29 août 2006

Encore un matin

Laurent tira une longue bouffée de sa cigarette et s'en emplit les poumons jusqu'à ce que la nicotine ai colmaté son manque d'envie ; une fois rempli de l'ivresse du goudron il se vidait lentement, comme soulagé de sa ruine fumeuse. Laurent était la personne la plus lymphatique que David eut jamais connu, il était si torpe qu'il le suspectait d'avoir dans sa famille un parent reptile, à moins qu'il n'ait grandi sous un cailloux. S'il n'avait pas été salarié Laurent aurait été taulard car il avait le profil, il aurait pu être ce genre de mafieux diabolique qui regarde sans sourciller ses victimes se dissoudre dans l'acide... par exemple. Les aventures de Laurent eurent alors été intéressantes. Hélas ! Laurent avait embrassé la carrière d'ingénieur et sa vie était ennuyeuse à mourir, c'était un spécimen de thalamus proletaris, le menu fretin du calibré "cadre", le cérébral basse-catégorie, pas encore "supérieur", pas même "évolué", juste une marinade de cervelas. A chaque jour Laurent demandait peu, juste quelques mails avec des images rigolotes et un peu de caféïne pour doper ses journées et abrutir sa vie encore et encore. Nous étions lundi, il avait les yeux mi-clos près de la machine à café. Il restait indévissable et indéridable au bout de son mégot, ses collègues gesticulaient et s'agitaient, lui restait stoïque et sirotait à petite gorgée son café, sans commentaires aucuns, sans pensées aucunes.
Mais on ne pouvait pas prétendre que c'était pas le drôle de l'équipe. Pour ce rôle, il y avait Jean-Michel, il aimait les femmes, les belles cravates, les bagnoles, la bouffe, le foot et se passionnait pour les sciences politiques mineures, c'est à dire l'art de comploter au travail. Dans son cas, cet art consistait à tirer profit de la bétises des autre et de cette manière, il devint chef mais sa causticité brutale lui avait permis de conserver son côté : "Sympa". Autour de la machine à café, c'était une période de vaches maigres, rien qui vaille la peine d'être conter à la radio, rien pour discuter le bout de gras, alors pour tailler la bavette on faisait ses choux gras de ce qu'on pouvait. Jean Michel s'était embarqué dans une longue tirade à propos de l'acquisition récente de la société SOGECUR mais, à dire vrai, ce n'était pas très passionnant, mais on n'avait pas eu tellement le choix : c'était le seul débat qu'on pouvait s'offrir aujourd'hui, il n'y avait eu ni matchs de Foot, ni élection Miss France. Jean Michel en digne général poursuivait son monologue bien que le sujet ne fascinât visiblement personne dans son auditoire, il essayait ses "trucs" pour s'attacher le public : calomniert un peu, fonctionnait toujours un peu. Mais rien n'y faisait : Son destin de leader le condamnait à la solitude. Et David son plus fidèle lieutenant, semblait absent, sans doute avait-il eut un week-end difficile.

David était dans son sous-marin jaune, songeur, ni amusé, ni triste, dubitatif, il assistait à la millième représentation d'une pièce absurde où rien ne se passait. Le monde à ses révolutions mais l'univers de la machine à café n'en a pas. Au fin fond d'une jungle bétonné, à l'endroit où toutes les routes deviennent équivalente, un immeuble gris chauffe en ses entrailles un petit local où l'on entend le bourdonnement des néons, de pâles lueurs veillent des conversations tièdes et des travailleurs trompent l'ennui. Ici la vie n'est pas une lutte, c'est une fatalité, à cet endroit, on digère des Pinocchio et tandis que Jonas dérive. Pour passer le temps on se raconte des histoires, on est pas content. Parfois, on s'agite, on s'exclame et certains débats plus animés surgissent quand sont abordés les thèmes de Sa voiture, de Sa maison, de Ses enfants, de Ses problèmes. Mais ce petit monde étroit vivote entre quatre murs n'est pas méchant : on se divertit comme on peut ! Le temps s'égrenne au rythme des pièces de monnaies... au tarif unique de trente centimes, on voyageait dans le temps, avec en prime un café. A dix heures et à seize heures, on s'enterrait pour en griller une et on s'effrayait en se racontant les tortures qu'infligeaient les opérateurs téléphoniques aux bonnes gens, poussant des OOooh, poussant des Aaaah... disant : "Mais quels enfoirés...". On veillait aussi à ne pas se pisser sur les doigts quand on allait aux toilettes car ça c'était vraiment important.

