La vie sans doute ne peut s'articuler qu'à des moments dramatiques : la perte d'un être cher, un accident de voiture ou bien peut-être à l'occasion d'une bonne insolation. Nous étions ce jour là.
David avait les jambes fragiles et les muscles froissés par son long séjour au lit mais il se sentait étrangement bien et il avait besoin d'aller respirer l'air neuf qui était arrivé sur Paris. Comme un malade magistral, il quitta donc son repaire douillet, sa télécommande et son coussin écrasé et entra lentement dans la cabine de douche. S'aspergeant avec méthode et frottant bien partout, il envoyait au siphon les derniers residus de toxines noires qu'il n'avait pas su transpirer. Il se sentait tout à fait frais.
Dans un luxe de lenteur qui eut pu faire envie à certains vieillards il s'aprétait, il mit un pantalon clair et une ample chemise de coton new man et descendit dans la rue marcher le long de la Seine. Selon lui, les quais de Boulogne étaient un endroit idéal pour méditer. Lorsque ses humeurs mélancoliques l'y conduisaient, il s'y retrouvait seul, et avancait sans itinéraire pour réfléchir. Il aimait lorsqu'il pleuvait sur ces boulevard car il devenaient plus propice à la solitude que n'importe quelle autre retraite.
Cette fois il n'y avait pas de pluie, aucun ne nuage tourmentait l'horizon, mais c'était à l'intérieur qu'il était lessivé. L'air était doux. Nous étions à cette époque, où les orgies estivales s'étaient finalement essouflées, l'été avait déjà grondé ses orgasmes en de violents orages, et l'août mâtinait le bleu uniforme des derniers mois de quelques nuages. L'été ne dure qu'une saison. Sur la terre des hommes, chacun s'efforçait de de ne pas penser trop et prolonger un peu l'insouciance estivale avant de retourner à la routine de septembre.
Dans Paris, la chaleur passée, on respirait mieux. Bien que tous les vacanciers ne soient pas encore revenus, les filles parisiennes se rappelaient avec nostalgie le temps où elles valsaient innocentes et semi-nues sur les plages. Quand elle dansaient au milieu de dégagements hormonaux impressionant. Maintenant, elles s'amusaient à prolonger l'ivresse en négligeant avec soin la couverture de certaines zones de leur corps. Les hommes, comme les moustiques, pouvaient donc se saouler encore un peu de leur peaux tendres avant que l'automne ne les recouvre définitivement. David senti vaciller son ascèse quand il vit des étudiantes le devisager avec envie, lui irrésistible, avec ses yeux de guerrier, aurait probablement pu obtenir quelques succès auprès de ces nymphettes provocatrices et si sa vie de Jésus n'avait pas déjà commencé ce matin, il serait même allé rire un peu avec des putes pour soulager le subit afflux taurin qui lui venait. Il se retint toutefois puisque les circonstances étant ce qu'elles étaient, et puis il devinait cette crasse, car il y avait belle lurette que ces dernières n'officiait plus dans de champ de blé.
Sur le bord du trottoir, à côté d'un litron de villageoise, un clochard paressait au soleil, il avait sa bidoche vautrée sur la parapet, celui ci, il le plaint d'avoir le nez trop près de la bouche ! Et comme épicurien, il n'avait aucune classe : « Vous z-auriez pas une petite pièce ? »
La première occasion de la journée se présentait et David ne réfléchit pas longtemps avant de lui tendre un billet de dix euros. Lorsque l'indigent se répandit en remerciements inintelligibles, David ravala les quelques paroles d'espoirs qu'il aurait aimé proférer car ce genre de mensonge n'était pas digne d'un prophète. C'était la première fois que David donnait autant d'argent sans avoir le sentiment coupable de s'être fait arnaquer, il savait qu'il que cet argent serait employé à mâter au pinard cette viande déjà trop rouge mais n'en éprouvait aucun remords, il lui importait surtout de s'alléger du poids de son argent.
La question qu'il se posait était assez simple, devait-il ou ne devait-il pas retourner au bureau lundi. Ce n'aurait été qu'un point de détail s'il avait été vraiment libre -- il aurait pu décider de ne pas retourner travailler le mardi car il n'y avait pas d'urgence -- Mais il lui semblait que sa libération ne pouvait venir que d'une rupture subite. Pesant le pour et le contre, il parcourut quelques kilomètres quand il se rendit compte que l'argent libérait les pauvres et emprisonnait les riches, son dilemme était donc sans issu. Pauvre, il serait prisonnier. Riche, il le serait aussi. Pour lui, classe moyenne, il devait souffrir les deux inconvénients. Il était donc cerné. Cependant, il reconnaissait que sa vie était d'un profond ennui, et tant qu'à faire, il fallait tout changer. C'est le confort qu'il l'avait endormi et trop bien nourri, il était comme un cochon dans enclos, un fournisseur de jambon, en temps que salarié, on s'interessait qu'à sa production, le complot était si parfait que lui même avait fini par ne s'interesser qu'à sa productivité. Avec son argent, il avait acheté une voiture, s'il en avait eu plus il se serait acheté une alarme pour ne pas qu'on lui vole et l'engrenage l'entrainait indéfiniment, d'autant plus que David était un cadre "à fort potentiel". Il enterinna donc cette décision, la peur au ventre, seule sa raison finalement le réconfortait en lui soufflant qu'il ne s'agissait pas du tout d'un acte héroïque.
Quand il revînt sur ses pas, son coeur battait, comme s'il avait le trac, il croisa de nouveau le mendiant, et avant que son intelligence ne se soit rendu compte de quoique ce soit, il réclama ses dix euros au clodo. Le type avachi, ne compris pas la requête et il dut répéter : "Je me rends compte que cet argent ne vous servira à rien, et je m'apprête à quitter mon travail, j'aurais donc besoin de cet argent."
- "Mais t'es complètement con ou quoi, tu m'a donné cet argent il est à moi, si tout voulais pas me le donner tu me le donne pas, alors dégage !" Avant, qu'il n'eut pu terminer sa phrase, David empoigna le type et le coinça contre le parapet, "Rends moi mon fric, Connard ! Je te dis que t'as pas besoin de mon pognon". Il avait mis ce qu'il fallait de force dans sa prise pour être convainquant et le type n'hésita pas tellement avant de lui rendre son argent en le maudissant. David repartit sous ses insultes et termina sa promenade le coeur battant, incapable de penser, il avait surement eu plus peur que le SDF.
Lorsqu'il arriva chez lui, Nathalie était rentrée.
Il s'assit devant la télé et ne dit rien.
21 août 2006
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1 commentaire:
The FrusteGüttenHoyt
Waaaahhh, ayé j'ai mon bleuorgll: johnflugu.blogspot.com
T'avais raison, pas la peine de s'embéter avec la présentation, anyway c'et over galère.
Entertain ze boogie-woogie y Pouet-pouet
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