Péniblement, David ouvrit les yeux, il avait le corps roide et son dos était comme incrusté des pierres du pavé. Une couverture rabibochée lui couvrait les épaules mais ne lui couvrait pas les pieds ; un bout de bâche en plastique lui couvrait les pieds mais ne lui couvrait pas l'épaule. Il avait froid et ses os souffraient la martyr, mais désormais, il avait la peau dure, Gucci ne tient pas chaud.
En perspective au ras du sol, la Seine charriait ses humeurs usées : De la merde, du vomis et du sang mélangés ensemble. Les flots portaient les restes du festin de la veille, on lisait sur les flots ce que Paris s'était mis dans les veines pour oublier sa réalité. Le jour se levait et semblait indiquer qu'on était aux alentours de cinq heures, on ne voyait pas encore clair et la lumière avait le cafard, David avait mal au crâne. Peu importait, nous étions le premier jour de l'apocalypse.
La ville crachait son matin, se raclait la gorges, elle toussait les bitumes de sa débauche après s'être envoyée en l'air. Elle avait ri aux démons de minuit et maintenant elle retombait morne dans l'aube, laide et ébouriffée, la midinette ! Elle était soûle et avait l'oeil vitreux. Dans la rue, ça respirait l'enfer : On s'agitait autour de gros camions qui vociféraient des ordures, on déchargeait la cames. Des chauffards contraints à des feux rouges concentraient leur haine derrière les pare-brises et leurs mains serraient le volant, ils rêvaient à des prairies immenses où poussent les feux verts et où l'on peut rouler sans fin sur des pistes droites.
David n'avait pas la moindre idée du temps pendant lequel il avait dormi, il ne se souvenait même pas pourquoi il lui avait préféré rester ici pour traverser la nuit. A côté de lui, Gérard était abrité sous un carton et ronflait bruyamment. De temps à autres il se retournait en maugréant, puis se rassérénait en lâchant un gros pet gras, content, il remuait sa barbe avant de retourner au sommeil. David rassembla ses esprits et se leva pour marcher un peu car il ne lui servait à rien de rester ici. Il avançait comme un vieillard brisé, un torticolis l'empêchait de tourner la tête. Il aurait voulu se pincer, se donner des baffes mais il n'était pas suffisamment leste pour y parvenir : "Mais dans quelle Merde tu t'es foutu !" Il vit sur son téléphone que sa femme avait essayé de l'appeler cinq fois dans la nuit, il tentait de rassembler ses esprits pour trouver une excuse. "Bon Dieu ! Pourvu qu'elle n'ait pas appelé la police !" Il rédigea un mini message : "J'ai fais la fête toute la nuit pour fêter une promotion. Désolé."
Il était cerné et cherchait une solution à un problème qu'il ne savait pas, il s'assit sur un banc et tenta longuement d'utiliser son cerveau. En vain.
Mieux valait dormir, il retourna dans sa voiture et mit la radio en marche sur sa station favorite. Le présentateur, égal à lui-même, ne se rendait pas compte de la gravité de la situation, il débitait les même âneries que chaque matin. Bizarrement, les tourments du monde mis en forme de mondanité tranquillisèrent David et il s'endormit. Aujourd'hui, il était encore malade, c'était le seul moyen pour se sentir bien.
09 septembre 2006
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