Ce matin, David s'était levé de bonne humeur, il s'était préparé un petit déjeuner long et généreux, puisque c'était son jour de triomphe, il prit son temps. Un oeuf au plat plus tard, il enfila son costume et noua sa cravate, comme d'habitude, il se trouvait beau devant son miroir. Dans sa voiture, il subit les embouteillages avec un flegme inhabituel. Son Audi garé sur le parking à son emplacement habituel, il considéra bizarrement le bâtiment où il travaillait, il était étonnant qu'il n'ai pas pu détecter sa laideur avant. Sous le ciel nuageux, il franchit hilare le seuil de ce monde triste. En entrant dans le hall, les hôtesses lui sourirent mais ne gloussèrent pas comme à l'accoutumée, il leur retournât un salut si radieux, que ces dernières auraient tôt fait d'étayer de thèses sexuelles le mystérieux bonheur de David Ménard. Une forte odeur d'ammoniac remontait du sol, antiseptique où antibiotique, David tel un croisé était gris d'être le vers dans le fruit et non plus un intriguant vereux. Il aurait aimé être crotté comme il convient au prophète et sur le seuil de ce palais, dire : Oyé ! J'ai dans ma sacoche sa révolution et si aujourd'hui c'est moi qui m'évade, demain je vous libère ! Il aurait alors pincé les fesses des hôtesses avant de disparaitre sur un cheval blanc dans un grand fracas.
Cependant, qu'il se noyait dans son imagination, David avait déjà traversé le couloir, déposé sa sacoche sur la chaise et mis son ordinateur en marche. Il partit saluer ses collègues, començant par Laurent, il s'abstint de lui demander comment s'était déroulé son week-end, puisqu'il n'en avait rien à foutre. Il salua ensuite Jean Michel, très réveillé comme à son habitude. Il avait une tronche plus rigolarde que d'ordinaire et, sur un ton de confidence, il prit David à part : "Ecoute mon vieux, j'ai une bonne nouvelle pour toi."

"Oohh, mais tu m'a l'air un peu dans le gaz toi ! Je sais que t'en as un peu marre en ce moment et justement, j'ai une bonne nouvelle pour toi. Accessoirement, c'est aussi un bonne nouvelle pour moi, mais pour le moment, parlons de toi, tu sais qu'il réorganisent le département de la sécu. Tu sais ça. Et notre vénéré chef est exilé dans une province lointaine. Alors devine qui c'est qui prend sa place : C'est Bibi ! Génial non ? Ok maintenant, devine qui c'est qui va prendre la place de Bibi ? Tu vois pas ? Non ? Et bein c'est toi mon vieux... Bon, voilà mon plan, j'annoncerai ça à la réunion tout à l'heure mais j'ai pas vraiment eu d'hésitation quant à mon choix, c'est toi le meilleur !" dit-il avec un sourire complice. "Quand je vois ceux là !" Il scruta l'air désespéré le paisible troupeau de travailleurs qu'il y avait dans le bureau.

Oups, clops...

Notre jeune messie à fort potentiel, s'appliquait à mesurer l'ampleur du cataclysme : on lui proposait une promotion intéressante quand il s'apprétait à démissionner, c'était une catastrophe : il prit note de l'information sans ciller. Selon la loi de Moore - un des piliers de la théorie du risque qu'on appliquait chaque fois qu'il s'agissait d'installer des tuyaux remplit de gaz mortel - les catastrophes se produisent toujours au mauvais moment, dès lors c'est lorsqu'on ne possède pas de plan B, c'est à ce moment qu'il faut un plan B. La seule stratégie viable consiste donc à comprendre que la merde : ça arrive, le tout est de ne plus espérer que tout se passe facilement.
Imaginez, Jesus portant sa croix lorsqu'un ventripotent l'aborde avec une valise pleine de dollars : "Allez, viens, on va s'en foutre plein la panse, arrête ton ciné, viens dans mon oligarchie"
Jésus, aurait-il été contrarié où aurait-il déserté sa croix ? La face du monde en aurait-elle été changée ?

