Parfois, il faut savoir se rendre, surtout quand l'herbe est tendre. Aujourd'hui Nathalie avait kidnappé David dans un de ses fameux wikènenamoureux. Pour une fois elle n'était pas en retard, car David s'était fixé pour objectif d'être en retard, pour se venger. Chacun son tour !
Tiré par la main, le salgamin consentait juste à mettre ses lunettes de soleil et à régler l'autoradio car c'était lui le conducteur. Et après ça, plus rien, tournait le volant et de mettre la clim. Dans sa cariole dernier cri, il transportait son couple coagulé vers des rives romantiques. Car lui, c'était l'homme.
Il lui revenait la charge d'insulter copieusement les grands pères qui n'avancent pas avec leur putain de caravane, de faire des pauses régulièrement pour aller pisser et surtout ne pas laisser le réservoir d'essence se vider. Le reste, c'était facile : tartalacrème et dimoiquetumaime, et caetera. Il se laissera traîner par sa belle poussera des oh et des ah quand il faudra, choisira le vin au restaurant, à la fin, sortira la VISA et voilà ! Au comble de la dévotion, il lui faudra peut-être passer un peu de crème sur les épaules de sa bien aimée : "Emballé c'est pesé !" Après une scéance de driving, on ira s'écraser dans un endroit buccolique, on posera une couverture trop précieuse sur les fol-avoines pour éviter de se décorer le cul d'une bataille d'épis et on tartinera dans la joie un sandwitch janbonbeure. Le ciel sera bleu et on sera bien mon chéri ! Sautons à pieds joins dans le bonheur universel.
...
Au dessus des flots du sommeil, David papillonnait, il crawlait sur un tapis d'herbe, au milieu des gazouillis de petits oiseaux, des cigales étrillaient leur bonheur, un fil d'eau lui murmurait à l'oreille, il entendait un conseil merveilleux : "Prends ton temps". Ecrasé de chaleur et de janbonbeure, il avait comme l'envie de piquer un sieste en coulé-brassé dans cette stase, de toute façon, David ne tiendrait plus longtemps la tête hors des rêves, il était liquide. Alors il se laissait aller à d'autres soleils, il passait des nuages chamarés ; des fleurs orgasmés circulaient au milieu de motifs colorés. Etait-ce un printemps arriéré, un été en verve ou une robe abat-jour ? Il n'avait qu'à se laisser aller sous ces constellations impressionistes, oublié sous les jupons d'une sage lectrice. On ne pouvait pas nier : il était bien.
Il était si simple de contenter Nathalie, avec son poupon à cajoler, elle sentait un profond bonheur monter en elle, irréprimable et coupable. Elle était incapable de comprendre la moindre ligne son livre car elle était trop heureuse. Le livre était la pour la mise en scène mais ce n'était pas l'important. Elle avait son mari mariné à ses pieds, recroquevillé, il avait l'agonie tendre. Elle ne demandait rien de plus.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire