À force d'être si tranquille, à force d'endormir mon esprit à des considérations trop futiles comme, par exemple, la couleur du papier peint de ta chambre, je crains de m'enliser dans le confort. J'ai peur de sombrer, comme ces couples autour de moi qui relient entre eux les points numérotés 1. voyages, 2. maison, 3, mariage, 4. enfants, comme dans ce jeu qui permet de dessiner aux enfants peu inspirés. En me levant ce matin, j'ai eu une fièvre d'adolescent. J'ai pensé que rien ne sera plus jamais comme avant avec toi. Alors, j'ai crié « Mort aux cons » d'une voie sincère et ça m'a soulagé. La fatalité du bonheur est terrorisante pour celui qui fuit les autoroutes. Si je ne suis destiné qu'à jouir des bonheurs universels, autant me dire maintenant les bénédicités : je serai plus vite arrivé.
Je me sens si supérieur aux autres de ce point de vue que j'éprouve beaucoup de répugnance à appartenir à la classe laborieuse, en revanche je prends du plaisir à la calomnier... Je préfère être le persécuteur du « prêt-à-penser » qu'un autre agneau. L'opinion de la masse n'a pas besoin de se défendre, car elle est, comme la lie, ce qui reste quand rien ne s'agite plus. Qu'on l'insulte, la lacère, la roule dans d'infects venins, la pensée populaire est immortelle, elle retombe toujours au fond après un certain temps. Alors, soyons clair, IKEA ne vaudra jamais que pour les cons, les gens trop préoccupés de s'acheter une maison sont des brutes illettrées avec si peu d'imagination qu'elles emploient leur existence à reproduire page de magazine d'ameublement. Plutôt mourir que de m'acheter une cuisine, c'est trop médiocre. La rébellion constituera toujours une meilleure philosophie. Ah... Ça fait du bien !
J'ai de moins en moins envie de m'acheter l'appartement. D'abord, le bruit de la rue qui passe au bas de l'immeuble est antimusical. Ensuite, l'idée d'être lié à mes débiteurs durant cinq années n'est pas de mon goût. Enfin, les travaux à faire, les promenades à Leroy Merlin le samedi après midi et patati et patata... Je n'aime pas qu'on touche à ma liberté. Cette fois pourtant, j'avance à la volonté, je m'enfonce des aiguilles dans le corps afin de tenir encore un peu les yeux ouverts devant les banquiers marchands de sommeil, je m'accroche pour qu'ils me donnent le sésame et me disent enfin : « Signez ici monsieur ». Coûte que coûte, et je me fais violence. Cristina sera contente. Choisir en connaissance de cause de devenir esclave est la noblesse des sages.
Maudits banquiers, maudits propriétaires ! Vous m'avez eu ! Vae Victis...
04 novembre 2007
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1 commentaire:
Elle est très belle ta plume. Et ce qui émane de ton texte est tellement perspicace que je suis rassurée de me dire que je ne suis pas la seule à être paumée devant ce choix. Car ma grande question actuellement est "avancer et être esclave etamnésique de certains rêves ou stagner mais vivre librement et rêver..."
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