21 août 2006

Marche malade

La vie sans doute ne peut s'articuler qu'à des moments dramatiques : la perte d'un être cher, un accident de voiture ou bien peut-être à l'occasion d'une bonne insolation. Nous étions ce jour là.
David avait les jambes fragiles et les muscles froissés par son long séjour au lit mais il se sentait étrangement bien et il avait besoin d'aller respirer l'air neuf qui était arrivé sur Paris. Comme un malade magistral, il quitta donc son repaire douillet, sa télécommande et son coussin écrasé et entra lentement dans la cabine de douche. S'aspergeant avec méthode et frottant bien partout, il envoyait au siphon les derniers residus de toxines noires qu'il n'avait pas su transpirer. Il se sentait tout à fait frais.
Dans un luxe de lenteur qui eut pu faire envie à certains vieillards il s'aprétait, il mit un pantalon clair et une ample chemise de coton new man et descendit dans la rue marcher le long de la Seine. Selon lui, les quais de Boulogne étaient un endroit idéal pour méditer. Lorsque ses humeurs mélancoliques l'y conduisaient, il s'y retrouvait seul, et avancait sans itinéraire pour réfléchir. Il aimait lorsqu'il pleuvait sur ces boulevard car il devenaient plus propice à la solitude que n'importe quelle autre retraite.
Cette fois il n'y avait pas de pluie, aucun ne nuage tourmentait l'horizon, mais c'était à l'intérieur qu'il était lessivé. L'air était doux. Nous étions à cette époque, où les orgies estivales s'étaient finalement essouflées, l'été avait déjà grondé ses orgasmes en de violents orages, et l'août mâtinait le bleu uniforme des derniers mois de quelques nuages. L'été ne dure qu'une saison. Sur la terre des hommes, chacun s'efforçait de de ne pas penser trop et prolonger un peu l'insouciance estivale avant de retourner à la routine de septembre.
Dans Paris, la chaleur passée, on respirait mieux. Bien que tous les vacanciers ne soient pas encore revenus, les filles parisiennes se rappelaient avec nostalgie le temps où elles valsaient innocentes et semi-nues sur les plages. Quand elle dansaient au milieu de dégagements hormonaux impressionant. Maintenant, elles s'amusaient à prolonger l'ivresse en négligeant avec soin la couverture de certaines zones de leur corps. Les hommes, comme les moustiques, pouvaient donc se saouler encore un peu de leur peaux tendres avant que l'automne ne les recouvre définitivement. David senti vaciller son ascèse quand il vit des étudiantes le devisager avec envie, lui irrésistible, avec ses yeux de guerrier, aurait probablement pu obtenir quelques succès auprès de ces nymphettes provocatrices et si sa vie de Jésus n'avait pas déjà commencé ce matin, il serait même allé rire un peu avec des putes pour soulager le subit afflux taurin qui lui venait. Il se retint toutefois puisque les circonstances étant ce qu'elles étaient, et puis il devinait cette crasse, car il y avait belle lurette que ces dernières n'officiait plus dans de champ de blé.
Sur le bord du trottoir, à côté d'un litron de villageoise, un clochard paressait au soleil, il avait sa bidoche vautrée sur la parapet, celui ci, il le plaint d'avoir le nez trop près de la bouche ! Et comme épicurien, il n'avait aucune classe : « Vous z-auriez pas une petite pièce ? »
La première occasion de la journée se présentait et David ne réfléchit pas longtemps avant de lui tendre un billet de dix euros. Lorsque l'indigent se répandit en remerciements inintelligibles, David ravala les quelques paroles d'espoirs qu'il aurait aimé proférer car ce genre de mensonge n'était pas digne d'un prophète. C'était la première fois que David donnait autant d'argent sans avoir le sentiment coupable de s'être fait arnaquer, il savait qu'il que cet argent serait employé à mâter au pinard cette viande déjà trop rouge mais n'en éprouvait aucun remords, il lui importait surtout de s'alléger du poids de son argent.
La question qu'il se posait était assez simple, devait-il ou ne devait-il pas retourner au bureau lundi. Ce n'aurait été qu'un point de détail s'il avait été vraiment libre -- il aurait pu décider de ne pas retourner travailler le mardi car il n'y avait pas d'urgence -- Mais il lui semblait que sa libération ne pouvait venir que d'une rupture subite. Pesant le pour et le contre, il parcourut quelques kilomètres quand il se rendit compte que l'argent libérait les pauvres et emprisonnait les riches, son dilemme était donc sans issu. Pauvre, il serait prisonnier. Riche, il le serait aussi. Pour lui, classe moyenne, il devait souffrir les deux inconvénients. Il était donc cerné. Cependant, il reconnaissait que sa vie était d'un profond ennui, et tant qu'à faire, il fallait tout changer. C'est le confort qu'il l'avait endormi et trop bien nourri, il était comme un cochon dans enclos, un fournisseur de jambon, en temps que salarié, on s'interessait qu'à sa production, le complot était si parfait que lui même avait fini par ne s'interesser qu'à sa productivité. Avec son argent, il avait acheté une voiture, s'il en avait eu plus il se serait acheté une alarme pour ne pas qu'on lui vole et l'engrenage l'entrainait indéfiniment, d'autant plus que David était un cadre "à fort potentiel". Il enterinna donc cette décision, la peur au ventre, seule sa raison finalement le réconfortait en lui soufflant qu'il ne s'agissait pas du tout d'un acte héroïque.
Quand il revînt sur ses pas, son coeur battait, comme s'il avait le trac, il croisa de nouveau le mendiant, et avant que son intelligence ne se soit rendu compte de quoique ce soit, il réclama ses dix euros au clodo. Le type avachi, ne compris pas la requête et il dut répéter : "Je me rends compte que cet argent ne vous servira à rien, et je m'apprête à quitter mon travail, j'aurais donc besoin de cet argent."
- "Mais t'es complètement con ou quoi, tu m'a donné cet argent il est à moi, si tout voulais pas me le donner tu me le donne pas, alors dégage !" Avant, qu'il n'eut pu terminer sa phrase, David empoigna le type et le coinça contre le parapet, "Rends moi mon fric, Connard ! Je te dis que t'as pas besoin de mon pognon". Il avait mis ce qu'il fallait de force dans sa prise pour être convainquant et le type n'hésita pas tellement avant de lui rendre son argent en le maudissant. David repartit sous ses insultes et termina sa promenade le coeur battant, incapable de penser, il avait surement eu plus peur que le SDF.
Lorsqu'il arriva chez lui, Nathalie était rentrée.
Il s'assit devant la télé et ne dit rien.

18 août 2006

In bed with David Ménard

Le lendemain, toujours en vie, il ouvrit les yeux et se retrouva seul au milieu de draps roses, la maison était silencieuse. Nathalie était partie travailler sur la pointe des pieds pour laisser David se reposer, un autre monde venait de naître.
Anéanti au milieu des ruines d'une nuit de guerre, David rassemblait ses esprits, en état de choc, son délire n'avait pas été suffisamment violent pour effacer les promesses qu'il avait faites dans ses transes, il se souvenait s'être clairement promis d'y passer et maintenant il s'éveillait un peu honteux d'avoir survécu. Déjà un peu épuisé de sa future carrière de Messie, il préférait dormir encore un peu.
En un clin d'oeil la journée bondit d'une heure et quand il rouvrit les yeux il était déjà tard. Dans ce nouveau monde, son corps tétanisé se répondait plus aux commande mais son oeil, exceptionnellement alerte, inspectait la vastitude des murs et s'amusait de l'ombre des rideaux en les observant onduler lentement sur le crépit de la chambre, observant les cheminées des maisons voisines, il se prenait au piège des feux dorés des rayons du soleil dans une candeur rafraîchissante.
Toute la nuit, il avait peint des fantômes sur ses murs, jusqu'à l'épuisement, il avait sué des angoisses et son cerveau avait couru tout l'inventaire des cauchemars. Ce matin, il n'avait plus d'imagination, véritablement lavé, la matinée suivait de sages paresses comme s'il n'existait plus d'autres chemins. David en philosophe frais, méditait, se plaçait aux sources du fleuve : Nous ne sommes que des poussières roses prises dans des destins visqueux, toujours les mêmes tourments agitent la rivière des âges, toujours les même eaux claires s'ébrouent dans des steppes aurifères au nom de l'amour, et toujours les même courses folles commence à charger ces torrents assagis de l'odeur de la merde, un jour, peut-être, nous renaissons d'un orage, mais finalement, on s'englue toujours en traversant la vie et on finit par porter soit même l'odeur de la mort... Y avait-il d'autres alternatives ?

