04 septembre 2006

Rechute et complications

Et voilà ! se dit-il en sortant du bureau. Encore une journée désespérement ordinaire, tu peux être fier de toi !

David n'avait pas démissionné, par excès de faiblesse, il n'avait pas su franchir cette barrière psychologique. Certes, il fallait admettre que cette promotion tombait plutôt mal, même si David n'était pas un drogué du travail, du moins c'est ce qu'il pensait. En l'occurence, c'était comme si son dealer lui proposait de doubler ses doses pour le même prix. Il était alors difficile de ne pas craquer. En son fort intérieur David se dit que, décidément, il n'était pas facile de couilloner la marche du destin. David était qu'il était englué dans son destin ordinaire, c'était son drâme, il se débattait comme un insecte sur un papier mouche. Insigne insecte, il aurait aimé laissé une trace sublime à travers le ciel mais il semblait condamné à passer ses samedi à faire ses courses à IKEA.

Ô Sublime Médiocrité, Éclaire ma Vie.

Il se sentait gras et trop flatté, et le confort l'avait ramoli.
On le sait : Il n'existe pas de grands destins sans grands malheurs. David qui avait eu une vie sans histoires, on ne l'avait pas battu étant jeune, il ne s'était jamais drogué, il n'avait jamais tenté de se suicider sous un train non plus, et maintenant il ne parvenait pas à se décider du jour où aurait lieu la première du drâme. Il en repportait la date de lendemains en lendemains et finalement, on l'enterrerrait peut être entier avec sa rage de changeur de monde intacte.En ce moment même, des milliers de David Ménard rentraient chez eux, ces armées ménardesques rampaient dans les boyaux crasseux de Paris, empruntaient les transports zombis, tous crevés, ils filaient impatients d'écraser leur culs et leur intelligence derrière une zapette. David, ce héros, était, comme tout et chacun, un produit qui suivait la loi incontournable du marché : le premier critère qui fait la valeur d'un objet est avant tout sa rareté et non pas son utilité. Et de ce strict point de vue, la vie de David n'avait aucune valeur et il pouvait se jeter d'un pont avec une pierre attachées aux pieds, rien n'aurait changer, le fait est qu'il était beaucoup trop ordinaire. Tout au plus sa mort tourmenterait la Seine de deux vagues et sa femme pleurerait trois larmes et puis le monde l'aurait déjà digéré. Lui n'avait aucune difformité, nulle part, il ne se droguait même pas et même ses moeurs sexuels étaient parfaitement ordinaires. Alors, il fallait rendre les armes. Vraiment amer, il voyait qu'il avait ses idéaux étaient de telles pacotille qu'en quelques jours, ses fièvres révolutionnaire retombaient comme un flan. Sans se l'avouer, il se sentait terriblement coupable d'avoir été incapable de bouder son plaisir quand on lui proposait une promotion. Lorsqu'il était rentré dans le bureau de Jean-Michel pour lui annoncer sa démission, il n'avait pas eu le courage de dire qu'il voulait "démissioner", pour un professionel, celà lui semblait trop brutal, il avait utilisé une formule plus atténuée : "Je ne souhaite pas continuer."
- Comment, c'est le salaire ou le boulot qui te fait peur ? Ne t'inquiète pas mon vieux. J'ai tout prévu ! Un petit 10 pourcent ça te va.
- Euh...
- Tu vas pas te plaindre, vraiment... Allez, sacré toi et ne me remercie pas surtout !
- C'est à dire que j'avais prévu de... Enfin, non ! Laisse tomber...

David termina comme à son habitude, à 19 h 30, épuisé. Il ne voulait pas rentrer chez lui directement car il avait le blues. Une ritournelle dans sa tête lui chantait : "Tu es une grosse Merde, tu es un grosse Merde !" et rien à faire, la chanson ne voulait pas passer. Il était furieux malgré que d'autres puisse souffrir l'envers de son problème. Pour l'heure, il les emmerdait de tout coeurs, toutes ces minorités. Lui qui n'avait pas le courage de devenir chômeur ; Il se foutait bien de tous ceux là qu'avaient une famille à nourrir et pas le blé pour grailler, de ces pauv' black en train de nettoyer les rues de Paris pour envoyer au bled, les mères célibataires qui ramaient pour acheter leur kilo de patates... Chacun sa merde.
Vae Victis

Il démarra la voiture et mit la climatisation en route, enfin, selon un rituel immuable, il allumait l'autoradio. Dès la sortie du parking, il éteignit la radio furieusement et se il mit à chanter beaucoup trop fort. Une tristesse profonde l'envahit : Pourrait-il jamais quitter la route Huxelienne ?
Septembre avait repris ses droits, les embouteillages rythmaient à nouveau les journées. Dans sa voiture à 22° il n'était pas anéanti, il était moribond. Demain, on recommencerait le même programme dans l'ordre repeat ad libitum.. C'était trop.

