J'étais arrivé à Londres. Pour l'occasion, j'aurais pu dire « A nous deux Londres» ou une phrase historique du genre Napoléon, pourtant tout ce qui me venait c'était : "Putain !" Les choses ne faisaient que commencer, mais c'était un début en fanfare !
J'avais pris le train très chic qui passe sous la Manche, celui qu'ils appellent "Eurostar", malheureusement, je n'étais plus déguisé en homme d'affaires pour voyager incognito au milieu des dandys. Je devais assumer, Gégé le clodo était de retour ! Eh oui ! C'est dur de revenir les pieds sur terre on a gouté à la joie du Hugo Boss et je me sentais un petit peu pouilleux avec mon barda de survie que je devais trimballer, c'était un brin puant et encombrant. N'en déplaise aux passagers de première classe qui m'accompagnaient, il fallait bien que je range mes affaires dans les compartiments au dessus des sièges; leurs yeux un peu effrayés me suivaient. C'est normal que ça les défrise les businessmans, mais qu'ils ne se plaignent pas, au moins j'étais propre ! Apparemment, ce n'était pas suffisant, comme au bon vieux temps, les femmes en tailleur détournaient leur regard quand elles croisaient le mien, elles rajustaient leur jupe comme si j'étais un affreux pervers qui préparait un mauvais coup. Je regrettais mon beau costard, c'est sur, mais je ne leur en voulais pas et comme disait David, elles ne pouvaient pas comprendre. Ces animales si domestiques avaient une vie trop rangée et trop ennuyeuse pour pouvoir m'offrir leur indulgence. Et, de toute façon, ce genre de comportement ne me vexait plus, depuis le temps, c'était mon pain ordinaire et j'étais habitué. Alors, comme je n’allais pas bouder mon plaisir non plus à cause de ces précieuses, j'ai déployé mes panards en éventails sur les assises moelleuses et j'ai savouré. C'était confortable, on avait chaud. Oh ! oui, c'était du luxe, et je ne sais même pas pourquoi ils appelaient ça la deuxième classe. Mmmm... Tout cela ressemblait la dernière cigarette du condamné, derniers instants avant que la guerre de l'angliche ne commence et je profitais de mes derniers instants de français. Sur le siège devant moi, par exemple, on se racontait à voix basse une histoire de chat perdu ou quelque chose du genre, je n'écoutais que d'une oreille... Bah, c'était une histoire de bourgeois mais qu'importe, je n’avais pas besoin des sous-titres.
À mon arrivée dans la gare de Londres, les choses ont commencé à se gâter. J'avais amené avec moi une toile de tente car je m'étais méfié -- on ne sait jamais sur quel climat on va tomber --.le problème c'est qu'avec ces histoires j'étais un peu empêtré. D'abord, il fallait passer à travers un portique de sécurité, un truc antiterroriste soi-disant, j'imagine qu'ils voulaient savoir si je ne cachais pas une bombe dans mon slip ! Mais j'ai eu bien du mal avec leur putain de machine ! Elle faisait bip bip à tout bout de champ. Et déjà que j'étais bien emmerdé avec tout mon fourbi, si on ajoute que je ne comprenais rien à ce que le douanier m'expliquait, je faisais le festival pour amuser la galerie. Le type -- qu'avait un chapeau képi ridicule, soit dit en passant -- a eu beau m'expliquer et me faire les gestes pour me montrer, j'avais du mal : Mister, Mister ! Qu'il me disait, je lui faisais « Oui, Oui », et lui il me faisait "No, no !". Quel emmerdeur ! Il voulait que j'enlève ma ceinture, ma montre et même mes godillots, au total il a dû me faire passer dix fois sous le portique avant que j'y arrive. Comme si j'allais mettre une bombe dans mes pompes ! Je crois qu'on me prenait pour un con, ça va que je suis gentil. Tout de même, à la fin, j'ai eu ma vengeance, je ai presque gazé le douanier quand j'ai démoulé mes grolles. Eheh ! Il n'avait qu'à pas me chercher ! Merde alors ! Je faisais ce que je pouvais, je suis français et c'est normal que je bique que tchi à leur langue de rastaquouère... Eux, comme ils étaient tous anglais, ils l'avaient facile.
J'avais l'impression qu'ils étaient en train de mâcher un chewing-gum en même temps qu'ils parlaient. Cette attitude, surement adéquate pour le Rock'n Roll, ne les rendaient pas hospitaliers pour autant, un peu tête à claques, je dirais qu'ils méritaient des beignes ces malpolis qui n'articulaient pas.
Moi je connaissais "Goog morning", "Thank you" et "One again". Étant donné que "One again" ça sert surtout pour le Rock'nRoll, on peut dire que j'avais seulement deux mots dans mon vocabulaire : bonjour et merci, mais au moins, j'avais des bases pour être poli, c'est essentiel ! même si je reconnais que c'est un peu léger pour faire la conversation aux roastbeafs. On ne pas se prendre la tête, il faut bien commencer et c'est justement pour cette raison que je suis venu ici : ça tombe bien. Et puis j'avais mon Joker : pour tous les autres mots, j'avais piqué un petit dictionnaire Français-Anglais dans une librairie. J'étais sur qu'il allait faire des miracles, il ne fallait rien de moins. Il parait que je quand je réussirai à parler cette langue de zoulou, je serai riche. Je suis joueur, je sais...