Après ces considérations stratosphériques, David, épuisé, se saisit de la télécommande et zappa. Sur la troisième chaine un cuisinier moustachu éventrait jovialement une volaille et faisait frire des oignons en expliquant très clairement comment il fallait égorger le poulet. Alliant la parole au geste, avec une finesse exquise, il remontait le couteau long du cou et, sans accrocs, récupérait je-ne-sais-quel ganglion sanguinolent. C'était indécent. David ne comprenait pas qu'on puisse diffuser ces fritures d'oignon à ces heures si matinales. Il pressa donc un autre bouton de la télécommande. Sur la première chaîne on passait un de ces feuilletons destinés aux ménagères bigoudis. Jadis il avait aimé ces histoires qu'il regardait quand sa mère repassait le linge. Il s'extasiait maintenant de la platitude des fantasmes humains, tout était là : « Amour, Gloire et Beauté. » A l'orée de sa carrière de Jésus, David s'amusait de ce résumé si parfait des névroses humaines. On avait toujours tendance à en faire des tonnes, à prétendre que tout n'était pas si simple... pourtant, malgré le lettrage du générique un peu kitch. Existait-il une femme capable de renoncer à sa beauté ? Un homme qui abandonnerait sa gloire ? Et qui pouvait se passer d'amour... Il zappa.
Il tomba finalement sur un dessin animé pour enfant qui lui permis d'oublier un peu ses pompeuses réflexions. Se leva pour aller pisser et, avec une patience bouddhique, il attendit que la dernière goutte de son zob s'abîme dans la cuvette, sans forcer les lois de la pesanteur, admira les cercles concentriques qu'il avait produit. C'était un bon début.

16 août 2006

Fervante aspirine (David au bord de la clapse)

Il était trempé de sueur face à son public, il récitait son texte les yeux absents : Mougougnougn, Glaglagla... Le docteur, sa femme l'observaient, intrigués, tel un animal étrange à travers la cage de son lit. Inquiets, ils conjecturaient sur les raisons de sa fièvre et s'entretenaient entre eux comme si cette bête n'avait jamais compris l'humain, de temps en temps ils tournaient leurs têtes apitoyées vers le malade.

- "C'est juste une grosse insolation." Diagnostiqua le docteur, puis il précisait
- "Malheureusement, il n'y a pas d'autres remèdes que d'attendre, peut-être un bon aspirine le fera mieux dormir, mais je ne prescrit que du repos." Le docteur, sous ses airs bonhomme, sermonna Nathalie sur ces expositions dangereuse et inutile, elle l'écoutait les yeux ronds, le docteur était agacé par ces insolations qu'il ne rencontrait que trop souvent, c'était comme le fléau des touristes imbéciles ! Tout ça pour un peu de soleil ! Qu'on ne lui raconte pas que l'on ne savait pas. Nathalie portait sa charge coupable, elle supportait pour deux le poids de leur vie délurée. Cependant, aquiescant sur ce point, elle réclamait qu'on prescrive plus de médicaments. Les deux apothicaires passèrent donc au salon pour discuter la chose et laissèrent le patient à son délire. Nathalie voulait un peu allourdir le traitement car David était malade comme un chien, elle voulait en conséquence un traitement de cheval, car elle aimait son homme. Mais le médecin, radin, ne lachait rien, encore un qui voulait boucher le trou de la sécu. La négociation se poursuivit dans l'arrière boutique, quelques temps mais on ne pu grapiller que quelques aspirines.

