17 septembre 2006

Solitude des rois

Qui n'a jamais dormi dans la rue ne peut pas connaitre le bonheur des choses simples. En effet, le salarié moyen est un être passé à l'eau de javel, fade, il est incapable de jouir vraiment du fruit de son travail et de souffrir pour de bonnes raisons. Il s'afflige lorsqu'on lui fait perdre son temps mais il ne sait pas au juste pourquoi il réclame du temps. Et quoi ? Il veut rentrer chez lui et être tranquille pour ne plus avoir de compte à rendre, c'est sa définition de la liberté. Il n'atteint l'extase lorsqu'il dépense son argent compulsivement, malheureusement, il n'existe guère d'autre vocation à son argent que de lui permettre d'acheter. Il remplit sa maison d'halogènes et de meuble design. Quand il ne possède plus d'espace, il doit se résoudre à d'autres horizons, comme d'acheter des peintures pour mettre sur ses murs, ou bien aller jouer au squash. Bien sûr : Il voyage pour oublier, disant qu'il s'ouvre l'esprit, possède parfois des chaînes satellites pour consommer tout ce qui est utile au gens de sa classe sociale, il a des théories politiques, ce qui lui tient lieu de philosophie. Cependant, la candeur de ses malédictions et l'innocence de ses passions lui signale cruellement son manque de génie. Sans invention, il est sans vermine, ni imagination, sans largesses, ni ignominie. Il vit au milieu de tout cela, désépérement middle class. Ce n'est qu'après un savant calcul, en pointant ses relevés mensuels, qu'il détermine l'étendue des possibles. Il prépare ses lendemains lanscinants. Il vit en manque de peur et s'invente l'insécurité de sa personne et de ses bien. C'est l'enjeu : pour que vieillir ait un sens.
Nul besoin d'aller chercher aussi loin pour être heureux. Parlons par exemple des chiottes ; la masse clinique devrait cesser de grimacer lorsqu'elle voit le caca car -- l'ignore-t-elle ? -- il fait chaud dans les toilettes, en outre c'est le lieu premier de la création. Au lieu de bouder cette chaleur évidente, nous ferions bien de réhabiliter ces retraites heureuses à leur rangs. L'amour affiché en 4x3 des valentins au téléphone portable, l'orgueil des familles assurés tout risques ne sont rien quand l'estomac crit famine ou quand il fait froid ou ... quand on a vraiment envie de chier. Je vous prie, quittez ces moues écoeurrées devant ces culs mal torchés, car leur production est l'essence même de la vie : une invasion barbare. L'art est d'abord une chose anale. -- notez que c'est très Freudien, on pourrait même distraire des mémères à chienschiens avec ce genre de balivernes, pour peut qu'on sâche citer Lacan.
Après un soir dehors, notre héros n'est plus un salarié ordinaire.
Lorque David se félicite dans trois mètres carrés en disant : "Ici tout n'est que luxe calme et volupté", il ne simule pas, il est seul entre quatre murs carrelés et personne ne l'observe, mais il a chaud, il se baigne dans de joyeuses pensées et embaume ce lieu d'une fermentation de son cru. David se rappelle avec bonheur de ses premières émotions du pot. Comme au bon vieux temps où sans savoir penser il affirmais déjà : "Je chie donc je suis". Il exulte donc tout à fait lors de sa libération fécale. La vie ordinaire de David Ménard explose et il revient triomphant au temple des métamorphoses poser un caca souple comme une virgule, il injecte un boudin admirable dans les tuyaux de Mégalopolis comme au temps du journal de Mickey quand les révolutions étaient faciles.
Il trônait dans son repaire et se riait. Finalement, il était parvenu à s'engueuler avec sa femme. De par sa composition déséspérement arrangeante, cela relevait d'un véritable exploit. Ce soir, son triomphe serait parfait si elle lui servait sa soupe comme un geolier. Hélas ! Probablement, elle ne lui cuisinera rien en pensant que sa vengeance sera plus complète ainsi. Elle tout a fait raison mais c'est beaucoup plus trise. En fait, on ne sait même plus s'engueuler. Merde. Tout fout le camp !
Non, les vies qui tournent comme les aiguille des horloges ne valent rien.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

c'est un peu nihiliste ca, a peine depressif. La creation a deux aspects. La creation libre est vouée a l'echec car elle echappe a la reconnaissance. La creation rythmée par le temsp comme il dit que ce soit la litterature qui colle a la mode, ou le salarié qui créé ses logiciels, trouvent une valeur collective, mais au detriment de l'expression personnelle. La creation est toujours un compromis entre l'individualité creatrice pour une reconnaissance, et une reconnaissance par la desindividualisation

Clement Soullard a dit…

Reconnaissance par la désindividualisation !? Comment reconnaitre ce qui n'a pas de forme. La propriété essentiel de l'individue est ce qui le délimite, le distingue. La désindividualisation ça n'existe pas, tu veux peut être parler de l'identification à un groupe.

En somme, nous sommes d'accords : Inutilité ou insignifiance sont les deux alternatives.

Allez, il ne s'agit pas de déprimer ; il s'agit de caca et de remuer la merde.