Il décidait de partir à la recherche d'une autre illumination auprès de la Seine. Avec un peu de chance une inspiration sublime le visiterait comme le jeudi précédent. A l'approche de la Seine, il décidait de s'arrêter et de prendre l'air le long des quais. Vingt minutes plus tard -- c'était le temps qu'il fallait pour s'arrêter -- il pouvait enfin marcher et respirer. La ville était à nouveau infecte, il descendit au brod du fleuve, en haut assis sur le parapet des étudiants gueulaient leur joie de l'indépendance retrouvée, contents de retrouver la capitale de leur débauche.
Comme il y a quelques jours, il aurait aimé marcher lentement et avancer au pas débile d'un vieillard, doucement s'en aller vers le crépuscule du fleuve, mais son émotion ridicule ne le lâchait pas. Son coeur battait trop vite il était encore trop jeune sans doute pour penser qu'il ne s'agissait que d'un boulot.

"Tu parle d'une Merde !" Il était seul, mais il venait de s'exclamer. Il devenait fou mais peu importait. Un clodo qui était non loin rendit un hommage à cette pensée philosophique en levant sa bouteille : "Tu l'as dit mon vieux, c'est la Merde !" Il le regarda maussade, négligeant son spectateur. David avait envie de pisser et ça tombait bien, la flotte qui coulait pour ces cons de Parisiens était en bas et avait besoin d'être batisée. Aah... des ronds dans l'eau, avec un peu de chance, il saurait provoquer le scandale ou le dégout de quelques filles qui passait sur l'autre coté du quai.

Le clodo derrière lui l'interpellait de nouveau :
- Dis donc mon gars ! T'as trop picolé où quoi, avec ton costard à une brique, t'as pas trop la gueule à pisser dans la Seine.
- Quesse tu veux ? Les temps changent mon vieux ! Par contre, je me rends compte, c'est vrai que je n'ai pas picolé, ça a du goût ta bibine, au moins j'aurais un raison de pisser dans la Seine...
Le type visiblement beaucoup plus vieux que l'autre paillasson qu'il avait secoué l'autre jour semblat se rembrunir.
- Nan, mais t'as vu ta gueule de premier de la classe, je veux pas chopper des germes en buvant sur le même goulot que toi. En plus si tu croit que ton costard à une brique t'autorise à siffler mon litron, permet moi de te dire que tu gourre...

Cette intéressant dialogue mit David dans une étrange transe dubitative, puis il partit dans une superette pour s'acheter sa propre bouteille. Il hésita un instant sur l'intérêt d'utiliser de la vraie Villageoise pour son baptême, puis, ayant considéré les tenants et les aboutissants, il opta pour un vin de Cahors, honnête mais pas trop bourgeois, puis il revînt auprès de son nouvel ami.
- Et bein, ta copine t'a laissé en route, tu veux t'essayer à te bourrer la gueule ? Vrai que c'est romantique, mais j'te dis qu'avec ton costard à mille balle tu fais pas illusion...
- En tout les cas je fais de progrès, tout à l'heure mon costard valait une brique, il a perdu 90 % de sa valeur. Tu n'aimerais pas du vin un peu meilleur ou tu veux toujours pas chopper mes germes, tu fais pitié avec ta Villageoise, c'est du Gaillac.
- Je te préviens, je veux rien savoir de tes problèmes, mais file un peu de ce truc, des fois ça fait du bien le changement !
Et il saisit la bouteille et s'en siffla une goulée avant de retourner littéralement la bouteille dans son gosier en bavant l'excédent de vin sur sa chemise comme en abondance. Il rendit la bouteille, "Ta bonne femme qui te fais des misères ? T'es pédé et t'a le SIDA ? On vient de te virer ?... J'sais pas je lance des pistes.. Qu'est-ce qui t'arrive ? Avec un beau costard comme ça tu ferai mieux de la jouer bécarre et de te trouver une vieille à baiser tant que tu peux..."
- Non rien, je voulais juste prendre l'air... c'est interdit ?
- Te fâche pas, j'ai rien, contre ceux qui vienne se pochtronner, le blues ça arrive... mais tu m'excuses, quand on a un costard comme le tiens, c'est dommage.
- Tu lâches mon costard...
- Ouais...
Ils burent ensembles en silence, de temps à autres, des bateaux-mouches avec des cargaison de japs passaient. Les haut parleurs crachaient dans six langues la belle histoire de Paris. Le mobile de David se mis à sonner. Il ne répondit pas.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Ô rage, ô désespoir housewives
Je partage la solitude du blogger plein de bonne volonté qui remplit ses pages à la sueur de son front et qui constate amèrement que personne ne laisse de commentaire. Aussi je propose le recyclage de ce blog pourtant si joli en site de fan-club de série télé ou de la chanteuse Anaïs avec des photos et des liens sur Voici et Entrevue. Seul bémol, devenir bilingue en langage texto est obligatoire pour une telle cible marketing. Sur ce, rock'n'roll waneuguène.