Le lendemain, toujours en vie, il ouvrit les yeux et se retrouva seul au milieu de draps roses, la maison était silencieuse. Nathalie était partie travailler sur la pointe des pieds pour laisser David se reposer, un autre monde venait de naître.
Anéanti au milieu des ruines d'une nuit de guerre, David rassemblait ses esprits, en état de choc, son délire n'avait pas été suffisamment violent pour effacer les promesses qu'il avait faites dans ses transes, il se souvenait s'être clairement promis d'y passer et maintenant il s'éveillait un peu honteux d'avoir survécu. Déjà un peu épuisé de sa future carrière de Messie, il préférait dormir encore un peu.
En un clin d'oeil la journée bondit d'une heure et quand il rouvrit les yeux il était déjà tard. Dans ce nouveau monde, son corps tétanisé se répondait plus aux commande mais son oeil, exceptionnellement alerte, inspectait la vastitude des murs et s'amusait de l'ombre des rideaux en les observant onduler lentement sur le crépit de la chambre, observant les cheminées des maisons voisines, il se prenait au piège des feux dorés des rayons du soleil dans une candeur rafraîchissante.
Toute la nuit, il avait peint des fantômes sur ses murs, jusqu'à l'épuisement, il avait sué des angoisses et son cerveau avait couru tout l'inventaire des cauchemars. Ce matin, il n'avait plus d'imagination, véritablement lavé, la matinée suivait de sages paresses comme s'il n'existait plus d'autres chemins. David en philosophe frais, méditait, se plaçait aux sources du fleuve : Nous ne sommes que des poussières roses prises dans des destins visqueux, toujours les mêmes tourments agitent la rivière des âges, toujours les même eaux claires s'ébrouent dans des steppes aurifères au nom de l'amour, et toujours les même courses folles commence à charger ces torrents assagis de l'odeur de la merde, un jour, peut-être, nous renaissons d'un orage, mais finalement, on s'englue toujours en traversant la vie et on finit par porter soit même l'odeur de la mort... Y avait-il d'autres alternatives ?
Après ces considérations stratosphériques, David, épuisé, se saisit de la télécommande et zappa. Sur la troisième chaine un cuisinier moustachu éventrait jovialement une volaille et faisait frire des oignons en expliquant très clairement comment il fallait égorger le poulet. Alliant la parole au geste, avec une finesse exquise, il remontait le couteau long du cou et, sans accrocs, récupérait je-ne-sais-quel ganglion sanguinolent. C'était indécent. David ne comprenait pas qu'on puisse diffuser ces fritures d'oignon à ces heures si matinales. Il pressa donc un autre bouton de la télécommande. Sur la première chaîne on passait un de ces feuilletons destinés aux ménagères bigoudis. Jadis il avait aimé ces histoires qu'il regardait quand sa mère repassait le linge. Il s'extasiait maintenant de la platitude des fantasmes humains, tout était là : « Amour, Gloire et Beauté. » A l'orée de sa carrière de Jésus, David s'amusait de ce résumé si parfait des névroses humaines. On avait toujours tendance à en faire des tonnes, à prétendre que tout n'était pas si simple... pourtant, malgré le lettrage du générique un peu kitch. Existait-il une femme capable de renoncer à sa beauté ? Un homme qui abandonnerait sa gloire ? Et qui pouvait se passer d'amour... Il zappa.
Il tomba finalement sur un dessin animé pour enfant qui lui permis d'oublier un peu ses pompeuses réflexions. Se leva pour aller pisser et, avec une patience bouddhique, il attendit que la dernière goutte de son zob s'abîme dans la cuvette, sans forcer les lois de la pesanteur, admira les cercles concentriques qu'il avait produit. C'était un bon début.
18 août 2006
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