Nathalie argumentait : "David a abusé, il faut reconnaitre qu'il a un véritable don pour trouver les voies du martyr. Je pourrais en rire si ce n'était que la première fois, mais hélas... Quelle idée avait-on effectivement de se promener tout un après midi sous les ultraviolets. "Je l'avais averti, mais il ne m'a pas écouté, il ne m'écoute jamais, il n'en fait qu'à sa tête, vous savez comme son les hommes. Bien sur je ne dit pas ça pour vous, mais parfois, c'est assez comique de les voir se tordre dans leur lit après qu'il ai mépriser si royalement leur corps. Mais enfin, il est vraiment malade et un aspirine ça me parait un peu faible vu son état. "

Et gagnagnagna et blablabla... Dans la chambre, on percevait à travers les murs cette ritournelle maintes fois entendue comme une contine, toujours la même. David n'avait pas la force de protester : ses nerfs en boules et ses muscles en lambeaux, ce n'était pas la priorité pour l'heure. Alors il maugréait dans ses hallucinations et pestait contre lui même puisqu'il ne restait plus d'autre personne à qui faire de reproche. Infirme pour une insolation, c'était injuste, il se souvenait juste d'une voluptueuse sieste sous un jupon, rien de plus, le reste n'aurais pas du gâcher la fête, mais il semble qu'on doive payer chaque plaisir, car rien ici n'est jamais gratuit. Décidément !
Une sirène gracieuse s'avancait dans la lumière diffuse de la chambre, lui parlait, du moins ses lèvres remuaient. Il ne compris pas ce qu'elle lui disait, mais devina. Elle lui portait un verre de cristal qui faisait psschht, il vit un ovni de craie blanche entouré de nuées de bulles danser au fond et cette fée venue du ciel lui apportait son fanta sommeil disant : "Tiens mon chéri" Mais lui avait chaud, il avait froid, comme un enfant il comptait les fleurs dessinées sur sa couette : un, deux, trois, quatre, cinq, six... Il mourrait demain, c'était certain, David Ménard était parvenu au bout de son destin de nain, sans anicroches, il était arrivé : Oui, David était propriétaire, oui, David avait des vacances à l'autre bout de la terre, et oui, il avait une position enviable et une voiture climatisée, une femme adorable qui lui nettoyait l'appartement et lui mitonait de bon petits plats, il avait même des ray-ban. En un mot sa vie s'était passée comme sur des roulettes, comme dans ces grands lits d'hôpitaux qui filent comme des fantômes sous des autoroutes de néons, dans les couloir de la mort, il avait roulé à tombeau ouvert, sans bruit. Et maintenant on le droguait et l'habillait de blanc, on le préparait pour être rangé dans les alignements de grands cimetières où des fleur de porcelaines le pleureraient éternelement. Un jardinier consciencieux viendra lui couper la barbe quand il l'aura faites de plantes. Conforme, on ne le conserverait pas son corps dans un muséum, baignant dans du chloroforme. Il n'était pas ce révolutionnaire mort glorieusement au bout d'un fusil fumant, lui c'était du menu fretin, celui dont on nourrit les vers. Une vie de fourmi s'éteignait sans bruit. Lui conquérant, enfin se l'imaginait-il, écrasait sa vie comme un riz soufflé. Quand même la mort ne lui faisait plus peur il était pouvait véritablement s'effrayer. Il l'avait lu tellement de fois dans ses livre de self-improvement, le prophète avait dit : "Agissez toute votre vie pour qu'elle soit comme vous voudriez qu'elle soit au moment où vous mourrez" A vrai dire, il avait toujours trouvé difficile de répondre à cette question, mais enfin, il y était rendu et il se rendait compte comme son imagination était faible. Car David Ménard aurait voulu mourir comme un sauveur, comme un redresseur de tords comme un donneur d'espoir. Il aurait voulu mourir autrement que sur une insolation.
S'il survivait demain, il serait ce héros, c'est à dire qu'il serait un Jésus libérateur et enfin un mémorable David Ménard, lui pourtant qui était tellement destiné à l'anonymat ne serait plus un faux martyr, mais une vraie lumière, il deviendrait un évadé de la politique, animal archaïque, un prophète, il ne mourrait plus dans une chambre. Il allait arrêter ses conneries et laisser sa drôle de vie ménardesque sur le bord de la route et rebrousser le chemin, changer son nom, laisser les branles tétons se liquéfier devant leur putain d'ordinateurs et s'étouffer d'angoisse dans leur maison coffre fort. Lui irait nu sur des chemins hippis. "S'il vous plaît... donnez moi une autre chance" Jamais David ne s'adressait à Dieu : C'était contre sa religion. Mais une infinie tristesse s'écoulait de lui et seul le très grand, cette fois, pouvait éponger.
De fatigue, de douleur, il se mit à pleurer et bizarrement se sentit fier d'être encore humide et il se laissa un peu plus aller. Il pleurait sa misère et celle qu'il causait de ses débordements caractériels. Quand sa femme lui porta à son lit un plateau de broccolis équipé de tout ce dont il eu pu avoir besoin. Il dit à sa femme qu'il l'aimait et se surpris à entendre ses mots de sa bouche. Il avait dit ces mots bizarres qui sonnaient faux et qu'il jugeait proche des folies dernières.
Les morts sont des gens libres.