Je sais pas ce qui fait croire à David je peux apprendre cette langue en quinze jours, moi qui ai quitté l'école à dix-sept ans mais je suppose qu'il a ses raisons. Et si rien ne marche, au moins je m'en serais payé une bonne tranche. Insh'halla, comme dit Mohamed, je voyage gratis aux frais de la princesse... alors je ne m'en fais pas ! Remarque, je ne suis pas venu que pour la ballade non plus. Veni, Vidi... Vici... On verra ! Ce n'est pas un palace qui m'attend : je n'ai que le billet de train mais, pour l'hôtel, il faudra que je m'en fabrique un du même acabit que celui de Paris (c'est pour ça que j'ai les couvertures).
J'ai fait quelques hypothèses. J'imagine que le pavé de Londres est un peu plus froid que celui de la Seine à cause de la latitude, mais selon toute vraisemblance, les ponts d'ici c'est tout aussi confortable qu'à Paris. Et puis comme Londres, c'est une grande ville, les clodos y seront comme partout, j'espérais seulement que la solidarité jouerait entre gens de la même famille, même si l'on sait bien que les British n'on jamais trop aimé les froggies ! J'ai regardé dans mon dico, à SDF, ils marquaient : "Homeless" : ça veut dire sans maison. Putain ! Comme il sont vulgaires les British ! Il te traitent carrément de "Sans maison" ! Nous en France, au moins on est Sans Domicile Fixe, c'est beaucoup mieux. Imaginez ! On a tous des domiciles, y'en a pour tout le monde ! On a qu'un seul problème, c'est qu'ils ne sont pas fixes, ce sont des maisons glissantes, comme les escargots. Et quand on y pense, il suffisait d'une paire de vis pour fixer tous les domiciles des SDF. En France on a des idées... mais revenons à nos moutons
Je n'avais pas vraiment de plan, pas non plus de stratégie. En attendant le train, à Gare du Nord, j'étais tombé sur un guide qui donnait ses suggestions pour un voyage à Londres avant de partir, j'avais pris un peu de temps pour le regarder. Classiquement on me recommandait Big-Ben, Buckingham Palce, Hide Park et les bords de la Tamise (La rivière qui coule à Londres), et puis aussi des tas de musées que j'ai passé rapidement --- les babioles dans les vitrines n'ont jamais été mon truc --- , je pris seulement les adresses. Il y avait aussi Piccadilly Circus et ça m'intriguait, de voir un cirque en plein milieu de la ville ! Le premier jour, j'étais parti pour faire du tourisme, non par passion, mais il fallait bien s'occuper en attendant la nuit, puisque c'est à ce moment-là que les langues se délient. Pour le reste, j'allais bien voir comment on me recevrait.
Ma première impression dans les rues de Londres était qu'il existait une différence de culture notoire : les fameux homeless, n'étaient pas les même qu'à Paris. Ils sont beaucoup plus nombreux et surtout plus jeunes, j'en déduisais que la carrière commençait plus tôt ici, mais j'avais aussi dans l'idée qu'un certain nombre de ceux-là trouvaient qu'il était cool passer sa journée assis en faisant la manche, une bière à la main. Les cons ! J'en voyais pleins qui végétaient, planté comme des abrutis, excuses si je suis aristocrate, mais j'avais du mal à trouver un semblant d'intelligence chez ceux-là ! Ils se faisaient des piercings un peu bizarres partout sur le visage. Pour la difformité, c'était chouette à voir et même si j'avais eu un appareil photo, je crois que je me serais tiré quelques portraits. Comme je me promenais, je notais aussi quelque chose d'intéressant : Londres est plein d'Indiens, je ne sais pas trop pourquoi c'est comme ça, mais, de fait, il y en avait beaucoup plus qu'à Paris. Surmeent que David devait le savoir mais il ne m'en avait rien dit, en tous les cas, à l'occasion, je pourrais apprendre un peu d'hindi, de quoi faire de moi un véritable harki de l’Inde . J'ai commencé par demander mon chemin, je disais : Big-Ben, Big-Ben,. on me montrait la ligne de métro, c'était pas bien difficile, il avait suffi de faire les gestes. Déjà, j'avais appris un nouveau mot, la couleur de la ligne de métro : "green" ça veut dire "vert". J'étais assez fier de moi quand je l'ai noté sur mon carnet.
