28 septembre 2006

La doutation (Le doutage)

Il m'est assez difficile de savoir ce qui m'a attiré chez David. Etait-ce son humour, son orgueil de coq ou bien sa méchanceté si pointue qu'elle faisait toujours mouche sur moi ? Je ne le sais pas. On a jamais le masochisme suffisant connaitre ce qui nous fait tomber amoureux mais je suis convaincue que mes faiblesses sont ce qui m'on attaché David le plus solidement. Face à l'amour, j'ai décrété que j'étais désarmée. A ma décharge, j'ai toujours aimé me noyer dans des mièvreries, je m'y adonne comme à une drogue. Comme un bateau ivre, je vis au fil de l'eau, je n'ai pas de grande idées, pas de cap à tenir, j'ai juste à assumer mon destin sans en connaitre le dessein, et je m'y conforme ; c'est mon amour, il vacille dans la tempête, je le chéri lorsqu'il il a froid et je prie pour la flamme lorqu'elle menace de s'éteindre. Je suis mijaurée, c'est ainsi, l'amour est mon aliment essentiel et sans lui je mourrerai d'ennui. Je suis ce genre de demoiselle désespérement classique qui avait des posters d'acteurs célèbres dans sa chambre et qui ne peut plus s'arrêter d'adorer adulte même quand ces idylles se sont concrétisées en de fabuleux péteur au lit. C'est ma nature, si j'étais seule, je serais inutile.

Probablement, mon penchant sentimal explique que je n'ai rien oublié du jour où j'ai connu David. Lui a tout oublié. Je reconnais que c'était un soir parfaitement ordinaire et une drague tout à fait classique, mais tout de même ! Quand je lui en fit le reproche, il me rappela que c'était un homme du futur et non pas du passé. C'était une fête chez un de ses amis baba cool que nous connaissons toujours : Michel. Je me souviens des couleurs surtout, il avait réquisitionné la maison de son père, qui était une jolie maison dans le centre ville. A cette époque, Michel avait encore tous ses cheveux mais il était déjà indolent. L'organisation de la fête avait consisté à couper trois rondelles de saucissons, ouvrir autant de paquets de chips et acheter quelques bouteilles avant de rameuter les copains : au moins on ne s'en faisait pas. Les années n'ont pas tellement changé Michel depuis, et s'il avait une maison probablement qu'il procéderait toujours ainsi, de mon coté je suis maintenant devenue incapable de tant de frugalité. C'est drôle comme le temps passant, les oeufs d'une même couvée finisse par ne plus se paraitre du tout.
A cette époque je buvais beaucoup, non par goût, mais parce que c'était à la mode. Comme j'avais une constitution impropre à distiller l'alcool, cela me permettait de sombrer vite lors des soirées, je les traversait dans une sorte de demi-conscience heureuse, cela me permettait de rire beaucoup et d'assister à ces fêtes presque comme à un spectacle. David était un beau garçon, il respirait l'assurance et semblait savoir à quoi il emploierait sa vie et cela m'a immédiatement séduite, moi je n'ai jamais vraiment eu les idées très claires sur ce à quoi je devais employer ma vie, j'aimais l'art, la littératures et ce genre de passions innocentes et décoratives, mais lui semblait furieux et pressé d'arriver. Il m'a dragué de manière très conventionnelle : gauche et légèrement ivre comme un vrai débutant, il me flattait, me plaignait, un verre dans sa main gauche, il avait déjà ce don inné de la disserte et distribuait ses théories chaque fois que l'occasion se présentait, il défendait la veuve et l'orphelin. Je dois avouer qu'il avait l'air tout à fait brillant au milieu de ses "potes" lorsqu'il se lançait dans ses longues tirades, ça m'épatait. De plus, il m'a semblé posséder une certaine culture et j'y étais sensible : élégant, il était parfait pour ranger dans mon herbier, un brin macho, il avait ce coté cow-boy idéal pour mettre sous mon oreiller. Je ne peux pas prétendre qu'il ai eu "coup de foudre" mais au final ce n'est pas ce qui compte car sa manie de remplir les blancs me rendait heureuse, me comblait - est le mot exact. Ce soir là, il avait envie de moi et il m'a prété son oreille attentive et compréhensive comme jamais depuis. Quand j'ai commencé à lui parler, je me suis retrouvée aspirée et j'avais perdu le contrôle en lui racontant tous mes minuscules doutes, il trouvais toujours une réponse et c'était si bon : je ne savais plus m'arrêter, comme si j'avais enfin trouvé un véritable ami, en fait on a parlé jusqu'à très tard, on ne voulait pas se quitter, on ne voulait pas s'embrasser non plus, ça semblait presque superflux. Lorsqu'il m'a embrassé, je me suis sentie conquérante, une sensation que j'ai rarement.
De fait, je crois qu'il était fier de moi, il m'emmenait un peu partout, me présentant à ses amis qu'il avait nombreux. Ma vie paisible se transformait en un kaléïdoscope, de nouvelles têtes défilaient et j'étais choyée par le flot des palabres de David et c'était délicieux comme dans un rêve. Et je me souviens que ces changements ne me parurent pas très réels. Lors de nos escapades sociales, je me taisais la plupart du temps et n'avais pas de soucis à me faire pour ma présentation, je suivais. Le jour, il me considérait comme une perturbation à ses multiples activités, mais je m'effaçais avec bonheur, ses multiples inventions et tentatives me paraissaient pleine d'intelligence vitale à moi qui avait le don de me satifaire de trop peu. Pour dire la vérité, je ne recevait d'audience que dans le lit, alors il m'écoutait vraiment et me prenait sous son aile protectrice pour faire ce qu'il appelerait maintenant son "coaching". Il poussait même son soucis de moi jusqu'à me conseiller dans le choix de mes vêtements, ce que j'adorais particulièrement. Je retournerait bien maintenant à cette époque bénie où nous étions étudiants, passant nos week end à droite à gauche, traversant la France, rencontrant le monde. Les choses on progressivement changé à partir du moment où nous avons commencé à travailler. Mais, je n'ai pas bien compris comment et surtout pourquoi nous somme parvenu à retourner complètement la situation. La vie est un mystère.

Presque huit ans qu'on se connait, il n'y a plus de points communs entre le David étudiant d'autrefois et celui avec qui je vis maintenant, assurément, ce sont deux êtres différents. Nos rôles se sont inversés et je sais maintenant mieux que lui ce que je souhaite. Selon toute vraissemblance, mon mari est devenu fou et ne m'aime plus du tout, il ne me hait pas non plus d'ailleurs. Ce n'est qu'un homme, une fois qu'il a vu mille fois mon cul : il ne l'aime plus. C'est injuste. Je ne parviens pas à lui en vouloir ni n'envisage de le quitter. Je suis de ces sottes qui préfèrent tenir le coeur d'un infidèle que de s'ennuyer vraiment : mon mari est las et fatigué, stressé, plus bon à rien. Mais je l'aime. Je suis une mijaurée.

1 commentaire:

John a dit…

Toutes mes congratules pour ton changement de sexe, j'espère que tu te sens bien dans ta nouvelle peau. Le proverbe du jour: nuages dans le ciel, faut sortir les poubelles.

Enjoy