03 août 2006

David Ménard flashé sur le Web

Suivez le lien pour découvrir un David Ménard plus vrai que nature.
-->J'en ai eu un !<--

A toute fin utile, je vous signale que de cliquer sur ce lien fera monter l'audience de ce David Ménard et donc flattera son ego. Mais après tout pourquoi pas ! Nous sommes tous un peu des David Ménard et j'aime bien aussi savoir qu'on me visite.

02 août 2006

Le Wikènenamoureux (More David Ménard's Lifetime)

Parfois, il faut savoir se rendre, surtout quand l'herbe est tendre. Aujourd'hui Nathalie avait kidnappé David dans un de ses fameux wikènenamoureux. Pour une fois elle n'était pas en retard, car David s'était fixé pour objectif d'être en retard, pour se venger. Chacun son tour !
Tiré par la main, le salgamin consentait juste à mettre ses lunettes de soleil et à régler l'autoradio car c'était lui le conducteur. Et après ça, plus rien, tournait le volant et de mettre la clim. Dans sa cariole dernier cri, il transportait son couple coagulé vers des rives romantiques. Car lui, c'était l'homme.

Il lui revenait la charge d'insulter copieusement les grands pères qui n'avancent pas avec leur putain de caravane, de faire des pauses régulièrement pour aller pisser et surtout ne pas laisser le réservoir d'essence se vider. Le reste, c'était facile : tartalacrème et dimoiquetumaime, et caetera. Il se laissera traîner par sa belle poussera des oh et des ah quand il faudra, choisira le vin au restaurant, à la fin, sortira la VISA et voilà ! Au comble de la dévotion, il lui faudra peut-être passer un peu de crème sur les épaules de sa bien aimée : "Emballé c'est pesé !" Après une scéance de driving, on ira s'écraser dans un endroit buccolique, on posera une couverture trop précieuse sur les fol-avoines pour éviter de se décorer le cul d'une bataille d'épis et on tartinera dans la joie un sandwitch janbonbeure. Le ciel sera bleu et on sera bien mon chéri ! Sautons à pieds joins dans le bonheur universel.

...

Au dessus des flots du sommeil, David papillonnait, il crawlait sur un tapis d'herbe, au milieu des gazouillis de petits oiseaux, des cigales étrillaient leur bonheur, un fil d'eau lui murmurait à l'oreille, il entendait un conseil merveilleux : "Prends ton temps". Ecrasé de chaleur et de janbonbeure, il avait comme l'envie de piquer un sieste en coulé-brassé dans cette stase, de toute façon, David ne tiendrait plus longtemps la tête hors des rêves, il était liquide. Alors il se laissait aller à d'autres soleils, il passait des nuages chamarés ; des fleurs orgasmés circulaient au milieu de motifs colorés. Etait-ce un printemps arriéré, un été en verve ou une robe abat-jour ? Il n'avait qu'à se laisser aller sous ces constellations impressionistes, oublié sous les jupons d'une sage lectrice. On ne pouvait pas nier : il était bien.

Il était si simple de contenter Nathalie, avec son poupon à cajoler, elle sentait un profond bonheur monter en elle, irréprimable et coupable. Elle était incapable de comprendre la moindre ligne son livre car elle était trop heureuse. Le livre était la pour la mise en scène mais ce n'était pas l'important. Elle avait son mari mariné à ses pieds, recroquevillé, il avait l'agonie tendre. Elle ne demandait rien de plus.