Quand je suis sorti du métro, j'ai regardé en l'air pour voir Big-Ben. C'était assez chouette, et sur un panneau j'ai compris qu'il y avait un musée à l'intérieur, mais l'entrée coutait 5£. J'ai regardé mes poches, la doite et la gauche : J'avais à peu près peanuts. Surtour qu'à Londres il ne payent pas encore en euro, j'ai pensé qu'il était temps de renflouer ma situation économique et pour avoir un peu d'argent pour boire une mousse ce soir je me suis fait un petit carton pour faire la manche : J'ai écrit dessus : "Good Morning, For to eat, Thank You" et puis j'ai attendu, au bord de la Tamise. Je peux te dire que ça mordait ici, vraiment beaucoup plus qu'à Paris. Les Anglais, faut pas croire, ils sont généreux, c'est pas qu'il donne beaucoup, mais au moins il te regardent normalement, je crois qu'il sont habitués à être plus tolérants. Enfin, je dis ça, ils sont pas tous généreux, le premier mec qui s'est arrêté devant moi, il m'a carrément insulté, enfin, je suis pas sur, en tout les cas, ça me faisait l'effet qu'il m'engueulait . Je n’ai rien compris à ce qu'il me disait et je l'ai laissé dire, bof, ça m'a distrait, et puis il a passé son chemin. Ensuite, il a une petite dame qui s'est arrêtée, je savais pas si elle aussi allait m'engueuler, je me méfiais, mais elle à commencé à me parler gentiment, pas besoin de savoir parler la langue pour comprendre ça, quand elle a vu que je ne comprenais rien à ce que je lui disais, elle m'a dit : "Vous Francais ?". J'avais presque envie de l'embrasser, elle parlait pas très bien le français, mais on a réussi à se parler un peu, j'étais content. A la fin, elle m'a dit que j'avais fait une faute sur mon carton. J'avais honte. C'était vraiment pas de bol ! Pour dire pour manger, il faut dire : "For food". J'ai corrigé et je l'ai remercié, je lui ai dit "Thank you, Thank you" : c'est tout ce que je pouvais lui dire, mais c'était vraiment de bon coeur. Elle m'a donné 1£. J'ai regardé dans le dictionnaire : Food signifie nourriture, je l'ai noté dans mon carnet. Plus tard je me rendu compte que c'était logique : dans les Fast foods, il y a de la nourriture, et Fast ça veut dire" vite" : Je l'ai noté. Cette journée, j'avais déjà doublé mon vocabulaire et accumulé 12£. J'étais bien content. Avec mon butin, je me suis acheté un sandwich et j'ai gardé le reste pour boire un coup dans un pub, je pensais que là bas, j'aurais plus l'occasion de développer mon vocabulaire. Je suivais une démarche totalement scientifique en me lançant dans cette opération. J'avais appris ça dans le métro : l'alcool délie les langues et tu peux pas savoir le nombre de bourgeois qui se mettent dans la confidence lorsqu'ils sont éméchés, ils te parlent, c'est pas vraiment qu'ils s'intéressent à toi et des fois, ils parlent aux murs ou aux poubelles, mais au moins ils parlent. De plus, j'avais aussi observé quelque chose de tout à fait intéressant chez ces mecs bourrés, ils se mettent souvent à parler anglais, je ne sais pas pourquoi, mais c'est un fait. En tous les cas j'espérais bien que le phénomène fonctionnerait aussi pour moi. J'avais fait un petit repérage de troquets du coin, parce que je ne voulais pas un pub trop chic, pour pouvoir me payer plusieurs bières, mais je ne voulais pas non plus tomber dans un repaire de pochtrons, ça m'aurait filé le blues. J'avais peu d'argent et je ne pouvais pas me rater dans le choix. Celui que je trouvais finalement s'appelait « The Very Special». Je rentré dedans quand la soirée était déjà bien entamée parce que je ne voulais pas qu'on me regarde de travers, je préférais me noyer dans l'ambiance. Les British avaient déjà commencé, il y en avait même déjà qu'étaient déjà fins faits. Je me sentais un petit peu con quand je demandais au mec : « One pint of Guiness ». Le mec, m'a fait répéter deux fois, mais il n’avait pas l'air de m'en vouloir, il semblait habitué aux étrangers. Je me suis mis dans un coin et puis j'ai regardé ceux qui jouaient aux fléchettes, mais je ne suis pas resté longtemps seul. Au bout de dix minutes, il y avait un mec, qui me demandait un truc, je ne comprenais pas. Il a vu que j'étais français et il m'a montré la télé, ils passaient un match de foot. Il m'a dit ou plutôt crié dans les oreilles : "Paris Saint-Germain ?". Alors, je l'ai joué futé pour me le mettre dans la poche -- un supporteur de foot, c'est pas l'animal le plus difficile à apprivoiser -- je lui ai fait que PSG, c'était des nuls et que moi j'aimais Manchester. Alors on a trinqué, on a rigolé. Il s'appelait Benny, apparemment, il suivait tous les matchs de foot de son équipe dans ce troquet avec ses potes. Alors, avec mes quatre mots d'anglais, je lui ai raconté mon histoire, je lui ai dit que j'étais homeless mais que je voulais apprendre l'anglais pour avoir un meilleur boulot en France et ça l'amusait énormément, même un peu trop, c'était vexant. Pendant la soirée, j'ouvrais mon dictionnaire, mais je n’avais pas le temps de noter, je notais que je progressais cependant : la bière, surement. On a surtout picolé, ils m'ont offert un nombre de coups incroyable, j'avais presque honte de gagner mes bières aussi indument, ils étaient tellement sympas ! En conclusion, j'aimais bien les Anglais.
06 février 2007
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