David avait un ami qui s'appelait Michel. Il faisait partie de ces amis qu'on devrait toujours avoir sur soi. Sorti tout droit d'une bande dessinée, Michel avait un coté Gaston Lagaffe qui mettait de bonne humeur. Chaque fois qu'on pensait à lui on disait : Ah sacré Michel ! Ne serait-ce que pour savoir qu'on en était pas encore rendu au point où les originaux n'étaient plus tolérés il en fallait des comme lui dans ce monde. Il faisait partie de ces hippies capables d'être intarrissable sur ce gachis que provoque le capitalisme forcené quand ce monde pourrait être si beau si l'on se donnait tous la main. Lui traversait la vie de petits boulots en chômage mais jamais cela ne parviennait à infléchir durablement son humeur. Non, pour lui s'ennuyer à ne rien foutre c'était comme inconcevable Pour Michel et le mal absolu ne le concernait pas : Les enculés de capitalistes évoluaient dans des sphères trop lointaines pour qu'il en croise un jour sur son trottoir et c'était très bien comme ça. Jamais il n'aurait besoin de casser la gueule à ces enflures : Michel était contre la violence.
David adorait le voir débarquer chez lui à l'impromptu. Toujours mal rasé, il rentrait sans qu'on l'eut autorisé et traversait le salon sur ses sandales toutes crasseuses, s'essuyant sur le tapis d'orient, il s'en allait comtempler un temps la bibliotèque en prenant un air inspiré et finalement demandait une binouze. Même la femme de David qui s'était embourgeoisée sévèrement depuis l'officialisation de leur couple n'arrivait pas à trouver le mal chez ce nihisliste pique-assiette. Il avait l'innocence des clébards quand il s'ébrouait sur le canapé et même lorsqu'il déblatérait ses théories à la mord-moi-le-noeuds, on avait du mal à croire à ses prèches révolutionnaires mais on appréciait à leur juste valeur la clownerie de la situation.
C'était sans doute le meilleur ami de David, du moins le plus permanent, il ne s'était jamais faché avec lui, jamais embrouillé, toujours leur relation était restée très simple. D'abord amis, le reste, on en discutte. Par exemple, en face des saines lecture de management que lisait David, Miche donnait son avis : "C'est de la merde" et cela n'avait rien de vexant, l'information était la suivante : "C'est de la Merde". Il ne serait jamais venu à David l'idée de le convaincre, c'aurait été une lutte totalement vaine et dénuée de sens. La philosophie de Michel était absolument irréformable et cela avait un coté surhumain chez lui. Sacré Michel ! Il était déjà canonisé. La voie de l'exigence morale était simple : Trier ses déchets, se laver le moins possible pour économiser l'eau (qui est une ressources précieuse), récuppérer tout ce qu'il pouvait dans la rues, dénoncer manger dans l'assiette de ces enculés de bourgeois et chaque soir, fumer un pétard le soir avant d'aller de se coucher. Et voilà ! Avec des tablettes de la loi pareilles, one ne pouvait qu'être sur les rails. Son prénom carrément kitsh pour sa génération était le même que Michel de Montaigne : Un signe sans doute. Michel était parvenu à ce point proche du Nirvana où l'on ne doute plus.
Le rêve de Michel était de vivre en autarcie, il avait lus des bouquins là dessus, le projet était sans date précise, mais l'investissement étant trop important au début, il se rabattait sur un projet de chèvrerie dans le Larzac. Ce qui fait que non content de suivre son étroite exigence morale, Michel avait aussi des rêves.
Cela laissait songeur David, il avait lu dans son bouquins de management que pour être un homme heureux, il suffisait d'avoir une morale établie et d'avoir un rêve et c'était suffisant : Michel était ce prototype. Trop libre sans doute, Michel n'avait pas de femmes pas de copines, mais ce n'était pas son soucis de faire comme tout le monde.
Quelque part, c'était un peu navrant de voir comme le travail ne payait pas.
Lui aurait-on menti ?
16 juillet 2006
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