16 août 2006

Fervante aspirine (David au bord de la clapse)

Il était trempé de sueur face à son public, il récitait son texte les yeux absents : Mougougnougn, Glaglagla... Le docteur, sa femme l'observaient, intrigués, tel un animal étrange à travers la cage de son lit. Inquiets, ils conjecturaient sur les raisons de sa fièvre et s'entretenaient entre eux comme si cette bête n'avait jamais compris l'humain, de temps en temps ils tournaient leurs têtes apitoyées vers le malade.

- "C'est juste une grosse insolation." Diagnostiqua le docteur, puis il précisait
- "Malheureusement, il n'y a pas d'autres remèdes que d'attendre, peut-être un bon aspirine le fera mieux dormir, mais je ne prescrit que du repos." Le docteur, sous ses airs bonhomme, sermonna Nathalie sur ces expositions dangereuse et inutile, elle l'écoutait les yeux ronds, le docteur était agacé par ces insolations qu'il ne rencontrait que trop souvent, c'était comme le fléau des touristes imbéciles ! Tout ça pour un peu de soleil ! Qu'on ne lui raconte pas que l'on ne savait pas. Nathalie portait sa charge coupable, elle supportait pour deux le poids de leur vie délurée. Cependant, aquiescant sur ce point, elle réclamait qu'on prescrive plus de médicaments. Les deux apothicaires passèrent donc au salon pour discuter la chose et laissèrent le patient à son délire. Nathalie voulait un peu allourdir le traitement car David était malade comme un chien, elle voulait en conséquence un traitement de cheval, car elle aimait son homme. Mais le médecin, radin, ne lachait rien, encore un qui voulait boucher le trou de la sécu. La négociation se poursuivit dans l'arrière boutique, quelques temps mais on ne pu grapiller que quelques aspirines.

Nathalie argumentait : "David a abusé, il faut reconnaitre qu'il a un véritable don pour trouver les voies du martyr. Je pourrais en rire si ce n'était que la première fois, mais hélas... Quelle idée avait-on effectivement de se promener tout un après midi sous les ultraviolets. "Je l'avais averti, mais il ne m'a pas écouté, il ne m'écoute jamais, il n'en fait qu'à sa tête, vous savez comme son les hommes. Bien sur je ne dit pas ça pour vous, mais parfois, c'est assez comique de les voir se tordre dans leur lit après qu'il ai mépriser si royalement leur corps. Mais enfin, il est vraiment malade et un aspirine ça me parait un peu faible vu son état. "

Et gagnagnagna et blablabla... Dans la chambre, on percevait à travers les murs cette ritournelle maintes fois entendue comme une contine, toujours la même. David n'avait pas la force de protester : ses nerfs en boules et ses muscles en lambeaux, ce n'était pas la priorité pour l'heure. Alors il maugréait dans ses hallucinations et pestait contre lui même puisqu'il ne restait plus d'autre personne à qui faire de reproche. Infirme pour une insolation, c'était injuste, il se souvenait juste d'une voluptueuse sieste sous un jupon, rien de plus, le reste n'aurais pas du gâcher la fête, mais il semble qu'on doive payer chaque plaisir, car rien ici n'est jamais gratuit. Décidément !
Une sirène gracieuse s'avancait dans la lumière diffuse de la chambre, lui parlait, du moins ses lèvres remuaient. Il ne compris pas ce qu'elle lui disait, mais devina. Elle lui portait un verre de cristal qui faisait psschht, il vit un ovni de craie blanche entouré de nuées de bulles danser au fond et cette fée venue du ciel lui apportait son fanta sommeil disant : "Tiens mon chéri" Mais lui avait chaud, il avait froid, comme un enfant il comptait les fleurs dessinées sur sa couette : un, deux, trois, quatre, cinq, six... Il mourrait demain, c'était certain, David Ménard était parvenu au bout de son destin de nain, sans anicroches, il était arrivé : Oui, David était propriétaire, oui, David avait des vacances à l'autre bout de la terre, et oui, il avait une position enviable et une voiture climatisée, une femme adorable qui lui nettoyait l'appartement et lui mitonait de bon petits plats, il avait même des ray-ban. En un mot sa vie s'était passée comme sur des roulettes, comme dans ces grands lits d'hôpitaux qui filent comme des fantômes sous des autoroutes de néons, dans les couloir de la mort, il avait roulé à tombeau ouvert, sans bruit. Et maintenant on le droguait et l'habillait de blanc, on le préparait pour être rangé dans les alignements de grands cimetières où des fleur de porcelaines le pleureraient éternelement. Un jardinier consciencieux viendra lui couper la barbe quand il l'aura faites de plantes. Conforme, on ne le conserverait pas son corps dans un muséum, baignant dans du chloroforme. Il n'était pas ce révolutionnaire mort glorieusement au bout d'un fusil fumant, lui c'était du menu fretin, celui dont on nourrit les vers. Une vie de fourmi s'éteignait sans bruit. Lui conquérant, enfin se l'imaginait-il, écrasait sa vie comme un riz soufflé. Quand même la mort ne lui faisait plus peur il était pouvait véritablement s'effrayer. Il l'avait lu tellement de fois dans ses livre de self-improvement, le prophète avait dit : "Agissez toute votre vie pour qu'elle soit comme vous voudriez qu'elle soit au moment où vous mourrez" A vrai dire, il avait toujours trouvé difficile de répondre à cette question, mais enfin, il y était rendu et il se rendait compte comme son imagination était faible. Car David Ménard aurait voulu mourir comme un sauveur, comme un redresseur de tords comme un donneur d'espoir. Il aurait voulu mourir autrement que sur une insolation.
S'il survivait demain, il serait ce héros, c'est à dire qu'il serait un Jésus libérateur et enfin un mémorable David Ménard, lui pourtant qui était tellement destiné à l'anonymat ne serait plus un faux martyr, mais une vraie lumière, il deviendrait un évadé de la politique, animal archaïque, un prophète, il ne mourrait plus dans une chambre. Il allait arrêter ses conneries et laisser sa drôle de vie ménardesque sur le bord de la route et rebrousser le chemin, changer son nom, laisser les branles tétons se liquéfier devant leur putain d'ordinateurs et s'étouffer d'angoisse dans leur maison coffre fort. Lui irait nu sur des chemins hippis. "S'il vous plaît... donnez moi une autre chance" Jamais David ne s'adressait à Dieu : C'était contre sa religion. Mais une infinie tristesse s'écoulait de lui et seul le très grand, cette fois, pouvait éponger.
De fatigue, de douleur, il se mit à pleurer et bizarrement se sentit fier d'être encore humide et il se laissa un peu plus aller. Il pleurait sa misère et celle qu'il causait de ses débordements caractériels. Quand sa femme lui porta à son lit un plateau de broccolis équipé de tout ce dont il eu pu avoir besoin. Il dit à sa femme qu'il l'aimait et se surpris à entendre ses mots de sa bouche. Il avait dit ces mots bizarres qui sonnaient faux et qu'il jugeait proche des folies dernières.
Les morts sont des gens libres.

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