeaux de roues, il avait visiblement récité son texte un certain nombre de fois car ça coulait sans s'arréter, il en connaissait un rayon sur les tuyaux et les fuites et il prenait un air grave chaque fois qu'il abordait le sujet des fuites. Pendant qu'il lui dressait le tableau, Gérard aquiescait, mais ç'était foutrement confus dans sa tête. Il ne comprennais pas trop bien ce qu'on lui disait. Gérard commençait à paniquer, il essayait malgré tout de garder le regard intelligent comme David avait recommandé et il se concentrait sur les lunettes d'écaille du mec. La consigne à suivre était poser des questions sur des points de détails comme si ça avait l'air très intéressant et le reste du temps, il fallait faire des oui pour montrer qu'on comprennais bien.
- Et vous que recherchez vous monsieur Shnapps ?
C'était à lui. Il marqua une pause, tout vacilla pendant un instant, puis il se lanca :
- Comme vous l'avez vu sur mon CV, je reviens d'Inde, c'est un pays que j'aimais beaucoup mais que j'ai du quitter à cause de la guerre. En fait, un groupe de rebels à pris le contrôle de la raffinerie, l'état est intervenu pour rétablir l'ordre mais maintenant l'armée est partout et la région est sans dessus dessous. Ils ont brulé ma maison car il n'aime pas les blancs, tout ce genre de raison qui font que je ne me sentait plus très en sécurité là-bas. C'est pour cette raison que je cherche un travail, il se trouve que vous travaillez dans ma branche et donc, c'est la raison de ma candidature. Mondoval avait les yeux grand ouverts. Je pense qu'il vaut mieux remonter chronologiquement mon parcours car Exon India est de loin ma plus grosse expérience. Il déblatéra donc énormément sur Pousundar, cette ville qu'il n'avait jamais vue dont il ne savait même pas si elle existait, il savait que c'était une ville très polluée à cause de la raffinerie et puis maintenant, d'après le visage de Mondoval, il devenait certain que les indiens mettent leur mort à dériver sur le fleuve, il commencait à se rappeler de son passé. Exon India avait énormément de problème au niveau de la sécurité parce que les gens étaient très pauvres, ils n'ont pas la même notion du prix de la vie, ils prenaient donc des risques énorme quand il travaillaient. A l'exterieur, ce n'était pas mieux, il cherchaient à faire des trous dans les pipelines pour prendre de l'essence pour mettre dans leur voiture. Enfin, c'était un beau bordel. Il avait eu beaucoup de boulot pour convertir ces sauvages et puis le fait qu'il soit blanc n'avait pas à proprement simplifié la tâche. Mondoval se demandait avec quoi il faisait des trous dans les pipelines. C'était pas bien dur à inventer.
- Mais avec ce qu'ils trouvent ! Le plus souvent c'est tout simplement avec les vrilles qu'il percaient les tuyaux. Il faisait eleur petit trou jusqu'a ce que le pétrole coule et puis il le mettaient dans des bouteille pour mettre dans leur mobilettes ou leur voiture. C'était à peu près impossible de tout surveiller, on ne essayait de boucher les trous comme on pouvait. - Avec son obsession des fuites, Gérard sentait que Mondoval était totalement fasciné - On avait pas le soutien de l'armée à l'époque et il a fallu monter des milices privée pour surveiller le pipeline dans les zones ou il était à découvert. C'était jamais suffisant, des fois, il allaient jusqu'a creuser dans la terre pour arriver jusqu'au tuyaux, surtout ils n'étaient pas vraiement prudent, une fois ça a explosé et on a eu quinze morts : Imaginez ! Ca n'a pas empéché qu'il recommence dès le mois suivant. Et toujours maintenant il continuent. Je leur en veux pas, ils étaient pauvres, moi je ne faisait que mon boulot. Au niveau de la sécurité à l'intérieur de l'enceinte ça s'est vraiment amélioré grace à nos effort, quand on paye quelqu'un c'est plus facile de lui imposer des règle de sécurité !
Gérard improvisait avec facilité et Modoval semblait apprécier l'histoire. Il parlèrent un bon moment de son expérience en Inde, Gérard lui même commençait à y croire . il n'avait vraiment pas l'impression d'être candidat à une embauche, ça ressemblait plutôt à une discussion d'anciens combattant ou quelque chose du genre. En tout les cas, c'était le plus marrant des trois entretiens de sa vie. Mais la situation se compliqua un peu au moment où Mondoval se mis en tête de chercher un Atlas pour que Gérard lui montre où se trouvait Pousundar. Gérard ne le savait pas ! Finalement, Gérard du prommettre de ramener une carte de l'Inde pour lui montrer ou se trouvait Pousoundar : la prochaine fois. Il avait eu chaud ! Mais cela lui coupa l'envie de continuer à raconter son lointain séjour.
Le reste de l'entretien se déroula beaucoup plus mal. Quand Mondoval, enfin, lui demanda ce qu'il en était de son anglais de manière rapide comme s'il le supposait excellent, Gérard dut avouer qu'il avait besoin d'un petit "décrassage". Mondoval eut une grimace qui ne présageait rien de bon. Le pire arriva quand ce zouave se mit à parler de son dernier voyage à Boston en essayant de parler à Gérard de ce qu'il avait visité. Il énumérait les monuments qu'il avait vus et Gérard feignait de se souvenir, totalement à l'aveuglette mais au moindre piège de Mondoval, il tomberait dans le panneau. Il répondait : Ah oui ! Oh mais c'était il y a longtemps et il riait pour se donner de la contenance. Un dernier détail aurait pu le trahir, Mondoval voulait absolument le contacter sur son téléphone portable. Il dut inventer une autre fable pour expliquer pourquoi il n'avait pas de portable et qu'il fallait le contacter par mail. David gérerait encore l'affaire, mais dans les jour à venir, il ferait la manche pour pouvoir se payer un portable. Mondaval le salua et lui promit qu'il le recontacterait.
Au final, il s'était payé une bonne tranche. Contre toute attente, il n'avait pas l'impression d'avoir particulièrement raté, la roue du loto tourait encore et il se mit comme conclusion que l'école du métro n'était pas si mauvaise. Bien qu'il soit devenu urgent qu'il parte faire un tour dans une bibliotèque pour consulter un Atlas.

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