Sur le chemin du retour et par curiosité seulement, il fit un crochet pour voir si son ami du bord de la Seine était toujours en faction à surveiller les poissons et à se saoûler en perfusion. Effectivement, Gérard, était là, le cul toujours vissé au même endroit. David acheta deux bières et partit la partager avec son ami, il parlèrent un petit moment calmement, traitèrent de philosophie mais également de rien du tout. Finalement, puisque ses frasques avaient assez duré mais également parce que sa cravate était tachée, il rentrait chez lui.
Nathalie avait un eu problème quand elle regardait la télé : elle avait renversé son café sur le canapé. Elle courut donc à la cuisine pour humecter un chiffon et sauver son sofa tant qu'il était temps. C'est à ce moment là qu'elle entendit le bruit d'une clé tourner dans la serrure. David arrivait. Mieux valait tard que jamais, même si cette fois c'était un peu fort de café. Mentalement, elle s'encourageait afin de ne pas se laisser faire comme à son habitude. "David est le genre à ne jamais reconnaître ses torts et ce type finit par vous embrouiller et vous réduire à rien." Il ne fallait pas espérer qu'il la joue piano, particulièrement lorsque sa cause est indéfendable, le David Ménard à la barre est toujours radical et indomptable,Karamazovien est le mot. Mais elle l'attendait de pied ferme.
- Ah bah c'est pas trop tôt ! En guise de bienvenue, elle lui épargnait seulement le rouleau à patisserie.
David posait son manteau sur le porte manteau, sans empressement, ni coupable, ni honteux : flegmatique.
- Oui, je sais, ces situations dérivées du réel sont parfois lassantes.
- Pardon ?
- Je dis qu'on s'ennuie ici !
- Ah bon ! mais je crois pas que ce soit la question...
- Oui
- Ne retourne pas la situation !
- Je suis déjà renversé, peut être qu'en retournant encore une fois la situation je retomberai sur mes pieds
- C'est quoi ton cinéma ?
- Y a pas de cinéma, j'me fais chier, j'peux pas dire mieux. Une vie de merde, une boulot de merde... Je sèche le plumard et j'attends une houspillante comme un gosse qu'a pas été à l'école. Qu'est ce que tu veux que je te dise Nathalie ? J'me fais chier : Je.me.fait.chier ! Encore un fois je peux pas te dire mieux. Nan, mais regarde, regarde bien notre vie de merde, parce que j'en ai raz-le-cul. J'me pointe au boulot, j'mets des jolis costards, j'prends des airs sérieux parce qu'il faut bien. J'me fais de copains près d'la machine à café et je parle de foot... Oui, madame je grabuge...
- Ca veut rien dre grabuge
- Tu m'as compris, je buche et tout ça pour me payer "des vins fins" que je me siffle le petit doigt en l'air, le dimanche, entre amis avec l'air de m'y connaître. Et là, toi, j'te sens à deux doigts d'me piquer une crise du genre... Bouh, bouh... Notre couple est menacé... Et ça c'est pour simplifier. Je ne saurait pas expliquer ta façon de tourner les choses.
Mais tu sais quoi ? J'en ai rien à foutre de notre couple de merde, t'te façon, ça nous mène nulle part... Oups... si pardon, ça nous en emmène probablement à IKEA le week-end et en sur les plages d'Espagne pendant les vacances... Tu m'excuses que je m'extasie... Et puis si on est sage, on aura une maison et des gamins, waaa, l'éclate ! Les Ducons ont encore frappé, ils ont fait une vie encore plus inintéressante que les autres ! Avec de l'amour et de l'eau de rose, jamais un soir ils n'oublièrent de se brosser les dents. Excuse-moi si je kiffe pas... Merde, tu fais chier Nathalie...
- Mais tu n'as pas eu de promotion n'est-ce pas ? Tu me mens...
- Oh mais si ! C'est même encore mieux ! Hier, j'voulais démissioner mais Jean-Mi m'a accueillit avec un sourire de dentiste, il m'a dit : Félicitation tu grimpes, et il m'a promus chef de service, la classe... et pour fêter ça je me suis bourré la gueule avec un clodo sur le bord de la Seine.
- Tu te fous de ma gueule, hein ?
- Nathalie ? Qu'est ce qui t'arrive ? Tu dis des gros mots maintenant ?
- Espèce de con
- Fiuuuu...
- Tu m'as trompé c'est ça ?
- Alors là, je suis déçu, mais alors déçu que tu cherches à ramener tout ça à nos misérables histoires de cul. Non. Ca n'a rien à voir avec une autre femme. Déjà toi seule tu me prends la tête. Alors deux ? T'imagines ! Je passerais ma vie à me justifier : pourquoi le sel plus que le poivre ? Pourquoi la mer ou la montagne ? Pourquoi le papier peint de cette couleur ? Je ne vivrais plus, ma chérie tu es à milles lieues.
- Nos misérables histoires de culs ? Mais je rêve où tu as l'intention d'être désagréable en plus d'avoir tort, vraiment ! Mais j'ai pigé ton manège, continue de faire ton macho... t'ira loin !
...
- Ping !
- Pong !
- Ping !!
- Pong ?
...
- Ouais c'est ça va prendre ta douche... !
Les tactiques des revues de psychologie peinent à s'appliquer dans la vie concrète, aucun chantage émotionnel ne semblait fonctionner face à cet authentique fou. Il fallait donc se faire à cette triste idée comme un commandement :
"Jamais les courses à IKEA tu ne feras ou bien tu te débrouillera toute seule avec les chariots". ; puisque c'était une idée fixe du Ménard.
Pour elle, c'était un véritable sacerdoce, elle aurait pu l'afficher en lettres d'Or dans les chiottes, à coté du brumisateur à odeur de Lavande. Mais elle devra se taire quand ses copines allumeront leur yeux pour parler de leur "nouvelle" lampe achetée samedi dernier. Enfin... Dans le fond David était assez drôle et elle devait reconnaître également que sa condition de femme méprisée aurait pu être pire. Il y a peut-être du bonheur à vivre avec les tyrans : Ca permet de s'économiser la pensée. A ses cotés quelqu'un avait un avis sur tout. Et puis il était assez facile d'éponger les colères de David, c'était un peu comme de ramasser les épinards de bébé lorqu'il fait sa crise et crache tout ce qu'il peut. Alors, sur des considérations empiriques, elle pouvait affirmer que la nature était quand même bien faite, puisque l'instinct maternel : elle l'avait.
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