21 octobre 2005

Un pavé qui fait plouf !


Ce matin encore une émission de radio très réjouissante, ils étaient quatre autour du micro et entraient en révolte contre l'injustice de ceux qu'on appelle les travailleurs pauvres - ils travaillent uniquement pour survivre, sans parvenir à se loger. De l'autre coté, des propriétaires riches surveillent leur compte en banque éspérant vendre à prix d'or leur appartements. C'est une véritable injustice. La lithanie continue et la presse me réveille chaque matin avec ses idées noires. Dans ces conditions, je ne peux plus croire que les choses iront en s'améliorant. On nage dans le marasme*, celui qui prédit des matins qui chantent passera au mieux pour un menteur et au pire on le prendra pour un fou. C'est épuisant. Je n'ai pas voulu vivre cette époque. Cette époque est médiocre, après l'entousiasme des années 60, il semble qu'en lieu et place de voitures volantes dans lesquelles nous devrions circuler, le 21 ème siècle sera celui de la fin du progrès. On nous le rappelle suffisament dans les journaux le moral des Francais descend et généralement il est en baisse dans l'europe entière et nous supportons de plus en plus mal les privations comme des enfants à qui on enlève leurs jouets. Malheureusement, il ne s'agit pas d'une invention journalistique, ceci s'appuie sur des perceptions réelles.
Mais il y a un truc qui me taraude... juste un petit détail. Les travailleurs en question galèrent vraiment et ne se la coulent pas douce, c'est peut-être même pire, ils dépriment et dépérissent. Pourtant, il y a un truc qui cloche, comprenez, même dans des taudis, même dans des immeubles qui brûlent on peut être heureux, je ne peux pas croire le contraire, c'est absurde autrement. Le vrai malheur est certainement ailleurs, il est écrasant et d'une autre nature. Même moi, qui ne suis pourtant pas pauvre, je peux l'entendre, c'est cette voix du monde qui raconte à chacun : "Tu ne changes rien à l'équation, la machine est en marche, tiens toi tranquille car c'est un moindre mal." Quand j'écrase une fourmi, j'ai la certitude de n'affaiblir aucunement la fourmillière, sommes nous devenu des fourmis ?
On a jamais vécu correctement en dirigeant sa vie suivant le principe du moindre mal, les valeurs changent, le doute n'est plus permis.

Mes parents comptent sans doutes parmi les prototypes de la réussite de la génération précédente et je peux peser ce qu'ils ont gagné, ce qu'ils ont travaillé en regard de ce qu'ils espéraient de la vie.
Selon des critères objectifs et comptables, ils ont une maison, des enfants et tout ce qu'il faut pour avoir réussi leur vie et maintenant ils font des voyages : ils "profitent" comme ils disent. Ils ont fait absolument comme tout le monde et les années qui viennent ne s'annoncent pas plus originales. En fait, leur souci premier n'est pas de faire différement, leur système de valeur est strictement positif, celui qui parcours le monde du travail maintenant est essentiellement négatif.
La thésaurisation est le petit bonheur de mon père, il joue son argent en bourse comme on fait des puzzles ou construit des train électriques miniatures. En un sens, c'est un pur capitaliste, mais personne ne pourrait lui en vouloir, c'est presque enfantin, le soir il va sur le site de boursorama vérifier le CAC40, puis il s'essaie à une réussite sur l'ordinateur avant d'aller se coucher. Voici le portrait fidèle d'un capitaliste en pied, tellement décrié par les temps qui courrent, il dit que ce n'est pas beaucoup d'argent, c'est vrai, et que ça ne change rien - et finalement nous sommes 6 milliard à ne rien changer, c'est dans l'air du temps. Sa morale, loin d'être inexistante, elle est simplement stricte, dans le droit, tous ce qui est permis est moral.
L'accumulation d'argent est pour lui un signe complètement positif de la réussite. Mais maintenant, quelle est la valeur de l'argent ? C'est devenu tellement compliqué, je ne saurai pas le dire, mais une chose est certaine, ce n'est plus positif. je l'ai éprouvé non seulement pour moi en achetant mon studio d'enregistrement, au fur et à mesure que je m'équipais, chaque chose que je rajoutais : un micro, un soft, un synthé etc. ne me procurais plus la même excitation. C'est l'évidence même, on ne profite pas de la vie en allumant des billets de banque. Ca marche un temps mais pas éternellement. Mais pourquoi est-il devenu impossible de décréter le bonheur sur l'argent et le progrès ? C'est trop négatif, Je ne veux pas passer ma vie à me défendre, je ne vois pas bien l'intérêt.

Il y a pourtant des valeur positives maintenant, la différence et la singularité. Les artistes assumés qui inventent et assument leur statut sont universellement admirés. Le hic c'est que la vocation de la singularité est précisément de n'être pas populaire. Si tout le monde veut être célèbre, du moins reconnu et pas insignifiant, alors !?!
Rien, c'est pas possible. Ce culte voué au "Trace ta route" est tout simplement impossible, moi le premier, j'aimerais changer le monde mais il faudrait que je travaille tellement ! Courir après les chimères n'a jamais rendu heureux. Que faire ? Changer de valeur et revisiter son objectif. Heureusement les grandes menaces nous ouvrent des voix plus larges dans les solutions possibles. Je vais donc réfléchir à trouver de nouvelles valeurs.

Belle occupation pour les jours à venir.


* A propos, dans cette course aux dépresseurs : on parle souvent de marasme et de morosité, mais connaissez vous la différence ? Le marasme correspond à un état de d'affaiblissement (C'est la déprime) et la morosité est un état de tristesse. Il vaut donc mieux donc être morose que de sombrer dans le marasme...

3 commentaires:

Anonyme a dit…

salut clément,

pour tes valeurs à toi que tu cherches, écoute cette émission passée sur inter dimanche matin.
Philofil 12h-12h45
bertrand vergely a des choses à dire et je pense qu'elles feront écho à ta recherche.
j'attends tes comments à mon tour. je lis le reste avant de réagir
:-)

Clement Soullard a dit…

Aujourd'hui, c'est le jour des noeuds aux cerveau. Pour un baptême c'est un peu dur !
C'est pas tous les jours comme ça. Dimanche prochain, j'écouterai donc Vergely. Je ne connais pas... Pourtant j'écoute france-inter...

Anonyme a dit…

c'est l'émission qui est passé dimanche passé... écoutes là ds la semaine !!!