05 février 2006

Après le noir

Longtemps les rivières noires ont coulé pleine de sens dans le désert de mes pages blanches. Elles se déversaient furieusement sur mes cahiers comme l'indélébile preuve de mon essence. Mais les saisons vont et les fleuves chargés de boue ont émoussé la cruauté de mon encre. Diluée, elle s'est perdue dans l'Histoire...
Hier, comme je me promenais sur ses berges, je vis flotter des tâches de rouille témoins de l'oxydation des âmes et de l'usure des corps. Infirme je m'y suis baigné espérant une autre jouvence, mais rien n'y fit, ces eaux rouges n'ont qu'une délivrance, elle est azur et immense.

Alors, comme il n'y avait rien à faire, j'ai oublié la pente naturelle, les fins dernières et la promesse de la mer. Et j'ai zigzagué, jouant du fifre dans les vallées, j'ai inventé des romances et j'ai conté fleurette. Savant charlatant, rompu de mille hiver aux torrents froids, j'apportais le printemps à des filles endormies qui se baignaient nues dans mes eaux clémentes. Menteur au pays des fleurs, j'ai fais les sêves vertes et les forêts consolantes. J'ai serpenté sous les ombres chaudes de végétations carressantes, je me suis attardé dans la volupté, laissant mes eaux dormantes à la la prophétie des jungles luxuriantes. Mais...

Mais, le grand air me manquait, et cette vie irrésoluble s'est mise à rêver aux ors des désert, aux azurs clairs et aux horizons plats. J'aimerais sans doute, vivre sereinement dans l'ennui. Et le bonheur coulera pur dans mes veines quand je serai seul à courir ces plaines abandonnées.

Alors, j'ai poussé la porte de l'appartement, laissant femmes et enfants, oubliant leur insupportable malheur enroulé au cordon du téléphone, indifférent à leur tristesse, je me suis offert une parenthèse entière, luxueuse et blanche. Marchant, rêvant, seul avec le vent, sur une colline qui domine Barcelone, je me suis installé sur un banc. Ignorant le vacarme de la ville, j'ai respiré le vertige d'un parc pour écrire dans le silence. Lassé de mes incertitudes, j'ai rangé mes théories pour en faire mon lit et, chauffé au soleil blanc, je m'allongeais dans l'évidence.

Des chats sauvages indifférents se prélassaient au soleil, des pigeons festoyaient et bruissaient dans les feuilles comme une invisible pluie. Alors, j'ai oublié les vins et les chairs, il se sont envolé dans la lumière. J'ai laissé la ville à ses tribulations intestines, abandonné des filles consommables à la digestion métropolitaine. Que m'importe la précieuse vie dans ma médiation minérale car je n'ai plus besoin d'espoir car tout est là, autour de moi.

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