En Séville, je vis l'oranger pousser en plein milieu de la ville.
Enrôlé comme soldat dans une troupe touristique, j'étais affecté à un régiment de tirailleurs à petit grain. En guerilla urbaine, on mitraillait tout ce qui bougait et même ce qui ne bougait pas. La ville était déjà presque sous contrôle, des bataillons de la coallition étrangère patrouillaient en rangs serrés et le centre était une zone conquise. Sans rendre les armes, notre détachement partit en quête du dernier bastion d'irréductibles car nous recherchions la gloire authentique du tourisme alternatif. Au bout de notre viseur, on figeait tous les autoctones pour l' éternité. Les toréros, les joueurs de castagnettes et les gominés de tous poils succombaient en masses. Transpercés, ils poussaient un fier "Olé". De fait, même infestée, la ville Andalouse resistait encore à la contamination étrangère car sa chappe de chaleur rendait difficile l'acclimatation des colons. De guerre lasse on avait simplement admit l'armistice et finalement on me donnait ma permission...
J'étais assoiffé, j'avais envie de femmes. La fatigue et les fleurs se mélangaient, remplissant mon imagination de légionnaire d'un érotisme luxuriant. Et j'allais par les petites rues chercher celle là qui m'étancherais tout à fait. Je scrutais ces passantes langoureuses et offertes. Tout au désespoir de mon rafraichissement, mes illusions vacillèrent un temps car je ne trouvais que des déportées, femmes d'ailleurs sans intérêts, aux douceurs trop connues, par trop continentales : rien que des chairs classiques imprimées des tendresses paneuropéannistes. Au détour d'une arène, je guettais l'apparition de cette brune dans sa robe amarillée* sanguine. Je l'attendais, elle qui me consummerait le coeur, je la reconnaitrais à sa rose rouge posée dans ses cheveux d'ébène. Et la braise de ses yeux attisera mes charbons déja ardents.
Je la trouvais derrière une colonne et ses hanches n'attendaient que mes mains. Et rien...Tout ! En un instant nous nous sommes reconnus. Farouche, elle se laissa aimer et calma mes apétits abrutis. La lanscinante pétarade des batailles disparut dans une amnésie que je ne savais pas, les plaies ouvertes et les meutres en service basculèrent soudain dans un passé lointain. Je la serrais fort. Je m'assaisonais au sel de sa peau basanée et ne l'effeuillais qu'à la mesure de ses incandescences, ses pétales tombaient entier sur le sol. Je libérais totalement les fantômes de mes guerres, sans dire un mot, elle ferma les yeux tandis qu'une nouvelle garnison inombrable prenait la relève à l'assaut d'éspérances qui n'étaient plus les miennes.
La lune au zénith nocturne fut la seule temoin de cet amour qui ne douta jamais.
* Amarillé : esp (ammarillo : jaune) : D'un jaune vif.
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